‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 8 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sont des éléments dont il faut tenir compte en établissant le bilan de leur condition et, lorsqu'on en a fait la part, on s'explique le singulier optimisme d'un de leurs consuls, qui dénie tout fondement à leurs doléances, « à moins, écrit-il, que porter une cesse de soie blanche rayée de rouge au lieu d'une cesse de mousseline rayée de même ne leur paraisse une infraction faite aux capitulations par le Divan qui Ta ainsi désiré (1) » .

Une succession d'efforts continus et féconds ont placé notre commerce et nos résidents dans une situation privilégiée à l'égard de leurs concurrents. Les réformes de Colbert ont ouvert, pour le commerce du Levant , une ère de prospérité dont l'Échelle d'Egypte a, comme les autres, ressenti les bienfaits. En 1683, la Porte a consenti à la réduction des droits de douane de 20 à 3 pour 100 pour les seuls négociants français, dont une série de firmans, qu'un historien a appelés « la charte d'affranchissement de nos nationaux d'Egypte » , ont amélioré le sort et confirmé les privilèges. L'inspection de M. de Gastines, en J706, a rétabli l'ordre dans l'Échelle du Caire, et le règlement qui s'en est suivi a refondu et modifié sur divers points les ordonnances antérieures. En 1702, la nation a étendu son champ d'action par l'établissement d'un vice -consulat à

(1) Maillet à la chambre de commerce, 1703.

Damiette. Pendant longtemps, nos négociants n'ont eu d'autres concurrents que les Vénitiens, les Livournais, les Génois, rivaux de peu de crédit et de concurrence peu redoutable. Il n'en est plus ainsi depuis que les Anglais, ayant obtenu du sultan un « hatcherif » les autorisant à ne payer aussi que 3 pour 100 de droits de douane, se sont établis en Egypte, en 1698, en dépit des efforts du consul Maillet pour s'opposer à leur admission, et ont établi au Caire un consul et quelques marchands. Dès l'année suivante, Maillet n'attendait plus leur départ que de l'insignifiance de leurs affaires et des exigences de leurs créanciers. C'était mal connaître la persévérance de leur nation. Le dix-huitième siècle les trouve encore au Caire : mais leur commerce ne fait pas grand tort à celui de nos nationaux, qui conserve la supériorité, et leur raison d'être en Egypte paraît surtout consister en un intérêt politique, qui se rattache à la communication avec l'Inde.

Après l'intérêt du commerce, qui vient en première ligne, celui de la religion concourt aussi à faire une place à l'Egypte dans la politique française. En Egypte, comme dans le reste du Levant, le roi très chrétien exerce sur les catholiques de toutes nationalités, le protectorat que lui confèrent les capitulations. Il s'en faut de beaucoup que ce protectorat entraîne alors les mômes charges et les mêmes devoirs qu'aujourd'hui. Les missions catholiques y

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