‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 78 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

magistral rapport au roi (1). En l'écoutant retracer l'historique de son entreprise, on ne se douterait pas qu'elle était alors si près de sa fin.

La Compagnie acheva en effet d'en compromettre le succès en la faisant traîner en longueur. Choiseul- Gouffier ne lui avait pourtant rien laissé ignorer de ce qui pouvait lui être utile pour réussir. Situation politique de l'Egypte; quasi indépendance des heys ; inutilité du consentement exprès de la Porte; danger qu'il y avait à réveiller ses soupçons; intrigues et compétitions étrangères à Constantinople ; nécessité d'agir vite et sans trop de bruit; parti à tirer des relations établies entre l'ambassadeur et les beys, qui se considèrent comme personnellement engagés envers lui; péril qu'il y aurait à user, sans raison suffisante, d'intimidation ou de violence : toutes les données propres à éclairer la Compagnie et à guider sa conduite lui étaient fournies par les « observations » de Choiseul-Gouffier « sur le commerce des Indes par Suez (2) » . Elle n'était pas moins complètement renseignée sur la partie commerciale et maritime de l'entreprise par un mémoire de Truguet, qui traitait du régime des moussons, du calcul des voyages, de la navigation dans la mer Rouge, de l'état des car-

(1) Arch. Aff. étr., Turquie, 173. Rapport du maréchal de Castries au Roi sur le commerce des Indes par la mer Rouge. Voir aussi (Turquie, 173) une lettre du maréchal de Castries à Choiseul-Gouffier, 20 septembre 1785.

(2) Arch. ministère de la Guerre.

faisons, du débarquement des marchandises, de leur transport au Caire et à Alexandrie (l) .

Bien qu'elle fût en possession de tous les éléments nécessaires au succès de son entreprise, la Compagnie ne se déclara pas encore satisfaite. Elle commença par réclamer une série de garanties aussi impossibles à obtenir de la Porte que dépourvues d'utilité pratique : un passeport pour son vaisseau, le Colonne; un firman pour son agent à Moka, M. de Montcriff; des lettres du sultan pour le gouverneur de Moka et pour le schérif de la Mecque. Gboiseul-Gouffier se récria, objectant l'inutilité de pareilles mesures (2); l'Arabie, fit-il observer, est à peu près indépendante; la Compagnie, déclara Vergennes lui-même, généralement enclin à approuver ses scrupules, en sera réduite à s'ouvrir les ports de la mer Rouge par des moyens qui manquent rarement leur effet en Orient. Les

(1) Nous n'avons pu retrouver ce mémoire auquel fait allusion Choiseul-Gouffier, dans ses « observations » citées plus haut. Nous pensons que ces indications de Truguet devaient former la deuxième partie, aujourd'hui perdue, d'un mémoire dont La première partie subsiste dans les archives de la Guérie et dont nous aurons l'occasion de parler plus loin.

(2) Areh. AIT. étr., Turquie, 173. Choiseul-Gouffier à Castries, M) octobre 1785. « La Porte, dont l'autorité dans cette partie de l'Arabie a toujours été très précaire, l'a perdue entièrement depuis l'année 1033 de l'hégire, c'est-à-dire depuis environ cent ans. Presque tout ce pays est aujourd'hui soumis h un prince souverain de la tribu ou seeie des Zeidigée, lequel prend le titre d'iman «lu Yémeu ci reconnaît même à peine la suprématie spirituelle que les empereurs ottomans s'arrogent en qualité de khalifes sur tous les princes mahotnétans. »

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