IL. — Mic
L'ancienne tradition d'interprétation des écoles juives reconnaît les Scythes dans le second fils de Yapheth, et les exégètes modernes ont été unanimes à la suivre sur ce point.
Cette explication de Mâgôg par les Scythes est celle que nous lisons chez Josèphe (1), saint Jérôme (2), Isidore de Séville (3), Zonaras (4), et d'autres encore (5). Il a été reconnu (6) que le Qandia que porte le texte imprimé du Talmud de Babylone (7) n'est pas autre chose qu’une simple faute de copiste pour Sqidia (8). Rien de plus vague, du reste, que le terme
(4) Ant. jud., 1, 6, 1.
(2) Quaest. hebr. in (Genes., x, 2; Comment. in Ezech., XXXVII, 2.
(8) Orig., 1x, 2, 27.
(&) Annal., 1, 5.
(6) Voy. Bochart, Phaleg, 1. ri, c. xuix, p. 187 de l’édit. de Leyde,
(7) Neubauer, Géogr. du Talmud, p. 422.
(8) Yoma, fol. 10, a. — Quelques manuscrits portent en cet en-
de Scythes dans le langage de l'ethnographie antique. Il englobe, sans distinction de races et d'origine, toutes les populations barbares et nord-ouest du nord. C’est cette extension que saint Jérôme (1) donne formellement à l'explication juive de Mâgôg par les Scythes : J'udaer et nostri judaizantes putant Gog (Magog) gentes esse scythacas, immanes et innumerabiles, quae trans Caucasum montem et Maeotidem paludem et prope Caspium mare ad Indiam usque tenduntur. Aussi, lorsque les invasions barbares fondirent sur l'empire romain, la tendance des juifs et des chrétiens fut de reconnaitre les hordes scytiques de Mâgôg dans les envahisseurs venus du septentrion (2). Saint Jérôme (3) nous dit: Scio quemdam Gog et Magog ad Gotorum nuper in terra nostra vagantium historiam retulisse. C'est l'opinion qu’adopte saint Ambroise (4) ; c'est celle qui devint, à partir du V° siècle, prédominante chez les docteurs juifs (5). Aussi, dans le Talmud de Jérusalem (6) et dans le Targoûm des Chro-
droit Nithinia, qui est une faute évidente pour Gôthinia. Nous allons, en effet, relever les exemples d'explication de Mägôg par les Goths.
(4) Comment. in Ezech., xxxvint, 2.
(2) Antérieurement Eusèbe, par une vue plus scientifique, faisait de Mâgôg les Celtes, en tant que le peuple qui avait antiquement erré dans le nord, avant de se fixer dans l’ouest, sur le territoire gaulois. La Chronique Pascale (t. I, p. 46, éd. Dindorf) restreint, on ne sait trop pourquoi, aux Aquitains la qualité de descendants de Mâgôg.
(3) Quaest. hebr. in Genes.. x, 2.
(4) De fide ad Gratian., 11, 4.
(5) Grætz, dans le Monatsschrift de Frankel, 1853, p. 199; Neu- ‘bauer, Géogr. du Talmud, p. 422.
(6) Megillah, 1, fol. 11.
niques (1), Mâgôg est-il traduit par Géthiga ou Gôthiya, dans le Midrasch Beréschith rabbà, et dans les Targoumim du Pseudo-Jonathan et de Jérusalem surla Genèse (2) par Gérmanaya, qui est bien positivement ici la Germanie, quoi qu'en ait dit J. D. Michaëlis (5). D'un autre côté, le chroniqueur syrien Barhebræus applique le nom de Mägég à l'empire des Mongols (4).
- L'assimilation de Mâgôg aux Seythes, lainsi traditionnelle depuis une date élevée chez les Juifs, découle bièn évidemment de la prophétie qui forme les chapitres xxxwitr et xxxix de Ye'hezdél. La révélation qu'y reçoit le prophète de l'exil débuté ainsi :
< Fils de l'homme, tourne ta face vers Gôg, du pays de Mâgôg, prince de Rôsch, de Meschech et de Toûbäl, | et prophétise contre lui !
Tu diras: Ainsi parle le seigneur Yahveh:
Voici, j'en veux à toi, Gôg, prince de Rôsch, de Meschech et de Toübäl.
Je t'entraînerai et je mettrai une boucle à tes mâchoires ; je te ferai sortir, toi et toute ton armée, chevaux et cavaliers, 4) I Chron., 1,5.
€) Spicil. geogr. hebr. exter., I, p. 9.
€) P. 578, 578, 596, 601 et 604.
tous entièrement revétus (1), rassemblement nombreux, avec la targe et le bouclier, portant tous le glaive ; Päras, Koûsch et Phoût (2) avec eux, tous avec le bouclier et le easque ; Gômer et tous ses escadrons, la maison de Tôgarmäh à l'extrémité du septentrion, et tous ses escadrons, peuples nombreux qui sont avec toi.
Prépare-toi, tiens-toi prêt, toi et tout le rassemblement convoqué autour de toi, et sois leur chef!
Après bien des jours tu te mettras à leur tête, dans la suite des armées tu marcheras contre un pays échappé à l'épée, ramené du milieu de plusieurs peuples sur les montagnes de Yisrâäél longtemps désertes ;
(1) Lebusché michlôl, expression qui se retrouve dans Ezech., xx111, 12, en parlant des Assyriens, et que le Targoùm traduit lebusche gemär. Bochart (Phaleg, 1. xx, c. xurt, p. 187 de l’édit. de Leyde, 1712) a très-bien montré qu'elle désigne des cavaliers cataphractes ou revêtus jusqu'aux pieds de mailles ou d’écailles de métal, ainsi que leur cheval.
@) Nous discuterons plus loin le sens qu'ont ici ces noms de peuples.
m6 LES ORIGINES DE L'HISTOIRE.
ramenés du milieu des peuples, ils habiteront tous.en sécurité.
Tu monteras, tu viendras comme un ou-
ragan,
tu seras comme une nuée qui va couvrir le pays,
toi, et tous tes escadrons, et les peuples nombreux qui sont avectoi (1). »
Le prophète continue à parler de l'état de sécurité où cette invasion trouvera le peuple de Yisräél, « ramené du milieu des nations » et si paisible qu'à ce moment il aura laissé ses villes ouvertes et sans défense (2). Il montre les pays les plus reculés aux extrémités de la terre, du côté du sud et de l'ouest, s’effrayant de la venue de ces hordes de terribles pillards, qui peuvent les atteindre à leur tour.
« Schebâ et Dedän (3), les marchands de Tarschisch (4), et tous leurs lionceaux, te diront :
Viens-tu faire du butin ?
est-ce pour piller que tu as convoqué ton rassemblement, pour emporter de l'argent et de l'or,
€) xxxvm, 2-8.
@) xxxvm, 4042.
G) Dans l'Arabie méridionale.
G) C'est sûrement ici l'Espagne.
pour prendre des troupeaux et des biens, pour faire un grand butin ? (4) »
Il continue, toujours en parlant au nom de Yahveh :
« Oui, le jour où mon peuple de Yisräél demeu-
rera en sécurité, tu le sauras..
Alors tu partiras de ta résidence, des extrémités du nord, toi, et les peuples nombreux qui sont avec toi, tous montés sur des chevaux, vaste rassemblement, grande armée.
Tu monteras contre mon peuple de Yisrâêl comme une nuée qui va couvrir le pays.
Dans la suite des jours je te ferai marcher contre mOn pays,
afin que les nations me connaissent,
quand je serai sanctifié par toi à leurs yeux, Ô Gôg (2)! »
Tout ceci a déjà été prédit par les prophètes (3) : c'est la fureur de Yahveh qui amène ce désastre sur son peuple (4). 11 sera si terrible que la nature entière en tremblera (5). Pour comble de malheur, Yisrâél divisé tournera d’abord ses armes contre luimême, au lieu de les opposer aux envahisseurs (6) ;
(4) xxx VIT, 43.
(2) xxx var, 14-16.
(G) xxxvirt, 17.
(@&) xxxvunt, 18.
(6) xxxvimr, 19 et 20.
(6) xxxviii, 21.
tous les fléaux fondront à la fois sur lui, manifestant la grandeur et la sainteté de Yahveh, qui le châtie d'une telle façon (1).
Mais ce châtiment ne doit être qu'une épreuve. Elle aura un terme, et Dieu relèvera Yisräél en lui accordant sur ses envahisseurs un triomphe proportionné à ce qu'auront été ses souffrances. La main de Yahveh s'appesantira sur les barbares dont elle a fait d'abord les ministres de ses vengeances, et elle leur infligera une catastrophe sans exemple. Leur extermination dépassera tout ce qu’on a vu. C'est ce que le prophète annonce maintenant à Gôg, appelé au nom de l'Éternel :
« J'abattrai ton are de la main gauche
et je ferai tomber tes flèches de Ja main droite. Tu tomberas sur les montagnes de Yisrâél,
toi et tous tes escadrons,
etles peuples qui sont avec toi.
Aux oiseaux de proie, à tout ce qui a des ailes,
etaux bêtes des champs je te donnerai en pâture. Sur la face du champ tu tomberas,
car j'ai parlé, dit Je seigneur Yahveh, J'enverrai le feu sur Mâgôg
et sur ceux qui habitenten sécurité les iles (2),
et ils sauront que je suis Yahveh (3),
GA) xxxvur, 22 et 23.
€) Iyim, les «îles des nations, ». iyé haggôim (Genes,, x, b; Sophon., u, 14), qu'habite une partie des degcendants de Yaphetb.
(8) xxxx1x, 3-6.
Les habitants des villes de Yisrâél sortiront, ils brüleront pour se chauffer les armes, les boucliers et les targes, les arcs et les flèches, - - les épieux et les lances, et ils en feront du feu pendant sept ans, Ils ne prendront plus de bois dans les champs, ils n’en couperont plus dans les férêts, car c'est avec des armes qu'ils feront le feu. Ils dépouilleront ceux qui les ont dépouillés, ils pilleront ceux qui les ont pillés, ditle seigneur Yahveh, En ce jour là je donnerai à Gôg un lieu qui lui serve de. tombeau en Yisrâél, .La vallée des voyageurs (1) à l'orient de la mer (2), et cela fermera le passage aux voyageurs.
