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310 LES OAIGINES DR L'RISIOIRE.

tels, et Strabon (1) nous apprend que de sen temps il y avait encore, dans la Thrace européenne, des Thymens et des Bithyniens, apparentés étroitement à ceux d’Asie-Mineure.

La philologie moderne, dans ce qui nous a été canservé de mots de leurs langages, constate l'unité linguistique des Phrygiens et des Thraces, parallèle à leur unité ethnique. Il est aujourd’hui bien établi que les idiomes thraco-phrygiens appartenaient à la div sion européenne ou occidentale de la famille aryenne et y constituaient un groupe à part (2), qui forme comme un chainon intermédiaire entre le gree, auquel il tient d'assez près, et les idiomes iraniens (3). Par là ils se reliaient à l’arménien, dont Eudoxe avait remarqué la parenté avec le phrygien (4) ; et en effet M. Goschen (5) a relevé de nombreuses analogies de vocabulaire entre l'arménien et ce qu'on sait du phrygien. L'arménien antique nous est malheureusement inconnu ; l’arménien littéraire classique, qui ne date que du V° siècle de notre ère, est décidément classé parmi les langues iraniennes (6). Cependantil ya une

(4) zu, p. 54; cf. vir, p. 296. |

(2) Fick, dans les Beitræge zur vergleichenden Sprachforschung d'A. Kuhn, t. VII, p. 868; Die ehemalige Spracheinheit der Indogermanen Europas, p. 408-433; d'Arbois de Jubaïnville, Les premiers habitants de l’Europe, p. 175 et suiv.

(3) Voy. les Glossae phrygicae dans P. Bœlticher, Arica, p. 30 : et suiv.;, Lassen, Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch., t. X, p. 369 et suiv.; E. Curtius, Histoire grecque, trad. Bouché-Leclercq, t. I, p. 86 et suiv.

(4) Eudox. ap. Eustath., ad Dionys., Perieg., v. 694.

(5) De arian. ling. gentisq. armen. indole, p. %. (5) Windischmann, l'eber die Grundlage des Armenichen im

indiidualité bien tranchée, et l'on reconnaît qu'il tient pour ainsi dire le milieu entre ces langues et le grec (1). Son iranisme a pu et même dù être renforcé par des causes historiques, par l'influence si directe et si puissante à laquelle l'Arménie fut soumise de la part de la Perse, du V* siècle avant J.-C. au V° après J.-C. Il y a eu certainement pendant cet intervalle de dix siècles un développement propre de l'arménien, qui s'est opéré sous l'action du contact journalier avee des idiomes iraniens et en a reçu l'empreinte. Mais précisément en tenant compte de ces faits, M. Lassen admet que rien n'autorise à démentir d’une manière formelle les dires des anciens sur la parenté originaire de l’arménien avec les idiomes thraco-phrygiens (2).

La linguistique ne saurait donc être invoquée contre la tradition des écrivains antiques, affirmée par des autorités de la valeur de celles d'Hérodote (3) et d'Eudoxe (4), que les Arméniens étaient issus de la Phrygie et appartenaient à la même race que les Phrygiens. Cette tradition a été rejetée par la plupart des érudits modernes à cause de là parenté que l'on relevait entre l'arménien et les idiomes de l’Irän, et sur-

Arischen Sprachstamme, dans les Mémoires de l’Académie de Bavière, t. IV, 2 part., p. 749 et suiv.; R. Gosche, De ariana linguae gentisque armeniacae indole, Berlin, 1847.

(1) Ewald, Gætting. gelehrte Angeizer, 1868, p. 18.

(@) Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch., t. X, p. 379.

G) vu, 78.

(4) Ap. Eustath., ad Dionys., Perieg., v. 694; Steph. Byz., v Appavix.

tout par cette raison que le mouvement général des

‘ migrations aryennes s'était opéré d'est en ouest plu. tôt que d'ouest en est (1). Mais depuis le déchiffre- ment des -inscriptions cunéiformes le point de vue auquel on l'envisage a changé, etelle tend chaque jour davantage à prendre le caractère d’une vérité historique. Il est, en effet, aujourd'hui certain, par le témoignage de ces inscriptions, que jusqu’au VI siècle avant notre ère l'Arménie-Majeure, et en partieulier les régions que la géographie indigène armémenne désigne par les noms de Ararad, Manavazyan, Vaspouragan, n'étaient pas occupées par les Arméniens proprement dits, mais par des peuples tout différents de race et de langue (2), les Mannai des Assyriens, Minni de la Bible (3), et les Urartai des Assyriens;' les Alarodiens d'Hérodote (4). Ceci s'accorde avec la signification géographique du nom d'Arménie, qui a été d’abord restreint à l’Arménie-Mineure et au sudouest de l'Arménie-Majeure (5), ainai qu'avec la façon

(1) Lassen, Zeitschr. d. deutsch. Morgent. Gesellsch., t. X, p.379; E. Curtius, Histoire grecque, trad. Bouché-Leclereq, t. 1, p. 38.

(2) H. Rawlinson, On the Alarodians of Herodotus, dans l'Hérodote anglais de G. Rawlinson, t. IV, p. 203-206: Fr. Lenormant, Sur l'ethnographie et l’histoire de l'Arménie avant les Achéménides, dans le tome II des Lettres assyriologiques.

(3) Jerem., vi, 27. — C'est manifestement l'antique peuple anéanti de Manavaz dans les traditions arméniennes : Mos. Khoren., 1, 11; 11, 7; tnt, 2.

(4) 111, 98; vx, 79.

(5) C'est ce qu'a montré M. Kiepert, en expliquant le nom biblique de Tôgarmäh, dans sa dissertation Ueber d. geogr. Stellung d. nœrdl. Lœnder t. d. phœn. hebr. Urkunde, publié en 1859 dans kes Monutsberichte &e l'Académie de Berlin.

dont Hérodote ne connaît encore, de son temps, d'Arméniens que dans la portion occidentale du pays, sur le haut Euphrate (1), près de la Phrygie (2), et dans les montagnes où l'Halys prend sa source (3). On voit ainsi clairement se dessiner la marche de la migration des Arméniens d'ouest en est, en venant de la Phrygie ou des cantons septentrionaux de la Cappadoce qui y touchaient, conformément au dire d'Hérodote et d'Eudoxe. |

Et c'est encore là ce qui ressort de l’ensemble des récits sur l’histoire primitive des Arméniens, que Moise de Khorène a puisés principalement chez Mar- Abas Katina, malgré tout ce qu'ils présentent de confusions et d’altérations systématiques (4). En effet, il suffit de lire attentivement ces récits pour voir que toutes les mentions qui y sont faites du pays d’Ararad, à propos de rois antérieurs à Dikran I‘, sont manifestement artificielles et ne représentent pas une tradition ancienne et nationale. Les noms des héros primitifs . qui appartiennent en réahité à cette tradition nationale sont liés à des cantons de la région occidentale de l'Arménie. Hayg habite le pays de Harkh (5), et c'est là qu'il fonde la ville de Haygaz (6) ; c'est de là que l'éponyme spécial du peuple arménien, Armenag, se met en

(2) vi, 73.

(4) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 160 et suiv. . (5) Mos. Khoren., 1, 9 et 11; sur la situation de ce canton, voy. Geoÿr., 69.

(6) Môs. Khoren.; 1; 9.

marche vers le nord-est pour aller s'établir dans le bas sin de l'Araxe (1). La direction de la migration est bien indiquée ici, quoique la date en soit reportée infiniment trop haut, ce dont an ne doit pas être surpris quand 1 s'agit d'un fait qui repose uniquement sus une tradition orale sans chronologie (2). H est bien clair, en effet, que c'est dans ces questions de dates et d'époques que Mar-Abas Katina s'est donné sans scrupule libre carrière pour arranger les lambeaux épars de la tradition dans une construction systématique, d'après des idées préconçues. J'ai montré ailleurs (3) comment il a forgé, pour la placer à à auita des dix premiers pères des souvenirs nationaux (4), une hste toute arficielle de trente-cinq rois (3), correspondant un par un aux prétendus rois assyriens de Ctésias, liste qu’il n’a pas du reste absolument inventée de toutes pièces, car elle renferme quelques noms

(1) Mos. Khoren., 1, 11.

(2) Whiston (dans les notes de son édition de Moïse de Khorène, p. 35) et Tuch (Commentar ueber die Genesis, 2 édit., p. 463) ont fait remarquer l’analogie qui existe entre ces narrations de l'historien national de l’Arménie et la tradition hellénisée, que rapporte Strabon (x1, p. 591), tradition d’après laquelle Arménos, né en Thessalie, vint dans les pays pontiques à la suite de Jason et s’établit ensuite dans l'Acilisène sur la frontière d'Arménie, pays où s'étendit ensuite sa descendance, en lui donnant son nom. Si l'on substitue au nom de la Thessalie celui de la Thrace, on doit reconnaître que cette tradition, qui a pris la forme de la légende d’un héros éponyme, et qu'enregistre aussi Justin (xLI1, 2), a un fondement historique des plus sérieux et représente fort exactement la migration des Arméniens proprement dits.

(3) Lettres assyriologiques, t. I, p. 161.

(4) Sur ceux-ci, voy. plus haut, t. I, p. 224 et suiv.

(5) Mos. Khoren., 1, 18 et 21.

réels, bien qu'assez mal placés, de rois, non pas des Arméniens, mais des Urartai ou Alarodiens, connus par les inscriptions cunéiformes assyriennes ou indigènes, comme Aram, le Arame contemporain de Sehalmanou-aschir IT (4), Hratchéay, ke Ursa ou Ursa'a combattu par Scharrou-kinou (2), enfin Sgayorti, l'Argishis (3) sucesseur d'Ursa (4). C'est seulement après cette liste de trente-cinq rois que reprennent, dans les eanons empruntés par Moïse de Khorène à Mar-Abas Katina (5), des noms qui doivent avoir été puisés effectivement dans les souvenirs nationaux des Arméniens proprements dits (6) : un second Haygag, nouvel éponyme ou personificatron héroïque de la race de Hayg ; puis Erovand, dont le nom est eelu1 d’un eanton bien connu de l’Arménie-Majeure, sur le haut Araxe (7), peut-être celui que les Arméniens occupèrent le premier dans cette région (8); enfin Dikran, contempo-

(4) Inscr. des taureaux de Nimroud : Layard, Inseript. in the cuneif. charact., pl. 16, 1. 46-49; pl. 47, 1. 28-33. — Obélisque de Nimroud : Layard, pl. 92, 1.92 et 93. — Voy. Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. 1, p. 138 et 162.

