‹ Les origines de l'histoireChapitre 11 sur 20 · I. GÔeEr · texte numérisé non relu

I. GÔeEr

Gômer est encore mentionné dans Ezech., xxxvin, 6, avec « toutes ses hordes, » kdl agapéyäh, comme le peuple situé à l'extrême nord, yarkethô çaphôn. L'opinion presque universellement adoptée des com-

(1) Sur celle-ci, en outre des études générales du chapitre x, citées plus haut, p. 301, note 2, voy. J. von Gœærres, Die Jafetiten und îihre Heimath Armenien, Munich, 1844; Bergmann, Les peuples et la race de Jafète, Strasbourg, 1853; Kiepert, Ueber die geographische Stellung der nœrdlichen Lœnder in der phæœnizischenhebrœischen Urkunde, dans les Monatsberichte de l'Académie de Berlin, année 1859; De Lagarde, Gesammelte Abhandlungen,

Leipzig, 1866, p.254 et suiv.; A. Maury, dans le Journal des Savants, avril, mai et juin 1869.

mentateurs et des érudits des deux derniers siècles identifie ce nom à celui des Kmpénoe des écrivains classiques (1). Il est déjà question de Cimmériens dans la poésie homérique (2), mais sous des traits absolument fabuleux, exagérés encore par les écrivains postérieurs (3). Pour ceux-ci, leur position géographique est très-douteuse (4), et l'on ne saurait les identifier avec certitude aux Cimmériens proprement historiques (5), les seuls auxquels on puisse penser à propos du Gômer biblique.

C'est à Hérodote (6) et à Strabon que nous devons ce que nous savons de positif sur l’histoire et les migrations des Cimmériens. Ils occupaient très-an-

(1) L'histoire de ce peuple, avec les questions fort obscures encore qu’elle soulève, a fait l’objet d’une dissertation de Th. S. Bayer, De Cimmeriis, dans le tome II de l’ancienne collection des Mémoires de l’Académie de Saint-Pétersbourg, et a de nos jours été traitée spécialement, avec une grande érudition, mais d’une manière singulièrement confuse, par Roget de Belloguet, Ethnogénie gauloise, t. IV, Les Cimmériens, Paris, 1873.

(2) Odyss., À, v. 13-19.

(3) Ephor., fragm. 45, dans les Fragmenta historicum graecorum de CG. Müller, t. I, p. 245 ; Plutarch., De superstit., 10.

(4) Roget de Belloguet (ouvr. cit., p. 4-10) et M. d’Arbois de Jubainville (Les premiers habitants de l’Europe, p. 157) les assimilent aux Cimmériens d’'Hérodote et de Strabon, et les placent de même dans la Chersonnèse Taurique ou Crimée. M. Ch.-Ém. Ruelle a très-habilement groupé les raisons, d’un poids considérable, qui le . contredisent (Les Cimmériens d’Homère, Paris, 1859).

(6) M. Maury (Journal des Savants, 1869, p. 232) se prononce résolument contre cette identification, de même que M. Ruelle.

(6) Pour la critique des récits d'Hérodote sur les invasions cimmériennes en Asie-Mineure, voy. Mannert, Geograph., 2 édit., t. IV, p. 119; Max Duncker, Gesth: d. Alterth., & édit., t. Il, 0. 32% et suiv. .

AS

ciennement toute la Scythie d'Hérodote (1), où l'on signale dans l'intérieur des terres un canton appelé d'après eux Kewspin (2) et des oppida Cimmeria (3), le pays au nord du Pont-Euxin et celui au nord-est du Palus Méotide, appelé quelquefois d’après eux. mars CGimmerium ou paludes Cimmeriae (4), et sur lequel se trouvait de ce côté une ville de kpuspic (5) ou Cimmerium (6) et Un Kiunépwv dxpoi (7). Le centre de leur puissance était dans la Chersonnèse Taurique, où ils laissèrent, après en avoir disparu, leurs traces dans le mont Kuépov (8) et dans la ville homonyme (9), bien que l'appellation moderne de cette péninsule, Qrêm chez les peuples musulmans (10), Crimea ou Chirmia chez les Italiens du Moyen-Âge, d'où nous avons fait notre Crimée, ne vienne pas, comme quel-

(4) Herodot., 1v, 11; cf. 1v, 99 et suiv.

(@) Herodot., 1v, 12.

(3) Pomp. Mel., 11, À,

(&) A. Gell., Noct. attic., xvUI, 8j Macrob., Saturn., vir, 19; Claudian., In Eutrop., 1, v. 249.

On appelle aussi quelquefois le Pont-Euxin mare Cimmerium ou pontus Cimmericus (Claudian., Laud. Stilich., 1, v. 429; Oros., Hist., 1, 2), de même que les écrivains arabes le qualifient de Ba’hr-el-Qrim (Aboulféda, Tab. geogr., ed. Wüstenfeld, p. 29, 31 et 49; cf. Schultens, Index geogr. ad vit. Salad., 8. v. Rumæorum provincia).

(5) Scymn., v. 896 et suiv., dans les Geographi graect minores de

CG. Müller.

(6) Plin., Hist. nat., vi, 6; Pomp, Mel. 1, 49,

(7) Ptol., v, 9, 5.

(8) Strab., vir, p. 309.

(9) Strab., xt, p. 494; Ptol., x, 6, 5.

(10) Gherym chez les Tcherkesses : Klaproth, Voyage au Gaucase, t. I, p. 385; t. Il, p. 378; Busching, Geogr. univ, trad. franç., t. IE, p. 90.

LE TABLEAU BTHNÜGRAPHIQUE DE LA GENÈSE. 905 ques-utis l'ont cru (1), dé xumnépir, mais du mot tatür qgtim, « châtesu, fortbresse, » localisé dans lu ville d'Esky-Qrini, qui fut un temps lu capitale dt pays (D). C'est de cette atitique ôccubation par le peuple des Cimmériens que provient l'appellation du Bérépos Kuspisus (6), débouchant daris 18 waves Kiss (4) par les mepôuim Russie (D), tandis que 14 lahgus de tetre qui réunit la presqu'ile au euntinoht ét l'étss Kiwis (6). Après avoir longtemps dottiiné Buf Ce contrées, ils en furent chassés pur l'invasion des Seythes (7). Hérodote prétètid qu'ils leür abandon. nèrent satis combat tous les payÿs qu'ils habitaient, sans exception (8). Pourtatit il setible que dans lu Ghersonnèse Taurique les Cimimériehs rébistèrénit et se maintinrent plus longtemps qu'ailleurs (9), ët qu les Kinpisia rstyte d'Hérodote (40), la ligne dé fürtificas tions formatit l'isthme, dont nous parlé auisi tra: bod (14), furent élors erdés par eux pour éssuyer

(1) Cest Gé qu'adméttent encore Knobel (Væikeñtafel, p. 94 et Rôget dd Bélléguét (Ldë C'iminéridng, p. %).

(3) Busuhing, Géogr, univ., trad, fran@, t, HI, p. 43; Néumanñ, Die Vœlker des südlichen Rüsslands, p. 7.

(3) Herodot., 1v, 12 et 100; Polyb., 1v, 39; Strab., xt, P- 494; Plin., Hist. nat., 17, 24.

6 Strab., vi, p. 309; Steph. Byz., v. Béomropos.

) Hétédot., 1v, À el 48.

(6) Æschyl., Prometh., v. 729 et Süiv.

(D) Strab., XI, P- 494,

(8) rv, TA

(8) D'arbols de à übainvillé, Prémiers habiiänise de l’Europe, p. 165 ét suiv.

(41) xx, p. 464.

d'arrêter les Taures, le peuple scythique qui finit par se substituer complètement à eux dans cette contrée (1). Hérodote (2) raconte aussi que les Cimmériens, émigrant devant l'approche des Scythes, gagnèrent l’Asie-Mineure septentrionale par la voie de terre, en longeant le littoral du Pont-Euxin et en passant par le pied du Caucase, et qu'ils vinrent y former leur premier établissement, dans les cantons de la Paphlagonie autour de Sinope. Les érudits modernes ont fait remarquer l'invraisemblance de cet itinéraire et ont relevé des probabilités considérables pour que la migration forcée des Cimmériens en Asie-Mineure se soit opérée en franchissant le Danube, en passant par la Thrace et en traversant d'Europe en Asie par le Bosphore ou par l’Hellespont (3). Quoi qu'il en soit de ce point, 1l est certain qu’il y eut un temps où ce peuple occupa la plus grande partie du nord de l’Asie-Mineure, depuis la Troade (4) et la ville d’Antandros en Mysie, qui s’appela une certaine époque Cimméris, après s'être appelée d'abord Édonis (5), jusqu’au pays de Sinope (6), en passant par la Bithynie, où on signale leur occupation (7). Certains

(1) Strab., vis, p. 308 et 311.

(8) A. Maury, Journal des Savants, 1869, p. 220 ; D'Arbois de Jubainville, ouvr. cit., p. 158 et suiv.

(&) Strab., xxx, p. 586.