C'est là qu'on ensevelira Gôg et toute sa multitude, et l’on appellera la vallée Multitude de Gôg (3).
(4) Gé hä’ébrim. S'agit-il vraiment d’une localité réelle ?
(2) Raschi et Qim’hi entendent ceci du lac de Geneserath, mais rien ne le prouve. On doit remarquer, au contraire, qu’il ya desmonts ’Abärim, dont le Nébô est le principal, à l’orient du Yardén et de la partie nord de la mer Morte: Num., xxvrr, 12; xxx, 47; Deu: teron., XXxII, 49.
Si le prophète parle d’un lieu existant dans la réalité, son vrai 1.om était peut-être Gé hd'abärim, et la ponctuation h4'ôbrim sera provenue du jeu de mots avec « les voyageurs » au membre suivant du verset, ve’hôséméth hi éth-hà'ôübrim.
(3) Hamôn Gôg, ici le nom est sûrement fictif,
Et la maison de Ysrâél les enterrera, afin de purifier le pays, sept mois (1).
Etils choisiront des hommes qui continuellement parcourront le pays, et qui enterreront, avec l'aide des passants, ceux qui seront restés à la surface de la terre, pour la purifier ; et au bout de sept mois ils seront enéore à la recherche.
Les passants traverseront le pays ; et quand l'un d'eux verra les ossements d'un homme, il mettra près de là un signe, jusqu'à ce que les fossoyeurs l'enterrent dans la vallée de la Multitude de Gôg.
Et là une ville sera appelée Hamônäh (2), et ils purifieront le pays (3). »
Le prophète appelle alors tous les animaux de proie à venir se repaître à ce prodigieux festin de carnage (4).
« Vous mangerez de la graisse jusqu'à en être rassasiés,
GA) xxxx, 942.
€) Encore un nom bien sûrement fictif.
@) rux, 4446.
(@) xœux, 17 et 18.
et vous boirez du sang jusqu’à vous enivrer, à ce festin de victimes que j'immolerai pour vous.
Vous vous rassasierez du’ cavalier, du héros et de tout homme de guerre, dit le seigneur Yahveh (1). »
Ainsi se manifestera la gloire de Dieu et la protection qu'il accorde à son peuple, et les nations comprendront que la captivité qui frappe actuellement celui-ci n’est qu'un châtiment temporaire, destiné à punir et à expier ses péchés (2). Car bientôt cette captivité prendra fin, bien avant les événements qu'annonce le prophète. La maison de Yisrâël sera ramenée de l'exil dans sa patrie et y retrouvera son antique prospérité (3).
à ma table du cheval et
« Etils sauront que c’est moi qui suis Yahveb, leur’ dieu, qui lesZavait exilés parmi les nations et qui les rassemble sur leur sol, sans laisser aucun chez celles-ci.
Et je ne leur cacherai plus ma face, - car je répandrai mon SSP sur |la maison de Yisräél, dit le seigneur Yahveh (4). »
(4) xxxix, 19-920.
(2) xxx1x, 21-24.
(3) xxx1x, 25-27.
(4) xxxi1x, 28 et 29.
Tel est cet oracle, éclatant de couleur, au sujet duquel D. Calmet dit que « c’est une des prophéties les plus difliciles de l'Ancien Testament, Il y en a peu qui aient plus partagé les anciens et ss nouveaux interprètes. »
L'auteur de l'Apocalypse (1), reprenant la prophétie de Ye’hezqél, en place l'accomplissement à la fin des jours, après le millénaire du règne de la justice sur la terre, immédiatement avant le renouvellement du ciel et de la terre et l'établissement de la Jérusalem céleste, qu'il décrit dans son chapitre xx1 en ayant en vue ce qui se trouve déjà dans Ezech., x-xLvm.
« Et quand les mille ans seront terminés, Satan sera délié de sa prison,
€ et il sortira pour égarer les peuples des quatre points de la terre, Gôg et Mägôg, et les réunir pour faire la guerre en nombre pareil à celui des sables de la mer.
« Et ils montèrent sur la vaste étendue de la terre, et ils entourèrent le camp des saints, la ville des bien-aimés ; mais un feu descendit du ciel et les dévora.
« Et le Calomniateur qui les égarait fut jeté dans l'étang de feu et de soufre où ont été déjà précipités la bête et le faux prophète, et il y sera tourmenté jour et nuit pendant les siècles des siècles. »
On le voit, le roi Gôg, du pays de Mâgôg, dont parlait Ye‘hezqél, s'est transformé ici en des peuples
() xx, 740.
barbares dé Gôg et MAgôg, que l'apôtre prend pour type de la violencé persécuttice suscitée par Satan contre l'Église, et qui ne prévaudra pas contre elle. Rien dans l'Ancien Testament n'autorisait une semblable métamorphose. Mais elle était devenue générale dans l'opinion populaire juive à l'époque de la prédication du christianisme, et les chrétiens l'adoptèrent à la suite de saint Jean. Gôg et Mâgôg (et leur assonance dut y contribuer largement) devinrént deux noms inséparablement unis pour désigner l’ensemble confus des barbares du nord, dont la poussée menaçait le monde civilisé (1), et en même temps pour symboliser l'effort hostile de la géntilité contre la vérité religieuse. Lorsque l'invasion germanique fondit sur le monde romain, les chrétiens de l'Occident crurent y reconnaitre l'invasion de Gôg et Migôg, prédite par le prophète et par l'apôtre (2). Pour les Syriens, un peu plus tard, Gôg et Mâgôg fut la désignation des hordes de races turque etmongolique errant en nomades dans la Hauté-Asie, à partir de l'orient de la mer Caspienne (5), hordes dont les incursions devenaient dès lors le grand péril pour les populations sédentaires de l'Asie antérieure. Ces noms,
(4) Ainsi saint Jérôme (Comment. in Ezech., xxxvIn, 2) applique au nom de Gôg l'explication par les Scythes qui devrait se rapporter à celui de Mägôg.
() Voy. plus haut, dans 06 volume, p. M3, où nous avons montré que cette opinion avait été adoptée aussi dans les écoles juives.
(3) Assemani, Biblioth.orient., t. II, 2e part., p. 16, 17 et 40; J. D. Michaëlis, Spicil. geogr. hebr. écter.,l, p. 28; Knæs, Chrestomath. syr., p. 66 et suiv.
toujours unis sous la forme Yadjüdj waMadjädÿ (1), où le premier est légèrement altéré, ont gardé le même sens pour les musulmans, dont les géographes placent les peuples ainsi appelés depuis le voisinage de la mer Caspienne jusqu'à la Chine, en y attachant toute sorte de fables (2). C'est même, comme l'a remarqué justement d'Herbelot (3), sur le type de Yadjüdj waMadjäj qu'ils ont combiné leurs désignations de Tehën waMätchin pour indiquer la Chine septentrionale et méridionale.
Les fables des écrivains musulmans sur Yadjodj et Madjoûdj ont leur source dans le Qorän. Mohammed y parle à deux reprises, de ces peuples, la première fois (4) d'après un écho médiat de cequi est dit dans l'Apocalypse :
« Un anathème pèsera sur la cité que nous avons anéantie ; ses peuples ne reviendront pas,
« jusqu'à ce que le passage soit ouvert à Yadjoüdj et à Madjoûd)j ; alors ils descendront rapidement de chaque montagne.
« Alors l'accomplissement de la promesse véritable sera près de s'accomplir, et les regards des infidèles seront fixés avec stupéfaction. Malheur à nous, dirontils; nous étions insouciants de l'heure, et nous étions impies. »
(4) Sa'ädiah rend par Yädjoûdj le Mâgôg de Genes., x, 2.
(2) Aboulféda, Hist. anteislam., p. 16 et 78; Alfergäny, 9 clim., 5-7; Istakhry, p. 1, 3et 4, ed. Mordtmann; Kazwiny, Cosmogr, t. Il, p. M6 et suiv.; D'Herbelot, Biblioth. orient., au mot Jagiouge; Klaproth, Asiat. Magazin, t. I, p. 188.
() Biblioth. orient., au mot Magiouge ; voy. le mot Sin.
G@) xxt, 95-97.
Jci nous avons déjà la trace d’une combinaison dont l'origine doit remonter aux chrétiens syriens (1) et que nous verrons développée dans le second passage qorânique sur Yadjoüdj et Madjoüdj (2), combinaison ‘établie entre la donnée apocalyptique, qui a sa source première chez Yé’hezqél, et une tradition locale du Caucase. On sait que les rois Sassanides de la Perse fermèrent les principaux défilés de cette grande chaîne de montagnes, du côté de la mer Caspienne, par une muraille destinée à empêcher les incursions des barbares du nord (3). Il paraît que pour l'établissement de cette muraille ils avaient profité de travaux plus anciens, auxquels une tradition sans valeur historique sérieuse attachait le grand nom d'Alexandre de Macédoine. Nous voyons par Procope (4) que cette origine était admise de son temps dans l’empire romain pour les fortifications qui défendaient le passage dit des Portes Caspiennes ou Portes des Alains. Quant à celles du défilé des Portes Albaniennes, les historiens arabes racontent qu’elles furent établies d'abord par Iskander ou Alexandre-le-Grand, ruinées ensuite par le temps ou les efforts des barbares, relevées par le roi persan Yezdigerd II, vers le milieu du Ve siècle de notre ère,
(1) Knes, Chrestomath. syr., p. 66 et suiv.; voy. D'Herbelot, aux mots Jagiouge et Magiouge. .
@) xvunr, 91-98.
(3) Sur cette muraille caucasienne et ses ruines, voy. Bayer, De muro caucasio, dans le tome Ier de l’ancienne collection des Mémoires de l’Académie de Saint-Pétersbourg; Ker-Porter, Travels, t. Il‘ p. 520; Ritter, Erdkunde Asiens, t. II, p. 834 et suiv.