(2) Fr. Lenormant, Manuel d'histoire ancienne de l'Orient, 3e édit.,t. II, p. 367; Lettres assyriologiques, t. 1, p. 148-151, 162 et suiv.

(3) Ainsi nommé dans ses propres inscriptions en langue alaradienne, Argisti dans les documents assyriens.

(4) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 151-154, 163 et suiv.

(5) Mos. Khoren,., 1, 21.

(6) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 161.

(7) Erovand est pourtant aussi le nom d’un roi parfaitement historique, malgré les fables dont on entoure son origine, lequel régna au Ier siècle de notre ère : Mos. Khoren., 11, 34-45.

(8) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. L, 6. 4&.

rain de l'avènement de Kourous (Cyrus) au trône de Perse et de Médie (1). Ce dernier paraît avoir .eu un. fond de réalité historique, bien qu'après lui les fables reprennent et qu'on lui donne pour fils Vahakn, que Moïse de Khorène lui-même reçonnaît pour avoir été honoré comme dieu, et qui présente tous les caractères d’un être mythologique, d'une sorte d'Hercule, Issu . du feu sacré (2). L'histoire positive, ayant des caractères acceptables pour la critique, ne commence dans les récits arméniens qu'avec Vagharschag et l'établissement de la dynastie arsacide. Jusque-là nous n'y avons qu'un chaos de légendes, arrangées sans aucune conscience par Mar-Abas Katina, de telle manière que, la plupart du temps, on ne peut pas faire avec chance de certitude le départ de ce que cetécrivaina inventé et de ce qu'il a réellement puisé dans la tradition. Cependant 1l n'y a pas tout créé de son imagination, et l'on parvient à y distinguer encore, ainsi que nous venons de le faire voir, bien des traces de ce double souvenir : que la migration des Arméniens est venue de l’ouest, conformément au dire des Grecs; que l'entrée de leurs premiers essaims dans l’Arménie-Majeure, dans la région d’Ararad, n’a eu lieu que vers le temps de Dikran I‘ et au début de la monarchie des Achéménides (3). Ceci nous amène au seuil

(4) Mos. Khoren., 1,23-29.

(2) Mos. Khoren., 1, 30.

(3) On ne peut guère attacher une valeur bien sérieuse au dire de Moïse de Khorène (1, 29) prétendant que Dikran Ier aurait été le fondateur de Tigranocerte, en présence des témoignages formels de Strabon (xt, p. 352), d'Appien (Bell. Mitrid., 67) et de Plutarque

de l’époque où les inscriptions trilingues de Darayavous, fils de Vistâäçpa (Darius, fils d'Hystaspe), montrent Urartu devenant le synonyme babylonien du perse Armina (1), médo-élamite Harminiya. Encore, dans la division des satrapies établies par ce prince, telle qu'elle subsistait au temps d'Hérodôte, le pays des Alarodiens ne faisait pas partie de lArménie et se trouvait même compris dans -un autre gouvernement (2). L'Arménie, entendue dans son sens ancien, que nous avons déterminé tout à l'heure, était de la xm° strapie (3); les Alarodiens, avec leur pays d'Ararad, formaient la xvin*, en compagnie des Matiens et des Saspires (4). La substitution des Arméniens à la population primitive d'une autre race, dans le nordet l'est de l’Arménie-Majeure, ou plus exactement l'absorption et l'assimilation des anciens habitants au sein de la nation arménienne, devenue de jour en jour prédominante dans ces districts, est un fait qui se produisit graduellement et en silence pendant la période des derniers rois achéménides et de la domination macédonienne, période pour laquelle

(Lucull. %6), mieux à même de savoir les choses et affirmant que le créateur de cette ville fut Dikran ou Tigrane le Grand, au commencement du Ier siècle avant l’ère chrétienne. Mais dans cette erreur même de l’historien arménien n’y a-t-il pas l'indice d’un souvenir qui se serait conservé de ce que le foyer du pouvoir de Dikran Ier, le centre de ses États, aurait été encore dans le midi de l'Arménie, dans le bassin du haut Tigre ?

(4) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t.I, p. 136.

(2) Voy. Kiepert, Monastsber. d. Berlin. Akad., 1857, p. 139.

(3) Herodot., 111, 98.

(4) Herodot., ur, 94.

rien D6. NOUS reBSeigne Sur Ce qui Se passa em ÂArméaie, ni sources classiques, ni sources indigènes. Quoi qu'il en soit, nous avons eonstaté Fexistenee d'un grand rameau de la race aryenne (t}), qui opéra sa migration à partir du berceau commun de kà race, de même que La plupart des peuples européens, par les immenses plaines au nord du Caucase et du Pont- Euxin, et descendit d’abord sur le bassin inférieur du Danube et la Thrace européenne, puis qui de À poussa une partie de ses tribus dans FAsie-Mineure occidentale et septentrionale, leur faisant franchir le Bosphore et FHellespont par un mouvement de retour d'ouest en est, qui se prolongea jusqu’à ce que certaines de ces tribus fassent parvenues en Arménie. À ee grand ‘rameau ethnique appartiennent en Europe les Gètes et les Thraces, peut-être aussi les peuples 1llyriens, en ÂAsie-Mineure, le groupe des populations que les anciens eux-mêmes qualifiaient de Thraces d'Asie, les Bithyniens, les Mariandyniens et les Paphlagoniens, pus les Phrygiens et enfin les Arméniens proprement dits. Et nous avons reconnu qu’il fallait également y

(4) La Thrace avait porté le nom d’Aria: Steph. Byz., v. Gp&xr. L’étymologie qui croyait retrouver l'élément Arya dans le nom de l'Arménie (Saint-Martin, Mémoires sur l'Arménie, t. E, p. 269 ; Spiegel, dans les Beitr. v. vergl. Sprachf., t. I, p. 31; M. Haug, ‘Ueber den altes Namen der sogenannten Indogermanen und ihren æltesten Stummgott dans le 4 lig. Monatschr. W. f.u. L., 1854, pr785 et suiv.; Lassen, Zeifschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch., t. X, p. 379) est aujourd’hui reconnue par les meilleures autorités comme à tout le moins douteuse (Eug. Burnouf, Comment. sur le Yaçna, notes, p. Cvi1;, Max Müller, La suience du langage, trad. franç., p. 260), et, pour ma part, je la tiens comme radiealement fausse.

rattacher les Cimmériens, restés en arnère des autres . peuples du même rameau sur la route de sa migration, au fond du Pont-Euxin, jusqu’au moment où les Seythes les en expulsèrent et les précipitèrent sur l'Asie-Mineure. Profitons mamtenant de ces données pour explication du Gômer du tableau ethnographique de la @enèse.

Il est mcontestable que son nom est identique à celui des Kuéoo des Grecs, Gimirraï des Assyriens, et que chez Ye’hezqél il les désigne dans la période fimale des ravages de leurs incurstons. Maïs, d'une autre part, il m'est bien difficile d'admettre que ce soit réellement à ces Cimmériens eux-mêmes que le nom s'applique dans ke chapitre x de la Genèse. Si l'on y entend Gômer comme les Cimmériens à Fépoque de leur séjour dans le nord del’Asie-Mineure et dans leurs courses dévastatrices au travers de cette péninsule, il faut conclure, avec M. Gelzer (4), que ke tableau ethnographique du premier livre de la Bible a été composé au plus tôt à Fépoque où Sin-a’hé-1rba régnait en Assyrie ; et nous n'hésitons pas à dire, avec M. E. Schrader (2), qui pourtant n'est pas disposé à vieillir ce document, qu'une telle date est trop basse et qu'il représente certainement un état plus ancien des populations. J'en dis autant de l'opinion de M. Schrader lui-même (3),

(4) Zeitschr. f. Ægyvt. Spor. u. Alterthumsk., 1875, p. 19.

(> Keilinschriften und Geschichtsforechung, p. 159. (3) Ibid. p. 169.

qui voit dans Gômer les Cimmériens, déjà établis autour de Sinope vers le milieu du VIII siècle avant J.-C., mais n'ayant pas encore pénétré plus avant dans l’Asie- | Mineure (1). Quant à y chercher, ainsi que l'éminent assyriologue de Berlin l’admet aussi comme possible, les Cimmériens, dans une époque encore antérieure de leur histoire, habitant au nord du Pont-Eaxin, avant d'en avoir été expulsés par les Scythes, je m'y refuse encore plus absolument. Cette position dépasse, on peut l'affirmer sans hésitation, l'horizon géographique des connaissances de l’auteur du chapitre x de la. Genèse du côté du nord; dans cette direction l'on ne peut chercher aucun des peuples qu'il mentionne audelà de la mer Noire et du Caucase.

(1) M. Friedrich Delitzsch vient aussi de traiter la question du Gômer biblique et des Gimirraï des textes cunéiformes (Wo lagdas Paradies ? p. 245 et suiv.). Il n'apporte pas, du reste, de documents nouveaux, autres que ceux dont nous avons fait usage, mais conteste seulement, à tort suivant moi, la lecture Gimiri ou Gimirri pour le nom traduisant le perse Çaka dans la version babylonienne des inscriptions trilingues des Achéménides (voy. plus haut, p. 349). En dépit du fac-similé si soigneusement fait du texte de Behistoun, que donne Cuneif. inscr. of. West. Asia, t. II, pl. 39, il veut en revenir à l’ancienne leçon Namsniri ou Nammirri, depuis longtemps abandonnée par tous les assyriologues.