(5) Aristot. ap. Steph. Byz., v. Avravèpoc; Plin., Hist. nat., v, 32.

(6) Sur l'occupation de ce pays par les Cimmériens, voy. encore Scymn., v. 941-952, dans les Geographi græci minores de C. Müller.

(7) Arrian: ap. Eustath. ad Dionys., Perieg., v. 322.

chronographes placent vers 784 avant J.-C. la première

apparition des Cimmériens en Asie-Mineure (1). Il est, en tous cas, certain qu'avant le milieu du VIII siècle ils occupaient les environs de Sinope, car la première colonie milésienne établie en ce lieu, sous la conduite de Habrondas (2), fut détruite par les Cimmériens presque aussitôt que fondée (3); mais entre son établissement et sa ruine elle avait eu déjà le temps d'essaimer à Trapézonte, que l’on qualifie de colonie de Sinope (4), et dont les meilleures autorités placent la fondation en 756 (5). En même temps, le second établissement des Milésiens à Sinope (6), celui qui fut conduit par Côos et Crêtinés (7) ou par Critias de Cos (8), — on hésite entre les deux versions, — et qui réussit définitivement, date de 629 (9), et quand il se fit les Cimmériens étaient encore dans le pays (10).

(1) Oros., Hist., 1, 21.

(2) Sur la vraie leçon de ce nom, corrompu dans les manuscrits, voy. Meineke, Ad Steph. Byzant., p. 571.

(3) Scymn., v. 947 et suiv., ed. C. Müller.

(4) Xenoph., Anabas., 1V, 8, 2; Arrian., Peripl. Eux., 1; Steph. Byz., v. Toareboÿs.

(5) C’est la date que donnent la Chronique d’Eusèbe et le Syncelle (p. 212). Voy. R. Rochette, Histoire des colonies grecques, t. III, p. 171 et suiv.; Clinton, Fasti hellenici, t. I, p. 156 et 206.

(6) Xenoph., Anabas., v, 9, 15; Diod. Sic., x1v, 31; Strab., x11, p. 5%; Arrian., Peripl. Eux., 21.

(7) Scymn., v. 949, ed. C. Müller.

(8) Eustath. ad Dionys., Perieg., v. 772; Steph. Byz., v. Zuwomn.

(9) C'est la date de la Chronique d’Eusèbe, où l’on doit corriger Sinope, au lieu de Sidon ; celle de saint Jérôme place le même fait un an plus tôt, en 630. Voy. R. Rochette, t. JL, p. 330; Clinton, t. I, p. 206.

(40) Scymn., v. 652, ed. C. Müller.

Ainsi fisés dans la Bithÿnie et la Paphlagonie, les Gnérienss pendant une période d'utis cehtaine d’années (1), toute là durée du VII siècle avant notre ère, ravagèrent l’Asié-Miheure occidehtale par uné série d'ineursions incessantes, Après la Paphlagonie, c'est sur la Phryge qu'ils s6 jetèrent d'abord, et léurd succès y ameonèrent un roi du ñom de Midas à s'ems poisonnet dé désespoir (2), événement que la Chrôs niqué d'Eusèbe rapporte à l’année G95 (3). La Lydié et l’Ionie furent ensuité soumises à leurs coups: Ils prirent deux fois Sardès (4), à trenté ans de distance, la première fois quand Ardys Occupait le trône dé Lydie (5) et quand vivait le poète Callinos, le Tyrtéé des cités grecques de l'Ionio, qui parlait dans sés vers de l'approche des Cimimériens (6). Vurs 055 vu 659, ils ruinèrent Magnésie du Méandre, désastre doi Archiloque fut témoin (7). Leur roi Lygdamis (8), au-

(à) C’est la durée qu’Aristots (ap: Steph. Byz., v. Avtavb o8t) dignait à leur occupation d’Antandros,

(2) Strab., 1, p. 61.

(8) IL est encore question de l'invasiof des Cimmériens eh Phrygie, à propos des immenses approvisionriéments de graitis qu’ils trouvèrent dans les silos de Byassos (Steph: Bÿs., U: Ébnraë):

(&) Strab, tttt, p. 097:

(5) Herodot.; 1, 46.

(6) Strab., xiv, p. 648.

(7) Strab., x1v, p. 647.

Auparavant Magnésie avait été déjA l’objet d’urié prémiéré attaque des mêmes baïbares, au commencément du siéclé, éar bit racotite que Candaule, toi dé Lydië, acheta une peintre de Bularchos, représentant un combat des Magnésietis et des Cimmériéris (Plin., Hist. nat,, vx, 8; XXxv, 8).

(8) M. À. Maury (Journal des Savants, 1869, p. 220) voit dans te nom l'indice de ce que des Carieté s'étaient alors aséociés aux

teur d'un des sacs de Sardes (1), se jeta ensuite sur Éphèse. Hésychios (2) prétend qu'il y brûla le temple d’Artémis ; mais Callimaque (3), d'après la tradition sacrée, affirme au contraire que les traits de la déesse protégèrent sa ville favorite, et que de cette multitude dont les chars couvraient les bords du Caystre, égale en nombre aux sables de la mer, ni son chef, ni aucun homme ne revit sa patrie. Ce n'est point toutefois sous les murs d'Éphèse que succomba Lygdamis, Car nous savons qu'il s’avança jusqu'en Cihcie, où 1l périt (4). Le dernier grand roi des Cimmériens ravageurs de l’Asie-Mineure fut Côbos (b), que Strabon (6) n'hésite pas à citer parmi les plus redoutables conquérants, à côté de Sésostris ot de Madyés, le vainqueur du Mède Ouvakhsatara (Gyaxare), le roi du chef de ces Scythes qui pendant vingt-huit ans, à la fin du VII siècle, dominèrent sur l'Asie antérieure (7). C'est par Madyés qu'il fut vaincu (8). Un peu plus Cimmériens pour ravager l'Asie dé compte à démi. La seconde ptise da Nardès était attribuée par Calliéthèné (äp. Btrab.; Hifi, p. 697) à ung coalition de Lyoiens afeo les Trorés Ciminériens,

(4) Strab., 1, p. 61.

() Ÿ. AtyBajus.

G) Hymn.. in Dian., v. 961 et Suiv:

(4) Sirab., 1, p. 61; cf. Plutarch., Mar. 41.

(5) Pape (Wértérb. d. griéch. Eigennamen, éd. Bensélér, aü mot Kâ66e) et M, A. Mäüry (Jbimnai dés Savants, 1889, p. MU) rétiiite quent justement que ce nom peut être en réalité un titre de chef, dérivé d’un radical aryen bien connu.

(7) Hérodote (1, 408) lé horñime aussi Madyés:

(8) Strab., r., p. 61. Quand Médy6s, dans la phrase qui énonté 68

fait, est qualifié dé « roi dés Cimmériëns, # il est évident que d'ést le résultat d'uns erteur 46 copiste Gui a votrothpt \s text.

tard, Alyatte, roi de Lydie, acheva l’anéantissement des Cimmériens (4), qui désormais disparaissent de l'histoire.

La réalité de ces invasions des Cimmériens en Asie- Mineure est attestée aujourd'hui d'une manière absolument positive par des documents contemporains, dans les inscriptions cunéiformes. Elles donnent au nom des Cimmériens la forme Gimirrai (2), laquelle vient justifier complètement le rapprochement entre Keupénor et le Gômer biblique, en montrant du même coup que c'est bien aux incursions cimmérennes du VIF siècle que fait allusion le verset xxxvm, 6, du prophète Ye’hezqél, où Gômer est mentionné.

La première mention se lit sur le prisme d'Asschoura’h-iddina (3), lequel occupa Ie trône d’Assyrie de 681 à 669. Il s’agit d'événements dont la date n'est pas précisée, mais qui appartient aux premières années du règne.

« Teouschpa de Gimirraï, nomade dont le lieu est lointain, dans le pays de Houbouschna avec toute son armée je l'ai abattu par les armes. J'ai foulé aux pieds la nuque des peuples de ’Hilakki et de Douha, habitants des montagnes boisées voisines du pays de Tabal, qui s'étaient fiés à leurs montagnes et depuis longtemps ne s'étaient pas courbés sous mon joug.

(1) Herodot., 1, 16.

(2) Norris, Assyrian dictionary, p. 182; Finzi, Ricerche per lo studio dell’ antichità assira, p. 422 ; E. Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 157-162.

(3) Col. 2, 1. 6-21 : Cuneif. inscr. of West. Asia, t. I, pl. &5; t. IL, pl. 16, col. 3; E. Budge, History of Esarhaddon, p. 42 et 44.