(4) Bell: pers., 1, 10.
et restaurées de nouveau par Kesr Anouschirvän, qu bâtit en cetendroit la ville de Derbend (1). C'est cette muraille caucasienne qui est fameuse ches les Arabes sous le nom de Sedd Yadjüdj waMadjüdj. Quelques invasions qu'elle ait déjà laissé passer, elle est toujours censée barrer le passage aux peuples mystérieux de Yadjoûdj et de Nadjoüdj ; mais à la fin des jours, peu avant le jugement dernier, elle sera rompue, et le torrent dévastateur de ces peuples se répandra sur la terre. C'est ce qu'annonce le Qorén (2), en racontant la construction de la muraille par Iskander Dhou'-+ Quarnayn, ou Alexandre-le-Grand, auquel l'attribution iconographique des cornes de bélier de son père Zeus Ammon sur les monuments figurés (5) a valu le surnom de « l'Homme aux deux cornes (4). »
- « Dhou-l-Qarnayn suivit de nouveau une autre route, |
« jusqu’à ce qu'il arrivât entre les deux digues, au pied desquelles habitait un peuple qui entendait à peine une langue quelconque.
« Ce peuple lui dit: G Dhou-l-Qarnayn, voici que
(1) D'Herbelot, Biblioth. orient.,au mot Bab-el-A bwab ; Maçoudy dans les Notices et extraits des manuscrits, t, I, p. 16; Caussin de Perceval, Histoire des Arabes avant l’islamisme, t. I, p. 65 et suiv.
(2) xvin, 91-98. |
(3) Sur l’application de cet attribut au seul Alexandre, voy. L. Müller, Die Münzen des thracischen Kæœnigs Lysimachus, p. 8 et suiv.
(4) Duchalais, Descript. des méd. gauloises de la Biblioth. royale, p. 363. Il est singulier que cette explication, si naturelle et si certaine, de l’origine du surnom de Dhou-l-Qarnayn donné par les Orientaux à Alexandre ne se trouve que là.
LE TABLEAU ETANOGKHAPHIQUÉ Dh LA GENÈSE. 427
Yadjoûdj ét Madjoüdj éomtnettéent des désordrés sut la terre. Pouvons-nous te demandet, moyennant une técompensé, d'élever une barrière entre eux et nos ?
« La puissance qüe m'accorde mon Seigneur, répondit-il, ést pout moi une récompènse plus considérable. Aidéz-moi seulement aveë zèle, et j'élèvétai une barrière éntre eux et vous.
« Apportez-mol de grandes pièces de fer, autañt qu'il en faudra pour combler l'intervalle entre les deux montagnes. Il dit: Soufflez le feu jtisqu'h ee que le fer deviétiné rouge cotimé le feu. Puis il dit : Appôrter-moi de l’alrain fondt, afin qüe jé le jette
dessus. |
« Yadjoüdj et Madjoûdj ne pütent nl escälader le Mur, hi le percef. |
& Cet ouvrage, dit Dhoü:l-Qüaïnayh, ést Un éffet de la miséricorde de Dieu ;
é Quand l'afréêt du Seignéür Sera ätrivé, il lé ré-
dtifa en pièces. Les atrêts de Dieu sott infailliblés. à ‘ Qüélques historiens arabes, jaloux d'augméntet la loire dé leur natiün, énlèvent à Alexandie-le-Grand le stirnom de Dhôt:-l-Qärfiayh pour le doritiér äh fàbüleüux foi faranité Ec-C'ab, qüé GertuitiS d’entre éux font contemporain d'Ibrâhim (1). C'est à ée pritite gorti de l’Aräbie qu'ils attribuent là tbristräctiüh du Sedd Yadjüdj waMadjüdj (2):
(4) Qémoûs, t. I, p. 899; Maracci, Refutatio Alcorani, p. 426. (2) Caussin de Perceval, Hist, des Arabes avant l'islamisme, t. I, p. 65 et suiv.
Ces légendes fabuleuses sur Gôg et Mâgôg ou Yadjoûdj et Madjoüdj devaient être ici rapportées. Mais äl faut les écarter absolument quand on veut étudier au point de vue de la critique historique la prophétie de Ye‘hezqél sur Gôg, de la terre de Mâgôg. C'est en elle-même qu'il faut la prendre et l'examiner.
Elle fait partie de l'ensemble parfaitement un et suivi qui forme les chapitres xxxm-xuvin dans le livre du prophète, tel qu'il est parvenu jusqu'à nous, #4 qui constitue, bien plus qu'une, prophétie proprement dite, au sens où l'avaient entendu jusque-là les nébiyim et les rôîm, une véritable apocalypse, donnant le premier type de ces visions allégoriques qui se continuent chez Däniél et saint Jean. Elle y a sa place voulue et dont on ne saurait la distraire, car cette place en détermine le sens et en donne la clé.
La nouvelle de la ruine de Yeroûschälaîm est parvenue aux captifs du premier exil, déjà transplantés, quinze ans auparavant, dans la Mésopotamie par Nabou-koudourri-ouçour (4). Yisräél est rayé du nombre des nations, et le temple du vrai Dieu a été renversé. Yahveh semble avoir définitivement abandonné son peuple, et à ce spectacle les gentils poussent des cris de joie. À ce moment solennel où Yisrâél va tomber dans le désespoir et perdre toute confiance dans la protection divine, le prophète reçoit une mission nouvelle, dont l'objet est exposé dans deux discours suc-
Ga, 1-2:
cessifs (1), que sépare la mention de la date et des circonstances où Ye’hezqél reçut la révélation de Yahveh. Le châtiment que le prophète avait été chargé d'annoncer comme devant frapper le peuple s’il ne se repentait pas, ce châtiment est désormais réalisé. Yisrâél demeure accablé sous le coup ; on donne au voyant la mission de lui apporter des consolations, et de lui indiquer les moyens de rentrer en grâce auprès de Dieu.
La première grâce qui commencera le relèvement du peuple de Dieu sera la venue du pasteur fidèle (2), dont le caractère messianique dans la pensée du prophète est incontestable. Les mauvais pasteurs qui ont perdu Yisrâél, c’est-à-dire les rois infidèles, oublieux des préceptes de la Tôrâh et trop souvent inclinés à l'idolâtrie, les prêtres à la foi vacillante, plus préoccupés d'intérêts mondains que spirituels, qui n'ont pas su maintenir le culte de Yahveh dans sa pureté idéale, les mauvais pasteurs seront chassés, et à leur place le troupeau du Seigneur sera confié à un berger qui saura cette fois le garder avec soin. « J'étabhirai sur mes brebis un seul pasteur, qui les fera paître, mon serviteur Dâvid ; il les fera paître et sera leur pasteur. — Moi, Yahveh, je serai leur Dieu, et mon serviteur Dâvid sera prince au milieu d'elles. Moi, Yahveh, j'ai parlé (3). » Mais ce ne seront point seulement les chefs impies, politiques ou sacerdotaux, lesquels ont
(1) xxxur, 1-20 et 23-33.
(2) Chap. xxxiv.
(3) xxxiv, 23 et 24.
perdu Yisräël, qui seront punis ; les peuples voisins qui ontcoopéré ou applaudi à sa ruine recevront aussi leur châtiment. Édôm, dont la dévastation est annoncée (1), devient ici la personnification unique de l'ensemble des nations païennes, comme il l'est aussi bien clairement un peu plus loin, xxxvr, 5, et dans lesderniers versets de Ts., ixni, 1-8 (2). C'est bien de là que les Juifs de l'é-
() Chap. xxxv.
€2) L'extension que la pensée du prophète donne ici at nom de Édôm se manifeste clairement dans la fin de son oracle et. surtout dans le dernier verset :
« Mon bras m'a été en aide, et ma fureur m'a servi d'appui.
J'ai foulé Las peuples dans ma colère, jeles ai rendus ivres dans ma fureur, et j'ai répandu leur sang sur la terre. »
Mais il est aussi manifeste que 1e morceau a pour point de départ un fait déterminé et réellement propre à Édôm, en tant que nation spéciale. C’est dans une dévastation qui vient de frapper ce peuple et la ville de Bâçräh dont il a fait sa capitale, après avoir étendu jusque-là sa domination, que le prophète voit l'image et l'annonce de celle qui s'étendra un jour à toutes les nations qui refusent de connaître le vrai Dieu et se montrent ennemies de Yisrél.
« Quel est ce guerrier qui vient de Édôm, de Bäçräh, en vêtements rouges, en habits éclatants, et se redressant avec fierté dans la plénitude de sa force? »
C'est ainsi qu'il débute, et dans ce qui suit ilne faut pas voir seulement, comme on le fait d'ordinaire, une splendide image poétique, mais aussi une indication archéologique du plus haut intérêt.
— « Pourquoi tes habits sont-ils rouges, et tes vêtements comme les vêtements de celui qui foule dans la cuve? »
— « J'ai été seul à fouler au pressoir,
poque de la dispersion définitive, après la ruine de la ville sainte, ont tiré comme une expression à la fois significative et voilée, l'application qu’ils ont faite du nom de Édém à l'empire romain, dans lequel se résumait pour eux la puissance matérielle et conqué-
et nul homme d’entre les peuples n'était avec moi. ‘
Je les ai foulés dans ma colère;
je les ai écrasés dans ma fureur.
Leur sang a jailli sur mes vêtements,
et j'ai souillé tous mes habits. »
Pour quiconque s’est occupé de numismatique et connaît le type des monnaies de Bostra (Eckhel, Doctr. num. vet., t. III, p. 502; Saulcy, Numismatique de la Terre-Sainte, p. 370 et suiv., pl. xx1, n° 12) et d’Adraa (Eckhel, t. IIL, p. 500; Sauley, ouvr. cit., p. 375 et suiv.), frappées sous la domination romaine, où le pressoir à vin figure comme embléme religieux, accompagné de la légende AKTIA AOYÇAPIA,unrapprochements’imposeici à l’esprit,qui a été jusqu'ici négligé des exégètes bibliques, mais qui n’a pas échappé à la science et à la sagacité de Eckhel (Doctr. num. vet.,t. TIT, p. 502). Dou- Scharâ, ou Aoucäpnç, comme l’écrivaient les Grecs, le grand dieu des Édômites et des Nabatéens, en l'honneur duquel se célébraient les jeux Aovgäpua, a été assimilé à Dionysos (Hesych., v. Aoucapnc), et les monuments prouvent que son principal symbole était la vigne (Waddington, Inscriptions grecques et latines de la Syrie, p.419), plante particulièrement multipliée (Pococke, Specim. histor. Arab., p. 109) dans la montagne de Scheräh, comme disent les Arabes, de Sé’ir, comme dit la Bible, où avait été le berceau premier de son culte. C'était un dieu qui donnait aux hommes le sang de la vigne et dont la grande fète était la fête des pressoirs. Il était donc naturel que le prophète s'emparât comme d’une image typique du pressoir, dans lequel Édôm et Bâçrâh faisaient l'emblème spécial de leur dieu national, pour représenter le peuple et la ville comme écrasés sous ce pressoir par la colère et la juste vengeance du vrai Dieu. Ajoutons qu’il pouvait en outre trouver ici l’occasion d’une allusion au nom même de Bâcräh, en le rattachant à la signification de « vendanger, » que revêt quelquefois la racine verbale bäçar.
ranté de la gentilité. Édôm sera ravagé à son Lour (1), à cause de sa haine pour Yisräêl (2), de son désir de s'emparer d'une partie du royaume de Yehoüdähet de ses blasphèmes contre Dieu (5). Au contraire, la terre de Yisraél, dont les nations païennes se sont emparées (4), sera rendue à ses enfants et heureuse de nouveau (5). La félicité de Yisräél deviendra la félicité universelle. Dieu pardonnera ses péchés à son peuple (6) ; ille rassemblera des lieux dans lesquels il est dispersé ; il le fera marcher dans ses commandements et lui commuhiquera un esprit nouveau(7); il le bénira, le comblera de prospérité, et tous les peuples reconnaitront ainsi qu'il est seul vrai Dieu (8).