C’est seulement quand l’impression du présent volume en était parvenue à ce point que j'ai reçu le livre capital du savant professeur de Leipzig, Wo lag das Paradies, dont je parlais plus haut (p. 115) en disant qu’il n’avait pas encore paru, ce qui alors était vrai. Je regrette vivement de n'avoir pas pu profiter jusqu'ici de la masse si riche et si précieuse des faits que M. Friedrich Delitzsch a rassemblés dans sa dissertation; mais je dois ajouter qu’il ne m'a point converti à sa thèse fondamentale. J'y reviendrai, du reste, en Appendice, pour la discuter avec toute l'attention que mérite une œuvre de la valeur de celle dans laquelle elle est développée.

Mais Genes., X, 3, donne trois fils à Gômer, Aschkenaz, Riphath et Tôgarmäh. Nous examinerons tout à l'heure avec détail les assimilations que l'on doit faire de ces trois noms, et nous constaterons avec une entière certitude qu'ils représentent précisément les trois divisions que nous avons reconnues tout à l’heure chez les populations du rameau thraco-phrygien établies en Asie-Mineure. Aschkenaz correspond aux Phrygiens, Riphath aux Paphlagoniens, aux Bithyniens et en général aux Thraces d'Asie, Tôgarmäh aux Arméniens envisagés comme habitant encore le pays auquel fut restreint d’abord le nom d'Arménie, c’est-à-dire l’ouest de la contrée à laquelle ce nom s’est ensuite étendu. Or, 1l està mes yeux une donnée incontestable qui sert de base à toute l'économie du tableau ethnographique des Noa’hides : c'est que, nous l'avons déjà dit, toutes les fois que le rédacteur y nomme un fils de l’un des trois premiers chefs de race, et ensuite lui donne des fils, dans sa pensée ce premier degré de génération ne représente pas, comme l'ont cru très-souvent les interprètes, un peuple distinct de ceux qui sont nommés comme ses fils, ceux-ci étant comme des essaims ou des colonies sortis de . lui et ayant pris une individualité séparée de la sienne. Il personnifie, au contraire, l’ensemble ethnique plus ou moins vaste formé par la réunion des peuples ou des tribus qualifiés comme ses enfants. Il y a là un principe d'interprétation dont je ne crois pas possible de s’écarter sans errer, et dont j'aurai l’occasion de justifier l'exactitude dans tous les cas où l'autenx

see LES ORIGINES DE L'MPIOME : ‘:

du aablean ethnagraphique a procédé en énumérant suocessivement deux et trois générations. Pour le moment, il me suffira d'en indiquer un exemple partieudièrement décisif dans Genes., x, 15-20, où, après de 20m de Keni'an, est donnée la liste de ses fils, qui me sont pis autres que dans les divers peuples ndont l'ensemble constituait la grande.nation des Kondnéens, Ceci étent, Gômer, père de Aschhonas, Aéphath it Tégærmäh, ne #eprésente ples les Cmmésions-sœmme peuple #spécisl, mais la généralité de da asce 1bweae- Phryge-arménienne telle que l'éonisain biblique ponvait Ja connaitse, c'est-à-dire entent-qu'hnbitnat d'Ase- Mineurs -et réunissant les trois subdivisions gthaigues auxquelles correspondent Les fils de Gômer.. : C'est justement vers le nord-ouest de l'Asis-Missuse que la plus ancienne tradition des ‘docteurs juifs, dont il est toujours bon de tenir compte, nous induit à tourner nos regards pour y chercher l'habitation de Gômer et de ses fils. Josèphe (1) fait de Gômer de père des Galates, ou plus exactement de la population à laquelle se superposèrent les Gaulois de son pays, car c'est là le vrai sens de son texte, suivi par saint Jérôme (2), lsidore de Séville (3) «et Zonaras.(4). Le Midrasch et les Targoumim :traduisent ce nom par Aphriqé ou Aphrigt (5), ce quine veut pas.dire L'Afne

&) Ant. jud.,1,6, 4

C2) Quaest. hebr.in Genes., x, 2:

@) Orig., 12,9, 96.

@) Annal., 1, 5.

(5) Voy. Neubaner, Géographie du Malmud, p. 42.

que (1), mais désigne sûrement ««n pays ‘d'Asie, comme danses passages des deux Talmuds (2) où il est dt que San‘hérib (Sein-a’hé-irba) transporta des dix tribus en Aphriqä (3). Ce ne peut pas être l'Ibérie du Caucase, comme l'ont pensé MM. S. Cassel (à) et Harkawy (5), mais bien la Phrygie{6), ainsi que l'ont reconnu Bochart (7) et M. Rappaport {8}. Moïse de

(H On pourrait supposer que c’est d’après cette explication entendue au sens d'Afrique que la Chronique Pascale (t. 1, p. 46 et suiv., éd. Dindorf), touten-faisant de Gômer la souche des Céltes, "voit dans ses fils Aschkenazet Riphath les Mazices et les-Garamantes africains. Il est vrai que l’auteur de cette chronique avait une singulière propension à placer les Yaphéthites dans le nvrd de l'Afrique, puisqu'il assimile aussi Elischäh ‘aux Maures, Toûbäl aux Maxges ou aux Maces, Meschech aux Gétules, Tiràs aux Africains propres (Afri) et Tarschisch aux Garamantes intérieurs.

Jeine:croispas nécessaire de discuter l'opinion &e Knobel (Die Vœlkertafel, p. 30), qui dans la traduction de :Gômer par .Aphrigä voit une allusion aux Vandales d’Afrique.

‘(2 Talm. Bab., Synhedrin, ‘fol. 92, a; Talm. Jerus., Schebiifh, . Vi, 4. .

G) M. Neubauer (Géographie du Talmud, p. 402 et suiv.) a trèsbien montré que dans d'autres passages 'talmudiques Aphrîqä désigne l'Afrique.

(&) Magyarische Alterthümer, III, p. 270. :

(5) Dans la Zeitschrift de‘ M. Geiger, 1867, p. 34 et suiv.

(6) Il est vrai que la Phrygie :est appelée ailleurs Phrügthiyé (Talm. Bab., Sabbath, p. 147, b) ; mais c’est en parlant de l'exil des tribus dans ce pays (voy. Neubauer, ouvr. cit., p. 315), ce qui nous ramène à la même tradition que leur déportation en Aphrigü. Les deux formes se montrent ainsi:comme des variantes l'une de l’autre.

(7) Phaleg., 1. nt, c. xv, p. 171 de l'édition de Leyde, 1707. Bochart plaçait Gômer en Phrygie, mais en s'appuyant sur une étymologie tout à fait inadmissible, en expliquant ve nom par l'araméen gomra, « charbon, » et en y voyant:une désignation de la dpuyin Kataxsxaupévn.

(8) Erech Millin, p. 187.

Korène avait connaissance d'une: interprétation ' setñblable, et il la combine avec la double tradition:elas: sique de l'origine phrygienne des Arméniens et de l'origine thrace des Phrygiens, quand'il ne fait pas naître directement Thorgom (Tôgarmäh) de Kamer (Gômer); et déroge aux données bibliques pour insérer entre eux, comme fils du premier et père du second, Tiras (Tiräs) (4), universellement envisagé alors comme le représentant des Thraces. C'est la donnée qui s'est conservée ensuite, de génération en génération, chez les docteurs arméniens, et au IX° siècle le patriarche Jean VI, dans son Histoire d'Arménie, la complète et la précise en disant: « Le troisième patriarche après Yapeth (2) engendra trois fils, Askanaz, Riphad et Thorgom; et comme il possédait en propre et personnellement le pays des Thraces, il jugea convenable de partager en trois lots ce royaume et ses autres possessions, pour les donner en héritage à ses trois fils... Thorgom, s'étant approprié par la suite l'Arménie et en étant devenu le souverain, conserva le nom de sa dynastie à ce royaume, qui portait jusqu'alors celui d’Askanaz. Ainsi retenez bien que nous descendons à la fois d'Askanaz et de la maison de Thorgom (3).» Sans doute il n’y a pas ici une tradition proprement nationale, mais un système érudit d'interprétation des renseignements du chapitre x de la Genèse, système d'autant plus digne d'attention qu'il se rattache à

() Mos. Khoren., 1, 4.

€) C'est-à-dire Tiräs.

(3) Traduit par Eug. Boré, Arménie, p. 74.

l'ancienne exégèse des rabbins juifs, adoptée par les premiers docteurs chrétiens.

Reste à justifier encore notre manière d’entendre le Gômer du tableau ethnographique de la Bible, en relevant un certain nombre d'exemples qui paraissent montrer que si pour les Grecs ce nom fut spécialisé de très-bonne heure comme appellation particulière des seuls Cimmériens, en Asie 1l avait été connu antiquement comme désignation générique des peuples thraco-phrygiens et s'était localisé également sur plusieurs points de leur domaine, en dehors de son application aux Cimmériens proprements dits.

Ainsi les Mariandyniens faisaient de Mariandynos, leur héros éponyme, un fils de Cimmérios (1). Le dire de Josèphe (2), que les habitants de la portion de la Phrygie qui devint ensuite la Galatie s’appelaient primitivement rouæpsi, doit être pris en très-sérieuse considération, d'autant plus que la Mère des dieux, la grande déesse de Pessinonte, au cœur de ce pays, est qualifiée de Kepueots 664 (3). Dans les fragments des historiens nationaux de l’Asie-Mineure, comme Xanthos le Lydien, l'on remarque des vestiges incontestables d'échange entre les noms de Phrygiens et de Cimmériens. Ainsi lorsque Xanthos parläit d’une invasion cimmérienne antérieure à Homère (4), que les

(4) Schol. ad Apollon. Rhod., Argonaut., 1, v. 1196 ; 11, v. 140.

(2) Ant. jud., 1, 6, 1.

