‹ Les origines de l'histoireChapitre 16 sur 20 · III. — MÂnai · texte numérisé non relu

III. — MÂnai

Ici point de doute ni de discussion possible. Tous les interprètes de toutes les époques (1) reconnaissent dans Mâdaï le représentant du peuple des Mèdes. Et en effet les prophètes (2) et les livres historiques de la Rible (3), ainsi que les parties araméennes de certains de ces livres écrits sous la domination perse (4), emploient très-fréquemment ce nom de Médaï pour désigner la Médie, soit comme pays indépendant, soit comme province de l'empire des Achéménides (5).

(1) Si le Talmud de Babylone (Yoma, fol. 10 a) inscrit Magedônya à la place que Médai tient dans l’'énumération biblique, c’est parce qu'il a interverti son rang avec celui de Yavan, dont Magedôénya était le véritable correspondant : Grætz, dans le Monastsschrift de Frankel, 1853, p.19; Neubauer, Géogr. du Talmud, p. 422.

Le Targoùm des Chroniques traduit Mâdai par’ Hamadan, forme moderne, et encore aujourd'hui en usage, du nom de la capitale dela grande Médie, Hangmatäna en perse, Agmatana en médo-élamite, Agamatanu dans le texte babylonien de l'inscription de Behistoun (1. 60), Agamtanu dans un autre document cunéiforme babylonien (Transact. of the Soc. of Bibl. Archæology, t. VIL, p. 156, 1. 3), A'hmethä dans la Bible (Esr., vi, 2), Ayéarave et plus tard Eyéatava, Ex6éreva dans les transcriptions grecques.

() Is., xxi, 2; Jerem., xxv, %; Li, 11 et 98 ; Dan., vit, 20.

(3) II Reg. … XVI, 6 ; XVI, 11; Esth.. 1, 3, 14, 18et 19: X, 2.

(4) Esr., vi, 2.

() Müdai medintà : Dan., v, 28; vi, 13.

L’ethnique « “ède » est en hébreu Mädai (4) ou Mädy (2), en araméen Mädääh ou Mädeyä (3). Madai est aussi la forme constante du nom de la Médie et des Mèdes dans lesinscriptions cunéiformes assyriennes (4) et dans le texte babylonien des documents trilingues des Achéménides (5). Les Syriens, longtemps après, gardaient la forme Madya pour le nom de la Médie et Madoyô pour l'ethnique « Mède » (6), tandis que les Arméniens ont altéré ce terme géographique en Markh (7), altération qui s'était déjà produite plusieurs siècles avant l'aurore de la littérature arménienne que nous possédons, car il est très-probable qu'elle a fourni le point de départ du rapprochement que Salluste (8) établit entre Mauri et Medi. C'est au type arménien Markh que se rattache la forme du nom de Mäh ou Mähât, qui dans les légendes de la Perse musulmane conserve les derniers vestiges du souvenir du peuple des Mèdes, et que les versions arabes de la Bible emploient pour traduire Médai (9).

(1) Zs., xir1, 47; xx, 2; Dan., 1x, 1.

(2) Dan., xi, 1.

(3) Dan., vi, À, qeri et chethib.

(4) Norris, Assyrian dictionary, p. 745; Finzi, Richerche per lo studio dell’ antichità assira, p. 30% et suiv.; E. Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 11 ; Friedr. Delitzsch, Wo lag das Paradies, p. 2417.

(5) Behistoun, 1. 44, 16, 23, et passim ; Naqsch-i-Roustam, 1. 11.

(6) Assemani, Biblioth. orient., t. 1L, p. 362.

(7) Mos. Khoren., 1, 20, 23 et 98 ; 1, 43; Geogr., 15 et 87 ; voy. P. de Lagarde, Gesamm. Abhandl., p. 68.

(8) Bell. Jurgurth., 21.

(9) Voy. J. D. Michaëlis, Spicil. geogr. Hebr. exter., I, p. 37 et SUIv. °

La forme pérse originale du nom de la Média et dés Môdes est Médu {1), la formé médo-élamits Male (0): C'est de là que les Grecs ont Mit anus et jkisytrane chiptons qui chez ‘eut n'ont jamiqis varié Deer

- Le caractère urgen du peuple ded Mèdus prépees et un fait admis de tous les. savdnts, ot Qui rupdsé sui les preuves les plus solides (3). Hébodote (6) dit fontel: lement que les Mâdes s’appelaient edtihèmes Amoi, dl les écrivains arrsénieus leur donnent ls qualification - de Arik (5): Ms n'appartéhsient pas smblenEpt à H

ep aryennb1 dans cette race ils sv réttauisient 44 tétieau itdnien dt présentaient avec les: Purseg des. dffinités ethniques twllement étrdités qu'on de qu nait dütter qu’à l'éfigihe Îls. aiené feoéné gonléthbtit ” deux tHbuë d'une méme nation. Strabon (6) dil, d'après Néarque, bien à portée d’être exactement reriseigné sur ce sujet, que les langages des Mèdes, dés Perses et des Carmaniens étaient identiques. Et ceci est confirmé par tous les noms prapres de Mèdes des hautes classes, conservés soit dans les inscriptions cunéiformes dés Achéménides; soit dans

(1) C'est un des nos les plus multipliës dans les inseriptions trilingues des Achéménides,

(2, Oppert, Le peuple et la langue des Mèdes, p. 19 ët 979.