C'est alors que le prophète introduit deux deses plus admirables visions: celle des ossements desséchés qui reprennent la vie (9), emblêmes de la résurrec-tion du peuple choisi, revivifié par l'esprit divin et appelé désormais à refleurir dans la pratique exacte de la loi, sous la sauvegarde d’une foi rigide ; selle des deux morceaux de bois réunis, qui ne forment plus qu'un seul tout (10), marquant la fin du schisme de Yisrâél et de Yehoûdäh, de cette division funeste qui
€) xxxv, 44.
(@) xxav, 5-9.
8) xxxv, 10-15.
@ xxx VI, 1-7.
@) xxxvr, 845.
(6) xxxvr, 164.
(D xxxvi, 22-38.
(8) xxxvi, 29-38,
@) xxxvn, 1-44.
GO) xxxvir, 15-98. +
dure depuis le règne de Re’habe’am, le rétablissement de l'unité du troupeau de Yahveh sous la houlette du véritable pasteur. L'invasion et les ravages de Gôg, du pays de Mâgôg, viennent ensuite (1). C'est la dernière épreuve qui doit châtier de ses péchés le peuple de Dieu, et par un nouvel abaissement passager faire ressortir plus éclatant le triomphe providentiel final, à la suite duquel s’établira la Yeroûschälaîm éternelle (2). Autant l'épreuve aura été effroyable, autant la victoire que Dieu finira par donner à Yisrâäêl sera grande; elle révélera la puissance et la justice de Yahveh à toutes les nations et ouvrira leurs yeux à sa vérité. De même que la crise actuelle de la Captivité se terminera, contrairement aux prévisions des gentils qui ont ruiné le Temple, par le retour des exilés æt par le rétablissement de Yisräél, de même cette crise suprême, reculée dans un lointain avenir, dont le prophète n’essaie pas de préciser les limites, se dénouera par un anéantissement sans exemple des ennemis de Yisrâäél et par une glorification du peuple de Dieu, qui dépassera tout ce qu'on a vu jusqu'ici, ouvrant une ère nouvelle de béatitude que rien ne viendra plus troubler.
La tradition de la Synagogue et celle des Pères de l'Église chrétienne, à commencer par le grand voyant de Patmos, ont toujours attribué à l'invasion de Gôg, ainsi prédite, un caractère symbolique et allégorique.
(1) Chap. XXXVIIT et XXXIX.
@ (2) Chap. xL-XLVIII.
Ehes entendent ce torrent de barbares, à la forte d'abord irrésistible, comme l'image du déchainernent dé la puissance du monde idôlâtre, essayäit enre une fois, mais vainement, d'anéañtir Yisraél et a vérité religieuse, dont il est le dépositaire. Parties di mème point de départ, qui est bien maniféstéent conforme à la pensée dont à été inspiré le prophète, ces deux traditions d'interprétation ne: S'é- #artent que sûr un point, qui touche à la différénce fondamentale de leurs données dogiatiques : pour là Bynagogne, Yisräël est ici lé peuple lui-thème, dans les vicissitudes historiques de son éxistente nationale future { pour les chrétiens, il personnifie l'Église, qui a admis toutesles nations dans son sein, ne leur dé- #andant plus la descendance d'Abrähâm et la circocision, mais la foi en Jésus-Christ, qu'ils reconnaissent dans le pasteur unique et fidèle.
Laissons de côté cette dernière question; qui appartient au domaine de l'interprétation théologique, et non plus à celui de là science pure et dé la critique. Nous ne nous attacherons qu'à ce seul fait, qu'une tradition constante et hautement autorisée donne un caractère plus apocalyptique encore que prophétique à là description des rarages de Gôg et de 80h anéantissement ; qu'elle y voit une allégorie d'un sens très-large, ét not pas l'annonce d'une invasion matériellement toile et prochaine. Et ici la tradition est amplement vesfirmée par l'étude intrinsèque du texte de Ye’hezqél. L'accent allégorique et apocalyptique y est manifeste. Tous les faits prennent des proportions qui sortent
LE TABLEAU ETHNOGRAPHIQUE dE LA GENÈSE. 435
de la réalité. C'est dans des localités idéales, désignées par des appellations symboliques, qué les principaux événéments décrits doivent se produire. Les nombres allégoriqies de sept ans, sept mois, reviennent systéfhatijtemént dans la bouche du prophète à l'occasion de èës événétnents. L'invasion dé Gôg n'entraine pas seulement à Si suite, comme il arrive dans les faits réels dé éé géüré, ün groupe de populations parties d'une méme direction. Tous les peuples barbares et païéüs des éxtrémités de l'univers doivent s'y déchaiñér à Va fois aux quatre vénts dü ciel et converger, dans leürs efforts contre Ysräél, pour le fouler et le pillér. C'ést ainsi qu'à côté des nations du nord le plus reculé, qui marchent naturellement sous la bannière de Gôg (1), le prophète introduit brusquement, et sans préparation, les peuples de l'extrême sud, Päras, Koûsch et Poût (2). Ces deux derniers sont certains: nous les retrouverons dans la suite de notre étude de l’ethnographie du chapitre x de la Genèse, parmi la famille dé "Hâm. Leurs noms désignent les peuples de l'Éthiopie et de la Libye. Quant à Pâras, ce ne saurait être en aucune façon, ni ici, m1 ailleurs chéz Ye'hezqgél, lés Perses, qe le même nom de Pâras désigne dans les livres des Chroniques (3), de "Ezrâh (4), de ’Esthér (5) et de Daniél (6). Le Pâras
(4) xxxvin, 2, 3 et C.
@) xxx vin, 5.
(3) II Chron., xxxvi, 20, 22 et 923.
(4) 1, À; ont, 7; 1v, 8 etsuiv. ; vi, 14; 1x, 9.
(5) 1, 3, 44, 18 et 19; x, 2.
(6) v, 28 ; vi, 9 et 13; var, 20 ; x, 1, 3eX 0 ; 1,2.
de Ye’hezqél est sûrement un peuple africain, car ici il est associé à Koüsch et à Poût, et dans un autre endroit (4) le prophète le nomme à côté de Loûd, les Égyptiens, et de nouveau de Koüsch, en énumérant les mercenaires que Çôr ou Tyr faisait venir pour sa garde de ses vastes possessions d'Afrique (2). Ce sont, comme l'ont déjà reconnu Kenrick (3) et Knobel (4), les Pharusiens de la géographie classique, situés dans l'ouest de ‘la Mauritanie (5) ; on les appelait aussi quelquefois Perses (6), et c'est bien évidemment à eux que se rapporte le récit, emprunté par Salluste (7) aux livres puniques, d'une armée de Perses conduite par Hercule en Afrique (8). Les Pharusiens devaient d'autant plus facilement fournir des mercenaires à Tyr, qu’ils étaient en contact journalier avec les trois cents villes tyriennes de la côte occidentale d'Afrique, villes dont la destruction, survenue plus tard, est attribuée à eux et aux Nigrites (9).
En groupant dans un même effort d'invasion contre la terre de Yisrâêl ces peuples de l'Afrique la plus recu-
(4) xx vi, 10.
(2) 1 serait tout à fait absurde de supposer des Perses mercenaires au service de Tyr du temps de Nabou-koudourri-ougour.
(3) Phœnicia, p. 135 et 277.
(4) Die Vœlikertafel, p. 312.
(5) Strab., n, p. 131 ; xvit, p. 826 et 828; Ptol., IV, 6, 17; Steph. Byz., s. v. ; Plin., Hist. nat., V,1; "1, 35.
(6) Plin., v, 8: cf. Pomp. Mel. Ill, 10, 3.
(7) Bell. Jugurth., 18.
(8) Sur des traditions analogues chez les écrivains arabes, voy. Movers, Die Phœnizier, t. II, 2 part., p. 531.