(3) Hesych., 5. v.

() Strab, ni, p. 149.

386 LES ORNINES DE &L'IMSFOME.

chronographes placént en 4077 avant 3.-C. (4), cri ne peut se rapporter qu'à quelque mouvement des tribus phrygiennes ou à l'émigration de l'un ou de l'autre peuple des Thraces d'Asie ; .et.d'un antre côté, quand 1 faisait venir des Phrygiens d'Eurepe en Ask sssez longtemps après Homèze{(9}, à est évident quil avait en vue la grande invasion cisamérmenne (5). Les Arméniens donnent à la Cappadece le nor de 6smir (4),et c'est la source du système :qui voit dangie -Gômer de la Genèse les :Cappadociens, système -anciennement adopté par Eusèbe (5) et d'après lui par £smuel d'Ani (6), renouvelé de nos jours avec beamoemp d'habileté par .G. Wahl (7) -et MM. Kiepert (8), P. de Lagarde (9) et Dillmann (10), mais que M. E. Sobesder.(11) me-paraît avoir très:bien réfuté.'’M. :Gelser.(49) pense que le nom de Gamir donné à la Cappadoce..et

(1) Euseb., Chron. armen., p. 303.

(2) Strab., xIv, p. 680.

(3) D’Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l’Europe, p. 170.

(&) Mos. Khoren,, 1, 80; Faust. Byzant., 1v,3 et 4; Euseb., Ghron,, armen., t. I, p. 95, ed. Aucher; voy. la note de Mai à la p. 43 de son édition de la Chronique d'Eusèbe; Saint-Martin, Mém. sur l'Arménie, t. I, p. 30 ; Roget de Belloguet, Les Cimmériens, p. 15 et suiv.

(5) Chron. canon., p. 12, ed. Scaliger; Excerpt. barbar., p.60, ed. Scaliger ; Syncell., p. 49.

(6) Tempor. rat., p. 8, ed. Mai.

(7) Altes und neues Vorderasien, t. I, p. 274.

(8) Monatsberichte de l'Acad. de Berlin, 1859, p. 204 et suiv.

(9) Gesammelte Abhandlungen, p. 254 et suiv.

(40) Die Genesis, p. 183. |

(11) Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 159 et suiv.

(42) Zeitschr. f. ægypt. Spr. u. Alterthumek., 1875, p. A9.

LE TABLEAU ETHNOGRAPHIQUE DE LA GENÈSE. 387 avec lequel il faut grouper celui de la ville: de Comoralis que la table de Peutimger place auprès de Sébastix, doit dénoter que pendant un temps les Eimmériens eurent leur quartier général dans ce pays, et. M. E. Schrader ({) est assez disposé à partager eette opinion. Il y a pourtant une objection décisive à y opposer: c'est que nous possédons, comme on l'a vu plus haut, une somme fort considérable de témoignages précis, détaillés et en partie contemporains sur les invasions eïmmériennes en Asie-Mineure, et qu'aueun n'autorise à placer ni leur établissement ni même le théâtre de leurs eourses habituelles dans une région auss? orlemale que la Cappadoce. Tout les montre parcourant presque exclusivement des parties ples occidentales de l’Asie-Mineure, la Paphlagonie, la Bithynie et la Phrygie, d'où ils poussent leurs courses dans la Lydie et Fomie. Je crois donc qu'il y a plutôt, dans la dénomination arménienne de Gamir appliquée à la Cappadocé, an vestige de l'extension ancienne de la désignation de Gomérites à toutes les populations phrygiennes de l’Asie-Mineure. À moins qu'on ne préfère y voir une conséquence de la donnée généalogique qui donnait Gamer ou Gamir pour grand-père à Thorgom, l'ancêtre des Arméniens, et un souvenir da point de départ de la migration de ce peuple. Car, dans ce cas, 1l était très-naturel que l’on quahfiât la province d'où était sortie la famille de Thorgom de pays de son aïeul Gamir.

(4) Keïlinschr, w. Geschichtef., p. 158 et sui.

C'est maintenant le lieu de-compléter l'étude du: nom de Gômer dans le chapitre x de la Genèse én. justifiant l'interprétation que nous avons donnée fout à l'heure des trois peuples que le tableau et phique représente comme ses fils, c' ‘est-à-diro- omME ses subdivisions. jar

Aschkenaz, nous dit Josèphe a), copié par 4 airs Jérôme @), Georges le Syncelle (3) et Zonaras:(#).: est les Pnyivs. Ce nom, absolument inconnu. d' leurs: est évidemment altéré. On a cherché les Rugiens Ps du nord de la Germanie (6) ou les habitants de .la. Médie Rhagienne (7), deux hypothèses également inadmissibles, car Josèphe suit fort exactement le système. d'assimilation des anciens docteurs juifs (8), et ceux. :

(1) Ant. jud., 1, 6, 1.

(2) Quaest. hebr. in Genes., x, 3.

(4) Annal., 1, 5.

(5) Tacit., German., 43; Ptol., 11, 11, 27; Procop., Bell. goth., 11, 14; 11, 2; Jornand., De reb. get., 46 et 57; Paul. Diac., De gest. Langob., 19.

(6) Knobel, Die Vœlkertafel, p. 31.

(7) A. Maury, Journal des Savants,1869, p. 224 ; Roget de Belloguet, Les Cimmériens, p. 13.

(8) L’explication de Aschkenaz par les peuples germaniques, qui a prévalu chez les Juifs depuis le Moyen-Âge, ne se rencontre pas avant le IX+ siècle de notre ère, où elle apparaît chez Yoseph-ben- Gorion. Cependant elle avait une racine plus ancienne, puisqu'on trouve déjà chez Eusèbe (Chronic., exord. 6, dans la version latine de saint Jérôme) ce nom interprété par gentes Gothicae. Que dire du système de Knobel, qui non seulement l’adopte, mais la combine avec lexplication d’Aschkenaz par l’Ascanie, en invoquant les prétendues traditions de l’origine troyenne des Francs ?

Pour Isidore de Séville (Orig., 1x, 2, 32) Aschkenaz est les Sarmates, ce qu’admettent aussi les Arméniens, comme Samuel d’Ani

ci, dans les deux Talmuds (1), dans le Midrasch et dans les Targoumim, rendent Aschkenaz par Asia ou Asiya (2). Ce n'est pas, comme l'a cru Knobel (3), le petit canton de l'Asie propre en Lydie (4), mais la province romaine de l'Asie proconsulaire (5), que ce nom d Asia désigne toujours dans les Talmuds (6). La tradition des écoles juives, à l'époque la plus élevée où nous puissions la saisir, plaçait donc dans l'Asie- Mineure occidentale la patrie du fils ainé de Gomer, et c'est précisément dans cette région que nous rencontrons tout un groupe de noms géographiques dont les meilleurs critiques, depuis Bochart (7), n'hésitent pas

(Tempor. rat., p. 8, ed. Mai) et le patriarche Jean VI (dans Eug. Boré, Arménie, p. 74). Sa’adiah en fait les Slaves. Ces explications ne se rattachent pas à une tradition ancienne ; il n’y a à les mentionner qu’à titre de curiosités.

(1) Talm. Jerus., Megillah, 1, 1; Talm. Bab., Yoma, fol. 10, a. .

(2) Neubauer, Géogr. du Talmud, p. 309 et 43.

(3) Die Vœlkertafel, p. 40.

(&) Strab., xu11, p. 627.

(5) Rappoport, Erech Millin, p.153; Neubauer, Géogr. du Talmud, p. 310.

(6) Quelquefois Asia est dans le Talmud le nom d'une ville. « L'empire romain, dit-on, est fier et orgueilleux, et il n’a cependant que quatre villes dignes d’être des capitales, Asia, Aleksandria, Qartegêna (Carthage) et Antoukia (Antioche) » (Siphré, sect. Balak, ed. Friedmann, p. 47, b). Ailleurs (Talm. Bab., Baba Mecia, fol. 84, a) on oppose Asia à Lodqia, Laodicée de Phrygie. Ces passages ne sauraient s'appliquer à la petite ville d’Asia de Lydie (Steph. Byz. et Suid., 8. v.; Eustath., ad Dionys., Perieg., v.634); mais je ne puis non plus, avec M. Neubauer (ouvr. cit., p. 310), les rapporter à Sardes. La ville d’Asia ne peut être qu'Éphèse, capitale de l'Asie proconsulaire (Joseph., Ant. jud., xrv, 10, 11 ; voy. Marquardt-Mommsen, Handb. d. rœm. Alterth., 2e édit., t. IV, p. 337) et siége de l’administration des publicani Asiae (Cic., Ep. ad fam., v, 20).

(7) Phaleg., 1. int, c. 1x.

à reconnaître la parenté incontestablé avec étlai . d'Aschkenaz. |

Les géopraphes anciens signalent, en effet, dans h Bithynie un district d'Ascania, habité par des Phrygiens et des Mysiens (1), puis un Iac Ascanien stt les bords duquel était situé Nicée (2), et un fleuve Aséanios (3). En avant de la Troade on rencontreles iles Astaniennes (4), et le port Ascanien sur la frontière de cette province de la Lydie (5). Dans le cycle des légeñdes troyennes, le nom d'Ascanios est porté par un fils de Priam (6) et par le fils d'Énée, appelé aussi Euryléon (7). Ces diverses dénominations délithiterit #ssex nettement l'extension d'une antique province d'Ascanie (8), qui fut, disaient les traditiotis recueillies par Xänthos le Lydien (9), le premier siége des Phrygiens après leur passage en Thrace de l'Asie. Il faut également ici tenir compte du très-ingénieux rapprochement étabh par Bochart (10), Michaëlis (11), Schlæzer (19),

(1) Iliad., B, v. 862 et suiv.; N, v. 791; Strab., xrt, p. 564; Plin., Hist. nat., v, 40; Steph. Byz., v. Aoxavie. ,

(2) Strab., x, p. 565; Pseudo-Aristot., Mirab. auscult., 53; Plin., Hist. nat., xxxt, 10.

