‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 75 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

voyer dans l'Inde deux ou trois navires qui y resteraient pour faire habituellement les transports de marchandises par Suez » . « Il importe aux intérêts du royaume, pensait le maréchal, de ne pas laisser échapper une occasion unique d'ouvrir l'isthme de Suez au commerce; il est indifférent à l'État que ce soit par la Compagnie des Indes ou par une association de Marseille que le bien se fasse, pourvu qu'il soit fait; mais il est prouvé qu'il ne peut utilement s'opérer que par les négociants de Marseille, dont toutes les habitudes sont formées dans le Levant et particulièrement avec Alexandrie et le Caire (1). » Il y allait donc de l'intérêt de l'État que les deux parties fussent conciliées et, pour ce faire, M. de Castries ne voyait que deux moyens : ou que la Compagnie des Indes prît un intérêt majeur dans l'association de Marseille; ou que le commerce à exploiter fût partagé, en attribuant à Marseille tout le commerce jusqu'à Suez et à la Compagnie tous les transports de l'Inde à Suez.

Pendant qu'à Paris le ministre de la Marine s'ingéniait à trouver un terrain d'entente avec la Compagnie, à Constantinople Choiseul-Gouffier s'impatientait et se désolait de voir compromettre, par tant de lenteur, le bénéfice des traités de Truguet. L'ambassade d'Angleterre et l'internonce impérial conti-

(1) Arch. ministère de la Guerre. Mémoire du maréchal de Castries,

nuaient à prodiguer l'argent pour obtenir de la Porte ce qui ne nous avait rien coûté. Inquiet de leurs agissements, Ghoiseul-Gouffier pressait le gouvernement de prendre un parti. Informé des difficultés suscitées par l'arrêt du 14 avril, il s'ingéniait, à son tour, à en concilier les dispositions avec le commerce de Suez. Les navires chrétiens n'étant admis que jusqu'à Moka, lorsque cet arrêt a été rendu, ne pouvait-on considérer le commerce comme libre depuis ce port jusqu'à Suez, sous prétexte que le roi n'a pu donner à la Compagnie plus qu'il ne possédait? A défaut de cette échappatoire, Ghoiseul-Gouffier suggère toute une série de combinaisons et finit par proposer que le commerce de l'Inde par Suez soit purement et simplement réuni à celui de la Compagnie des Indes. Tout vaudrait mieux, à son gré, que d'ajourner davantage l'envoi d'une première cargaison, lequel devait être fait le plus tôt possible et avec toute la discrétion désirable (1).

Malheureusement la Compagnie ne pouvait se décider ni à agir par elle-même, ni à laisser agir les autres. Toute tentative pour accommoder l'arrêt du I 4 avril aux conditions du commerce par Suez se heurtait à sa mauvaise volonté et à l'opposition insurmontable de son protecteur, Galonné (2). Le contro-

(I) Ai cli. Ail. étr., Turquie, 17*3. Clioiseul-Gouilier à Castrics, 5 juillet L785.

('2) S il fini i en croire Ghoiseul-Gouffier, l'opposition de la Compa-

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