(3) Voy. entre autres H. Rawlinson, Memoir on the persian cu- * mbiform inscriptions, dans le Jüulkial of the Royal Asiatic Society, t. X, 3e part., p. 22; (. Rawlinson, p. 401 etsuiv. du tonte Ier de sa traduction antillaise d Hérodote.

(4) vu, 67,

(5) Mos. Khoren., 1, 28; voy. E. Quatremère, Histoire des Mongols,t. I, p. 241, noto 76.

(6) xv, p. 727.

les historiens classiques, lesquels appartiennent sans exception à l'idiome perse le plus pur (1). Cette parenté de race, d'origine et de langue explique la facilité avec laquelle les Mèdes, ceux du moins de la classe aristocratique et militaire, — car il y eut au contraire entre les deux peuples une divergence et presque un antagonisme au point de vue religieux, dont l'existence est incontestable, bien qu'on varie d'opinions sur sa

(4) Oppert, Les inscriptions des Achéménides, p. 103 et suivantes.

Cet illustre savant n'adinet plus aujourd'hui le fait en question comme incontestable que pour l'époque des Achéménides, dont il considère l'avènement comme ayant produit en Médie une véritable révolution intérieure, qui y assuüra là prépondèränce définitive à l'élément aryen. Mais il croit que les rois de la dynastie médique détrônée par Kourous appartenaient, au contraire, à l'élément nonaryen de la population de la Médie, et il suppose que, si Hérodote et Ctésias donnerit deux listes absolument différentes de ces rois, c’est quele premier les reproduit sous leur forme originale réelle, empruntéé à l’idiomé que noûs appelons médo-élamiie et seulement quelque peu aryanisés d'aspect, tandis que le second les enregistre tels qu'on les traduisait en perse (Le peuple et la langue des Perses, p. 17-26). Je ne saurais ici entrer dans les développements que réclamerait la discussion de cette théorie, présentée par M. Oppert avec une science profonde et les arguments les plus ingénieux; il faut réserver ceci pour un autre endroit, pour le volume de la nouvelle édition demon Histoire ancienne de l'Orient, où je traiterai de l’histoire des Mèdes. Mais je dois du moins dire que, malgré tout ce qu'ils ont de savant et de séduisant, les arguments de M. Oppert ne m'ont point convaincu. Je crois devoir maintenir, au sujet de la divergence deslistes royales d’Hérodote et de Ctésiäs, l'explication, plus simple et plus vraisemblable à mon avis, que j'ai développée dans la premiète de mes Lettres assyriologiques : Sur la monarchie des Mèdes, son origine et ses rois, savoir que les deux listes représentent les séries des rois de deux dynasties différentes et en partie contemporaines, dont on peut déterminer la patrie, et que dans toutes les deux les noms sont purement iraniens.

nature, — fusionnèrent avec les. Perses après. la con. quête de Kourous et furent admis sur le même. pied qu'eux dans les plus hautes fonctions de l'empire, d'où étaient exclus les autres étrangers (1). Ele,ne ressort pas moins de l'identité de costume entre. les Me. des et les Perses, signalée par. Hérodote (2):...de.. la formule officielle, plusieurs fois. répétée dans, le livre de Dâniél (3), « conformément aux lois des Mèdes.et des Perses ; » du rang d'honneur attribué à 1 Médie . en tête de la liste des provinces de l'empire dans tous les documents d’un caractère officiel (4). Non moins significative est la façon dont Därayavous, fils de Vistâçpa, conserve dans la version médo-élamite de ses inscriptions officielles, bien. que l'idiome.n'en soit plus aryen, la phrase où il se dit « Perse fils de Perse, Aryen de race aryenne, » dans le texte persique Pérça Pärçahyä puthra, Ariya Ariya &ithra, dans le médo-élamite Parsar Parsar sakri, Harriya Harriya cissa (5). En effet, dans la version babylonienne, il se borne à se qualifier de Parsai abal Parsai, sans ajouter la mention de son caractère de race d’Aryen. La mention que le roi appartenait à cette race des Aryas avait donc une importance capitale au point de vue politique dans la Médie comme dans la Perse ;

(4) Voy. G. Rawlinson, p. 502, note 7, du tome I+ de sa traduction d'Hérodote.

(2) 1, 135; vit, 62.

(3) vi, 8, 12 et 15.

(4) Herodot., vi, 82 ; Inscr. de Behistoun, Oppert, p.24; Inscr. de Nagsch-i-Roustam, Oppert, p. 248.

(5) Voy. Oppert, Le peuple èt la lanque:des Mères, p. 13.

c'était dans ces deux contrées l'affirmation d’un droit à la couronne. On l’omettait, au contraire, dans la rédaction des actes officiels qui s’adressait aux Babyloniens, parce qu'à Babylone, comme en Égypte, le souverain achéménide faisait tout pour se présenter comme un roi national, successeur des anciens princes indigènes et héritier de leurs titres de légitimité (1). Ainsi se justifie dans une certaine mesure l'emploi que les Grecs ont fait des expressions de « Mèdes, médisme, guerre médiques, x» en parlant des attaques de la monarchie perse contre leur indépendance (2).