(3) Plin., Hist. nat., v, 40 et 43.

(4) Plin., v, 32.

(5) Plin., v, 38.

(6) Appollodor., 111, 19, 5.

(7) Dionys. Halicarn., 1, 65; T. Liv., 1, 3; Serv. ad Virgil., Aëneitl., 1, v. 267. Sur Ascanios, l’Ascanie et les eaux Ascanienries, voy. Klausen, Æneas und die Penaten, t. I, p. 118 et suiv.

(8) A. Maury, Journal des Savañts, 1869, p. 224.

(9) Strab., xiv, p. 580.

(10) Phaleg., 1. 11, c. 1x.,

(11) Spcicil. geogr. Hebr. ext , I, p. 62.

(12) Nordische Geschichte, p. 283.

Hasse (1) et Knobel (2), entre les noms de Aschkenaz et Ascanios et l'appellation grecque de la mer Noire, d'abord riévros Afsvos (3) OÙ Aëswos (4), et plus tard seulement riévros Eïésrvos ; Car 1l est probable que cette appellation fut d'abord empruntée à l’un des principaux peuples qui habitaient les bords du Pont-Euxin, et que l’étymologie significative tirée du grec ne vint que plus tard (5).

Lé ion d'Asthkenaz, afnsi expliqué tout naturelle- * meñt et de lä façon la plus vraisemblable par celui d’Ascäniens, désigne dans l'éthnographie biblique, non pas la province spéciale d'Aséanie, maïs l’ensemble de la nation phrygiennie, auquel il appartient en dehors même de son premier séjour plus spécialement qualifié d'Ascanié, car elle l’a transporté avec elle dans la Phrygie. Îl y avait encore un lac Ascanien dans le midi de ce dernier pays (6). D'ailleurs, le nom de Ac-xéviôç, Aë-xévuor, semble, par sa composition même, avoir un caractère ethnique dé nom de tribu ou de nation, bien plutôt que le caractère géographique d’un nom de pays. Il est tout à fait analogue dans sa formation aux patronymiques dont l’alarodien des inscriptions cunéiformes du pays de Van, bien qu'appartenant à une tout autre famille de langues, avait emprunté le principe de composition

(4) Entdeckungen, t, I, p. 19 et suiv.

(2) Die Vœlkertafel, p. &.

(3) Strab., vir, p. 298 ; Diod. Sic., 1v, 40; Plin., Hist. nat. IV, %; VI, 1.

G&) Pindar., Pyth.,1v, v. 361 j Euripid., 1phig. Taur., v. 218.

(5) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. 1, p. 135.

(6) Arrian., Anabas., 1, 29.

aux idiomes aryens de son voisinage, tirant par exemple. deMenuas Menuakhinis, cfils de Menouasch, > de Argistis Argistikhinis,« fils d'Argischtisëh, » de Anahidduris Anahiddurrikhinis, « fs d'Anahiddourisch (4): »

M paraît difficile de ne pas y voir de même un composé du terme qui dans toutes les langues aryennes désigne la « race, » « la famille, » sanscrit g'anama, de la racine g'an, zend zantu, arménien jéd, grec. yéve, latin gens, irlandais ginél, cymrique cenal, gothique kuni, ancien allemand chunni, et de As, le radical même de Asia. On sait que le nom d'Asie était originairement localisé dans la Lydie (2), où subsista toujours un canton d'Asia et une ville de même nom, et dans la Troade (3), etqu'on le met aussi en rapport avec les Phrygiens (4).

(1) Fr. Lenermant, Lettres assyriologiques, t. 1, p. 497.

(2) Démétrios de Scepsis disait qu'Asia avait été originairement le nom de la Lydie: Strab., x, p.627; Schol. ad Aristophan., Thesmophor., v. 420; Schol. ad Apollon. Rhod., Argondut., n, v. 779. Hérodote fait venir l'appellation d'Asie du roi lydiendes âges héroïques, Asiès, fils de Cotys, fils de Manës: Herodot., 1v. 45; Eustath., ad Dionys., Perieg., v. 210 et 690. C'est celui dont le terrain sacré, sur les bords du Caÿstre, est déjà mentionné dans les poésies homériques (Iliad. B, v. 461; Dionys., Perieg., v. 836- 838), et dont Strabon vit aux mêmes lieux l'hérôon (Strab., x1v, p. 650). La même donnée chez Denys d'Halicarnasse: Antig. rom., 1, 27. Callinos appelait Howvñes les habitants de Sardes: Strab. x, p. 677. Une tribu Aou dans cette ville: Eüstath., aë Dionys., Perieg., p. 210.

() Le devin Asios donne le Palladion à Trôs: Eustath., ad Dionys., Perieg., v. 620; Suid., v. IaXéduov.

G@) Asios, fils d’Atys: Eustath., ad Dionys., Perieg., v. 690. Le Phrygien Asios dans Iliad, If, v. 715 ; Eustath., ad Iliad. p. 1083.

Le nom d’Aschkenaz ainsi entendu comme désignation générale de la nation phrygienne, l'objection très-sérieuse que Tuch (1) et M. E. Schrader (2) op posaient à son identification avec celui des Ascaniens tombe d'elle-même. Cette objection était tirée de Jerem., Li, 27 et 28, seul passage biblique, avec Genes., x, 3, où se lise le nom d'Aschkenaz. Le prophète, écrivant au temps de Nabou-koudourri-ouçour de Babylone, et au lendemain de la ruine de Yeroûschâlaim, annonce la prochaine venue des peuples conquérants du nord et de l’est, qui vengeront Giyôn sur Bâbel. Il s’écrie :

« Élevez la bannière dans le pays !

Sonnez la trompette parmi les nations !

Préparez les nations contre elle, convoquez contre elle les royaumes d'Arârat, de Minni et d’Aschkenaz !

Établissez contre elle un général, faites monter des chevaux comme des sauterelles hérissées.

Sacrez contre elle les nations, les rois de Mâdai, ses gouverneurs de provinces et tous ses chefs de districts, et tout le pays de sa domination. »

Il est clair qu'Aschkenaz ne sauraît être ici le canton de l'Ascanie bithynienne, ni même l'ancienne

(1) Commentar ueber die Genesis, 2 édit., p. 161. (2) Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 160.

394 LES OnIGItRB DE L'NISTOIRE.

provmee d'Ascanie, au sens plus large que nous avons reconne qu'elle avait d'abord; elle est beancoupttrop reculée dans l'ouest, et elle ne dépendait pas dela Médie, mais, à ce moment, du royaume de Lydie. C'estrumr pays vassal de la monarchie médique, c'est-à-dire situé à l'est du fleuve Halys, qui forma la frontière entre les Mèdes et Les Lydiens (1) à là suite de kr grande güerre entre Alyatte, d'une part, Cyaxare, puis Astyage, de l'autre (2); c'est en même temps un pays contigu à ceux de Arârat et de Minn, dont là réunion fèrme FPArménie majeure où orientale. IL n'y à done pas moyen de douter qu'Aschkenaz ne désigne icr l'Arménie propre ou oecidentale, l'Arménie au sens primitif du nom. Après les observations que nous avons faites plus haut sur leur origine, nous ne devons trouver rien d'étonnant à ce que les Arméniens proprement dits soient qualifiés de Phrygiens, ce qui est le sens précis d'Aschkenaz. Au contraire, nous devons, comme nous l'avons déjà fait aïlleurs (3), relever avec soin le passage de Yirmeyâhoù comme fournissant une date de la plus haute valeur pour - déterminer l'époque où les Arméniens d’origine phrygienne étaient déjà limitrophes des pays d’Arärat et de Minni (Ararad et Manvaz), où ils allaient bientôt pénétrer. M. P. de Lagarde (4) observe que la désinence az sert à former les patronymiques en arménien,

(1) Herodot., 1, 108.

@) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 92-V7. G) Lettres assyriologiques, t. 1, p. 134.

(4) Gesammelte Abhandlungen, p. 25.

et que Aschkhén s'y est conservé dans l'usage comme nom propre ; c'est un vestige de la descendance phrygienne ou ascanienne des Arméniens, qui ont gardé une tradition de ce que leur pays ou leur peuple avait été nommé d'après Askanaz avant de l'être d’après Thorgom (1).

La forme exacte du nom du second fils de Gômer présente quelque incertitude. Dans Genes., x, 3, la leçon est Ripalh,; dans ZI Chron., 1, 6, elle est Diphath. En effet, rien de plus facile que l'effet, rien de plus facile que l'échange et la confusion des deux lettres daleth et résch dans tous les types de la paléographie sémitique, aussi bien dans l’alphabet antique des Hébreux que dans l'écriture carrée. C'est évidemment d'après la leçon Diphath que le Talmud et le Midrasch expliquent ce nom par Hadayap ou Hadayab, c'est-à-dire l'Adiabène (2), tandis que les Targoumim le rendent en Parsôy, la Perse (3). Volney a même proposé, en présence de

(1) Jean VI, Histoire d'Arménie, traduit dans Eug. Boré, Arménie, p. 74; voy. plus haut, p 389.

Volney avait cru retrouver le nom d'Aschkenaz dans l'Arménie même, en lisant dans les anciennes éditions de Strabon (x1, p. 558) la mention d’un canton de cette contrée appelé Aocuvonvn. Mais il est aujourd’hui établi que ce n’était là qu’une fausse leçon pour Axuonva. C'est aussi sur une leçon inexacte que s’appuyait D. Calmet quand il comparait Aschkenaz à l’Ascünticos qu’il lisait dans Pline (Hist. nat., vi, 7), là où l’on a rétabli dans le texte Cantacaptae.

(2) Neubauer, Géogr.du Talmud, p. 433. Sur les autres mentions talmudiques de ce pays, voy. le même ouvrage, p. 374.