J'ai assiégé, pris, pillé, dépouillé, détruit et brûlé par le feu vingt et une villes fortes et les petites villes de leurs frontières. Quant au reste d’entre eux, ceux qui n'avaient commis ni péchés, ni blasphèmes, je leur ai imposé le poids du joug de ma seigneurie (4). » Le pays de ‘Houbouschna n'est mentionné dans aucune inscription connue. On en ignore donc la situation précise (2). Mais notre texte indique qu'il se trouvait au nord de la Cilicie, ‘Hilakku, qui fut atteinte par le roi d’Assyrie dans le cours de la même campagne, vers les cantons où elle touchait au pays de Tabal, c'est-à-dire à la partie orientale de la Cappadoce, au-delà de l’Anti-Taurus, ainsi que nous le montrerons un peu plus loin, à l’article de Toübâl. La seconde mention des Cimmériens dans les documents cunéiformes appartient au règne d’Asschourbani-abal (668-626) et à la période de ses quinze premières années. Elle a trait aux événements mêmes dans lesquels Hérodote (3) place la prise de Sardes sous Ardys, roi de Lydie. Et le récit assyrien vient ici confirmer de la manière la plus frappante les faits rapportés par l'historien d’Halicarnasse, dans tout ce

(1) Teuspa Gimirrai — çab manda $a asarsu rüqu — ina irçit ’Hubusna — adi gimir ummanisu urabbis ina kakki. — ukabis (var. akbus) kisudi (var. kisadi) nisi "Hilakki — Du’ua asibut ’har- Sani — $a dihi Tabal — $a eli Sadisunu ittaklu ma — ultu ume pani la iknusu ana niri — XXI erisunu dannuti — adi eri céhruti $a limetigunu — alme ak$ud aslula sallatsun — abbul aggur ina isati akvu. — situtesunu $a ’hilfe u quilultam la i$û — kabtu nir belutiya emidsunuti.

(2) Schrader, Keilinechriften + und Geschichtsforschung, p. 520.

nn.

qu'ils ont d'essentiel, si d'un autre côté 1l cadre difficilement avec le système de sa chronologie lydienne et oblige à la modider assez considérablement (1).

On en possède trois versions que nous traduirons ici successivement.

A. Prisme décagone rédigé postérieurement à 647 avant J.-C. (2) et connu sous la désignation de cylindre À, col, 5, 1. 5-4 (6). —- Nouveau prisrhe décagone, col. 2, 1. 95-195 (4) (le texte y est identique et remplit les lacunes du cylindre À) :

« Gougou (Gygés), roi de Louddi, district où l’on franchit la mer (5), lieu reculé dont les rois mes pères n'avaient pas entendu prononcer le nom (6), reçut en songe la révélation de la gloire de ma royauté puissante (var, de mon nom) par Asschour, le dieu mon créateur, en ces termes : x Prends le joug . « d’Asschour-ani-banal, roi d’Assyrie, et en prononçant « son nom, capture tes ennemis, » Le jour même où

(1) Voy. le remarquable travail de M; Gelzer, Das Zeitalter des Gryges, dans le Rheinisches Museum für Philologie, nouv. sér., t: XXX, p. 290-268.

(2) G. Smith, History of Assurbanipal, p. 1 et 78.

(3) Cuneif. inser, of West. Asia, t. I, pl, 49; G. Smith., History of Assurbanipal, p. 64-68.

(4) Cuneif. inecr. of West, Asia, t: V, pl. 4;

(6) C'était la, en effet, qu’aboutissait la grande route royale dé l'Asie antérieure (Kiepert, Monatsber. der Berlin, Akademie, 1861, p. 13 et suiv.) et que devaient s’embarquer ceux qui, veriant de l’Assyrie, voulaient passer en Europe.

(6) M. Gelzer remarque avec raison que Seharrou-Kinou emploid les mêmes termes en parlant des rois de Cypre, dans la grande inscription du palais de Khorsabad, dite des Fastes, L. 146 et buiv.

il eut vu ce songe, il envoya son messager pour implorer ma paix. Ce songe qu'il avait vu, il en transmit la nouvelle par les mains de son envoyé, et celui-ci me le répéta, à moi. À dater du jour même où 1l prit le joug [de ma royauté], les Gimirraï, désolateurs des peuples de son pays, qui n'avaient pas eu crainte de mes pères (1), et qui, à mon égard, n’avaient pas pris le joug de ma royauté, il les captura avec l'aide d’Asschour et d'Ischtar, les dieux mes maîtres. Entre les chefs de villes des Gimirraï qu'il avait capturés, il enchaîna avec des ceps, des chaînes de fer, des liens de fer deux chefs de ville, et en compagnie de ses offrandes considérables il les fit conduire jusqu’en ma présence. |

« Son messager, qui avait fidèlement rempli son office en implorant ma paix, il se eomplut à Le démentir, parce qu'il n'observa plus le commandement d’Asschour, le dieu mon créateur. Il se confia à sa propre puissance, et il endurcit son cœur. Il envoya les forces comme auxiliaires de Pischamelki d'Égypte (var, roi d'Égypte) (2) qui avait rejeté le joug de ma

({ÿ Les Cimmériens défiaient donc depuis deux générations au thoins la puissance de l’Assyrie. |

(2) Malgré jes contéstations de M. Oppert (Journal astafique, 6e série, t. XIX, p. 112), c’est bien ainsi qu'il faut lire et traduire avec G. Smith. C’est ce qu'ont montré M. Gelzer (Rheïhisches Museum, nouv. sér., t. XXX, p. 233) et M. Ë, Schrader (Keilinéchrifien und Geschichisforschung, p. AS et 528). Si dans quelques exeinplaires, entre autres sur le nouveau prisme décagone, le scribe a écrit Tu-Sa-me-1i-ki au lieu de Pi-sa-me-il-ki, cette faute tient à ce qu’il s'est mépris sur la lecture du nom écrit dans Îe texte qu'il avait À copier, le signe pt ayant en même temps la valeur polyphe-

seigneurie. Moi je l'appris et j'invoquai Asschour et Ischtar en ces termes : « Qu'en présence de ses « ennemis son cadavre soit étendu, et qu’ils emmènent « prisonniers ses serviteurs (?)! » Telle que j'avais présenté la requête à Asschour, il l’accueillit. Devant ses ennemis son cadavre [de Gougou], fut étendu et ils emmenèrent prisonniers ses serviteurs (?). Les Gimirraï que par la gloire de mon nom il avait foulés aux pieds sous lui vinrent et dévastèrent tout son pays.

« Après lui son fils s’assit sur son trône. L'œuvre de malheur par laquelle, à l'élévation de mes mains (1), les dieux mes protecteurs avaient porté la destruction en face de son père, par les mains de son envoyé il m'en transmit la nouvelle, et il prit le joug de ma royauté en ces termes : « Tu es le roi que reconnaît la « divinité ; mon père s’est éloigné de toi et il a amené le « malheur devant lui ; pour moi, je suis ton serviteur . « craintif et le pays de mon peuple tout entier suit la « voie de ton obéissance (2). »

nique de tu. On en connaît des exemples formels. La transcription Pisamelku prouve, du reste, que les Assyriens avaient mal entendu le nom égyptien Psametik et l'avaient confondu avec les noms phéniciens se terminant en milki, comme Abi-milki, A’hi-milki, Yaœ’hi-milki, etc., dont la véritable vocalisation nous est révélée par les documents cunéiformes.

(1) À ma prière.

(2) Gugu (var. Guggu) Sar Luddi — nagü $a nibirti tamti a$ru rüqu — Sa Sarräni abiya la iSmü zikri Sumi$u — nibit Sarrutiya kabti (var. Sumiya) ina Sutti usabri ma A$sur ilu banua — umma : nir Assur-bani-abal $Sar AS$$ur — cabat ma ina zikir Sumisu kusud nakirika. — umu Sutta annitam emuru — rakbusu ispuru ana sa'al Sulmeya. — sutta annitam $a emuru — ina qatà abal Siprisu ispuramma usann& yâti. — ultu libbiume 8a icbatu nîr Sarrutiya

Ce récit est le plus étendu et le plus complet. Les autres ne parlent pas de la mort de Gygês et de l'avènement d'Ardys.

B. Prisme octogone rédigé antérieurement à 647 et connu sous la désignation de cylindre B, col. 9, 1. 86-94, et col. 3, 1. 1-4 (1) :

« Gouggou, roi de Louddi, district où l’on franchit la mer, lieu reculé dont les rois mes pères n'avaient pas entendu prononcer le nom, reçut en songe la révélation de la gloire de ma royauté puissante par Asschour, le dieu mon créateur, en ces termes : « [Prends] le joug [d’Asschour-bani-abal, roi d’Assy- « rie, et] en prononçant son nom, [capture tes enne- « mis. » Le jour même où il eut vu ce songe, il envoya

— Gimirrai mudallipu nisi mâtis$u — $a la iptalla’hu abiya — u attüa la icbatu nir Sarrutiya — ik$ud ina tukulti Assur u Iétar iläni beliya. — ullu libbi bel eri $8a Gimirrai Sa ik$udu — II bel eri ina çiççi isqati parzilli qasriti parzilli. — utammih ma itti tamartisu kabidti — usebila adi ma’hriya.

rakbusu $a ana sa’al Sulmeya kâan istanappara usarsä batiltam — aësu $a amat Assur ili baniya la iççuru — ana emugiramanisu ittakil ma igbus libbu. — emugesu ana qigri Pisamelki Muçur (var. $ar Muçur) Sa islü nir belutiya iépur ma — anaku asmê ma uçalli As$ur u Istar — umma : pan nakirisu pagars$u linadi ma — tissäni NIR.PAD.DU.MESsu. ki $a ana Assur — am'huru issi ma pan nakirisu pagar$u — innadi ma is$üni NIR.PAD.DU. MES.su. — Gimirrai $a ina nibit Sumiya Sapalsu ikbusu —- itbunamma ispunu gimir mâtisu.

arkisu ablu$u — usib ina kussisu. ipsit limultim $a ina nis gatäya — iläni tikliya ina pan abi banisu usapriku — ina qatà abal $iprisu isSpuramma içbatu — nir sarrutiya umma : Sarru $a ilu idusu atta. abüa ultu[ka] illik ma limutta issakin ina panisu — yâti ardu ’hattuka mat banni mala Sufa abs$anka.

