‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 79 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

administrateurs demandèrent alors communication des traités de 1785 : le ministre la leur refusa, dans la crainte qu'ils ne commissent des indiscrétions au profit de la Compagnie anglaise (1). Telle est la défiance qu'ils avaient su lui inspirer!

Dès ce moment, Vergennes était assez édifié sur la mauvaise volonté de la Compagnie pour douter qu'on pût en venir à bout. » La compagnie, écrivait-il à Choiseul-Gouffier, a trop peu de fonds pour embrasser autant d'objets; en second lieu, je doute qu'obligée d'employer des agents peu expérimentés, elle puisse, sans risque, tirer parti de la facilité que vous lui avez procurée (2). »

Mais tout le monde ne se résignait pas aussi facilement que Vergennes à l'échec d'une entreprise sur laquelle on avait fondé de si grandes espérances. La résurrection de la Compagnie des Indes par l'arrêt du 14 avril 1785 avait suscité de véhémentes protestations de la part des chambres de commerce de Guyenne et de Marseille. L'opposition qu'elle mit à l'initiative de Seymandi et sa répugnance manifeste à utiliser pour son propre compte la route de Suez

(1) Arch. Aff. étr., Turquie, 173. Le maréchal de Castries au contrôleur général Calonne, 22 décembre 1785 : « Le peu de valeur qu'elle attache à cette entreprise, l'opinion qu'elle en a témoignée, ses liens avec la Compagnie anglaise, l'intérêt que peut avoir celle-ci à se procurer ses actes, la nôtre ne mettant pas assez d'importance et de suite à les lui celer, rendraient cette communication dangereuse. »

(2) Arch. Aff. étr., Turquie, 174. 8 janvier 1786.

vinrent à point pour fournira ses adversaires un éclatant exemple des entraves que son privilège exclusif pouvait mettre au commerce national. Aussi ne se firent-ils pas faute de l'exploiter contre elle. Dans des mémoires (1) adressés à la cour, les chambres de commerce de Guyenne et de Marseille tirèrent argument de cet exemple pour réclamer la révocation de l'arrêt du 14 avril et la suppression de la Compagnie. Elles dressèrent le bilan des bénéfices que son inconcevable incurie faisait perdre à la France et montrèrent, à l'aide de chiffres et de statistiques, que, pendant le temps où le commerce de l'Inde avait été libre, c'est-à-dire de 1769 à 1785, l'initiative privée avait expédié plus de navires aux Indes, exporté et importé plus de marchandises que l'ancienne Compagnie, à l'époque de sa plus grande prospérité. Les administrateurs ayant jugé à propos de riposter à ces attaques, s'attirèrent la sévère réplique aux observations des administrateurs delà compagnie des Indes, à la rédaction de laquelle l'abbé Morellet prit une part importante.

Après avoir épuisé tous les moyens dilatoires, la Compagnie n'avait cependant pu faire autrement que de décider l'armement d'un vaisseau, le Prince de Condé . Mais elle mit si longtemps à l'armer que, lorsqu'il fut en état de prendre la mer, les

(I) Anli chambre de commerce, Marseille.

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