‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 77 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

consistant, pour ainsi dire, dans l'exploitation d'une ligne Suez-Pondichéry, restait absolument distincte des opérations proprement dites de la Compagnie des Indes.

Ce programme reçut, dans une assemblée générale tenue le 27 août 1785, de profondes modifications. Les administrateurs ne dissimulèrent pas leur mauvaise opinion de l'opération qui leur était soumise, maintinrent leur droit exclusif à s'en charger et n'y consentirent que par condescendance envers la politique du gouvernement. Ces réserves faites, ils délibérèrent d'envoyer à Moka un bâtiment chargé de marchandises de l'Inde, qu'un autre navire transporterait à Suez, tandis que le premier effectuerait à Moka son chargement de café pour l'Europe. Enfin, « pour attacher M. de Seymandi d'une manière distinguée à son service » , la Compagnie le nomma son directeur à Marseille, avec 12 000 livres d'appointements ( I ) .

Encore, en informant officiellement le maréchal de Gastries de cette solution bâtarde, les administrateurs de la Compagnie eurent-ils bien soin d'insister sur le peu de confiance que leur inspirait l'entreprise et sur les motifs de pure déférence qui les avaient décidés à la tenter. Galonné, à son tour, renchérit sur leur appréciation, et c'est un spectacle peu commun que celui

(I) Axch. AU. (ti.. Turquie, 173. Procès-vefbal d'une assemblée de la Compagnie des Indes, 27 août 1785.

de cette Compagnie et de ce contrôleur général des Finances qui ne se résignent qu'à contre-cœur à profiter d'un avantage convoité de longue date, âprement disputé, et présentant comme un sacrifice l'exploitation d'un commerce appelé à enrichir ceux qui le feraient et accroître la richesse publique (1) .

8e contentant du peu qu'on lui accordait, le maréchal de Castries chercha à en tirer le meilleur parti possible. Puisqu'un vaisseau de la Compagnie se rendrait à Moka, un bâtiment du Roi lui ferait escorte et croiserait dans la mer Rouge, jusqu'à ce que les marchandises de l'Inde fussent arrivées à Alexandrie. Le commandant de ce bâtiment aurait ordre de se saisir de tous les navires du pays chargés de café ou d'autres marchandises à destination de l'Egypte, si, contre toute attente, Ibrahim-bey et Mourad-bey manquaient à leur engagement. Des frégates croiseraient entre Dainictte et Alexandrie pour intercepter, au besoin, le trafic de ce côté et en imposer aux Mameluks. Il s'agissait « de si bien cimenter nos traités que l'exécution la plus stricte n'en puisse jamais être subordonnée aux passions et aux caprices des différents beys d'Egypte (2) » . Tel est le plan qu'exposait le maréchal de Castries le Lr octobre 1785 dans un

(1) Arcli. AIT étr., Turquie, 173. Lettre des administrateurs de la Compagnie des Indes au maréchal de Castries. Lettre de M. de Calonne au même, 20 septembre 1785.

(2) \icli AIT < il-.. Turquie, L73. Lettre du maréchal de ('asti

an consul Mure, le 20 septembre 1785.

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