Mais d’un autre côté l'existence d’un fond de population non-aryenne ou touranienne (3) en Médie, y formant la majorité des habitants, ne peut pas davantage être révoquée en doute. La constatation du caractère linguistique de l'idiome dans lequel est con-. çue la seconde rédaction de toutes les inscriptions officielles des monarques achéménides, résultat dé-

(1) De là les histoires de harem inventées pour prouver aux Égyptiens que Kambouziya (Cambyse) était le petit-fils de Ouah-ab-Râ (Herodot., 117, 2), et par conséquent le véritable et légitime successeur de la xxvie dynastie, venu châtier l’usurpation de Aah-mès et de sa famille.

(2) Herodot., 1, 163; 1v, 165 et 197; vi, 64; Thucyd., 1, 14, 18, 93; Æschyl., Pers., v. 787; Aristoph., Lysistrat.. v. 615; Thesmophor., v. 316 ; Pux, v. 108. |

(83) En entendant ce terme dans le sens spécial où je l’emploie, faute d'un autre meilleur, pour désigner un certain groupe bien déterminé de populations dans l’Asie antique; je me suis expliqué, à cet égard, d'une façon que je crois suffisamment nette pour qu’on ne travestisse pas l’usage que je fais de ce mot, dans mon Histoire ancienne de l'Orient, % édition, t. I, p. 363-367.

CAS "1e ocnichééN ph ERMROMET sormais certain dés reécherthes de Westetgéai A); dé Saulcy (2); de Noftis (3) ét de Mordttat {3}; æ . surtout des traviux plus vévetits, BIEN phis #40 et plus mméthodigées, de M. Obpert (5); Aa FUTUR ment itfirmié les érgüthehts déchhifs, tés smtot 0 la plués purtictilièrefént Rôhorabté déntide ‘hd HN … de éet idigtne, Iimmétliatémént hprès 16 tekte” pars ut avant le texte assÿo-babÿléhnien, qtl deu Res pra

mères études sur es hiünifiierits aviit M tefaräët

l'idiome en qüestiôn comité éelut dé M'Médié: Mais - cé n'était pas l'idiôtiie dé l'aristoëratle : ‘atyeñtie, dent :.le langage était identique à celui des Perses; “et #1 : quelle par eonsétjuent lé tékté pèbie S'adéresshit titi bien qu'aux descendüfits des tompagtions de Küurudi ce hé pôtivalt être qué celui du peuplé sotimis À tétté

aristocratie.

Pour quiconque étudie comparätivement les trois

(1) Zur Entzifferung der Achæmenidischen Keilschrift zweiter Gattung, dans le tome VI de la Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes ; On the deciphering of the second Achæmenian or Median species of arrowheaded writing, dins les Mémoires de ln Société des Antiquairés du Nord, 185.

Voy: aussi Hincks, On the first and second kinds of Persepolitun writing, dans les Transactions of the Royal Frish Academy, t. XXI, {re partie.

(3) Recherches analytiques sur les inscriptions du systètie médique, Paris, 1850, extrait du Journal asiatique.

(3) Mémoir on the scythic version of the Behiètun ge at datis le Journal of the Royal Asiatic Society, Àre série, t. AV, ré partie (1853). |

(4) Ueber die Keilinschriften zweiter Gattiñÿ, däris les tomes XVI et XXIV de la Zeitschrift der Deutschen morgenlændischen Gesellschaft.

(5) Le peuple et la lantue des Mèdes, Paris, 1879.

LE TABLEAU ETHNOGRAPHIQUE DÈ LA GENÈSE. 283 rédactioris sticcessives de la grande inseription de Behistoun, il ne saurait être douteux que la langue de la seconde rédaction n'ait été la langue même du pays où l'iscriptioti à été gravée, celle que l'on parlait généralement dans le canton de la Médie auquel le tiüht Bagistätt avait donné son nom. Le sculpteur a pris, éni effët, pour le texte de la secoride rédaction des soins béaucoup plus grands que pour les deux autres, parce que c'était celui que le peuple devait lire. Il à apporté à sä correction une attention spéciale, et daris ün endroit il a effacé, puis gravé à noüveau tout ufi passage fautif, ce qu'il ne s'est donné la peine de faire ni pour le texte perse, n1 pour le texte babylonieñ (1).

Dans telte version seule nous voÿohs ajoütées aux expressions, fidëlément traduites, du texte protatyp en lañgué perse quelques explications destinées à ééläiref le lectetit (2), explications que ne présente pas la version babÿlotiienne, la moins soigriéc de toutes, parce qu'élle ñëé s'adressait pas âhx habitants du pays et ne figurait là qu'en vertu d'un acte officiel. Telle est, entre autres, la curieuse glose jointe dans plusieurs passages (5) au nom d'Aliouramazda, Ora-

(1) Voy. G. Rawlinson, p. 499, note 8, du tome Ier de sa träduetion d'Hérodote.

(@j J'ai déjà signalé cet ordre de preuves;et celles qui se tirent de 1x ihañière dont sont présentés certains noms delicux, dans ines Bettres ussyriolorniques, t. 1, p. 14 et suiv. M. Oppert y cest revehu depuis, avec l’auturité qui caractérise tout ce qui sort de sa pluine : Le pruple et la langue des Mèdes, p. 12 et suiv.

