‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 73 sur 173 · CHAPITRE V L · texte numérisé non relu

CHAPITRE V L

pensait même que, s'il leur parvenait de la Porte Tordre de s'opposer au passage de marchandises par Suez, Ibrahim et Mourad n'en tiendraient aucun compte.

A Gonstantinople, au milieu de l'anarchie qui suivit la déposition du grand vizir, Choiseul-Gouffîer put surprendre au capitan-pacha, qui exerçait les ('onctions de kaimakam, une « lettre d'amitié » aux beys d'Egypte, appelant leur protection sur « les navires et les sujets français qui vont et viennent par la mer de Suez, avec des lettres pour leur consul, de la part des négociants de leur nation établis aux Indes (1) » . Titre d'une valeur contestable, mais que le caractère exceptionnel des circonstances pouvait faire considérer comme suffisant. Le sort de nos traités dépendait de la rapidité de nos résolutions. Les beys venaient d'envoyer à la Porte une députation, dont la mission équivalait à une déclaration d'indépendance. Spécifiant eux-mêmes les conditions qu'ils voulaient bien s'imposer, ils ne consentaient plus, au lieu du tribut annuel dont ils éludaient le paiement

(I) Arch. Aff. étr., Turquie, 172. Choiseul-Goufïier à Castrics, 10 mai 1785. « L'ancienne aminé qui règne entre la Sublime Porte et la cour de France me fait espérer, disait cette lettre, qu'aux termes des traités établis vous protégerez le consul de cette cour résidant en Egypte, les vaisseaux qui y naviguent et les autres navires ou les sujets français qui vont et viennent par la mer de Suez avec des lettres adressées audit consul de la part des négociants de sa nation établie dans l'Inde et que vous leur accorderez toute assistance dans les affaires qui pourront leur survenir. »

depuis deux ans, qu'à fournir quelques provisions à la caravane de la Mecque.

Ce n'était donc plus la permission de la Porte qu'il s'agissait d'obtenir, mais bien son silence, tout au plus son aveu. Choiseul-Gouffier croyait pouvoir en répondre, pourvu qu'on agît sans retard. Les étrangers en effet n'avaient pas cessé leurs démarches. L'ambassadeur d'Angleterre avait envoyé en Egypte, sous prétexte de lui chercher des médailles, un Italien qui lui servait d'espion. Choiseul-Gouffier comptait bien faire voyager notre homme désagréablement et lui interdire tout accès auprès des beys, mais il était moins sur de pouvoir déjouer « la vigilance intéressée de l'empereur et l'activité de l'internonce » . Il n'était pas jusqu'à Venise qui n'eût mis en mouvement son nonce et ses consuls. En prolongeant son abstention, le gouvernement français s'exposait à voir la Porte céder aux instances de nos rivaux et couper court, par un nouveau firman, à l'application des traités; tandis que, placé en face du fait accompli, le sultan hésiterait davantage à compromettre, en allant à rencontre d'un état de choses établi par les beys, ce qui lui restait d'autorité en Egypte. Ne pouvait-on craindre aussi que les beys, impatients de voir s'ouvrir un commerce dont ils attendaient eux aussi de grands bénéfices, n'admissent une autre puissance aux conditions qu'ils nous avaient concédées? « 31 n'y a pas un moment à perdre, con-

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