‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 74 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

cluait Ghoiseul-Gouffier, pour profiter d'une occasion qu'il serait peut-être impossible de jamais ressaisir. » En France cependant, le ministre de la Marine perdait son temps et sa peine à lutter contre l'opposition de la Compagnie des Indes que le contrôleur général Calonne venait de ressusciter par arrêt du 14 avril 1785. Depuis cette funeste décision, le maréchal de Gastries s'ingéniait à concilier avec les exigences du commerce récemment ouvert à notre activité le monopole de la nouvelle Compagnie, qui s'étendait à la mer Rouge. Il fit appel, pour sortir d'embarras, aux lumières de Saint-Priest, de Tott, de Ghoiseul-Gouffier et de M. de Cabre, inspecteur du commerce du Levant. Le texte de l'arrêt du 14 avril 1785 était formel. Aux termes de cette disposition, le commerce d'Inde en Inde demeurait bien libre, mais l'article 7 en exceptait expressément la Chine, le Japon et la mer Rouge. Aucun espoir, par conséquent, de pouvoir faire entrer dans les opérations demeurées libres le commerce d'Inde en Egypte.

(1) Arch. Aff. élr., Turquie, 17Ï>. Choiseul-Gouffîer à Castries, 5 et 24 juillet 1785. « Il ne s'agit même pas de prouver à la Porte qu'âJ est intéressant pour elle de faciliter à ses peuples les moyens d'acquérir les produits des Indes à un prix plus modéré. Toute idée de commerce et de bien public est étrangère à un ministère aussi aveugle qu'ignorant. Il suflil de la convaincre que les chrétiens ne violent pas le territoire de la Mecque en se rendant par mer à Suez; que les l>eys, mieux éclairés sur les intérêts de l'Egypte, agissent très sagement en y appelant le commerce des étrangers, et que la France doit s'empresser daccepter une liberté qui va être offerte à d'autres puissances, si elle diffère un moment d'en jouir. « (Lettre du 5 juillet.)

« Nul négociant ne pourra donc spéculer par Suez, s'il n'y est invité positivement et en rétractation ou modification de la défense. Sans cela, ajoutait M. de Cabre, nos traités avec les beys, malgré la sanction future de la Porte, deviendraient sans effet et ne seraient que de la besogne préparée pour les Anglais. » Il serait affreux, pensait l'inspecteur, qu'un si bon ouvrage fût sacrifié à une entreprise déjà mauvaise en soi; il n'y aurait pas à hésiter, s'il le fallait, à sortir cette opération inattendue des entraves du privilège exclusif et, puisqu'elle pouvait opérer une révolution dans le système général de l'Inde, devaitelle être arrêtée par « une minutie des convenances et de l'intérêt particulier » ? De deux choses l'une, ou l'arrêt du 14 avril « serait plié à la voie de Suez » , ou il était incompatible avec elle, et il n'y avait pas à hésiter à le révoquer (l) .

L'avis qu'il eût été préférable de suivre est certainement celui qu'exprimait M. de Cabre, dans deux lettres d'une argumentation irréfutable. Personne n'en était plus convaincu que le maréchal de Gastries. Dès la conclusion des traités, il avait reçu des deux négociants marseillais que Glioiseiil-Gouffier lui avait recommandés, MM. Audibert et de Seymandi, des propositions en vue d'exploiter le commerce de l'Inde par la mer Rouge. Ces armateurs offraient « d'en-

(I) An li AU. . i. , Turquie, 172. M. de Cabre au maréchal de Gas- ! 5 h 2(1 mai 1 78.1.

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