‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 81 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Il était encore possible, si la Compagnie l'avait voulu, de réparer les fautes commises et de rattraper le temps perdu. Si nous n'avions pas su profiter des traités de 1785, du moins aucune autre nation n'en avait-elle obtenu le bénéfice et ne s'en était-elle approprié les avantages. Les Anglais ne s'étaient pas fait faute d'intriguer pour y parvenir. Mais il ne semble pas que les agissements de leur consul, aidé d'un négociant vénitien, Rosetti, qu'ils avaient intéressé à leur cause, eussent abouti à un résultat pratique. Les Autrichiens étaient allés plus loin encore. L 'internonce avait envoyé un émissaire en Egypte pour prier les beys de faire participer ses nationaux aux conditions obtenues par les Français et la cour de Vienne avait eu le front de demander à la cour de Versailles le concours de son ambassadeur et de son consul. Mais Vergennes avait éludé la réponse et l'internonce en avait été pour ses frais (1) . Notre situation restait donc intacte et il dépendait encore de la Compagnie de s'en prévaloir. Malheureusement, celle-ci compromit encore une fois l'effet des garanties obtenues par Magallon. Elle avait annoncé, le 20 juin 178G, que la première expédition de l'Inde à Suez serait faite par M. de Moracin (2). Ce n'est que

(1) Arch. Aff. étr., Turquie, 174. Vergennes à Choiseul-Gouff'îcr, 8 janvier 1786.

(2) Arch. Aff. étr., Turquie, 174. Lettre des administrateurs de la Compagnie des Indes au maréchal de Caslries, 20 juin 1 786.

le 27 octobre 1788 que Magallon informe le ministre de l'arrivée de cette cargaison à Moka, où elle fut retenue longtemps (1). Le 29 mars 1789, arriva enfin à Suez le navire de la Compagnie des Indes, le Prince de Condé. Magallon put encore le faire recevoir et en faire transporter la cargaison au Caire, où il la fit vendre avantageusement (2) . Mais tant de lenteurs avaient fait passer le moment où la France aurait pu introduire son pavillon dans la mer Rouge.

Moins incapable que la Compagnie, le gouvernement avait essayé de faire tourner au profit de sa correspondance avec l'Inde la faculté dont cette néfaste Société n'avait pas su faire bénéficier le commerce français. En novembre 1787 arriva au Caire un officier nommé Martin de Montcamp, chargé de dépêches pour le gouverneur de Pondichéry. Le consul d'Angleterre remua ciel et terre pour mettre obstacle à son passage et obtint que le lieutenant d'Ismaèl-bey donnât au commandant de Suez l'ordre de l'arrêter. Magallon réussit toutefois à faire révoquer cet ordre et, moyennant quelques présents offerts à Ismaël et à son lieutenant, le messager put passer à Suez où il s'embarqua pour Djeddah, sur un bâtiment égyptien (3) .

(1) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire, 27 octobre

(2) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire, 6 juin 1789.

(3) Ai cli. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire, lettres de

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