(3) Le Parkôy du Targoum de Jérusalem est sûrement une simple faute de copiste pour Parsôy, ainsi que l'a très-hien wo

cette incertitude de la première lettre, corriger le nom en Viphath, pour y retrouver le mont Niphatés de l'Arménie méridionale (1), conjecture approuvée par Von Bohlen, et vers laquelle M. Merx semble incliner (2). Mais, comme le reconnaissent la plupart des critiques modernes, les plus anciennes et les meilleures autorités assurent Rfphath pour la vraie leçon (3); c'est celle que les Septante ont eue dans leurs manuscrits.

L'ancienne tradition juive, telle que nous la connaissons par Josèphe (4), reconnaissait dans Riphath la nation des Paphlagoniens. C'est de beaucoup l'interprétation la plus vraisemblable et la plus satisfaisante, surtout si on la prend dans un sens aussi large que celui où nous avons entendu le nom d'Aschkenaz, en voyant dans Riphath la désignation générique, non plus des seuls Paphlagoniens, mais de tout le groupe de peuples auxquels ils appartiennent, de ceux qui, dans le langage même des anciens, étaient les Thraces d'Asie-Mineure, occupant du Bosphore au Pont le

M. Neubaeur. C'est de cette leçon déjà fautive que l’auteur de la version arabe des Polyglottes et Sa’äâdiah ont fait Frankyah et Frandjah, le pays des Erancs.

(1) Strab., x1, p. 542. Sur l’origine iranienne de ce nom et sa forme la plus antique, voy. Benfey, Monatsnamen, p. 214.

(2) Dans son édition du Commentar ueber die Genesis de Tuch, p. 162.

(3) Si la version syriaque peschito nous offre Diphar, c’est par suite d'une interversion fautive des points diacritiques pour Riphad, leçon que nous trouvons exactement conservée dans la version samaritaine et qu'ont aussi adoptée les Arméniens.

(4) Ant. jud., 1, 6, 1.

nord-ouest de cette péninsule, adossés au dhttoral du Pont-Euxin. L'interposition de Riphath entre Aschkenaz, les Phrygiens, et Tôgarmäh, les Arméniens, ne permet guère de le placer autre part que là ou: dans la Cappadoce. Ainsi que Bochart (1) l'a remarqué le premier, dans la Bithynie, auprès du Bosphore de Thrace, on trouve un fleuve Rhébâs (2) et un canton de Rhébantia, auquel il donnait son nom et qui s'étendait de là jusqu’au fleuve Psilis (3). D'après sa position géographique, ce canton a dû nécessairement être le premier séjour asiatique des tribus thraces d’où sont sortis les Bithyniens, les Mariandyniens et les Paphlagoniens, de même que l’Ascanie a été la première station des Phrygiens arrivant d'Europe. Pas plus que MM. P. de Lagarde (4) et Dillmann (5) je n'hésite à croire que ce nom P6açs, Prêavros, est le véritable correspondant du biblique Riphath, lequel, comme désignation des peuples auxquels je l'applique, est exactement parallèle à ce qu'est Aschkenaz comme désignation des Phrygiens.

Pourtant la majorité des interprètes modernes préfèrent rapprocher Riphath des fabuleux monts

(4) Phaleg, 1. im, c. x, p. 175 de l'édition de Leyde, p. 1707.

(2) Pseudo-Scyl., Peripl., 9; Dionys., Perieg., v. 194; Arrian., Peripl., 17; Marcian. Heracl., 7; Ptol., v, 1, 5; Steph. Byz., s. v.; Plin., Hist. nat., v1, 1. Célèbre dans les légendes des Argonautes : Orph., Argonaut., v. 711; Apollon. Rhod., Argonaut., 11, v. 650 et 789.

(3) Eustath., ad Dionys., Perieg., v. 193,

(4) Gesamm. Abhandl., p. 255.

@) Die Genesis, p. 184.

Rhipées ou Rhiphées, dont l'imagination des Grecs faisait la barrière septentrionale de la: terre, d'où descendaient les soufiles tempêtueux, j#ra (1), de Bo: rée. À mesure que l'horizon des connaissances géographiques s'étendit, la position de ces monts Rhiphées fut reculée plus loin dans le nord, eton les fit voyager des Alpes à l'Oural (2), L'assimilation de leur nom au Ripbath biblique a certainement été faite de bonne heure par certains des Pères de l'Église d'origine grecque, et nous deyons y voir l'origine de, Ja» désis gnation que fait Eusèbe du second fils de Gômen comme père des Sauromates ou Sarmates(5), en quoi il a été suivi par les docteurs arméniens (4). Chez les modernes, elle a conduit Hasse et Knobel à voir dans Riphath, en assimilant les Rhipées aux Karpathes, les

(4) Purai est la forme même par laquelle, au VII: siècle avant 3.-C., le poète Aleman (Fragm., p. 80, ed. Welcker) désignait 60 montagnes fabuleuses, tandis que ses contemporains, Damastés de Sigée (ap. Steph. Byz., v. Yrspdpeot) et Hellanicos de Lesbos (ap. Clem. Alex., Stromat., 1, p. 306), se servent de l'appellation de Perata ëpn.

€) Hecat. Abder., ap. Ælian., Hist. anim., xx, 1 ; Sophocl., Œdip. Col, v. 1248; Schol. a. h. 1.; Aristot., Meteor., 1, 43; Posidon., ap. Athen., vi, p.293; Strab., vit, p.340; Ptol., 111,5, 45 et49; Marcian., Heracl., 9); Virgil., Georg, 1, v. 240; Propert., 1,6, v. 3; Lucan., Pharsal., ut, p. 213; Sil. Lial., xt, v. 459; Pomp. Mel. 1, 49, et, 1; Plin,, ist. nat, 1v, 24; vi, 5, Tet14; Ammian. Marcel, xxu, 8, 38; Procop., Bell. goth., 1v, %6; Jornand., Get. 16; Oros., 1, 2. Voy. Ukert, Geogr. d. Griech, u. Ram, t. III, 9 part., p. 98 et suiv.; Forbiger, Handb. d. alt. Geogr., t. III, p. 1113; D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants d'Europe, p. 145 et suiv.

(3) Peut-être est-ce une corruption de cette explication par les Sarmates qu'il faut reconnaitre dans les Garamantes issus de Riphath, suivant la Chronique Pascale.

(4) Voy. entre autres Samuel d'Ani, Tempor. rat., p. 8, ed. Mai.

Celtes à l'époque où ils étaient établis au sud de ces montagnes, dans le bassin du Danube (1). Pour ma part, je dois l'avouer, le nom et le mythe des monts Rbipées me paraissent trop purement helléniques pour qu'il y ait vraisemblance à les retrouver dans le chapitre x de la Genèse. Et en tous les cas, ce rapprochement ne pourrait être acceptable que dans les termes où l'a posé M. À. Maury (9), « Lorsque le Caucase, dit-1l, apparaissait aux Hellènes comme le point le plus reculé de la terre, ils durent lui appliquer le nom de Rhiphée. Encore au temps de Pline (3), cette chaîne était supposée se rattacher aux montagnes de ce dernier nom. Le Paphlagonie, qui s'avançait presque jusqu'au pied du Caucase, et d'où l'on apercevait ses cimes les plus hautes, a donc pu être jadis connue des Grecs, qui y envoyèrent de bonne heure des colonies (4) sous le nom de pays des Rhipées, lequel aura ensuite passé chez les Phéniciens. » Le nom de Tôgarmäâh, parmi les fils de Gômer, est celui dont la détermination est le plus établie sans conteste, sur lequel les critiques sont le plus universellement d'accord. Si l'on excepte quelques interprétations extravagantes et fondées sur une expression

(1) Pendant ce temps, Schulthess va chercher Rhiphath dans les Rhibiens des bords de l'Oxus (Ptol., vr, 14, 14).

(2) Journal des Savants, 1860, p. 23.

(8) Hit. nat., vi, 5.

(&) Les Achéens établis dans le Pont passaient pour être venus d'Orchomène, peu de temps après la prise de Troie, sous la conduite d'Ialmenos (Strab., 1x, p. 416; xt, p. 597); leur territoire touchait au Caucase.

exagérée de Ezech., xxxvin, 6, qui ont été chercher Tôgarmäh beaucoup trop loin dans le nord, y voyant, avec la Chronique Pascale (1) et sant Grégoire le Thaumaturge, les Boréades et les Goths (2), avec Yoseph ben Gorion (3) les peuples altaïques dont les ravages faisaient lantde bruit de son temps, Khazars, Petchénègues, Turcs, Bulgares (4), Hongrois, ete., opinion renouvelée par ceux des modernes que Bochart (5) réfute et qui s’appuyaient sur une grossière assonance pour faire de Tôgarmäh les Turkomans (6), et en partie par Schulthess, qui, repoussant ce nom encore plus dans le nord-est, l’assimile à celui des Thochares, — si l'on excepte, dis-je, ces quelques interprétations extravagantes, la tradition ancienne ne laisse hésiter qu'entre deux assimilations, très-voisines l'une de l'autre, entre lesquelles les critiques se sont partagés, et que Knobel adopte ensemble, en les combinant et en les conciliant. Pour Josèphe (7), ainsi que pour saint Jérôme (8) et pour Zonaras (9), qui le suivent, Tôgarmäh représente les Phrygiens. Je ne

() T. 1, p. 47, ed. Didnorf.

(2) Hasse est revenu à une opinion analogue en faisant de Tôgarmäh les Sarmates.

@) 1,1, p. 2, ed. Breithaupt; voy. Bochart, Phaleg, 1. In, c, xv, p.199, édit. de Leyde, 4707. .

(4) Sa’ädiah traduit aussi Tôgarmäh par El-Bulghar.

(5) Phaleg, L 1m, c. xt, p. 175, édit. de Leyde, 1707.

(6) M. Mordtmann a essayé de faire revivre cette opinion sans valeur: Zeitechr. d, deutsch. Morgenl, Gesellsch., t. XXIV, p. 82.

CT) Ant. jud., 1, 6,1.

(Œ) Quaest. hebr. in Genes., x, 8.