(1) Cuneif. inscr. of West. Asia, t. IL, pl. 30; G. Smith, History of Assurbanipal, p. 11 et suive

son messager pour implorer ma paix. Les Gimirrai, ennemis pervers qui n'avaient pas eu crainte de mes pères, et qui, à mon égard, n'avaient pas pris le joug de ma royauté ; avec l’aide d’Asschour et de Maroudouk, mes maitres, 1l les captura, les enferma dans des chaînes et dans des cages, et avec ses offrandes considérables 1l les fit conduire jusqu'en ma présence, [disant] : « Je reconnais la puissance d'Asschour et « de Maroudouk (1). » |

C. Tablette du Musée Britannique, K, 2675, de date un peu plus ancienne que le document précédent, verso, 1. 15-51 (2) : |

« Gougou, roi de Louddi, district où l'on franchit la mer, lieu reculé dont les rois mes prédécesseurs, mes pères, n'avaient pas entendu prononcer le nom, reçut en songe la révélation de la gloire de ma royauté puissante par Asschour, le dieu mon créateur, en ces termes: « D’Asschour-bani-abal, roi d’Assyrie, « amour d'Asschour, roi des dieux, seigneur de l’uni- « vers, prends le joug de sa domination, rends hom- « mage à sa royauté et implore sa seigneurie, de telle « façon qu'en te faisant son serviteur et en lui offrant

(A) Guggu $Sar Luddi — nagüû da nibirti tamti adru rüqu — $a éarräni abiya la i$mu zikri Sumisu — nibit Sarrutiya kabti ina dutti usabri ma Aséur ilu banua — umma : nir [Assur-bani-abal éar Assur çabat ma] ina zikir [dumidu kusud nakirika.] umu dutiu — annitu emuru rakbuiu ispura — ana da'al Sulmeya. Gi- Mirrai nakru agçu — [$a la iptallla’hu abiya u yäsi la ichatu nés $Sarrutia — [ina tukulti Assur u] Maruduki beliya — [iksud ina islgati sigari utammih ma — [itti tamar]hiôu kabidti uiebila — adi ma’hriya. atammaru danan Assur Maruduki.

(2) Ge: Smith, History of Assurbanipal, 0. 13-175.

Ce récit est le plus étendu et le plus complet. Les autres ne parlent pas de la mort de Gygës et de l'avènement d'Ardys.

B. Prisme octogone rédigé antérieurement à 647 et connu sous la désignation de cylindre B, col. 2, 1. 86-94, et col. 3, 1. 1-4 (1) :

< Gouggou, roi de Louddi, district où l'on franchit la mer, lieu reculé dont les rois mes pères n'avaient pas entendu prononcer le nom, reçut en songe la révélation de la gloire de ma royauté puissante par Asschour, le dieu mon créateur, en ces termes : « [Prends] le joug [d'Asschour-bani-abal, roi d'Assy- « rie, el] en prononçant son nom, [capture tes enne- « mis. » Le jour même où il eut vu ce songe, il envoya

<— Gimirrai mudallipu nifi mâtidu — da la iptalla’hu abiya — u attüa la igbatu mir Sarrutiya — iksud ina tukulti Aëgur u Zétar il b =, + Libbi bel ert sa Gimirrai Sa ik$udu — II bel

ti ill, — utammih ma üti

ästanappara uéardà batiltam Ma iceuru — ana emuqi ramanisu su an qigri Pisamelki Muçur Liya iépur ma— anaku aimé ma nakirisu pagarèu linadi ma —

la ana Assur — am’huru issi dima isfüni NIR.PAD.DU.

liya Sapaléu ikbusu —. itbu-

limuttim a ina ni uéapriku — ina qaté

30; G. Smith, History

son messager pour implorer ma paix. Les Gimurraï, ennemis pervers qui n'avaient pas eu crainte de mes pères, et qui, à mon égard, n'avaient pas pris le joug de ma royauté ; avec l’aide d’Asschour et de Maroudouk, mes maitres, 1l les captura, les enferma dans des chaines et dans des cages, et avec ses offrandes considérables 1l les fit conduire jusqu'en ma présence, [disant] : « Je reconnais la puissance d'Asschour et « de Maroudouk (1). » |

CG. Tablette du Musée Rritaunique, K, 2675, de date un peu plus ancienne que le document précédent, verso, 1. 13-51 (2) :

« Gougou, roi de Louddi, district où l'on franchit la mer, lieu reculé dont les rois mes prédécesseurs, mes pères, n'avaient pas entendu prononcer le nom, reçut en songe la révélation de la gloire de ma royauté puissante par Asschour, le dieu mon créateur, en ces termes: « D’Asschour-bani-abal, roi d’Assyrie, « amour d'Asschour, roi des dieux, seigneur de l’uni- « vers, prends le joug de sa domination, rends hom- « mage à sa royauté et implore sa seigneurie, de telle « façon qu'en te faisant son serviteur et en lui offrant

(4) Guggu $ar Luddi — nagû da nibirti tamti aëru rüqu — $a éarräni abiya la i$mu zikri Sumisu — nibit Sarrutiya kabti ina dutti usabri ma Aséur ilu banua — umma : nir [Asgur-bani-abal éar Aësur çabat ma] ina cikir [fumisu kugud nakirika.] umu éuttu — annitu emuru rakbuiu iS$pura — ana da'al Sulmeya. Gi- Mmirrai nakru agçu — [$a la iptalllg'hu abiya u yäsi la ichatu nés Sarrutia — [ina tukulti Aëgur u] Maruduki beliya — [iksud ina islgati sigari utammih ma — [itti tamarlhièu kabidti u$ebila — adi ma’hriya. atammaru danan Assur Maruduki.

(2) G Smith, History of Assurbanipal, p. 13-15.

« un tribut, ce que tu lui adresses lui parvienne. » Le jour même où il eut vu ce songe, il envoya son messager en ma présence pour implorer ma paix. bans la bataille ses mains avaient pris vivants des Gimirraï, dévastateurs de son pays. Avec ses offrandes considérables il les fit conduire à Ninive, la ville de ma domination, et il baisa mes pieds (1). »

Les événements narrés dans ces trois documents, et dont la dernière partie, l’invasion de la Lydie, où périt Gygés et où Sardes fut prise sous son fils Ardys, appartient au milieu du VII° siècle, ces événements marquent le point culminant de la puissance des Cimmériens en Asie-Mineure. C’est une vingtaine d'années après qu'ils durent être vaincus par Madyés, roi des Scythes. Hérodote (2) raconte que ceux-ci avaient franchi le Caucase en poursuivant les Cimmériens, déjà chassés par eux des pays au nord du Pont-Euxin ; qu'en 634 ils se jetèrent sur la Médie, et à dater de ce moment exercèrent sur toute l'Asie antérieure une véritable domination, la tenant sous la terreur de leurs incursions, Ces dates sont parfaitement

(1) Gugu dur Luddi nagû nibirti tamti uéru rüqu — 8a éarränt alikut ma'hri ablya la mu zikri umisSu — nibit Sarrutiya kabN ina dutti uiabrisu ma Addur ilu banüa umma : da Aësur-baniabal $ar Aëéëur ’hisa’hti Aëgur 8ar iläni bel gimri — niri rubutisu çabat ma éarrutsu pütlwh ma çullà beluteu — éa epië ardûti u nadin mandatti lillikus subbuka. — urmu dutéu annilu emuru ang da’al fulmeya rakabusu iépura adi ma hriya. — Gimirrai mudaln lipüti mâtisu ina qirbi tam’hari ballussu ik$uda qatäsu. — dti tamartisu kabidtu ana Ninua er belutiya u$sbilamma unassig £e-

pâya.

acceptables et ne réclament pas de modification ; il faut seulement ajouter que les Scythes, appelés alors Sa’hi par les Assyriens (ce qui correspond à la forme iranienne Caka), étaient déjà établis au sud du Caucase avant 660, époque où les annales du roi Asschourbani-abal les mentionne comme résidant entre le pays de Manni et l'Arménie (1). Les Cimmériens étaient pour eux des ennemis héréditaires, et d’ailleurs, qu'ils fussent réellement ou non venus en Asie pour les poursuivre, ils furent tout naturellement amenés à se heurter, pour se disputer le champ libre, dans la contrée qu'ils prétendaient également dominer et mettre en coupe réglée. Strabon (2) nous a appris que dans cette lutte les Cimmériens furent les vaincus ; mais en même temps Hérodote nous montre qu'ils ne furent pas alors exterminés, puisqu'il affirme que ce fut seulement Alyatte, roi de Lydie, qui les détruisit un peu plus tard (3). Il y eut donc un moment où les Cimmériens, vaincus par Madyës, devinrent les sujets des Scythes, et comme tels furent associés à leurs incursions, de la même manière que tant de peuples barbares, vaincus par les Huns, qu’Attila trainait à sa suite. C’est précisément à cette situation que se rapporte le chapitre xxxvur de Ye’hezqél. Il y représente, en effet, Gômer, aussi bien que « la maison

(1) G. Smith, History of Assurbanipal, p. 97. Nous reviendrons sur ce texte un peu plus loin, et nous le rapporterons intégralement quand nous étudierons les questions relatives au nom biblique de Mâgôg.

