‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 70 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

C'est grâce aux intelligences de ce ménage de négociants dans le harem, que Truguet réussit à entrer en pourparlers avec Mourad-bey, à se faire écouter et à traiter directement avec ce Mameluk, sans qu'il lui en coûtât autre chose que des prévenances et « quelques présents de bien peu de valeur par rapport à la magnificence d'un prince dont le luxe presque fabuleux était le produit de brigandages continuels » . Mourad-bey, en la fidélité duquel Truguet affirme sa confiance, lui promit de venir lui-même à cheval, à la tête de toute sa maison, veiller à la sécurité de nos caravanes entre Suez et le Caire. Malgré cette assurance, Truguet jugea prudent de passer une convention avec un cheik arabe, dont tous les marchand.* turcs achetaient la protection pour le transport de leurs marchandises d'une ville à l'autre. Il acheva de nous mettre à couvert de toute surprise en traitant également avec le Grand Douanier Joseph Cassab. Il obtint enfin de Mourad la promesse de faire contresigner par Ibrahim-bey le traité intervenu entre eux, et lui en laissa une copie qui parvint bientôt après à Constantinople, revêtue de la signature d'Ibrahim. Truguet rejoignit ensuite sa corvette, pourvu de toutes les informations désirables sur le commerce de l'Inde et d'une carte de la mer Rouge, autrefois dressée par les Anglais (1) .

(1) Arch. Aff. étr., correspondance de Turquie, vol. 172. Lettre de Truguet au ministre de la Marine, 24 février 1785.

Les actes du 10 janvier 1785 se composent donc de trois traités, qui se complètent l'un l'autre. Le premier, en dix-huit articles, signé par Truguet et Mourad-bey, et, ultérieurement, par Ibrahim-bey, stipule que les négociants français seront accueillis et protégés à leur passage en Egypte, à Palier comme au retour; que les marchandises de l'Inde payeront 2 pour 100 au pacha, A pour 100 au commandant de l'Egypte, et seulement 3 pour 100 en tout lorsqu'elles seront destinées à la France; qu'aussitôt après l'arrivée de nos navires à Suez, les beys pourvoiront au transport du chargement au Caire, avec toute la célérité et la sécurité possibles. Le second acte, dans lequel le Grand Douanier se laisse qualifier de « protecteur, surintendant et bon conseiller » des négociants français, enregistre la promesse faite par lui de ne pas élever le taux des droits de douane et lui accorde en échange un demi pour 100 sur les marchandises de l'Inde qui arriveront par Suez. Le troisième enfin, met à la charge d'El-Hadj-Naser- Ghedid, cheik arabe, le salaire de l'escorte et les péages prélevés par les tribus du désert, et le rend personnellement responsable de tout accident fâcheux survenu en chemin, moyennant le paiement d'une somme fixe pour chaque charge de chameau (1).

(I) Arcli. AIT. ('h., correspondance de Turquie, vol. 172. Ces actes tonl annexés à la lettre (!<• Choiseui-Gouffier en date <lu 20 février L785,

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