‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 7 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

qui aient dirigé, au dix-septième siècle, le consulat du Caire, Benoist de Maillet, est constamment en difficultés avec ses administrés.

Un jour, raconte non sans aigreur ce digne fonctionnaire, de jeunes étourdis s'oublient jusqu'à placarder sur les murs de la contrée et de la maison consulaire des billets anonymes, injurieux pour lui, et une perquisition amène la découverte, dans une salle où ils ont coutume de se réunir, de quantité de caricatures et de vers libres à son endroit. Force est à M. de Gastines, qui inspecte les Échelles en 1706, de trancher le différend du consul et de la nation, à la suite d'une véritable instruction et de rédiger, pour la seule Échelle du Caire, un règlement en trente et un articles. Quand Maillet revient, douze ans après, en qualité d'inspecteur, sa mission est encore vue d'un très mauvais œil et le consul Le Maire prend, cette fois, parti pour les frondeurs. Il arrive plus d'une fois que la caisse de la nation ait à payer les frais d'inconséquences commises par des Français et que l'Échelle doive financer pour étouffer des affaires suscitées par leur inconduite. Trop souvent, en effet, ils manquent envers les femmes du pays à la plus élémentaire réserve. « S'il y avait au milieu de vous, écrit un consul à la chambre de commerce, quarante ou cinquante Turcs, que vous vinssiez à découvrir qu'ils débauchent vos filles et vos femmes, que vous eussiez fait pendre à la face du peuple une friponne

qui était un des instruments de ces débauches, et fait crier par la ville que c'est ainsi qu'on traite celles qui mènent à ces étrangers, en les nommant, les femmes et les filles des principaux de votre ville, et qu'on eût en même temps saisi d'autres femmes qui aient confirmé tous ces faits, et qu'il n'y eût ni grand ni petit de votre ville qui n'en fût informé, ces étrangers ne devraient-ils pas s'estimer heureux qu'on ne se fût pas élevé contre eux et qu'on ne les eût pas chassés de votre ville, et auraient-ils de la grâce d'écrire en leur patrie, pour quelques injures qu'ils auraient reçues en passant dans la chaleur de ces affaires, qu'ils sont dans l'oppression et qu'ils ne peuvent pas sans danger aller par la ville (1)? » Et le vertueux consul de s'indigner de ce que des femmes et des filles d'Agas et de Beys soient couramment amenées « en contrée » , que des voisins fassent profession de les cacher dans leurs maisons et que, le vendredi saint de l'an de grâce 1703, en dépit de la sainteté du jour, il s'en soit trouvé quatre chez un Gafedji de la contrée. On ne peut contester que les indigènes fussent fondés à trouver cette galanterie excessive. Mais, bons vivants par définition et volontiers mauvaises têtes, nos nationaux supportent impatiemment une contrainte qui s'étend jusqu'à leur vie privée. Leur légèreté naturelle, leur esprit d'indépendance

(1) Maillet à la chambre de commerce de Marseille, le 10 avril

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