(3) Herodot., r, 16.

de Tôgarmäh, » bêth Tôgarméh, comme auxiliaires et sujets (v. 6) de Gôg, de la terre de Mâgôg, Gôg érég hamMägôg, prince de Rôsch, Meschech et de Toùbâl, neschiy Rôsch Meschech ve Thübäl (v. 2), c'està-dire du roi des Scythes établis dans la vallée du Kour en Arménie.

Les Cimmériens ainsi associés aux Scythes du sud du Caucase, et fondus dans les rangs de ces nouveaux venus, comme leur nom était depuis bien plus longtemps connu des populations sémitiques de l'Asie antérieure et environné pour elles d’une renommée de terreur, ce nom fut appliqué par une partie d’entre elles à l'ensemble des hordes envahissantes de l’une et de l’autre race, et demeura dans la suite attaché aux Scythes. Il en résulta que les Assyro-Babyloniens du temps des Achéménjdes appelaient Cimmériens les Scythes de la Scythie européenne et de la Scythie asiatique (1); les deux peuples ennemis, sur l’hostilité inyétérée desquels Hérodote insiste tant (2), furent ainsi assimilés et confondus. Dans l'inscription de Behistoun (3) et dans celle du tombeau de Därayavous, fils de Vistäçpa (Darius, fils d'Hytaspe), à Naksch-i-Roustam (4), le texte babylonien rend par

(4) Norris, Assyrian dictionary, p. 182 et 604; Finzi, Ricerche per lo studio dell’ antichitä assira, p. 244; Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 80; E. Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 159.

(2) x, 15 et 103; 1v, 12.

(8) L. 6 et M: Cuneif. inscr. of West. Asia, t. IL, pl. 39.

(4) L. 44 et 17; voy. Journ. of the R. Asiat. Soc., t. XV, p. 256.

DU

un message ainsi Conçu : « L'un avec l'autre nous « serons unis avec le pays dé... » Mamitarschou lui obéit, il exerce son obéissance devant lui... Cette année il fait la guerre à Asschour-a'h-iddin4, roi d’Assyrie (1). » La suite du texte, malheureusement trèsmutilée, après une nouvelle invocation à Schamasch, pour le prier de donner la victoire au monarque assyrien, énumérait une partie au moins des pays qui s'étaient joints aux confédérés. On n'y distingue plus que la mention de la ville de Sandoulitir, inconnue d’ailleurs, et dont le nom est peut-être apparenté à celui du fleuve Sandobanés de Strabon (2), un des affluents du Kour en Arménie, et celle du pays de Saparda ou Schaparda, le Sephâräd du prophète

à un tel résultat, il lit d'abord Vavitarsu, au lieu de Mamitarsu, et y trouve « exprimée l'articulation Vifarsu qui réprésente visiblement le nom du héros Gudarz, dont la forme pehlevie est Vidarz. » Ce dernier fait est vrai; le nom du roi arsacide Gotarès, identique à celui du fabuleux Goudarz, est écrit en pehlevi, dans les légendes des monnaies, Vidarz et Vidharz (A. Levy, Zeitschr. d. deutsch. morgent. Gesellsch., t. XXI, p. 435). Mais c'est là une forme contractée, qui n’est pas antique. Le type premier du nom, le seul qui eût pu exister au VIle siècle avant notre ère, était en zende Vitarangzô ou Vitareangz6, » celui qui repousse les péchés » (Spiegel, Erdn. Alterth., t. 1, p. 613), en perse Vitaranza, ce qui ne ressemble guère à Mamitarsu. Je doute, d'ailleurs, que la critique accepte comme une idée heureuse celle de découvrir dans les inscriptions cunéiformes assyriennes la réaltié historique des héros du Schäh-naméh.

(4) Tablette S 2005, 1. 2-5: KaStariti bel eri $a KarkasSi $a ana Mamitarsu — bel eri $a nisi Madai ispuru umma : itti a’häni

nissakin itti mat... — Mamitarsu iSimmesu $Semusu panisu iSakkan. — .…. Satti anniti itti A$sur-a’h-iddina $ar A$$ur ta’haza isakkan.

(2) xt, p. 500.

*Obadyäh (1), canton du nord-ouest de la Médie (2). La seconde proclamation ordonne cent jours et cent nuits de supplications, du 3 du mois d’aïr au 15 du mois d'ab, parce que « Kaschtarit avec ses soldats, les soldats des Gimirraï, les soldats des Madaï, les soldats des Mannaï et les ennemis, tous tant qu'ils sont, se sont répandus comme une inondation et ont grossi en nombre (3). » Ils ont pris « les armes du combat et de la bataille » (kakki qabli u ta’hazi) et « se sont mis en révolte ouverte » (ippalkutu napalkuti). « Tantôt avec des machines de guerre,

tantôt..…., tantôt par la famine, tantôt par une soumission volontaire et un acte d'obéissance religieuse..…, tantôt en surcroît..…., tantôt par le lien

d’un traité, [ils ont conquis] toutes les villes. Ils ont assiégé la cité des Kischassoutaï... la ville de Hartam, la ville de Kischassou. Leurs mains ont pris la ville de ’Hartam, la ville de ’Kischassou. En leurs mains les a comptées Schamasch, l'œil de grandeur, cinq [villes dépendant de] la ville de ’Hartam et de la ville de Kischassou entre les mains des ennemis, toutes tant qu'elles sont (4). »

(4) Obad., 20.

(2) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 46 et suiv. ; E. Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 119.

(3) Tablette S 4668, 1. 4-6: lù Kastariti adi çabisu lù çabi Gimirrai lù çcabi Madai lüù çabi Mannai lù nakiri kalisunu izarrimu 1habbudu.

(4) Ibid., 1.-8-14: 7ù ina dirrapa’hi ma lü ina bubuti — lû ina ade u Semu ili u ....1lü ina mu'h’hi ik.ma.si .. — lü ina raksa $iparti [ikasadu] eri kalisunu. — er Kisassutai.... bb er ’Hartam er Kisassa ilmü. — er ’Hartam er Kisassu qotüsun ikoi-

Les données fournies par ces documents, surtout par le second, sont le développement detaillé de ces mots d'Hérodote : « Ayant rassemblé dés troupes de toutes les nations soumises à son autorité, Cyaxare marcha sur Ninive, voulant venger son père et détruire cette ville (1). » Les confédérés de Kaschtarit-Ouvakhsatara, ou plutôt les vassaux qui marchent à son appel et à son ordre, sont les Mudaï, c'est-à-dire les Mèdes, désignés par le même nom que dans la Bible, les Mannai, Minni des écrivains bibliques (2), c’està-dire les habitants du pays touchant aù laé de Vân (5), enfin les Gimirrai. Comment hésitér à reconnâître dans ceux-ci, non pas les Cimmériens enéore constitués en nation éompacte et puissante, tels qu'ils étaient un quart de siècle auparavant, mais, ainsi que l'a fait M. E. Schrader (4), une désignation générique de ces débris, encore flottants à l'état nomade, des hordes cimmériennes ét scythiques, que Cyaxare avait précigément pris à 80h service après avoir brisé la puissance, tin moment si redoutable, des Scythes par le massacre de Jeurs principaux

$ada — ana qatiSun immani Sam$u in rabuti — V [eri $a] ’Hartam Kisassi ina qatä nakiri kalisunu.

L. 27-30 revient l’énoncé des mêmes faits: 14 Kaëstariti adi cabisu lü çabi Gimirai lü çabi Mannai — li Madai Là nakiri khalisunu — er ’Hartam er Kisassa [ilmu] "Hartam er Kidassutai. == er ’Hartam er Kisassa qatätsun ikassadu ana qgatijun immandu.

(1) Herodot., 1, 103.

(2) Jerem., Lt, 27,

(8) Fr. Lenormant, Leltres assyriologiques, t. 1, p. 2; E. Schrader, Keilinschriften und Geschichteforschung, p. 160 et 212.

