CHAPITRE V
leur général croyait sa Compagnie des Indes « la plus belle chose du monde » et se souciait peu de priver notre commerce d'un bénéfice incalculable, pourvu que le dernier mot lui restât. Vergennes lui-même témoignait quelque répugnance à se passer, pour commencer les opérations, du consentement de la Porte et doutait quelque peu de la fidélité des beys à leur parole. « Il répétera qu'il a résidé quatorze ans à Gonstantinople, qu'il connaît bien les Turcs et qu'il est plus qu'inutile de subordonner une chose décidée et commencée à une chimère » , écrit M. de Cabre, que ces lenteurs impatientent. Aussi, de guerre lasse, en vient-il lui-même à proposer, pour vaincre l'opposition de la Compagnie, de transiger avec elle et de placer sous sa dépendance la nouvelle exploitation. M. de Seymandi « prendrait l'attache de la Compagnie » , qui aurait recours à lui pour exploiter le commerce de l'Inde par Suez. La difficulté ainsi résolue, une corvette ou une frégate de l'île de France escorterait jusqu'à Suez les deux ou trois vaisseaux armés par Seymandi, et attendrait dans ce port que les marchandises fussent arrivées à Alexandrie. A la moindre
gnie et l'appui que lui prêta le contrôleur général auraient eu des causes assez louches. Plus tard, l'ambassadeur déclarera en effet que l'échec de son projet a été dû aux « plus viles intrigues des agioteurs, confédérés avec les entours du ministre des linances et les directeurs de cette ehétive Compagnie des Indes, à laquelle 1 intérêt public était si cruellement sacrifié ». (Arch. Aff. étr., Turquie, 182, 20 avril 1791.)
Ifi2 ORIGINES DÉ L'EXPEDITION D'EGYPTE
infraction commise par les beys à leurs engagements, le commandant saisirait tous les bâtiments du pays chargés de café et de marchandises pour l'Egypte et le consul déclarerait qu'on ne les relâcherait qu'après entière réparation. « Le moyen est réputé infaillible. » L'opération commerciale terminée, Seymandi présenterait ses comptes au ministre et si, comme on peut s'y attendre, la démonstration tourne à l'avantage de la nouvelle entreprise, le bon sens aura peut-être raison du fanatisme et de la routine et « l'évidence conduira à la libre exploitation ardemment et si justement désirée parle commerce (1) » .
Restait encore à mettre les deux parties d'accord. Seymandi présenta, le 6 juin 1785, au maréchal de Gastries, un mémoire (2) , par lequel il offrait de consacrer un premier fonds de trois millions au commerce de l'Inde par Suez et proposait à la Compagnie de s'unir à lui, en vue de cette opération. Il fixait ensuite les conditions de son compromis avec la Compagnie, l'intérêt qui reviendrait à chacun dans les affaires communes, le traitement que recevraient ses agents dans les comptoirs. Car l'opération projetée
(I) A i «-li Ali. rii\, Turquie, 172 M. de Cabre au maréchal de Gastries, -("> mai I 785.
| i \k li \ll étr., Turquie, 172. Mémoire sur le commerce des [ndes par la nier Rouge, par M. de Seymandi, 6 juin 17S5. Voiraussi (Turquie, 172) un mémoire <lc Seymandi aux administrateurs de la Compagnie des Indes, <|ui reproduit à peu près (es propositions du pi écédent.