(9) Strab., xvit, p. 826.
lée dans le sud-ouest, avec les peuples de l'extrême nord-est asiatique qui sontles compagnons et les vassaux de Gôg, le prophète Ye’hezqél nous transporte en dehors de toute réalité possible d’un événement précis, qu'il prophétiserait d’une manière directe, tel qu'il doit se passer. Sans souci de la vraisemblance historique et matérielle, 1l prend les deux extrémités du monde connu de lui, et il les réunit pour dépeindre dans une allégorie frappante le caractère universel de la coalition de la violence idolâtrique pour étouffer avec Yisrâél la vérité religieuse dont il est le possesseur, pour détruire le peuple saint que Dieu s’est choisi et qu'il ‘abandonne momentanément au châtiment de ses péchés. |
Il n'ya donc pas à faire, des “chapitres xxxvur et xxxix de Ye’hezqél, d'application en tant que prophétie historique précise. Mais il importe de se rendre compte du procédé qu'emploie presque : constamment le prophète dans les parties successives de la sorte d’apocalypse à laquelle appartient ce morceau. C'est dans les réalités de son temps qu'il puise ses images symboliques de l'avenir. Ne voulant pas nommer et attaquer directement les Chaldéens au milieu desquels il prophétise, et de la part desquels il craint d’exciter une persécution contre ses compatriotes déportés et captifs comme lui, il prend Édôm comme le type des nations païennes acharnées à la perte de Yisrâél et de sa religion. Mais la haine qu’il lui attribue contre le peuple de Dieu, la façon dont il le
dépeint, non seulement saluant sa ruine par des cris
48 : LES OBIGINES DE L'HISTORE, de jaie, main encore « précipitant par le glaive les en» * fants de Yisrél au jour de lene détresse, au temps où l'iviquité était à son terme (1), x toutes ces choses sant des traits topiques et réels, empruntés à la cgaduite des Édomites dans les événements qui ame nèrent la hute de Yeroüschälaim, Lors de la révolte de Yehôyadim, en 598, qui amena la première transportation, celle dans laquelle Ye’hezqél avait été come pris, ee fureut les contingents de Môäb et de 'Ammôn, que Nahow-koudourri-ouçour opposa d'abord aux trou- . pes de Yehoëdäh, avec ceux de Arâm et quelques dé, tachementa de Chasdim ou do troupes proprement chal déennss (9), jusqu'au moment où il vint en personne presser le siége de Ja capitale (5) et en amener la reddition (4). Dans ses chapitres xi-xuu, le prophète décrit minutieusement le temple idéal de la Jérusalem messianique (5), avee l'intention évidante de fixer des règles précises à çeux qui devront reconstruire l'édie fice après le retour de la captivité, de même qu'il traca ensuite (chapitre xent-xvr) les règles du eulte qui devra y être célébré par le sacardoce de Yisrâél re= constitué, Mais toutes les dispositions qu'il y indique
(1) mxv, 5.
@) IE Reg., xx1v, 2.
) Ibid, 41.
9) Thide 1%
(5) Le meilleur commentaire, et le plus avancé jusqu'ici, de ces difficiles chapitres au point de vue architeturel est celui de M, Rudalf Smend, dans la volume qu'il à publié an 1880 sous le tite de Der Prophet Ezechiel erkjært, dans la collection de l'Exegetisches Handbuch de Hirzel, pour remplacer celui de Hitzig sur le même sujet, .
et ses principales mesures sontempruntées à ce qu'il avait vu dans le temple détruit par les Chaldéens quatorze ans avant ladateoù 1 prophétise. Il se borne à en régulariser systématiquement les dispositions et las prapertions, et son texta est au nombre des documents les plus importants et les plus essentiels pour la restitution du temple élevé par Schelôméh. De la même façon, symbolisant la lutte suprême du mal et du bien, de la violence et de la justice, du. du paganisme et de la vérité religieuse, sous la figure d’une invasion barbare, il a dépeint celle-ci d'après une invasion de ce genre dont il avait été le témoin, dont il avait contemplé les ravages, qui avait terrifié la Palestine, comme toute l'Asie antérieure, quelques années seulement avant l'époque où il fut emmené en exil, avant celle où 1l commença à être inspiré de l'es. prit de prophétie. Je veux parler de l'invasion des Scythes à la fin du Vile siècle. Tous les critiques, d'accord ici avec la tradition ancienne, sont unanimes à reconnaître que c'est elle qui est dépeinte dans la description que fait Ye’hezqél des hordes de Gôg. Et en effet elle est pleine de traits absolument caractéristiques qui ne peuvent s'appliquer qu'aux Scythes, et qui s'accordent de la manière la plus remarquable avec ce que les autres sources antiques nous disent de ee peuple. Non seulement c'est du nord (1) et d'un pays voisin des « îles des nations (2), » c'est-à-dire des pays
(1) xxxix, 2.
(2) xxx1x, 6.
maritimes de l'Europe et de l'Asie-Mineure (1), que descend le flot des barbares, entraînant à sa suite toutes les nations situées entre le Caucase et la Mésopotamie ; mais le peuple auquel Gôg commande est avanttoutun peuple de cavaliers (2), dont la principale force réside dans l'emploi qu'il fait de l'are pour combattre (3).Or, c'est là précisément ce qu'onnous raconte des Scythes, si habiles archers (4) qu'on les représentait comme les inventeurs de cette arme (5),et tellement habitués à manier le cheval qu'on les avait qualifiés de irroroëéreu (6). Et quand Hérodote (7) et d’autres écrivains anciens (8) décrivent leur cruauté et leur avide rapacité, ils seservent de termes qui rappellent de bien près ceux que Ye’hezqél emploie en parlant des soldats de Gôg(9).
C'est à Hérodote (10) que nous devons tout ce que nous savons de l'invasion des Scythes en Asie au VIl° siècle, car Justin (44) n'y fait allusion qu'en passant, non plus que Strabon (12).
) Nous aurons l'occasion un peu plus loin d'étudier le sens de cette expression dans le langage biblique.
€) xxxvn, 15.
(8) xxxrx, 3.
(&) Herodot., 1, 78; 1v, 492; Xenoph., Anabas., m, 4, 45; Orph,, Argonaut., v. 1074; Ovid., Metamorph., x, v. 588; Epist. e Ponto., 1, 1, v. 70; voy. J. Grimm, Gesch. d. deutsch. Sprache, p. 290 et suiv.
(6) Plin., Hist. nat., vu, 57.
(6) Herodot., 1v, 48; Thucyd., 96; Arrian., Anabas., In, 8.
C7) 1, 405 et 406.
(8) Q. Curt., 1v, 6.
9) xaxvm, 7-48.
GA) u, 5.
« Phraorte (Fravartis), dit l’historien d’Halicarnasse, étant mort, eut pour successeur son fils Cyaxare (Ouvakhsatara), petit-fils de Déiocés (Dahyâäouka). On dit qu'il fut beaucoup plus énergique et puissant que ses ancêtres; le premier en Asie il distribua régulièrement ses soldats par compagnies et assigna une place déterminée dans l’ordre de bataille à l'infanterie armée de piques, aux archers et aux cavaliers, car jusque-là tous combattaient pêle-méle.... Ayant rassemblé des troupes de toutes les nations soumises à son autorité, il marcha sur Ninive, voulant venger son père et détruire cette ville. Mais au moment où, après . avoir vaincu les Assyriens, il venait d’asseoir son camp devant Ninive, survint une grande armée de Scythes, conduits par leur roi Madyés, fils de Prôtothyés. Ceux-ci étaient entrés en Asie à la poursuite des Cimmériens qu'ils avaient chassés d'Europe, et dans cette poursuite ils étaient arrivés en Médie.
« Du lac Méotide au fleuve du Phase et à la Colchide il y a trente jours de route pour un voyageur alerte ; mais de la Colchide en Médie, la distance est moins grande, car il n’y a qu’un seul peuple dans l'intervalle, celui des Saspires, et quand on les a passés, on entre immédiatement dans la Médie. Cependant ce n’est pas par cette roule que les Scyÿthes l’envahirent, mais par une voie beaucoup plus longue, en suivant le Caucase qu'ils avaient à leur droite. Les Mèdes livrèrent ba:
taille à ces Scythes, et vaincus perdirent l'empire. Les :
Scythes devinrent en effet maîtres de toute l'Asie. « De là ils allèrent sur l'Égypte ; et quand \s furent | %.
4 .. LES OBIGINES DE L'HISTOIRE, arrivés dans la Syrie Palestine, Psammitichos, roi d'Agypte, vint au deyant d'eux et fit tant par ses pré- “sents ef #es prières qu'il les détourna de s'avancer plus loin, En sé retirant, ils traversèrent Ascalon dans la Syrie, La plupart des Scythes y passèrent sans causer de dgmmage ; mais quelques-nns, demeurés en arrière, pil. lèrent Le temple d'Aphrodite Uranie.… Pendant vingthyit aps les Scythes furent maitres de l'Asie, que “leurs iqjures et leurs violences bouleversaient. Car ons te les ributs réguliers qu'ils imposaient, ils taxaient chacup arbitrairement à leur fantaisie, et ils rayageaient le pays dans leurs courses continuelles. Enfin Cyaxare et les Mèdes, ayant invité la plupart d'entre eux à un festin, les égorgèrent dans l'ivresse, Ce fut de celle façan que les Mèdes reprirent l'empire qu'ils avaient auparavant exercé, Alors ils s'emparèrent de Ninive, et ils se rendirent souverains de l'Assyrie, à l'exception de la Babylonis. »
La chronologie de ce récit: d'Hérodote est la suivante :
Ouvakhsatara, aussitôt monté sur le trône, en$epprend de venger son père, mort en 635; I défait les Assyriens et vient mettre le siége devant Ninive, au plus tard en 634; Survient alors l'invasion des Seythes, qui dominent pendant vingt-hait ans; . Par conséquent le massacre qui en délivre la Médie . :°est de 607 ou 606; .
©‘ Après cette délivrance, Ouvakhsatara reprend le siége de Ninive et détruit la ville en 606.
Cette dernière date est exacte. La destruction de Ninive, que le eanon chronologique d’Eusèbe place en 608-607, ne peut pas, dans tous les eas, être postérieure à 606, puisque tous les témoignages anciens s'accordent à dire qu'elle eut lieu quand régnait encore à Babylone Nabou-abal-ouçour, lequel mourut en 605, l'année où son fils Nabou-koudourri-ouçour gagnait sur l'Égyptien Nekô la bataille de Qargemisch (1), événement qui suivit aussi la chute de la eapitale de l’Assyrie (2). Mais il n'est guère vraisemblable que ce soit immédiatement après s'être délivré des ravages de l'oppression des Scythes que Ouvakhsatara ait été en mesure de reprendre les opérations contre Ninive et de détruire les derniers restesde l'empire des Assyriens. Toutes les probabilités sont en faveur de l'idée que ees deux événements durent être séparés par un intervalle de quelques années, pendant lequel le roi des Môdes s'oecupa de refaire les forces de son peuple et de reeonstituer sa puissance.
D'un autre eôté, il est bien difficile d'admettre que sa première attaque contre Ninive ait eu lieu avant la mort, d'Assehour-bani-abal, c'est-à-dire avant 695, date où Nabou-abal-ouçour se déclara, à Babylone, indépendant de l'Assyrie, em profitant du changement de règne. En effet, les extraits d’Abydène par Eu-
(1) C’est la véritable forme originale de ee nom de ville, établie par les deux transcriptions égyptienne et assyrienne. Ea leçon biblique Karkemisch est moins exacte.