(4) Oavr. cit., p. 520.

LE TABLEAU BTHNOGRAPHIQUE DE LA GENÈSE. JDÙ chefs (1)? On sait que ce fut l'émigration en Lydie d'une de ces tribus nomades, d'abord soumise au roi des Mèdes et traitée par lui aveé amitié, qui amena, quelques annéés après, la guerre entré Cyaxare et Alyatte (2).

Après avoir pendant plus de cent ans térrifié l’Asié- Mineure, les Cimmériens disparaissent absolument de l'histoire. Le fait en lui-même n’a rieh que de naturel. C'étaient des hordes qui allaient dé lieux en lieux en dévastant tout sur leur passage ; mais la naturé de leurs incursions vagabondes ne leur pérmettait pas de fonder un établissement durable et un véritable empire. Durant le VIII et lé VII° sièelé avant l'ère chrétienne, leur situation en Asie fut évidemment très- . analogue à ce que fut celle des Gaulois dans l'Orient au Cominencement du III. Comme eux 1l serraient au milieu des nations civilisées et sédentaires, qu'ils ’ rançonnaient, mais qu'ils ne soumettaient pas à une domination régulière et permanente, et dé même; leurs tribus s’affablissant rapidement au milieu d’une semblable vie, ils cessèrent bientôt d'être un danger. Après les succès vinrent les défaites. Quand ils eurent été écrasés dans deux où trois grandes batailles, par les Scythes d’abord, puis par les Lydiens, il ne resta plus d'eux que des bandes isolées, dont les unes

(1) Herodot., 1, 106; voy. Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 82 et suiv.

(2) Herodot., 1, 73 ; voy. Grote, Hi istory of Greece, t, Il, p. 310; M. von Nicbuhr, Geschichte Assur's und Babel's, p, 191; fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. L, p. %.

furent massacrées par les populations soulevées, et les autres, ne pouvant pas se maintenir dans la sauvage indépendance de leurs rapines, se virent contraintes de se soumettre aux princes des pays qu'ils avaient longtemps ravagés, d'entrer à leur service, où ils s'éteignirent obscurément. Mais cette brusque disparition d'un peuple jadis terrible et renommé parut à quelques-uns cacher un mystère. On supposa, dans des temps postérieurs, que c'était seulement la plus petite part de l'antique nation des Cimmériens qui s'était jetée en Asie-Mineure, mais que leur masse principale, fuyant devant les Scythes , s'était retirée dans la direction des vastes espaces du nord-ouest, où l'on perdait sa trace (1). |

Depuis cinq siècles 1l n’était plus question des Cimmériens que comme d'un souvenir lointain, lorsque l'invasion des Cimbres fondit sur la Gaule et menaça l'Italie. Devant ce peuple inconnu, dont personne n'avait entendu parler jusque-là (2), et qui se précipitait du nord avec une furie qui semblait irrésistible, le monde romain, étonné, se demanda quelle pouvait être son origine. Poseidônios d’Apamée, l’un des Grecs les plus savants de ce temps, émit la conjecture qu'ils pouvaient bien descendre de la même nation que les anciens Cimmériens, dévastateurs de l’Asie-Mineure (3).

(1) Plutarch., Mar., 11.

(2) Plutarch., . c.; Tacit., German., 31.

* (3) Posidon., fr ugm 75, dans C. Müller, Fragm. histor. graec:; t, III, p. 285.

Strabon (1), Diodore de Sicile (2) et Plutarque (3) ont copié sur ce point Poseidônios. Mais tous trois, d’accord avec lui, n’ont présenté ceci que comme une hypothèse. Les écrivains latins, bien mieux informés que les Grecs sur les peuples du nord, ne l'ont jamais acceptée. Pour tous ceux d’entre eux qui ont connu spécialement les populations germaniques, Velleius Paterculus (4), Pline (5), Tacite (6), Senèque (7), les Cimbres sont des Germains (8), et c'est aussi ce que dit l'empereur Auguste lui-même dans son testament (9), d’après ses informations offcielles. Il est vrai que ceci n'impliquerait pas nécessairement leur non-identité avec les Cimmériens, qu'il faudrait seulement en ce cas tenir pour des Germains, comme les Cimbres (10). Aussi, comme la migration qui aurait conduit les Cimmériens des bords du Pont-Euxin dans la Chersonnèse cimbrique du Jutland aurait suivi le même itinéraire que celles des peuples barbares des premiers siècles de notre

(4) vit, p. 292.

(3) Mar., 11.

(4) xt, 8 et 12.

(5) Hist. nat., 1v, 28.

(6) German., 31.

(7) Ad Helv., 6.

(8) Voy. encore : Pomp. Mel., 111, 3 ; Justin., xxxvin, #4; Horat., Epod., xvi, v. 7. Et en général toutes les autorités rassemblées par Ukert, German. p. 326. | (9) Corp. inscr. lat., t. III, p. 782.

(10) Telle parait avoir été l'opinion de Strabon, qui d’une part admet la conjecture de Poseidônios, et de l’autre range les Cimbres parmi les nations germaniques (vir, p. 294).

ère (1), l'assimilation des Cimmériens et des Cimbres est devenue depuis la Renaissance l'opinion la plus généralement établie, pour bon nombre d'érudits même comme une sorte dé dogme. Pourtant Adelung (9), Bayer (3), Jacob Grimm (4), Zeuss (5), M. Duncker (6), Roget de Belloguet (7) et M. d'Arbois de Jubainville (8) ont montré qu'elle ne repose sur rien dé sérieux, fais uniquement sur la ressemblanca des deux noms, qu'au contraire tous les faits positifs la démentent absolument.

D'autres historiens, greffant une confusiou sur une autre, et retrouvant dans Le nom de Cymri ou Cymmni, porté au Moyen-Âge par les Gallois, incontestable débris de la population céltique de la Grande-Bretagne, une appellation sonnant etiviron comme celle de Cimbres, n’ont fait aucune difficulté à admettre que les Celtes d’Albion et les Gaulois-Belges, dont ils étaient des colonies, formaient un seul et même peuple avec les Cimbres, et qu'ils descendaient aussi des Cimmériens expulsés par les Scythes. C'est la thèse qu'Amédée Thierry a popularisée chez nous par son Histoire des Gaulois, et que M. F.-E. Schimm s'est

(4) Par exemple, celle des Vandales: Procop., Be. Vandal. 1, 9, 3.

(2) Voy. Diefenbach, Celtica, t. II, p. 207.

(8) Dans son mémoire Da Cimmeriis, inséré au tome II d8 l’éhcienne collection de l’Académie de Saint-Pétersboürg.

(4) Geschichte der deutschen Sprache, 3 édit., p. 449-4439,

(6) Die Deutschen, p. 144.

(6) Orig. german., p. 94.

(7) Les Cimmériens, p, 90-96,

(8) Les premiers habitants de l'Europe, p. 160 e$ suiv.

étudié à défendre, avec beaucoup de science, dans une dissertation imprimée à Copenhague en 1842, sous le titre d'Origines et migrationes Cimbrorum. Elle est cependant insoutenable, et les progrès des connaissances l'ont aujourd'hui totalement ruinée (1). Aucun témoignage sérieux de l’antiquité ne permet de confondre, ni comme race, ni comme langue, les Cimbres avec les Gaulois, pour qui ils furent des étrangers envahisseurs. César nous montre même les Aduatuques, restes de l'armée des Cimbres demeurés en Gaule (2), gardant un caractère tout à fait distinct des Belges qui les entouraient et qui étaient précisément ceux qui avaient opposé à l'invasion de leur nation la plus vive résistance (3). Les travaux qui ont établi de nos jours l’unité de la race gauloise, principalement ceux de H. Chr. Brandes et de Roget de Belloguet, excluent la double migration des Galls et des Cymris, inventée par Edwards et Amédée Thierry. Enfin le nom de Cymri, donné aux Gallois, n'apparaît pas avant le X° ou au plus tôt le VII siècle de notre ère, et philologiquement diffère toto coelo de celui des Cimbres. « Le néo-celtique Cymri, dit M. d’Arbois de Jubainville (4), si spécialement compétent en pareille matière, pluriel du néo-celtique Cymro, « compatriote, » aurait été forcément, au temps des Gaulois et des Romains, Combrogis au.

(1) Voy. A. Maury, Journal des Sayants, 1869, p. 224, (2) Caes., Bell. gall,, 1, 26,

(8) Ibid., x1, 4.

