CHAPITRE VI
n'est pas du goût de Lauzun : la cession des Pays-Bas serait le prix de sa neutralité. « Je ne puis sans frémir, écrit Lauzun, envisager les suites funestes d'un tel partage. N'en doutez pas, monsieur le comte, l'Angleterre, à qui l'alliance de la Hollande est si importante et si nécessaire, ne souffrira pas que vous ayez ainsi un bras levé sur elle. » G est donc la certitude d'une guerre avec l'Angleterre et, probablement aussi, avec la Prusse, qui fera sans doute cause commune avec nos ennemis. Et Lauzun conclut en renouvelant son invariable conseil : « Puisque nous ne pouvons défendre les Turcs, il faut partager celles de leurs possessions qui nous conviennent le plus, sans nous exposer à une guerre que nous ne pouvons soutenir, renoncer aux Pays-Bas qui, entre les mains de l'Empereur, répondront bien plus de lui que s'ils nous appartenaient, et consolider ce partage en y admettant la Prusse et l'Angleterre. »
Il n'était pas plus question, à Versailles, de chercher une compensation aux Pays-Bas qu'en Egypte. Une politique extérieure à larges vues cadrait de moins en moins avec les tendances comme avec les moyens du gouvernement : les embarras financiers et l'effervescence publique le paralysaient; l'assemblée des notables avait été impuissante à dissiper les uns et à apaiser l'autre, et déjà se manifestait dans le pays l'agitation qui devait aboutir à la convocation des États généraux. Ces difficultés croissantes lais-
saient-elles à Montmorin d'autre ressource qu'une politique expectante"? En tout cas, il ne le crut pas. D'effacement en effacement, il en viendra à se cantonner dans une attitude passive, dans un rôle de témoin, poursuivant avec la Russie une discussion académique sur les conditions dune alliance dont la guerre actuelle resterait exclue, renonçant d'autre part à procurer à la France la médiation dune paix qu'il n'espérait plus de ses efforts.