CHAPITRE V
ratification de l'arrangement par la Porte. Pourquoi ne pas profiter de cette faculté provisoire pour faire une première expédition de marchandises des Indes à Suez? a Deux vaisseaux d'environ 600 tonneaux seraient suffisants. » Ghoiseul-Gouffier conseille d'en confier l'armement à deux négociants marseillais, M. de Seymandi et M. Audibert, dont le premier lui avait adressé, l'année précédente, un mémoire sur le commerce de l'Inde. Aussi l'ambassadeur avaitil engagé cet armateur à se rendre à Versailles, pour conférer de cette opération avec le maréchal de Gastries (1) .
Un hasard fournit justement la preuve des bonnes dispositions des beys à notre égard. Le 24 avril 1785, mouilla à Suez la corvette du roi V Auguste, qui avait quitté Pondichéry le 22 janvier de la même année, commandée par M. de Geslin de Ghâteaufer ; elle avait à bord M. de Ganaple, lieutenant-colonel, chargé de dépêches pour la cour, le comte de Rully, colonel du régiment d'Austrasie, et M. de Ménesse. Le commandant avait ordre, après avoir mis ces officiers à terre, d'attendre à Suez, jusqu'au 25 mai, les dépêches de la cour pour les Indes et de revenir alors à Pondichéry, en rapportant le plus d'observations possibles sur les côtes et la navigation de la mer Rouge. Le commandant de la ville signifia aux passagers de ne
(1) Arch. Aff. étr., Turquie, 172. Choiseul-Gouffier à Castries, 25 avril 1785.
pas débarquer avant l'arrivée des ordres du Caire. A peine instruits de cet incident par Magallon, Ibrahim et Mourad prirent immédiatement toutes les mesures nécessaires au débarquement de nos officiers et à leur passage à travers l'Egypte (1).
Cet exemple ne fit que confirmer Magallon dans l'opinion que les beys voyaient avec satisfaction les projets de la France sur le commerce de Suez. «Ibrahim-bey, écrivait-il à Ghoiseul-Gouffier, m'a fait témoigner par le canal de son harem combien il désirait que l'on pût mettre de la célérité dans l'exécution et il a saisi cette occasion pour faire dire à ma femme une infinité de choses obligeantes, ce qui devrait prouver, Monseigneur, qu'à cette époque ce commandant n'avait rien reçu de contraire à vos projets de la part de la Porte. Nous avons journellement de sa part, ainsi que de celle de Mourad-bey, avec qui il continue de vivre dans la plus grande union, des nouvelles qui, bien loin d'annoncer un changement dans leurs dispositions, nous confirment dans l'idée où nous avons toujours été qu'ils reconnaissent dans le commerce de l'Inde par Suez des avantages pour eux et qu'il leur tarde, ainsi qu'à nous, de lui voir prendre une certaine consistance (2). » Magallon
(I) Aic.li AU', étr., Turquie, 172. Magallon à Choiseul-Gouflier, 27 avril 17K.~>; Choiseul-Gouffier à Castries, 5 juin 1785; Mure à Castries, 5 juin I 785.
: I \n!i. AIT. étr., Turquie, 172, Magallon à Choiseul-Gouffier, Z\ avril 1 vr,r>.