(3) Col. 3,1. 77 et 79.

masda annap Harriyanam (1), « Ahouramazda, le dieu des Aryens (2). »

Dans les passages où il est question de la ville de Rhagæ de Médie (3), le perse dit Ragé nâmé dahyus Mädaiy, « Rhagæ, contrée ainsi nommée en Médie, » et le babylonien traduit exactement mat Ragé Sumiu Madai. La seconde version, au contraire, met puremet et simplement Rakkan (4), le nom étant trop connu pour ceux à qui cette version s'adressait pour avoir besoin de commentaires, preuye décisive que c'étaient des Mèdes. Il était nécessaire d'expliquer aux Perses et aux Babyloniens ce qu'était Rhagæ ; pour les Mèdes seuls c'était une ville de leur pays assez fameuse pour qu'il suffit dela nommer, ce que les autres textes ne font que pour Babylone, Pasargardes (Paisiyäuvédä), Ecbatane (Hangmatäna) et Arbèles en Assyrie, les capitales des trois divisions principales de l'empire auxquelles correspondait la distinction des langues officielles et une ville sainte dont la renommée religieuse était universelle dans l'Asie antérieure (5). Ajou-

(1) Dans ces citations des textes médo-élamites je suis la méthode de transcription de M. Oppert.

(2) « Ce qu’il y a de frappant dans cette formule, remarque avec raison M. Oppert, c’est l'emploi du génitif pluriel perse, Ariyanam transcrit Harriyanam, au lieu du médique Harriaypinna. »

(3) Table IL, $ 13, et table III, $ 1 du texte perse.

(&) Table II, 1. 54 et 73 du texte médo-élamite.

(5) Pour les Assyro-Babyloniens on avait moins besoin que pour personne autre de préciser la situation d’Arbèles. Quant aux Mèdes, ils avaient dû prendre l'habitude, sous leurs derniers rois, de considérer cette ville comme de leur pays, auquel, après la ruine de Ninive, avait été annexée toute la portionde l’Assyrie située sur la rive gauche du Tigre (Xenoph., Anabas., 11; 47; voy. Lett. assyr.; t. I, p. 90).

tons, avec M. Oppert (4), que la ville de Rhagæ n'est pas désignée dans le texte du second système, coinme dans le babylonien, par la pure et simple transcription de son nom perse ou, pour nous servir du terme même employé par les rédacteurs de la chancellerie des Achéménides, aryen (2), Rag, mais par une forme spéciale, Rakkan, munie d'une désinence propre à l'idiome de ce texte. C'était donc une ville qui avait un nom spécial dans le pays où l'on parlait l’idiome en question, qui par conséquent y appartenait ou en était limitrophe (3).

(1) Le peuple et la langue des Mèdes, p. 13.

(2) C’est là le terme consacré, du moins en médo-élamite. La tablette supplémentaire de l'inscription de Behistoun, qui ne subsiste plus que dans la rédaction du second système, et où M. Oppert a cru trouver une mention de l’Avesta (Journal asiatique, 6° série, t. XIX, p. 29 et suiv.; Le peuple et la langue des Mèdes, p. 186 et 192; voy. les objections très-sérieuses de Msr.C. de Harlez, Avesta, 2e édit., p. 1x et coxu, et celles de M. J. Darmesteter, Zend- Avesta, t. I, p. Lit), parle de documents rédigés en langue aryenne. Pour ma part, je crois qu’il ne s'agit pas de livres, comme le pense mon illustre maitre et ami, mais de l'inscription elle-même, formée d'une série de tables juxtaposées (ce qu’indique le collectif dippimas) et de sa rédaction première'en perse. Je traduis: dippimas daiyéikki hutta harriyava appo sassa inné ginri.. kutta riluik kutlau tippapêpraka. vasné dippimas gittinni daiyaos varrità hativa u vaggiya dassumunpê çcapis. « J’ai fait l'inscription d’autre part en langue aryenne, telle qu’il n’en existait pas antérieurement . . . . et elle fut écrite, et je la distribuai; puis j’envoyai l’inscription ci-dessous (le texte de l’inscription) dans tous les pays, et les peuples en eurent connaissance. » Quoi qu’il en soit de cette divergence d'interprétation d’un passage très-difficile, il reste en tous cas un fait certain : c’est que dans l’idiome de la seconde rédaction des documents officiels des Achéménides on appelait harriya, « aryen », la langue perse. Ce n’était donc pas pour le peuple mède seulement le parler des Perses, mais aussi celui de l'élément aryen de leur nation, de celui qui, d’après Hérodote, s’intitulait lui-même Aptoe.

(3) L’idiome de la seconde rédaction des inscriptions des Achémé-

Encore dans un autre endroit, quand il s’agit du canton d'Aoutivärà, sur la frontière de l'Arménie et de la Médie, le texte perse (1) dit Autiyérd nâéméä dahyäus Arminaiy, et le texte de la seconde rédaetion (2) seulement batin Haotiyarus hisé, x le eanton nommé Aoutiyrà, » sans se croire obligé à en déterminer la position, considérée comme sue de tous les lecteurs. |

Ajoutons à ceci que dans deux localités de l'ancienne Médie, à Khillik, au sud du lac d'Ouroumiah, ét dans le défilé de Keleschin, les voyageurs ont signalé des inscriptions unilingues, tracées avec les caractères et dans la langue de la seconde versjon des textes trilingues des Achéménides (3).