(2) Sur la bataille de Qargeinisch, voy. Jerem., xLvI, 2 ; Beros. ap. Joseph., Ant. » jud. x, 11,1; Contr. Apion., 1, 20 : Joseph., Ant. jud., x, 5,1.
sèbe (1) affirment que ce fut la menace d'une invasion de barbares qui décida alors le nouveau roi d'Assy= rie à envoyer à Babylone, comme prince vassal, Nabou-abal-ouçour, lequel s'y mit aussitôt en état de, révolte, et dont le premier soin fut de contracter-avec le roi des Mèdes une alliance ayantpour objet la ruine de son suzerain (2).
Ces différents faits rendent impossible: à maintenir le chiffre de vingt-huit ans attribué par Hérodote à la domination des Scythes sur la Médie et le resterde l'Asie antérieure. La période de leur, suprématie dévastatrice a été certainement plus courte. Peut-être faut-il la réduire à huit ans, comme l'a proposé M: de Sauley (3) et comme semble l'indiquer un: passage de Justin (4). Peut-être aussi Hérodote n'avait-il pas précisé cette durée, et le chiffre de vingt-huit ans provient-il chez lui, non pas d’une faute de copiste, mais de l'introduction dans le texte d'une glose marginale dans laquelle quelque commentateur de date plus récente, ayant lu en un autre endroit (5) que l'empire des Mèdes avait subsisté cent vingt-huit ans, y compris la domination des Seythes, aura pris le nombre rond d'un siècle pour la puissance indépendante de cet empire et les vingt-huit ans pour l’époque des Scythes.
(1) Chron. armen., p.%, ed. Mai.
(2) Voy. aussi le fragment de l'abrégé de Bérose par Alexandre Polyhistor : Syncell., p. 210.
(8) Chronologie des empires de Ninive, de Babylone et d'Ecbatane, p. 79.
(5) Herodot., 1, 130.
Quelques écrivains de l'antiquité ont rattaché à l'invasion des Scythes en Palestine l'origine du nom de Scythopolis (1), donné à la ville antérieurement appelée Bêth-Scheân (2). C’est l'opinion que George le Syncelle (3) a probablement empruntée à Julius Africañus, et dont on trouve la première indication chez Pline (4). Et l’auteur du Targoum des prophètes s’y conforme quand il paraphrase Ezech., xxxix, 11, car les expressions dont il se sert localisent très-nettement à Scythopolis l’ensevelissement de l’armée de Gôg. Pourtant l'origine de ce nom n’est pas certaine. Saint Jérôme (5), suivi par Reland (6) dans les temps modernes, fait de zxvêérous une altération de zuxbéroke, et le tire du Sukkôth (7) dontla fondation est racontée dans Genes., xxxin, 17. o
En tous cas, il est incontestable qu'un certain nombre de passages de l'Ancien Testament ont trait à cette invasion des Scythes, aux ravages qu'elle exerça en traversant la Palestine et à la terreur mouie
(1) Strab., xvi, p. 525 ; Joseph., Ant. jud., v,1; xr1,12; Bell. jud., ui, 2, 4et 31; Vit., 65; Ptol., v, 15, 23; Septuagint. in Jud., 1, 27; I Maccab., v, 52; vu, 36; III Maccab., xx, 39; Judith, 1x, 11; Plin., Hist. nat., v, 18; Ammian. Marcell., x1x, 27.
(2) Jos., xvii, 11 et 16 ; I Sam., xxx, 10 et 12; II Samn., xxt, 12.
(4) Hist. nat., v, 18. — Il ajoute que la ville avait été aussi appelée Nysa et qu’on en attribuait la fondation première à Bacchus, forme hellénisée de quelque ancienne légende mythologique locale.
(5) Quaest. hebr. in Genes., xxxut, 17.
(6) Palaestina, t. IT, p. 992 et suiv.
(7) Jos., xin, 27; Jud., vint, 5; I Reg., vit, 46; Psalm., Lx, 3; cvnir. 8. |
qu'elle y répandit (1). C'est done à tort — je Pai déjà montré ailleurs (2) — que M. George Rawlinson (5) a prétendu qu'Hérodote avait dû en exagérer l'importance et les dévastations (4). C'est, au contraire, avec toute
(4) Voy. Hitzig, Begr. d. Krit., p. 178; Psalm., dre édit, 2e part, pe 71 et suiv,
(2) Lettres assyriologiques, t, 1, p, 80 et suix.
(3) Dans sa traduction anglaise d'Hérodote, t. 1, p. 414.
(4) Nous allons voir ces dévasiations décrites en termes formels par Yirmeyähoù. Les monuments de l'Assyrie ne témaignent pas de
ravages moins grands, où M. George Rawlinson (p.485 du tome Ier de
la traduction d'Hérodote) a reconnu, cette fois avec juste raison, les traces matérielles de l'invasion des Soythes. Il résulte des observas tions très-précises de M. Layard que les somptueux palais de Kal'hou, aujourd'hui Nimrohd, fouillés par cet habilearchéologue, furent ruinés violemment pendantle cours da règne d'Asschouredil-iläni. Après cette destruction, qui fut bien certainement l'œuvre d'envahisseurs barbares, le roi rebâtit pour sa résidence, au milieu des ruines, un nouveau palais, d'une pauvreté et d'une nudité qui égale la grossibreté de s4 canstrugtion, Dans gat édifice on ne volt plus ni vaste salle aux proportions grandioses et splendidement décorée, pi bas-reliefs couvrantles parois, mais seulement des pièces de petitesdimensions, dont lesrurailles gont ravêlues, à la hanteur d'un mètre environ, par ds simples dalles de calcaire de la qualité la plus inférieure, rudement taillées, et qui non seulement n’ont pas de sculptures, mais ne sont pas môme polies. Au-deseus de ce revétemant gressior, les is da tarre sont soulement gnduites d'une souche de plâtre (Layerd, Niseush an@ Babylon, p. 65), Cette misère et cefle grossiéreté portent l'empreinte de la hâte avec laquelle an à voulu refaire une habitation telle quelle pour le rol au lendemain d'un grand désastre ; mais j'y vois surtout l'attestation d'une décadence irrémédiable, préoipltés par la révolte des Chaldéens, par les premières attaques des Môdes et par les ravages des Boythes, décadence qui explique natarellerasnt la destrustion totale de l'empire peu d'années après. La comparaison du palais si pauvre et si modeste d'Asschonredit-iläni avec les splendeurs de seulpturé de celui que son pére Asschour-bani-abal s'était construit à Ninlve, a plus d'éloquence que toute réflexion, pour peindre le changement qui s'était opéré dans la situation de la monarchie assyrienne.
raison que Volney (1) a reconnu l'invasion des Scythes dans celle à laquelle se rapportent les chapitres 1, 1v, v, vi du prophète Yirmeyähoù, composés juste à l’époque de ces événements. Les traits qui la définissent en la décrivant sont si précis qu'il n'y a pas moyen de sy méprendre. C'est da l'extrêma nord que viennent les envahisseurs, dépeints eomme des barbares féroces, et à plusieurs reprises le prophète insiste sur cette origine septentrionale. L'an 43 du règne de Yôschiyâähoù en Yehoûdâh (9), e’est-à-dire en 627, au moment où les Scythes allaient fondre sur la Médie et où le bruit de leurs mouvements et de leurs préparatifs pouvait commencer à se répandre en Asie, Yirmeyähoù a une première vision,
« La parole de Yahveh me fut adressée, disant : Que vois-tu? Je répondis : Je vois une chaudière bouillante du côté du septentrion.
« Et Yahveh me dit : C'est du septentrion que la calamité fondra sur tous les habitants du pays.
« Car voici, je vais appeler toutes les tribus des royaumes du septentrion, dit Yahveh ; elles viendront et placeront chacune son siége à à l'entrée des portes de Yeroüschälaim, contre ses murailles tout à l’entour et contre toutes les villes de Yehoügdâh (3). »
Quelque temps après, 1l s'écrie :
(4) Recherches nouvelles aur Fhisloire ancienne, 1re part. chap. vit.
(2) Jerem., 1, 2.
< Annoncez en Yehoüdäh, publiez à Yeroûschàlatm, et dites: Sonnez de la trompette dans le pays!
Criez à pleine voix, et dites:
Rassemblez-vous et entrons dans les villes fortes !
Élevez une bannière vers Ciyôn, fuyez, ne vous arrêtez pas!
- Car je fais venir du septentrion le malheur et un grand désastre, Le lion s’élance de son taillis, le destructeur des nations est en marche, il à quitté son lieu pour ravager {on pays; tes villes seront ruinées ; il n'y aura plus d'habitants (1). »
Cette insistance à bien préciser le nord comme le point de départ des envahisseurs, qui entraineront avec eux toutes les hordes confuses de cette région, est capitale en ce qu’à l'époque du prophète, dans les événements qui se déroulèrent alors en Asie, elle ne permet pas de penser à d'autres qu'aux Scythes, et qu'elle exclut absolument la théorie des exégètes qui ont cru que les oracles en question avaient trait aux Chaldéens. Semblable théorie n'avait pu, du reste, prendre naissance que sous l'empire de l'idée fausse,
@) 1v, 5-7; cf. vi, 1 et 22.
et irrémédiablement ruinée par les progrès de la science, par les découvertes de l’assyriologie, qui faisait des Chaldéens un peuple du nord par rapport à l'Assyrie et à la Babylonie, descendu seulement au Ville siècle des montagnes du Kurdistan.
Les traits sous lesquels Yirmeyähoù décrit les envahisseurs féroces, dont il présente les ravages comme le fruit de la colère de Yahveh contre les péchés de Yehoûdäh, sont d’ailleurs absolument typiques et pré- ” cis comme désignant les Scythes. Ils concordent de la manière la plus frappante avec la façon dont Ye’hezqél dépeint les soldats de Gôg; nous y retrouvons de même les archers sans rivaux, qui combattent à cheval, et les cavaliers cataphractes dont la monture est armée comme eux-mêmes. |
« Voici, j'amène contre vous une nation lointaine, Ô maison de Yisrâél, dit Yahveh.
C’est une nation forte, une nation antique (1), une nation dont .tu ne connais pas la langue et dont tu ne comprendras point les paroles.
Son carquois est comme un sépulcre ouvert ; ils sont tous des héros.
