‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 83 sur 173 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La Russie cherche querelle à la Turquie. — Ouvertures de Poterakinc à Ségur au sujet d'un partage. — Appel d'un Cretois transmis à Louis XVI par Breteuil et réplique de Vergennes. — Intrigues russes en Egypte. — Propositions de Baldwin au gouvernement anglais, 1785. — Voyage de Catherine II en Tauride, 1787. — Guerre turco-russe. — Mort de Vergennes. — Proposition de Lauzun à Montmorin. — Objections de Montmorin et réplique de Lauzun. — Appréhensions des ministres de Louis XVI. — Nouvelles intances de Lauzun. — Impuissance du gouvernement.

Tandis que la question de Suez mettait aux prises, à Versailles, le ministre de la Marine et la Compagnie des Indes, un nouvel orage, déchaîné sur l'Orient, avait ramené à sa suite l'obsédante alternative de la protection ou du partage de l'empire ottoman.

La Russie n'avait pas laissé les Turcs jouir longtemps de la tranquillité si chèrement achetée en 178i. Dès l'année suivante, elle remettait leur patience à l'épreuve par une succession ininterrompue d'exigences : « C'était tantôt au sujet des Tatars du Kouban ou des Zaporogues réfugiés en Turquie, accusés d'avoir ravagé le territoire russe; tantôt au sujet des Lesghis du Caucase, autres maraudeurs de frontières, qu'on disait poussés en avant et soutenus par

le pacha d'Achalzig (1). » Autant de griefs, autant de prétextes inventés ou grossis pour les besoins de la cause. Par contre, la Porte n'avait que trop de raison de se plaindre que la Russie laissât ses consuls se transformer en agents provocateurs et fît parcourir par des émissaires secrets les provinces qu'elle convoitait.

A peine la curée s'annonçait-elle, que la France fut invitée à en prendre sa part. Au moment où Ghoiseul-Gouffier signalait de Gonstantinople ce retour offensif de la Russie, Ségur transmettait de Péters-. bourg le récit d'un entretien qu'il avait eu avec Potemkine. « Si votre maître voulait, lui avait dit le favori de Catherine II, croyez-vous qu'il ne serait pas bien facile de refouler les barbares en Asie et de nous partager à deux la Turquie, la Grèce, l'archipel et l'Egypte (2)? »

Peu de temps avant que cette insinuation parvînt à Versailles, avait retenti aux oreilles de Vergennes un appel parti d'un des points mêmes où il avait été question de planter le drapeau français.

Le 12 juin 1785, le baron de Breteuil, le même qui avait servi de patron à la candidature de Choiseul-Gouffier et de parrain à son premier essai diplomatique, avait remis à Vergennes un mémoire, dans

(I) Choiseiil-Gouffier, par Léonce Piiscaud.

(!) Léonce Pingaud, op. cit. Ces ouvertures de Potemkine à Ségur m placenl cm juillet 1 785.

Page 1