Toutes ces preuves, dont je ne crois pas m'exagérer la force, me semblent établir que c’est bien, comme le soutient aussi M. Oppert, à une partic de la population de la Médie, à son vicux fond non-aryen auquel s'était superposée une aristocratie iranienne, qu'appartenait en propre cette langue agglutinative, dont le mécanisme se rapproche d'une façon si remarquable de celni des idiomes altaïques, et en particulier des idiomes turcs. Dans l'usage officiel de la chancellerie des Achéméni-

nides ajoute aussi la désinence an aux noms de l’Assyrie, Assuran, et de la Perse, Parsan, deux pays limitrophes de la Médie, et pour lesquels ilest tout naturel que des appellations ayant revêtu une forme indigène aient été adoptées dans la bouche des Mèdes nonaryens.

(1) Table IT, S 11.

(@) Table IT, 1. 45.

(3) Spiegel, Erän, p. 34.

des, elle représentait la tradition de l'empire médique ; de à la place d'honneur qu'on lui donne avant le babylonien, suivi à son tour de l’égyptien dans les inscripuons quadrilingues. J'écarte done absolument pour la désigner le nom de soythique, proposé par Norris et que rien ne justifie. J'écarte atissi celui d'élamile, mis en avañt par Mordmann et par M. Sayce, .tar il me paraît encore inexact (4). Sans doute M. Bayce a eu parfaitement raison d'insister, dans un savant et ingénieux mémoire (2), sur l'étroite parenté de l’idiome de là seconde rédaction des textes des Achéménides avec celui des inscriptions de Suse (3), et encore plus avec le dialecte spécial des inscriptions de Mal- Amir(4), dans le pays des Amardes (5). Mais cette parenté ne va pas jusqu'à l’identité. Il y a des différences bien caractérisées entre les différents langages qui se

(1) C’est ce que montre par de très-solides raisons M. Oppert : Le peuple et la langue des Mèdes, p. 15 et suiv.

@) The languages of the cunaeiform inscriptions of Elam and Media, dans les Transactions of the Society of Biblical Archæology, t. IT, p. 465-485.

(3) Toutes les inscriptions susiennes jusqu’à présent connues ont été publiées, en majeure partie d’après les copies de Loftus, dans ‘ mon Choix de textes cunéiformes inédits, 2° fascicule, nes 31-B5- Avec une des inscriptions de Mal-Amir, elles ont été, de la part de M. Oppert, l’objet d’une étude capitale : Lesinscriptions en langue susienne, essai d'interprétation, publié dâns le Gongrès international des Orientalistes, Compte-rendu de lapremière session, Paris, 1873, t. II, p. 179-216.

(4) Layard, Inscriptions in the cuneiform character, pl. 31 et 32, 36 et 37.

(5) Hapirti des textes médo-élamites. Aipir des inscriptions de Mal-Amir, Apharsäê de Ezr., 1v, 9 (voy. Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 65) Auéphor ou Mapèo de Straboti (x, p. 361) et d’Arrien (Indic., 40),

rapprochent ainsi d'eux-mêmes, et le susien ou élamite, ainsi. que l’amardien, doivent être tenus pour des idiomes spéciaux, distincts de celui qui, dans les usages de la chancellerie des rois de Perse, représentait le parler de la majorité du peuple des Nèdes (1). Il me paraît donc que pour ce dernier on ne peut hésiter qu'entre les trois désignations de : médique, qu'adopte MN. Oppert, mais qui, à mes yeux, offre l'imconvénient de trancher, dans un sens que je crois inexact, la question (2) de savoir auquel des deux éléments ethniques de la population de la Médie appartenait ‘ proprement et originairement le nom de Mèdes: prôto-médique, proposé par M. Maury et que j'ai long- . temps employé, qui-est parfaitement acceptable, bien qu'ayant une forme qui se rapproche des allures de la nomenclature chimique plutôt que de celles qui sont habituelles dans la nomenclature linguistique ; enfin médo-élamite, que je préférerais aujourd’hui y substituer, comme exprimant à la fois le caractère médique de la langue et son affinité avec celles des peuples du "Élâm.

L'existence de deux éléments divers de race et de langage, l’un aryen et l’autre touranien, dans la population de la Médie à l’époque des Achéménides, et évidemment aussi dans la période antérieure, leur si-

(1) Voy. ce que j'ai déjà dit de cette distinction: Die Magie und Walrsagekunst der Chaldæer, p. 364-372; Histoire ancienne de l'Orient, 9% édit., t. I, p. 363 et suiv.

(2) Nous l’examinerons un peu plus loin.

tuation réciproque et leur proportion sur l’ensemble des habitants du pays, ressortent, du reste, de la façon la plus formelle d'un important et célèbre passage d'Hérodote (1). Il dit en effet que les Mèdes se divisaient en Six yéve, les Buses, les Parétacéniens, les Struchates, les Arizantes, les Budiens et les Mages. A part les napnræmvoi Où nomades, perse paratlakä (2), qui habitaient un canton distinct, signalé par tous les géographes classiques (3) et situé le long des frontières de la Perse, où ils vivaient encore au temps de Strabon d’une vie errante, redoutés de leurs voisins pour leurs brigandages, ces noms ne correspondent à aucune division ethnique connue d’autres auteurs. Nous y voyons figurer les Mages, qui ne constituaient par une peuplade particulière, mais — nous le savons pas l'accord unanime des témoignages — étaient répandus dans toute la Médie à l'état de caste sacerdotale. Il faut donc en conclure que les yévex d'Hérodote ne sont pas des tribus ou des peuplades ayant chacune son district, comme les tribus qu'il signale plus loin (4) chez les Perses, mais des classes de la population, presque des castes, et que le mot de tribu ne peut s’y appliquer qu'avec son sens grec ou romain,

(2) Ils figurent déjà, sous le nom de Partakka ou Partukka, comme vaincus par les Assyriens, dans le prisme d’Asschour-a’hiddina, col. 4, 1. 19 et 20: Cuneif. inscr. of West. Asia, t. I, pl. 46; voy. Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 66 et suiv.