@) Annal., 1,5.

suis pas éloigné de croire, avec Bochart, que c’est le même système d'interprétation que représente la manière dont les Targoumim rendent Tôgarmäâh par Barbaryäh. En effet, si ce nom n'est pas une désignation générique et vague, comme l'a pensé Knobel (1), mais comme c'est ici difficile à croire, il est impossible d'y voir la Germanie, ainsi que l’ont fait MM. Grætz (2) et Neubauer (3). En effet, dans les habitudes du langage du monde romain à l'époque impériale, auquel l’expression de Barbaryäh est certainement empruntée, en particulier dans les habitudes du langage poétique, barbaria et barbarus ne prennent une signification géographique ou ethnique déterminée que pour désigner la Phrygie et les Phrygiens (4). C’est ainsi que nous lisons chez Horace (5) :

Graecia Barbariae lento collisa duello.

Le même poète appelle barbarum le mode phrygien de musique :

Sonante mixtum tibiis carmen lyra, Hac dorium, illis barbarum (6).

Servius, à propos de Æneid., n, v. 504, dit que

(4) Die Veælkertafel, p. 58.

(2) Dans le Monatsschrift de Frankel, 1853, p. 199.

(3) Géogr. du Talmud, p. 493.

(&) C'est ce qu’a particulièrement bien montré Adrien Turnèbe, Adversaria, 1. 1x, C. XVIII.

(5) Epist., 1, 2, v. 1.

(6) Epod., 9, v. 5. Pour l’emploi de barbarus en voulant dire phrygien, voy. encore Virgil., Æneid., x1, v. 771.

LL] LS onGNEs dE L'étérondé: "T7 ©!

barbarieus et phrygius sont exactement synonymes (1). Bufn l'on appelle indifféremment phrygiones où barbaricarié les brodeurs, cetx qüi fäbriquént ces vêté: ménia broehés et brodés dont l'usage était venu de là Phrygie, et que l'on qualiftait tantôt de phrygide, tan: tôt de Barbartoné Véstes. - 1

: D'uir autre côté, Busèbe (2); cotge te see lé scholiaste préc de Eterh., tab, ‘A6, dadié 19 #8 nusorit de M version dos Septanté dé 1 Bibtiotheqe Vatieane: epliquétit: TôgathAn pit les Anahisei C'est l'opinioi de la inajorité 468 ancihsinterttétès et celle à Isquetlé sé" sônit fangés 14 plipért Mes’ dernes. C'est atsst cells des docteurs du Tale (é) et du Midraseh, qui rendent Téÿärmat pér Gidué qiyah (5), c'est-à-dire Germanicia (6); éétélire" vitté de la Commagène (7), appartenant par conséquent à une des provinces de la région à laquelle s'appliqua le plus anciennement le nom d'Arménie, C'est celle de l'auteur de la version arabe donnée dans la Polyglotte de Walton, où Yordjén, c'est-à-dire

() Autres exemples de barbarteus dans ce sens : Enn. ap. Cic., Tusculan., 1, 19; Lucret., 1, v. 499.

(9 Chron, armen., & II, p. 12, ed. Aucher,

(&) Talm. Jerus., Megillah, 1, 41.

G) Dans le Midrasch ce nom s'altère énsuits en Germawiæ ou Gemania.

(6) Neubauer, Géogr. du Talmud, p. 438.

D) Anton. Iln., p.184, 188 et 488, ed. Wesseling ‘’Ptol.; +, 45, 40; Steph. Byz., 8. v.; Hierocl., Synecd., p. 728, ed. Wesseling: Bo crat., Hist. eccles., 11, 49 et 37; Theodoret., 11, 29; Niceph. Callist., xtv, 89; Eckhel, Doctr. num. vet., t. Ill, p. 250.

Cette ville s'appelait primitivement Adata.

« la Géorgie, » remplace Tôgarmäh dans Genes., X, d.

Les Arméniens, depuis Moïse de Khorène (1), font de Hayg, le premier ancêtre de leur nation dans leurs antiques traditions indigènes, un fils de Thorgom, fils de Tiras, fils de Kamer, fils de Yapheth. Les Géorgiens, de leur côté, se font descendre de Targamoss, fils de Tharschiss, fils de Awanan (Yävän), fils de Yapheth (2). La généalogie fournie par Moïse de Khorène a été prise par presque tous les modernes comme représentant une véritable tradition nationale de l’Arménie, et elle est devenue leur principal motif pour appliquer à ce pays et à sa population ie nom de Tôgarmâäh. Mais M. P. de Lagarde (3) me paraît avoir établi de la manière la plus sûre et la plus heureuse que la généalogie en question n’a aucunement le caractère qu'on lui a prêté; que le nom de Thorgom n'y provient pas d'une tradition indigène, mais qu'il a été pris au texte grec des Septante, avec la forme altérée qu'il y avait déja revêtue (4). Je souscris d'autant plus volontiers à cette remarque du savant professeur de Gœttingue que dans la liste arménienne

(1) 1, 4et 9-11.

(2) Klaproth, Reise in den Kaukasus, t. II, p. 64 et suiv.

(3) Gesamm. Abhandl., p. 295 et suiv.

(4) En revanche, comme l’a très-bien vu M. Dillmann (Die Genesis, p. 185), M. de Lagarde n’a pas été heureux dans sa conjecture quand il a voulu (Gesamm. Abhandl., p. 257) assimiler le nom de Tôgarmäh à celui de la Teuthranie, portion occidentale de la Mysie (Strab., nt, p.615; Steph. Byz., s. v.). C’est un pays beaucoup trop reculé dans l’ouest pour qu’on y puisse penser avec vraisemblance à propos du nom de la géographie biblique qui nous occupe.

des dix ancêtres primordiaux, que j'ai cru devoir signaler (4) comme ayant seule un caractère proprement indigène et étant restée à l'abri des remaniements faits sous l'influence du texte biblique, le nom de Thorgom ne se lit pas, mais est remplacé par Thalath, comme ceux de Kamer et de Tiras par Merot et Sirath (2). La mention de Thorgom comme. père de Hayg n'est donc pas, chez les historiens arméniens, l'expression d'un souvenir national à proprement parler; c'est un emprunt fait à la Bible depuis l'établissement du christianisme. Mais cet emprunt n'en constitue pas moins un fait intéressant et d'une trèssérieuse valeur, en tant que montrant à quel point les premiers docteurs de l'Arménie trouvèrent établie dans les écoles chrétiennes de l'Orient, où ils puisèrent leur instruction, l'opinion qui reconnaissait dans Tôgarmäâh le représentant des Arméniens. Elle se rattachait à unetradition des écoles juives, puisque nous l'avons trouvée dans le Talmud et dans le Midrasch. Quant à l'interprétation, puisée dans les mêmes écoles, que nous avons lue chez Josèphe et dans les Targoumim. elle ne s’en éloigne pas essentiellement, puisque les Arméniens proprement dits étaient d'origine phrygienne, et surtout que l'opinion unanime de l'antiquité les considérait comme tels. Comme Knobel devait le faire de nos jours, l'auteur des scholies grecques sur Ezech., xxxvi, 6, dans le manuscrit de la Vaticane, combine

€) Plus haut, t I, p €) Mos. Khoren.,1,

les deux explications connexes en faisant de Tôgarmäh le père des Arméniens, des Cappadociens et des Galates ou Phrygiens orientaux.

S'i n'y a donc pas pour le nom de Thorgom une tradition arménienne véritablement nationale et antique, si par conséquent on ne doit pas attribuer au témoignage de Moïse de Khorène toute l'importance qui lui a été prêtée, 1l reste toujours en faveur de l'interprétation qui reconnaît dans Tôgarmäh les Arméniens proprement dits ou d'origine phrygienne l'autorité de l’ancienne tradition hébraïque, dont le poids doit être prépondérant dès qu'on arrive à la bien constater. Aussi est-ce à cette tradition que je m'attache, adoptant l'assimilation qu'elle établit et à laquelle la presque unanimité des exégètes modernes ont souscrit, depuis J. D. Michaëlis, mais en restreignant géographiquement la désignation de Tôgarmäh, comme le font MM. Kiepert (4) et Dillmann (2), à l'Arménie d'Hérodote, c'est-à-dire à la partie sudouest de la vaste contrée à laquelle s'étendit ensuite ce nom d'Arménie, à celle qui touchait à la Cappadoce et à la Cilicie (3). Cette explication est celle qui s'accorde le mieux avec les deux passages de la Bible où nous retrouvons le nom Tôgarmäh en

(1) Monatsberichte de l’Académie de Berlin, 1859, p. 201.

(2) Die Genesis, p. 184.

(3) L'opinion de Bochart, qui voyait la Cappadoce dans Tôgarmäh, ne s’éloignait donc pas beauceup de la vérité. Mais il la basait sur des arguments déplorables, par exemple sur un rapprochement entre le nom biblique et celui des Trocmes, qui sont un des peuples gaulois établis au Ille siècle dans la Galatie.

Lo] LES ONGINES DE L'insroints

dehors du tableau etinographique de la Génèsé. L'un et l'autre se lisent chez le prophèté Yé’hézqél, qui y emploie l'expression de béth Tégarmäh, « la maison -&e Tôgarmäh, » par une allusion directe et manifeste à l'arbre généalogique des Nôa'hides (1), eé qui prouve, femarquons-le en passant, qu'il le connais: sait déja comme document faisant partie des Écritares. Dans xaxviii, 6, éetté « maison dé Tôgarmâh » est représentée comme résidant directemiént au séptentrion per rappért aù lieu où se trouvé l'écrivain, sur les bords du fleuve Kebr. Elle est étroitément associée à Gôthet, qui dans ce cas, nôus l'avons itiontfé plus Baut, personnifie les débris des Cimmériens ehvahie séuts de l'Asie-Mirieute, soumise dé mémié ü Gôg, « dé la torte de Magog (2), » c'est-à-diré au éhéf des Séythés établis dans le canion du bassin du fleuve artfénien “Kôur, auquel leur présence valut 16 nom de Suvm dône (3), thef qui domilhé également sür les petples dé Médéhech et de Toûbal (4). Dans sxvit, 45 ét 44; Ye'herql dit, et 'adreséait H la cité dé Çoôr (Tyr) !