(4) Les premiers habitants de l'Europe, p. 10.

singulier, Combrogés ou Gombrogis au pluriel -(1). Entre ce nom et celui des Cimbres, il n'y a aucune analogie (2). Pour l’établir, on peut se borner à une seule observation. Quand un mot commençant par la gutturale sourde, c’est-à-dire par le k ou c, dans les langues celtiques, se trouve en méme temps dans les langues germaniques, il doit, dans ces langues, commencer par À; c'est un des éléments de la règle connue sous le nom de « loi de Grimm: » c’est un des principes fondamentaux de la phonétique germanique. Le nom des Cimbres, qui est germanique, et celui de Cymri, qui est celtique, commençant chacun par c, n'ont donc l'un avec l’autre aucune relation. » C'est pourtant sur cette base si extraordinairement fragile que, partant de l'assimilation des Cimmériens et du Gômer du chapitre x de la Genèse, ont été édifiées les interprétations proposées pour ce dernier nom par un grand nombre de savants renommés depuis la fin du siècle dernier. J.-D. Michaëlis, et plus récemment M. Bergmann (3), ont vu les Celtes dans Gômer.

(1) Zeuss, Grammatica celtica, 2e édit., p. 207.

(2) J. Grimm, Geschichte der deutschen Sprache, 3° édit., p. 449 et suiv.

(3) Ce dernier fait aussi intervenir ici les Chomari de Pomponius Méla (1,2), Comari de Ptolémée (vr, 13,3), que Halling identifiait déjà aux Cimmériens (voy. Diefenbach, Celtica, t. III, p. 465), que Roget de Belloguet n’est pas éloigné d'y comparer (Les Cimmériens, p. 29) et en qui Cluvier voyait le Gômer biblique. Cependant, comme le remarque avec juste raison M. A. Maury (Journal des Savants, 1869, p. 220), « rien n'indique la haute antiquité de ces Chouares, dont Hérodote ne fait nulle mention et que Strabon passe sous silence. » |

Knobel en fait un peuple primitif qui aurait été l'ancêtre commun des Celtes et des Germains, lesquels appartiennent pourtant à deux rameaux différents des nations aryo-européennes. Poussant la confusion bien plus loin et brouillant trois rameaux ethniques au lieu de deux, Gærres arrive à en faire descendre les Celtes, les Germains et les Slaves. Quant à Roget de Belloguet, après avoir très-bien démontré que les Cimbres et les Cimmériens n'ont rien de commun (1), que les Cimbres sont des Germains et non des Celtes (2), il prétendait prouver, à l’aide d’étymologies qui n’ont aucune valeur scientifique sérieuse (3), que les Cimmériens étaient Celtes (4), et avec eux le Gômer biblique, qu’il y assimilait (5).

Au premier abord, on pourrait croire que ces théories ont eu des précurseurs dès une époque. ancienne, quand on voit la Chronique Pascale (6) faire descendre de Gômer les Celtes, Karaïo. Mais un examen plus attentif fait bientôt reconnaître que ceci provient simplement d’une méprise sur le sens du raérx de Josèphe (7), où l'on a cru reconnaître les Gaulois, tandis que l’écrivain juif visait les Galates d’Asie-Mi-

(4) Les Cimmériens, p. 90-96.

(3) Voy. sur ce point la remarque si délicatement faite par M. Gaidoz dans l’avant-propos qu’il a placé en tête du livre posthume de Roget de Belloguet.

(6) T. I, p. 46, édit. de Bonn.

(7) Ant. jud., 1, 6,1.

OA

neure (Â), et même, comme il le dit formellement, la population qui les avait précédés dans la Galatie. Ce qui aurait plus de valeur, comme indication d'une opinion existant à une date ancienne chez les docteurs juifs, c’est la façon dont Gômer est -expliqué par Garmamaya dans les deux Talmuds (2) et Garmanaye dans le Targoum des Chroniques. Bochart (3) et Knobel (4) ont vu ici la Germanie (5), et il est évident que c'est ainsi que l'auteur du Sepher Yuchasin (6) entendait le texte talmudique, puisqu’à son tour il rend Gômer par Güdüsch, les Goths. Et cette explication semble avoir été le point de départ du système par lequel les Jnifs du Moyen-Âge (7), dont la tradition se continue chez ceux de nos jours, ent appliqué le nom d'Aschkenaz, fils de Gômer, aux peuples ger-

(4) C'est ainsi que l'ont compris avec raison saint Jérôme-(Quaest. hebr. in Genes., x, 2), Isidore de Séville (Orig., 1x, 2,26) et Zonaras (Annal., 1, 5). |

(2) Talm. Jérus., Megillah, 1, f. 41; Talm. Bab., Yoma, f. 10, a.

(3) Phaleg., 1. 11, c. xt, p. 176 de l’édit. de 1742.

(4) Væœikertafel, p. 30.

(6) Quand la Mischnah du traité Negaiïm (11, 1) oppose le Gar» môni et le Küschi comme les deux types extrêmes de l’humanité, ce sont bien les Germains blancs et blonds qu’il a en vue sous le premier de ces noms. Dans le traité Megillah du Talmud de Babylone, Garmanaya schel Edom est sûrement la province romaine de Germanie et ne peut pas être autre chose.

(6) P. 135, édit. de Cracovie.

: (7) Benjam. Tudel., {tiner., I, p. 109, ed. Asher; Joseph. Gorion., t. I, part. 1, p. 2, ed. Breithaupt (pour lui Asckenaz est Phrangüs qui habitait la terre de Phrança sur les bords de la rivière de Seyna, tandis que Riphath correspond aux Brefônim qui habitent la terre de Brifaniya sur les bords de la rivière’de Loyra) ; Yar’hi, ad Deuteron., 111, 9; Sepher Yuchasin, p. 135, édit. de Cracovie.

maniques. Je dois cependant ajouter qu’une semblable manière de comprendre le Garmamaya tilmudique, bien qu’elle me semble la meilleure, a été vivement combattue par J3.-D. Michaëlis (1). Îl veut y retrouver le canton des ‘Garamaæi signalés en Assyrie par Ptolémée (2), célui que les Syriens appellent Bêth-Garmé et Îles Aräbes Djermä (3). Cette opmion a été assez généralement adoptée (4), peut-être avec plus de ‘succès qu'elle n'en méritait. Elle peut cependant <’ap- ‘puyer dans une certarne mesure sur l'explicafron que %e Talmud de Jérusalem et le Midrasch donnent de Riphath, un des fils de Gômer, ‘lu Biphath par Hadayap, évidemment l'Adtabène. I est vrai que, es Fargoumim ‘traduisant Riphath en ‘Parsôi, 'la Perse, on pourrait aussi ‘bren supposer que Garmamaya ou Garmanaya est la Carmanie de la géographie classique, le Qermân de nos jours, appelé Qarman ” “dans d’autres passages 'talmudiques (5). Quoi qu'ilen soit, l’explication de Gômer par Garmamaya, même #i:ce nom désigne la Germanie, me paraît bien plutôt résulter d’une simple analogie de son que d'un rapprochement savant des docteurs juifs entre le nom biblique et célui des Cimmériens, puis entre ceux-ci et les Cimbres .germains, sur l'autorité de Poseidônios (6).

(1) Spicil. geogr. Hebr. exter.,Î, p. 14 et suiv.

(2) 1, 19, 5; vi, 2, 2.

(3) Assemani, Biblioth. orient., t, III, part. 2, p. 747 et suiv. (4) Neubauer, Géographie du Talmud, p. 421. |

(6) Neubauer, ouvr. cit., p. 384.

(6) Je ne m’arrête pas, car elle n’a pas de valeur scenfove sè-

Les Cimmériens n'étaient pas des Cimbres, nous l'avons déjà dit ; ils n’appartenaient pas à la souche: des nations germaniques. Qu'étaient-ils donc? Cette recherche nous servira à mieux comprendre le vrai sens du nom de Gômer dans le chapitre x de la Genèse. :

Les Cimmériens étaient des Thraces, ainsi que l'ont déjà réconnu parmi les modernes Adelung (4), Schafarik (2), MM. Duncker (3), À. Maury (4) et d'Arbois de Jubainville (5). J'emprunterai ici ce que ee dernier dit de leur origine : « Ils étaient Thraces : Strabon nous l'apprend. Ici il ne se sert pas des termes dubitatifs . que nous avons signalés dans les passages. où les anciens parlent de la conjecture de Poseidônigs. « Les Cimmériens, nous dit Strabon, qu'on appelle aussi Tréres (6), » «les Trêres, nation cimmérienne (7); »

rieuse, à la traduction de Gômer par Turk dans la version arabe, faite sur le texte des Septante, que donne la Polyglotte de Walton. C'est ce système qui a pris place dans le cycle des légendes turco- ‘ tatares et mongoles que le vizir Raschid-ed-Din, qui était d’origine juive, mit en crédit à partir du XIVe siècle parmi les historiens musulmans. Mirkhond dit que Gomari, fils de Yafeth, fut surnommé Qeymaq (D'Herbelot, Biblioth. orient., au mot Turk), et l’auteur du « livre des Sept-Étoiles errantes » que Koumari fut le père delatribu turque des Qoumiags (Hammer, Hist. de l’emp. ottoman, trad. franç., t. V, p. 426). Abou-l-Ghazi fait de Kamari le septième fils de Yafeth, qui avait reçu en partage la partie de l'Asie située au nord et à l’est de la mer Caspienne (Hist. génér. des Tatars, trad. franç., Leyde, 1726, p. 21 et 23).