(5) Strab., x1, p. 5%2 et 524; Diod. Sic., xix, 34; Arrian., E’xped. Alex., li, 19 : Plin., Hist. nat., vi, 26 et 91; Ptol., vi, 4, 3; Steph.

Byz., v. Napairent.

indiquant les divisions des habitants d'une même cité.

. Les noms rapportés par Hérodote appartiennent à la langue perse ; la forme n'en est aucunement altérée, et ilest facile de reconnaître, comme l'a déjà fait

M. Oppert (4), que ces appellations caractérisent l'onigine ou la manière de vivre de chaque 4e :

Bovkal — « autochthones, » perse büzé, sanscrit bhug'é ; nomades, » perse paraitaké ; habitant des tentes, » perse, Catrauvatts, sanscrit éatravat ;

ZTposyars —

pavot —— « de la race des Aryas, » perse aryiazantu, sanscrit éryag'antu ; Boÿdtoe — « tenanciers du sol, » perse büdiyä;

Méyor — « saints, sacrés, » perse magus, à comparcr au védique maghé (2).

(4) Études assyriennes, Inscriptions de Borsippa, p. 174; voy. Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. 1, p. 16; F. Justi, Geschichte des alten lPersiens, p. 2.

(2) Le zend mageus est employé avec ce sens dans Yaçna, Lim (ur), 7; voy. J. Darmesteter, The Zend-Avesta, t. I, p. Lt. C’est là, me semble-t-il, la meilleure étymologie du nom de la tribu sacerdotale des Mages, celle qui se concilie le mieux avec Île dire des Grecs que péyos signifiait en même temps «prêtre » et « dieu » (Apollon. Tyan., Epist. XVII).

Cependant il faudrait adopter une autre étymologie du mot perse magus et son explication par le sens de « grand, » si l’on admettait, avec Westergaard (dans sa préface au Zend-Avesta, p. 47), Mor C. de Harlez (Avesta, 2° édit.,p. cxct) et M. J. Darmesteter (The Zend- Avesta, t. 1, p. Li}, que le môghu de Yagna, Lxiv, 25, désigne un Mage comme membre du sacerdoce, ce qui est encore douteux et que n’admettent pas tous les commentateurs (vo. M. Dancker, Geschichte des Alterthums, 4 édit., t. IV, p. 142). Quant au magavan

Puisqu'une des classes de la population, un des 4e d'Hérodote, s'intitulait spécialement, et pour se distin-

de Yaçna, L, 15, qu'on en a aussi quelquefois rapproché, il n’a rien à voir ici (voy. Spiegel, Avesta, t. II, p. 168).

. En tous cas, il ne me parait pas sérieusement contestable, bien que M. Spiegel conserve des doutes à cet égard (Erân. Alterthumsk., t. II, p. 686), que le. nom de magus ne soit purement iranien et que les Mages n’aient constitué une des tribus aryennes de la population de la Médie, non une tribu scythique ou touranienne, comme le voudrait la théorie mise en avant par sir Henry Rawlinson et adoptée par presque tous les savants de l’école anglaise. Il est vrai que Fox Talbot (Journ. of the Royal Asiatic Society, nouv. sér., t. LV, p. 4, n° 148) et M. E. Schrader (Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 274) ont proposé de faire dériver le nom des Mages de la Médie du titre sacerdotal babylonien emga. Comme quelques uns avaient cru pouvoir attribuer à ce titre de emga une origine suméro-accadienne, l'opinion développée par M. E. Schrader, et que M. Spiegel (Erân. Alterthumsk., t. IT, p.585) ne repousse pas absolument, s’est greffée sur la théorie scythique ou touranienne, et certains en sont venus à considérer le nom de magus comme emprunté à un terme emga, qui aurait été commun aux idiomes de La population antisémitique de la Chaldée et de la population antéaryenne de la Médie., C'est dans ces termes que M.F. Justi a récemment adopté l'étymologie en question (Geschichte des alten Persiens, p. 68). M. von Gustchmid (Neue Beîtræge zur Geschichte des alten Orients, p. 112) et M. James Darmesteter (Revue critique, 33 février 1880, p. 450 et suiv.) ont déjà combattu une semblable opinion, et je me range entièrement à leur avis, mais par d'autres raisons, empruntées aux études assyriologiques.