Elle dévorera tes moissons et ton pain,
(1) Les Scythes se prétendaient la plus antique nation du monde et le disputaient sous ce rapport aux Égyptiens: Justin., 11, 1; cf. Creuzer, Fragm. Ephori,praef., p. 1x et xx. Voy. cependant l’assertion diamétralement contraire d’Hérodote, 1v, 5.
#0 LES ORIGINES DE L'HISTOIRE, elle dévorera Les fils et Les filles, elle dévorera tes brehis et tes bœufs, elle dévorera ta vigne et ton figuier, elle détruira par l'épée tes villes fortes daus lesquelles tu te confies (1). »
« Voici, un peuple vient du pays du nord, une grande nation se met en mouvement des extrémités de la térre.
Ils portent l'are et le javelot ; ils sont cruels et sans miséricorde ; leur voix a Je mugissement de la mer ils montent sur des chevaux armés eux-mêmes comme un homme de guerre.
Contre toi, fille de Çiyôn !
Au renom de leur approche nos mains s'affaiblissent, l'angoisse nous saisit comme la douleur d'une femme qui enfante.
Ne sortez pas dans les champs, n'allez pas sur les chemins ; . car là est le glaive de l'ennemi, et l'épouvante règne à l'entour!
Fille de mon peuple, couvre-tol d'un sac et roule-toi dans la cendre, :
prends le deuil comme pour le fils unique, élève des plaintes amères !
Car le dévastateur vient à l'improviste sur nous (4). » |
H s'agit, on le voit, non pas d’une conquête telle qu’elle serait faite pay une armée régulière, s'avançant méthodiquement et prenant les villes fortes les unes après les autres, mais des incuraions de bandes légèrement montées, contre lesquelles on ne saurait tenir en rass campagne, qui parcourent le pays en apparaissant à l'improviste tantôt sur un point et tantôt sur un autre, Be permettant plus d'habiterles champs en sûreté ni de circuler sur les routes, pillant et dévastant tout sur leur passage, et à l'abri de qui la population pense se mettre en se jetant dans les villes fermées, Les termes dans lesquels ‘le prophète décrit l'épouvante causée par ces ravages sont aussi remarquables par leur analogie avec ceux dont use Ye’hezqêl à l’occasion de l'invasion de Gôg. Il montre également la nature elle-même partageant la terreur des hommes, et la terre s’agitant d'effroi, et ceci avec des expressions si précises, si accentuées qu'elles semblent impliquer l'idée de tremblements de terre survenant tandis que les barbares ravagent le pays.
s Voici, le destructeur monte comme une nuée, ser chars comme ue tourbillon ; ses chevaux sont plus légers que les aigles.
(1) vi, 22-96. |
Malheur à nous, car nous sommes dévastés !
Je regarde la terre, et voici, elle est un désert et un chaos vide, les cieux, et leur lumière a disparu.
Je regarde les montagnes, et voici, elles tremblent. et toutes les collines chancellent.
Je regarde, et voici qu'il n'ya plus d'hommes, et tous les oiseaux des cieux se sont envolés.
Je regarde, et voici, le Karmel est devenu un désert; toutes ses villes sont détruites devant la face de Yahveh, devant sa fureur (1). »
Les rapprochements que nous venons de faire, tout en laissant intact le caractère symbolique et apocalyptique des chapitres xxxvin et xxxx de Ye’hezqél, ont, ce me semble, pour résultat de leur rendre une véritable importance historique, non point à titre de prophétie, mais comme description, faite encore sous l'impression des événements, de l'invasion des Scythes . dans l’Asie antérieure et dans la Palestine, invasion dont le prophète fait la figure typique des faits qu'il entrevoit dans un lointain avenir. À ce point de vue, l'énumération des peuples auxquels commande Gôg, du
pays .de Mâgôg, de ceux qu'il entraîne à la suite de ses propres hordes, comme Attila précipitait avec ses bandes hunniques sur le monde romain les peuples barbares les plus divers, soumis par ses armes et entraînés dans la sphère de .son action, cette énumération mérite au plus haut degré d'attirer l'étude de la critique. C’est « la maison de Tôgarmäh, » béth Tôgarmäh (1), que nous connaissons bien maintenant (2) comme représentant la population proprement arménienne, restreinte encore à ce moment à la portion occidentale du pays auquel s’étendit plus tard le nom d’Arménie ; c’est « Gômer et toutes ses hordes, » Gômer vechäl-agapéyäh (3), c'est-à-dire, comme nous l'avons montré (4), les débris des Cimmériens, vaincus par Madyés, roi des Scythes, et incorporés dans ses terribles escadrons.
Mais le titre principal de Gôg est celui de neschi Rôsch Méschéch veThoübäl, que le prophète lui donne à trois reprises (5). Ici se présente une difficulté d’interprétation, qui depuis l'antiquité a divisé les commentateurs. Comment faut-il entendre le mot résch ? Est-ce un nom de peuple, comme ceux de Meschech et Toûbâl ? Ou bien est-ce le mot rôsch, ,« tête, » entendu dans le sens de « chef, prince, » comme on le rencontre assez fréquemment dans la Bible (6), et joint
(1) xxxvint, 6.
(2) Voy. plus haut, dans ce volume, p. 402 et suiv.
(3) xxxvin, 6. |
(&) Plus haut, dans ce volume, p. 348.
(6) xxxvin, 2 et3; xxxIx, 1.
(6) Jud., x, 18: yiheyéh lerôsch lechôl yschbé Gile’äd.— Jude,
par opposition à neschi comme qualificatif, de manière à désigner nn « prince supérieur, » tn suzerain? Les Septante, Symmaque et Théodotion adoptent la première interprétation (1); la seconde est suivie par Aquila, lé Targoüm, la version syriaque peschito et par Saitit Jérôme, qui la défend par un argument bien faible, Surtout si l'on considère que précisément Ye'hezqél ést plein de n0ms géographiques, qui ne se renéontrent füllé autre part dans la Bible. Med én Genesi, dital en effet (2), ñecin alio Scripturae loca, née in dosepho Qquidem, qui ommia hebraicarum gentium in primo Antiquitatum libro ecponil nomit, hane gentem potuimus invenire, Ex quo manifestuin est thos nôn gentem significare, non caput. La plupart dés éxégètes toiernes prennent Rôsch come un nom de peuplé; cependant M. Rudolph Smend (3) défend encore Fddtre opinion, tais en s'appuyant sur une aialôgie erronée, cat le malik rûsch Çur ot le maltk riosh "Hak, qué le dut de Luynes (4) et Moveté (5) avaieis cru lire sur des médailles, et que le savant common
8: hdyiythà län lerdsch. — 1 Sam., Xv, 17: résch séhib}é Yiss Piel atdh. — Psobm.; avi, M: résch gétinss CE TE Ba, Rx, Set 4831 Ghron., x, 0315, vs BetD
Voy. aussi l'expression rdsch béth abôth (Ëwod., vi, 14; Num, Mn, 2; 1 Chroh., v, 28; int, D et 40) bn rûech abüth (Etod:, 7, 5; Num., xxx, 983 xxxvi, 1 ; 1 Chron., vin, 6, 13 et 28; 1x, 9, 83 et
@) Cf. encore Béerat:, His. ecvles., vix, 48;
(2) Comment. in Etech., xxxvIn, 2.
(8) Der Prophet Ezechiel, ÿ: 60.
(4) Numismatique des Sutrapies, p. 69, 1; 78 et suit: (6) Die Phumirib, t: LE, dre parts) ps BA
tateur elite encore comme parallèle à nesch£ rôsch, N'existent en aucune fäçoñ; Ce sont de faüssés léctures de la légende de Pumyathôn, roi de Cition (4). Le maltk rûsch Kith du due de Lüÿnes (2) est aussi une lecôn inexaëeté : sut la monnaie où il 4Yait éfu le déchiffrer, il ÿ 4 eh réalité malfk Demonih, c'ést-à-dite ke nom du roi Déthünicos, fils d'Evagoras (3). Qüatit au mag rsch, « chef des mages, » qtie Movets (4) croyait troûver dans l'inscription dite xi° Cétéénne, sut à bopie de Pococke, ilest absolimetit fantastique et né méfite pas Même d'être discuté. La seulé expression analdgue à cé qüé sétait célle de nasthi rosch, qué l'on puisse réellement citér, est celle de Æ6hën Atrôsth (5) ou hakkôhën hérôsch (6) potr désigner le gtant-prétre. il ést à noter que cette exptéssioht he âe l'encontre das auctin des livrés de l'Ancien Testtmetit dont Ie Style ét là lañigué se rapprochent d'utté matière étrôité de veux de Ye‘heztél: cependant à là rigueur elle sulffait à justifié gränimatitaletnent l'appôsition ntisèhé r6sch dans le sens de « suzerain, prince dominant sur d’autrés; » et x totttref qü’elle n’est pas aussi impossible qué l’a prétendu Hitzig (7). |
Mais l'interprétation qui voit dans Rôseh un tom de peuple n6 m'en parait pâs moins bien préférablé dans
(1) M. de Vogüé, Rev. numism., 1867, p. 373:
(@) Nurmisin. des Sütrüpies, p. 82.
(8) M. de Vogüé, Rev. fumism.;, 1867, p. #10.
(4) Die Phœnirier, t. M, Arè baït., p. 535: |
O) II Reg., xkkv, A8: Î CAron., Xtx, 11: kxtv, À; RxŸl, 0. (6) Esur., vi, 5. .
(7) Der Prophet Ezéchiet, D. 290.
les données du texte. On pouvait encore hésiter à son égard quand, avec Bochart (1) et Genesius (2), on ne trouvait à rapprocher de cette appellation de Rôsch que le >ac des écrivains byzantins du X° siècle de notre ère, c'est-à-dire les Russes, dont le nom n'a pris naïssance qu’au IX° siècle, apporté par les Varanges ou Variègues du canton de la Scandinavie dont ils étaient originaires (3) ou la forme singulièrement altérée, Ar-Rés (4) que les Arabes ont donnée à l'appellation du fleuve Araxe, dont le nom arménien est Eraskh et dont la forme primitive, la seule que l’on pourrait chercher dans une transcription biblique, était, comme Eugène Burnouf l’a établi (5), une variante du zendArvand ou Aourvat, devenant Argouat et Arg. Aujourd’hui nous n'en sommes plus réduits à ces comparaisons désespérées et inadmissibles pour une critique sérieuse. L'étude des textes cunéiformes a révélé, dans des documents du VIIE et du VII siècle avant notre ère, l'existence d'un pays de Raëu ou Raët (6), dont lenom correspond très-exacte-
(1) Phaleg, 1. IIL, c. xr, p. 188 de l’édit. de Leyde, 1712.