« Yävän (5), Toûbäl et Meschech trafiquaient avec toi;

(13 Whisiôn, dans sès notes sur Moïse de Khorgne (p. 965, a déjé remarqné que c'est de ces passages du prophète que dérive l’expression de € maisot de Thbrgbui, » puiséé pat l'Historien arthénien chez Mar-Abas Katina (Mos. Khoren., 1, 9), et dévenuê après lui pbpulairé thes ses compatiistess

) Sedch:, xExvn, 2.

(8) Nous reviendrons sur eë point dans in section suivantes

(4) Etesh., xxxvu, 9 et; exxix, 4

(5) Ce nom est manifesterhänt testréint iei à là Grècé asiatiqée, à

ils donnaient des âmes d'hommes (1) et des ustensiles de bronze en échange de tes marchandises. |

Ceux de la maison de Tôgarmäh | pourvoyaient tes marchés de chevaux, de cavaliers et de mulets. »

Ici encore le peuple de Tôgarmäh est domné comme étroitement voisin de ceux de Meschech et de Toûbâl, qui, nous l'établirons d'une manière certaine à l’aide des documents cunéiformes, occupaient encore à cette époque la Cappadoce; et il les suit immédiatement dans une énumération qui part de Yâvân, autrement dit qui procède d'ouest en est. Ceci suffirait à localiser Tôgarmäh ; mais les articles donnés comme ceux de son commerce avec Tyr achèventencore d'en préciser la détermination, car ce sont des animaux pour lesquels l'Arménie était renommée. Strabon (2) mentionne la richesse de l'Arménie, spécialement occidentale, en chevaux, et vante l'excellence de la race qu'on y élevait. Hérodote (3) parle de-ses mulets.

Ajoutons, avec M. Dillmann (4), que si le nom de Thorgom a été puisé par les Arméniens de l'épo-

l'onie. C’est ce qu'admet aussi M. Friedrich Delitzsch (Wo lag das Paradies, p. 248), de préférence à l’opinion de ceux qui voyaient dans le passage de Ye’hezqél une allusion aux colonies milésiennes du Pont-Euxin.

(4) C'est-à-dire des esclaves.

(2) xt, p. 529 et suiv.

(4) Die Genesis, p. 184.

que chrétienne dans la Bible des Septante, ceci n'implique en aucune façon que le nom du texte hébreu de la Genèse et de Ye‘hezqél, sous sa véritable forme Tôgarmäh, n'ait pas été puisé bien des siècles auparavant par les Phéniciens, à quiles Bené-Yisräél en: durent sans doute la connaissance, dans le langage antique des Arméniens ou de leurs voisins de la Cappadoce, ainsi que M. Kiepert (1) a essayé de le montrer. Tôgarmäh n'est sûrement pas un nom de création sémitique ; il a une saveur aryenne prononcée. Jacob Grimm l'a reconnu le premier (2), on doit le décomposer en 7ôg-arméh, où le second élément armäk nous offre le radical de Armi-na, Arme-nia, celui qui se reproduit dans les appellations des éponymes nationaux Armenag, Aramayi et Harmay. D'après la tradition historique arménienne, c'est Aramayi qui donne son nom au peuple et au pays (3), donnée où s'est conservé le souvenir de la déviation de ce nom d'une racine Arm, tandis que l'appellation du héros Armenag a été tirée ensuite du nom ethnique déjà tout formé. Josèphe (4) et.George le Syncelle (5), évidemment d'après une opinion courante dans les écoles juives, rattachent le nom de l'Arménie à celui de Arâm, fils de Schém. Ceci provient d'une fausse assimilation du nom du héros national Aramayi à celui des noms de

(1) Dans les Monatsberichte de l'Académie de Berlin, 1850, p. 301 ‘© Geschichte der deutschen Sprache, t. IL, p. 85.

(8) Mos. Khoren., 1, 11.

@ Ant. jud., 1, 6.

la généalogie biblique qui y ressemblait le’ plus. Quant à l’autre élément de la composition de Tôg-armékh, celui qui y est initial, il est difficile de ne pas admettre qu'il est le même que celui qui tient le second rang dans la formation du nom du pays adjacent de la Cappadoce, tel que les inscriptions des Achéménides nous en font connaître le type ancien, Katpa-tuka (1). Cet élément {og ou tuk doit avoir une signification qui rentre dans les idées de « race, tribu, peuple. » Peut-être faut-il, avec Jacob Grimm, le comparer au sanscrit {oka, « tribu, » et dans tous les cas y voir un dérivé de la racine aryenne fu, « croître » (d’où le sanserit fuvi, « nombreux, » lavas, « fort, grand »), qui donne, par une autre dérivation, aux langues celtiques l'irlandais téath, tuad, et le cymrique tüt, tüd, aux langues italiques l’ombrien tota, osque touto, aux langues germaniques le gothique thiuda, anglo-saxon theod, ancien allemand diot, enfin aux idiomes lithuaniens le letton fauta. Tôg-armäh serait ainsi la trans-

(1) Katpatuka dans le texte perse des inscriptions de Behistoun et de Naqsch-i-Roustam, Kafpatoka dans le médo-élamite (l'ethnique est Katpatukas, au pluriel Kafpatukaspé, «les Cappadociens »), Katpattukka dans l’assyro-babylonien, Kafpatak dans l’égyptien de la stèle de Suez.

M. Spiegel (Eränische Alterthumskunde, t. I, p. 218) regarde la dérivation de ce nom comme encore absolument obscure ; M. P. de Lagarde (Gesamm. Abhandl., p. 257) tient le premier élément, Kalpa, pour araméen, ce qui me paraît inadmissible, et ne sait que dire du second ; M. Sayce (Transact. of the Sac. of Bibl. Archaeoloy., t. VII, p. 284), peut-être avec plus de raison, considère la partie initiale de Katpa-tuka comme la même que celle du nom du district méridional de cette province appelé par les Grecs Kataovia pour Kalav-onia.

cription phénicienne et hébraïque d'un nom de l'ancien arménien qui aurait signifié « le peuple, la tribu de Arma » ou des Arméniens.

Cette étymologie et cette décomposition du nom de Tôgarmäh n'est pas, si l'on regarde au fond des choses, démentie d'une façon nécéssaire par le rapprochement si ingénieux et si vraisemblable que M. Friedrich Deltzsch (4) vient d'établir entre l'appellation biblique Tôgarméh et celle de Ia ville de Tilgärimmu que les inscriptions cunéiformes plaeent dans le pays de Milid ou Miliddu (2), c'est-à-dire de Militène, et sur la frontière de celui de Tabaï, péd Tabali (3), c'est-à-dire aux lieux mêmes où tout nous a conduit à placer le domaine du troisième fils de Gômer. Les Assyriens ont ici transerit le nom dé manière à lu: donner l'apparence d'être emprunté à leur langue, de rentrer dans la catégorie des appellations géographiques présentant comme première composante le mot élu, til, « colline. » Mais c'est évidemment une étymologie toute factice, qui a peutêtre conduit à une altération sérieuse du nom par l'introduction d'un / que ne contient pas la transcription biblique Tôgarméh, reproduisant probablement d'une manière plus exacte la véritable forme indigène.

Quoi qu'il en soit de la conjecture que nous proposons pour l'origine du nom de Tôgarmäh, ce

(1) Wo lag das Paradies, p. 246.

(2) Inscription de Khorsabad, dite des Fastes, 1. 84.

(8) Cuneif. inscr. of West. Asia, t. I, pl. 43, L 49; G. Smith, History of Sennacherib, p. 86, 1. 24.

qui me paraît découler comme eonséquenté des recherches minutieuses auxquelles nous venons de nous livrer, c'est que, comme je l'avais énoncé plus haut, dans l’ethnographie biblique, les trois fils de Gômer ou les trois divisions de l’ensemble ethnique représenté par ce nom du fils aîné de Yapheth, Aschkenaz, Riphath et Tôgarmâh, sont comme nations les Phrygiens, les Thraces d’Asie-Mineure et les Arméniens proprement dits. Géographiquement ils correspondent, le premier à une portion de la Troade et de la Bithynie méridionale et à la Phrygie, le second à la Bithynie, à la Paphlagonie et aux cantons nord de la Cappadoee, le troisième à l'Arménie occidentalé. L'ordre dans lequel les énumère l'auteur du tableau ethnogénique du chapitre x de la Genèse procède donc régulièrement d'ouest en est. Nous constatons qu'il en est toujours invariablement ainsi dans sa construction de l'exposé de la descendance dé Yäpheth. Tels qu'il lés énumère, les fils de ce chef de race parmi les Nôa’hides dessinent plusieurs zones qui vont toujours en 8e rapprochant du lieu où est placé l'écrivain, la première comprenant Gômer, Mägôg et Mâdai, la seconde Yâävân, Meschech, Toûbal et Tiras. Mais dans chacune de ces deux zones les noms sont ensuite disposés conformément à la situation géographique réciproque des peuples qu'ils désignent, en commençant par le plus occidéntal pour finir par le plus oriental. Et il en est de même pour l’'énumération des divisions secondaires de ces grands peuples, qualifiées, ainsi aue nos Va-

vons expliqué, de petits-fils de Yaphéth. Il y a R un principe fixe de construction du tableau, qui, selon moi, est incontestable, et dont les commentateurs n'ont pas jusqu'ici tenu suffisamment compte. En l'observant, ils auraient évité des erreurs considérables, et je ne crois pas me tromper en affirmant à l'avance qu'en s'y conformant strictement on voit se dissiper d’elles-mêmes les principales difficultés qu'a jusqu'ici présentées la généalogie des enfants de Yapheth.

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