L'existence du titre sacerdotal babylonien emga est incontestable. Nous le voyons porté par Nabou-koudourri-ouçour dans l'inscription de Borsippa, col. 1, 1. 4 (Cuneif. inscr. of West. Asia, t. I, pl. 51, n° 1) et à la 1. 41 de la colonne 1 du eylindre à deux colonnes trouvé à Babylone et conservé au Musée Britannique (Cuneif.inser.of West. Asia, t. I, pl. 52, n° 8); le père &u roi Nabou-na’duu est qualifié de rubu emga (Cuneif. inscr. of West. Asia, t. I, pl. 68, n° 2, 1. 3; n° 3, 1. 6; n°4, 1. 3). Ce dernier titre doit être, sans aucun doute possible, assimilé au rab-müg babylonien de Jerem., xxx1x, 3. Lt c'est aussi l'existence, à Babylone ‘et en Chalkée, de prétres ou de docteurs qualifiés de ernga qui explique la mention, chez un certainnombre d'écrivains classiques, de Mages babylomiens, tantôt &s.

guer des autres, « race des Aryas, » il est évident que c'est que le reste de la population n'était pas de cette

tingués des Chaldéens, tantôt leur étant assimilés (Plat., 1 À lcibiad., 87; Justin., 1, 14; Diogen. Laërt., 1, 8; Plin., Hist. nat., xxx, 9; xxxvu, #9; Apul., Florid., u,5 ; Tatian., Orat. ad Graec. 1; Suid., v, Mayun et Zupoaotpnç; Constit. Apostolic., 14, 26; Clem. Alex, Stromat., v, p. 598, ed. Potter; Arnob., Adv. gent., 1, 52; voy. Spiegel, Erdn. À lterthumsk., t. LIL, p. 590). Mais, quoi qu'en disent pour en tirer des conclusions différentes M. von Gutschmid (loc. cit.) et M. Spiegel (Erân. Alterthumsk., t. IL p. 589), rien n'autorise à

établir un lien quelconque entre le emga de la Chaldée et le magus

de la Médie, à voir dans les uns la copie des autres. Il n'ya en réalité de commun entre eux qu’une certaine assonance, encore assez éloignée, de leurs noms, qui a conduit les Grecs à les transcrire de la même manière.

Du reste, le mot emga lui-même n’est aucunement scythique ou touranien. Il est absolument étranger à la langue médo-élamite, dont les textes empruntent purement et simplement pour rendre l'idée ds « Mage, » la forme perse magus (Oppert, Le peuple et la langue des Mèdes, p. 272), preuve décisive de l’origine aryenne de ce nom. Il est même aujourd’hui linguistiquement impossible, avec le progrès des études, de voir encore dans le babylonien emga unterme suméro-accadien. Si j'ai eu le tort de l’admettre (La larigue primitive de la Chaldée, p.367), après Fox Talbot (Journ. of the R. Asiat., Society, nouv. sér., t. IV, p. 4) et Norris (Assyr. diction., p. 156et 743), c’est quela vraie lecture suméro-accadienne de l’idéogramme JM dans le sens de « gloire, majesté, crainte, respect, » étaitignorée. On pensait qu’elle était im, ce qui eût donné la dérivation d’un adjectif imga. Mais il est maintenant établi de la manière la plus formelle par Syllab. AA n° 51, p. 50, qu’elle était n2 (voy. Fr. Lenormant, Les Syllabaires cunéiformes, édition critique, p. 45 et suiv.). L’adjectif « glorieux, vénéré, 1najestueux, » qu’on en formerait par le suffixe de dérivation ga (formation dont je maintiens toujours l'existence déniée par M. Friedrich Delitzsch et ses disciples, entre autres M. Paul Haupt; voy. mes Études cunéiformes, IL, p. 64 et suiv.), serait donc niga, qui n’a plus aucun rapport avec le emga qn’on n’a encore jusqu'ici rencontré que dans des textes en langue assyrienne sémitique.

Ce dernier mot a sa lecture assurée de la façon la plus formelle par la variante orthographique e-im-ga. Elle le caractérise comme un mot sémitique ayantun Y pour articulation initiale. Il n’y a donc pas à douter quece ne soit une forme dialectique, tenant:à

race ; et l'existence d'une race différente, plus anciennement en possession du sol, et qui y était restée attachée, n'est pas moins spécialement indiquée par le nom spécial d' « autochthones, » donné à une autre classe. Ainsi, l'étude de la nomenclature des yéèa médiques chez Hérodote vient encore confirmer ce que nous avons cru voir ressortir des considérations précédentes.

Il me parait difficile d'admettre que les Aryas, devenus les dominateurs de la contrée, aient pu donner le nom particulier de « saints, » de « divins » ou de «grand » à une tribu qui n'aurait pas appartenu à la race conquérante. Dès lors 1l me semble que l’on discerne clairement la division ethnique des classes ou yéex signalés par Hérodote dans la nation mède. D'abord deux tribus aryennes et dominantes, l’une guerrière et l'autre sacerdotale, Ariyazantu et Magus ; puis, audessous de celles-ci, quatre tribus soumises, apparte-

la prononciation spéciale de Babylone, pour emqu, « savant, docteur, » de la racine POY, ainsi que l’avaient d’abord admis M. Oppert (Études ussyriennes, Inscription de Borsippa, p. 28), moimême (Journ. asiatique, 6° série, t. XV, p. 342), M. E. Schrader (Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 275), et que M. Stan. Guyard l’a de nouveau démontré tout récemment (Revue critique, 22 mars 1880, p. 241). On objecte, il est vrai, l’irrégularité, au point de vue de la grammaire assyrienne, de la désinence emga au lieu de emgu au nominatif. Mais les irrégularités de ce genre, dans les désinences des noms, ne sont pas rares dans les textes habyloniens du temps de Nabou-koudourri-ouçour, époque où la langue était déjà fort corrompue. Quand ce roi, comme appartenant à la caste sacerdotale des Chaldéens, s'intitule mudä emga, « savant docteur » (Inscr. de Borsippa, col. 1, 1..4), on observe dans le participe mudä, pour muudü, la même irrégularité que dans emga pour emgu.