(4) Voy. Diefenbach, Celtica, t. II, p. 182 et suiv.

(2) Slavische Alterthümer, t.I, p. 31.

(3) Orig. german... p. 94.

(4) Journal des Savants, 1869, p. 220.

(5) Les premiers habitants de l'Europe, p. 161 et suiv.

et ailleurs : « les Trêres qui sont Thraces (1). » Les passages dans lesquels. on voit les Tréres et les Cimmériens distingués les uns des autres (2) ne peuvent être opposés à cette assertion, et établissent seulement que dans la famille thrace désignée tantôt sous le nom de Trêres, tantôt sous celui de Cimmériens, 1l y avait deux groupes à chacun desquels un des deux noms convenait plus spécialement qu'à l'autre (3). D'ailleurs, si l'on compare aux passages d'Hérodote (4) relatifs aux expéditions des Cimmériens en Asie-Mineure le passage de Plutarque (5) relatif aux dévastations exercées, avant Alexandre le Grand, par les Tréres en Asie, on reconnaîtra qu'il s'agit des mêmes événements. Strabon n'est pas le seul auteur qui parle des Trêres. Thucydide (6), racontant une guerre entreprise contre les Macédoniens, 429 ans avant J.-C., par Sitalcés, roi d’une partie des Thraces, dit que du côté des Triballes, peuple établi entre le Danube et le mont Haimos, les États de Sitalcés avaient pour limite le pays des Trêres et des Tilataioi, situé au nord du mont Scomios, où sont les sources du Strymon (7). Les

(4) xuI1, p. 586.

() 1, p. 61; xx, p. 573.

(3) C’est aussi l'avis de Roget de Belloguet (Les Cimmériens, p. 66 et suiv). On peut même conjecturer, avec Adelung, que les Trêres constituaient la tribu dominante parmi les Cimmériens envahisseurs de l’Asie-Mineure (voy. Diefenbach, Celtica, t. IT, p. 182).

(4) 1, 6, 15 et 16; rv, 12.

(6) De Alexandr. virt., "1.

(7) Cf. Plin., Hist. nat., 1v, 10.

Trêres habitaient done dans le bassm du Bas Daunbe, non loin de la rive méridionsale de ee fleuve. » D'autres avaient résidé plus anciennement au eœur du pays des TFhraces, et Strabon parle (1) de leurs villes englouties sous les eaux da lac Bisténis. Étienne de Byzance (2), d'après Arrien, fa des. Trêres établis en Bithynieles descendants d'Ombriareus et de Thraeë.

Les Cimmériens où Gimésrai — Gômeris;, comme, les appelaient les Sémites, appartenæent danc. à ee vaste ensemble. des peuples thraces on thelces, dont Hérodote (3} dissst qu'après les Indiens ile formaient le plus grand ethnos du mende, et que s'ils avaient été politiquement unis ils auraient eonstitué le plus puissant des peuples. Que cette. race thrace eùt fourni la population de là majeure partie du nerdouest de l’Asie-Mineure, et que les peuples phrygiens en fussent un rameau, € est un des fais d'ethnographie antique les mieux établis, et par les témoignages des anciens et par les recherches de la science moderne (4).

Les peuples phrygiens occupaient, outre la Phrygie proprement dite, une portion de la Mysie et la Troade, d'où ils avaient refoulé les Mysiens, Thraces eux-

(2) V. Tpeñpec.

(4) Lassen, Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch., t. X, p. 367 et suiv.; A. Maury, Histoire des religions le la Grèce, t. X, p. 32 et suiv.; Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 138 et suiv. ; D’Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Euroge, p. 168 et suiv.

mêmes ({}), au sud du Caïque (2). Ces deux contrées constituaient ce qu’on appelait la Petite-Phrygie (3). On sait, de plus, que la Galatie n'était qu'un démembrement de la Grande-Phrygie, prenant son nom des Gaulois qui vinrent s'y fixer dans le Iffe siècle avant notre ère (4). Les Phrygiens s’avan-. çaient en outre jusque dans la Lydie (5). Ainsi leur nation s'étendait depuis le httoral de l'Hellespont et de la mer Égée jusqu’au fleuve Halys (6). Les Mariandyniens et les Caucones se rattachaient à la même famille (7); la Bithynie était aussi, dans le principe, une dépendance de la Phrygie (8). Le nom national de ce groupe de peuples revêtait en Asie-Mineure la forme Phryges ou Bhryges, qui présente une analogie remarquable avec l'appellation des Bhrigous des traditions indiennes (9), en Europe celle de Bryges (10), résultat de la perte de l'aspiration chez les Thraces d'Europe à une époque postérieure à celle où ils se, séparèrent des Thraces d'Asie (44). Une tradition cons-

(4) Strab., 1, p. 6; xt, p. 542, 566 et 572.

(2) Xanth. Lyd. ap. Strab., xx, p. 572

(3) Strab., xur, p. 571.

(&) Strab., xu, p. 565.

(5) Strab., xu, p. 542 et 574.

(6) Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. II, p. 38.

(7) Strab., x1x, p. 542.

(8) Strab., xui, p. 565.

(9) Langlois, Mém. de l’Acad. des inscript., nouv. sér., t. XIX, 2e part., p. 339.

(10) Herodot, vit, 73; Strab., vu, p. 296 ; x, p. 471 ; Steph. Byz., v. Bpxeu.

(11) D’Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, p. 176.

tante dans l'antiquité faisait venir les Phrygiens de la Thrace hellespontique en Asie-Mineure, en franchissant le Bosphore (1), migration antérieure de plusieurs siècles à la guerre de Troie (2), puisque les poésies homériques représentent déjà les Phrygiens commeun des peuples les plus considérables de l'Asie-Mineure à l'époque de cette guerre (3), et qu'on fait de Pélops un Phrygien venu d'Asie en Grèce (4). Au temps d'Hérodote (5), il y avait encore en Thrace un peuple de Bryges. L'unité ethnique des Thraces d'Europe et des Phrygiens est encore attestée par la communauté du culte de Sabazios (6) et de beaucoup d'institutions religieuses (7), surtout par les légendes de Midas (8), qui était originairement un des grands dieux de ces populations (9), mais que les récits épiques et populaires transformaient en un roi fabuleux des temps

€) Herodot., vit, 78; Xanth. Lyd. ap. Strab., xiv, p. 680; Con., Narrat., 1. :

(2 M. d'Arbois de Jubainville (ouvr. cit. p. 172-475) la place entre 4500 et 1450 avant J.-C.

() Iliad. B, v. 862 et suiv.; r”, v. 184 et suiv. ; Il, v. 7; voy. Hoœck, Kreta, t. I, p. 109 et suiv.

(#) Herodot., vi, 8 et 11; Strab., vit, p. 321.

© vr, 45. °

(6) Voy. ma dissertation intitulée Sabazius dansla Revue archéologique de 1874 et 1875 (nouv. sér., t. XVIII et KXIX).

(D Strab., x, p' 469-471; voy. Guigniaut, Religions de l'antiquité, t. UF, 3 part, p. 976; A. Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. II, p. 112.

(8) D'Arbois de Jubainville, Les premiere habitants de l'Europe, p. 168 et suiv.

@) A. Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. III, p. 406- 440: La forme la plus ancienne de son nom parait avoir été Mygdon (Tia. p. 97).

héroïques, dont l'époque était une sorte d'âge d'or (1), et dont le souvenir était associé aux noms de Silène et aux origines de la viticulture. Ce Midas légendaire était roi de la Thrace et de la Macédoine, où il possédait de merveilleux et célèbres jardins de roses au pied du mont Bermios (2), dont les mines lui fournissaient aussi de l'or (3); c'était là proprement le pays des Bryges thraces. Mais 1l régnait également sur la Phrygie asiatique (4), dont il avait fait la conquête (5) et où il avait établi sa capitale à Pessinonte, sur les bords du fleuve Sangarios (6).

On affirme également que les Mysiens et les Bithyniens, avec leurs proches parents les Thyniens et les Mariandyniens, étaient passés, comme les Phrygiens, de la Thrace européenne en Asie-Mineure (7). Hérodote (8) raconte que les Bithyniens sont des Thraces venus des bords du Strymon. Thucydide (9), Xénophon (10) et le Pseudo-Scylax (11) les qualifient comme

(1) Herodot., 1, 14 et 35; Theopomp. ap. Ælian., Var. hist., Ill, 18.

(2) Herodot., vint, 138. C’est dans ces jardins du mont Bermios que Conon lui fait capturer Silène (Narrat., 1).

(3) Strab., x1v, p. 680. L'or joue un rôle capital dans la plupart des fables relatives à Midas; c’est évidemment un des attributs de sa primitive nature divine, et en même temps un symbole de son caractère de roi de l’âge d'or.

(4) Herodot., 1, 14.

(5) Justin., vit, 1.

(6) Strab., xir, p. 568.

(7) Plin., Hist. nat., v, 32.

(8) 1, 38; vix, 70.

(10) Anabas., vi, 4, 1.

(11) Peripl., 92.

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