(2) Thesaur., p. 1253. Knobel (Die Vœlkertafel, p. 61 et 70) et MM. Fürst et Frantz Delitzsch, dans leur Lexique, adoptent aussi ce rapprochement.
(3) C’est ce que dit formellement la Chronique de Nestor, chap.nr et x, p. 20 et 30 de la trad. de Louis Paris; voy. W. Thomsen, Der Ursprung des russischen Staates ; A. Rambaud, Histoire de la Russie, p. 39-42.
(4) Bochart faisait aussi ce rapprochement, auquel ont adhéré J. D. Michaëlis, von Hammer et Gesenius.
6) Commentaire sur le Yagçna, additions, p. CLxxxv.
(6) Finzi, Ricerche per lo studio dell’ antichità assira, p. 298 et suiv.; E. Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 110 et 112; Friedr. Delitzsch, Wo lag das Paradies, p. 322.
ment au Rôsch de Ye’hezqél, et dont la situation géographique est telle qu'il se trouve fort naturellement compris dans le cercle de la domination de Gôg. Cette situation est déterminée en termes formels par la grande inscription du palais de Khorsabad, dite des Fastes, laquelle mentionne, entre la « Médie lointaine » et le pays d'Elhbi (le pays d'Ecbatane) (1), d'une part, les tribus de la Basse-Mésopotamie et de la Chaldée, de l’autre, « Raschi qui touche à ’Elam, qui est sur la rive du fleuve Tigre (2). » Et ceci est confirmé par le récit de la seconde guerre d’Asschour-bani-abal contre Oumman-aldasch, roi de ’Elam. Il y raconte, en effet, qu'en ouvrant la campagne, en venant d'Assyrie et avant de pénétrer dans le pays de Elam proprement dit, les trois premiers cantons dont il fit la conquête furent ceux de Bit-Imbi, Raschi et ‘Hamanou (3).
(1) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. 1, p. 39 et suiv.
(2) L.18: Ragi $a ite Elamti 8a a’h na'r Diqlat.
(3) .G. Smith, History of Assurbanipal, p. 218 et suiv. : ina $umane girriya ina qibit As$ur u Istar adki ummanya çir Umman-aldas $ar Elamti ustessera ’harranu. er Bit-Imbi Sa ina girriya ma’hre ak$udu eninna mat Rasi mat’Hamanu adi nagisu aksud. u $û Umman-aldas $sar Elamti kas$ad Rasi'Hamanui $me ma pulu'hti Aë$ur u Istar alikut a’hâi is’hupusü ma er Madaktu er Sarrutigu umasgir ma innabit ana Dur-undasi. « Dans ma huitième expédition, par le commandement d’Asschour et d’Ischtar je rassemblai mon armée ; contre Oumman-aldasch, roi de Élam, je dirigeai la route. Je pris de nouveau la ville de Bit-Imbi, que j'avais prise dans ma précédente expédition, aussi le pays de Raschi et le pays de ’Hamanou avec ses districts. Et lui, Oumman-aldasch, roi de ’Elam, apprit la conquête de Raschi et de ’Hamanou ; la terreur d’Asschour et d’Ischtar, qui marchaient à mes rôtés, l’entraina ; il abandonna Madaktou (Badaca : Diod. Sic., x1x, 19; Babytacé : Plin., Hist. nat., vi, 27 ; Steph. Byz., 8. v.), la ville de sa royauté, et il s'enfuit à Dour-oundaschi. »
Gôg, qui habite la terre de Mâgôg, étend donc son autorité directe sur Tôgarmäh, Toûbäl, Meschech et Rôsch, c'est-à-dire sur l'Arménie occidentale et la Cappadoce, et de là sur les montagnes qui bordent- le bassin commun de l'Euphraje et du Tigre jusqu'à frontière septentrionale de ‘Klam. De cette chaîne de positions, il domine naturellement la Médie, tient l'Assyrie sous sa térreur et lance ses bandes de pillards sur la Syrie, jusque dans la Palestine et à la frontière d'Égypte. Le texte de Ye’herdél doit être tenu ici pour ün document réellement historique, qui détermine l'étendue qu'eut momentanément l'empire des Seythes, dans le dernier quart du VII° siècle, La Médie n'y est pas éomprise nommément, et en effet il résulte du révit même d'Hérodote qu'elle ne fut que leur tributaire ou plutôt encore le théâtre de leurs ravages incessants, car 11 montre Cyaxare (Ouvakhsatara) continuant à y régner sous la suprématie de ces envahisseurs barbares.
L'inscription de Tôgarmäh, de Toûbäl et Meschech par le prophète au nombre des sujets de Gôg, c'est-àdire du chef des Scythes, s'accorde de la façon la plus frappante avec ce que Strabon (1) dit de ces derniers : « Les Saces firent des incursions analogues à celle des Cimmériens et des Tréres, le sunes plus lointaines, les autrés plus voisines. Car 1ls occupèrent la Bactriane, et une autre fois ils avaient acquis la meilleure terre de l'Arménie, à laquelle ils laissèrent le nom
(4) xx, p. 511.
de Sacasëne ; de à ils s'avancèrent jusque dans la Cappadoce, surtout dans la partie touchant à l'Euxin, qui s'appelle aujourd'hui Pontique. » Dans la suite de ea chapitre, en étudiant les peuples de Toübäl et de Meschech, nous verrons ces peuples, après avoir été trèapuissants jusqu'au milieu du VII sièele et avoir occupé la plus grande partie de la Cappadoce, disparaitre brusquement de la scène de l'histoire entre 650 et 600, et leurs débris être alors refoulés au nord, dans les montagnes voisines du Pont-Euxin, où les Grecs des âges classiques trouvèrent leura descendants, lea Tibaréniens et les Moschiens. Dès à présent, at d'après les faits que nous venons de constater, nous sommes en mesure de rapporter, résultat important pour l'histoire de l’Asie, la destruction de leur puissance et de leur empire cappadocien à l'invasion des Sycthes.
La douzième année de la captivité de Yehôvyächin (4), c'est-h-dire en 587-586, l'année même de la ruine de Yeroüschâlaîim par Nabou-koudourri-ouçour, Ye’hezqél parle de cette ruine de Toùbâl et de Meschech. C'est dans son chapitre xxxu, où, annonçant la catastrophe qui atteindra à son tour, par la main des Chaldéens, le pare’ôh d'Égypte, c'est-à-dire Oua'h-ab- Râ (l’Apriés des Grecs), il énumère les peuples d’incirconcis (‘arélim) qui ont péri par le glaive et auprès desquels les Égyptiens seront précipités. Les nations dent ïl y parle sont celles que la guerre a anéanties : depuis un demi-siècle. Ce sont ’Eläm (2), écrasé entre
(4) Ezech , xxx, 17.
(2) xxxnr, 24 et 25.
- 4 pa
460 es onicINes DE L'HISTOIRE.
660 et 640 par Asschour-bani-abal ; Asschoûr (4), que la coalition des Mèdes et des Babyloniens.a détruit vers 606; les Phéniciens (Cidôném) (2), tarit.de fois écrasés par les rois d'Assyrie, et dont Nibou-koudourriouçour poursuit l'abaissement après celni de Yehot: dâh; Édôm (5), châtié à son tour, avec M6âb et ‘Ame. mOn, du crime de la grande insurrectien de 589 codtre-: le monarque de Babylone ; les princes oints du.nord,: nesiché céphôn (4), c'est-à-dire de l'Arménie et de ‘la. Médie, abattus et foulés par les. Scythes. Toûhél ++: Meschech ont leur place dans. cette hste fanèbre ; ils. sont, eux aussi, dans le nombre des nations détruites.”
« Là (dans le sche6l) sont Meschech, Total a toute leur multitude, | et leurs sépuleres sont autour d'eux : ; tous ces incirconcis sont morts par l'épée, parce qu'ils répandaient la terreur dans le pays des vivants.
Ils ne sont pas couchés avec les héros, | ceux qui sont tombés d’entre les incirconcis ; ils sont descendus au scheôl avec leurs ar-
mes de guerre ; ils ont mis leurs épées sous leurs têtes, et leurs iniquités ont été sur leurs ossements ;
(4) xxx, 22 et 23.
(2) xxxrr, 30.
(3) xxxri, 29.
(4) xxx1r, 30.
car ils étaient la terreur des héros dans le pays des vivants (1). »
Mais ce n'est pas seulement l'étendue de la domination temporaire des Scythes que Ye’hezqél a empruntée à la réalité des invasions qui avaient eu lieu bien peu avant le moment où 1l prophétisait, pour la transporter dans son tableau apocalyptique de l'effort suprême des gentils contre la vérité religieuse. C'est aussi le nom même du chef de ce peuple. Ce n'a pas été l’une des révélations les moins surprenantes et les moins inattendues des documents cunéiformes, une fois qu'ils se sont ouverts aux recherches de la science, que celle qui a montré dans le Gôg du prophète un personnage historique. Il n’y a pas, en effet, — et c'est aussi l’avis de M. E. Schrader (2), — moyen de le méconnaïitre dans le Gägu bel er Sa’hi, « Gôg chef des Saces ou Scythes (3), » qui figure dans les récits des guerres d’Asschour-bani-abal. C'est à la suite de sa campagne contre A’hscheri, roide Manna en Arménie, que le monarque assyrien se heurta aux fils de Gôg.
La guerre contre Manna est racontée dans le cylindre À, col. 3,1. 43-82 (4), et avec plus de détails dans
(1) xxx, 26 et 27.
(2) Keilinschriften und Geschicktsforschung, p. 159. M. Friedrich (Wo lag das Paradies, p. 247) le reconnait également, mais en hésitant, à tort suivant moi, à identifier aux Scythes le peuple auquel préside Gâg.
(3) Comparez la forme perse ÇGaka, médo-élamite Sakka, de ce nom ethnique dont les Grecs ont fait Zœxac.
(4) Cuneif. inscr. of Vest. Asia, t. III, p. 19; G. Smith, History