DS

494 LES ORICINES DE L'MSTOIRE.

nant à la vieille race du pays antérieure à la conquête, c'est-à-dire touranienne, constituant Île fond de la population rurale et divisées en deux groupes, les agriculteurs sédentaires, Buzé et Büdiyä, et lés nomades pasteurs, Paraitaké et Catrœuvatis.

Cette dernière distinction des elasses rarales en nomades et sédentaires est encore indiquée per une phrase importante de l'inscription de Behistoun. On y lit dans le texte perse (1) : Kéra Méda hya {usthälpotiy Gha ; dans le médo-élamite (2) : dassumun Madapi appo ummanni ; enfin dans le babylenien (5) : gum $a Madai mala ina biti, trois phrases exactement correspondantes et qui veulent dire toutes trois : « le peuple mède qui habite des maisons. » On ne earactérise dans une nation ceux qui habitent des maisons que lorsqu'une partie de la même nation est à l'état nomade, vivant sous des tentes. La division de la nation en nobles, laboureurs et pasteurs est indiquée également chez les Perses par Hérodote (4).

Remarquons en outre que si le doute n’est pas possible sur l’origine touranienne des deux tribus de

pasteurs et d'une de celle des agriculteurs, les « au- tochthones » proprement dits, on pourrait admettre avec une certaine vraisemblance qu’une partie des agriculteurs appartenait au sang aryen ; ce seraient lesBoië ou Büdiyä, auxquels on attribuerait une sem-

(1) Table IE, $ 5. .

(2) Table II, 1. 41.

blable origine. Dans ce cas, la nation aryenne qui se superposa aux plus-antiques habitants de la Médie aurait été déjà elle-même divisée, avant son invasion, en les trois classes d'hommes que reconnaissent les livres attribués à Zarathoustra, prêtres, guerriers et agriculteurs (1). Ces trois classes furent représentées par la légende comme issues de Zarathoustra en personne (2), et lui-même est dit avoir été le premier prêtre, le premier guerrier et le premier cultivateur (3). Il est remarquable que Vendidäd, 1, 60, appelle Ragha, la Rhagæ des écrivains classiques, qui fut pendant longtemps, nous le montrerons tout à l'heure, le foyer et le lieu de station des Mèdes aryens avant qu'ils n'envahissent la Grande-Médie, à la fin du IX° siècle avant l'ère chrétienne, — qu'il appelle, dis-je, cette ville « Ragha aux trois tribus, » expression où la tradition parsie a toujours vu, et avec toute raison, une allusion aux trois classes de da société: iranienne antique (4).

Si cette conjecture était adoptée, on trouverait dahs l'énumération d’Hérodote trois yéex aryens et trois touraniens, et il aurait groupé ensemble ceux de chaque origine, en commençant leur énoncé par les non-aryens.

(1) Vendidäd, x1v, 26 et suiv.; Yaçna, x1v,5et suiv; cf. Schdyass lä-Schäyast, xt, 9; voy. Spiegel, Avesta, t. II, p. v et suiv.£ C. de Harlez, Avesta, 2 édit., p. CLX.

(@) Boundehesch, xxxn,5; voy.J. Darmesteter, The Zend-Avesta, t. !, p. xLviI et 21.

(3) Yescht x111, 88.

(4) Voy. J. Darmesteter, The Zend-Avesta, xLvIr.

Quoi qu'il en soit de cette dernière question, qu'on ne peut trancher que par conjecture, un fait est certain : c'est qu'à l’époque des Achéménides, et bien évidemment aussi dans l'époque Immédiatement antérieure, la Médie nous offre dans sa population deux races, l’une conquérante et l’autre conquise, conservant sous le même sceptre leur enstence distincte, leur langage propre, süperposées et non fondues entre elles, une minorité aryenne en possession de tout le pouvoir, comme de la force guerrière, et constituée en aristocratie dominatrice, puis une majorité touranienne courbée sous le joug des Aryas, peuplantles campagnes, adonnée à la vie agricole ou pastorale ; et aux diverges catégories de cette population soumise les conquérants aryens ont imposé des appellations de leur propre langue, indiquant leur origine ou leurs occupations.

Un dernier et précieux indice de cet état de choses résulte encore du fait que dans l’idiome médo-élamite, tel que nous le font connaître les inscriptions des Achéménides, tous les mots du langage politique et administratif sont directement empruntés à l'idiome aryen des classes supérieures, c'est-à-dire au perse. Tels sont datam, « loi, » perse déta (1); pirramataram, « empereur, » perse framälar (2) ; saksabavana, « satrape, gouverneur de province, » perse khsathrapi-

(1) Il ya pourtant, parallèlement à celui-ci, un mot national, ukku, pour dire « loi. »

(2) On remarquera que l’altération médo-élamite de la forme perse est exactement pareille à celle du nom propre Fravartis, modifiée en Pirruvartis, preuve décisive, à mes yeux, de ce que ce nom est * bien aryen. .

van (1); dayiyaus et dayiyaos, « pays, district, » perse dahyäus. Il en est de même de certaines expressions religieuses comme siyatis, « la bonne tortune, le bonheur (2), » perse siydtis, et le prétérit battiyavanyi, « j'ai imploré, invoqué, » perse paliydvaihy ; de quelques adjectifs exprimant des idées compliquées, tels que baruzanam, « multilingue, » perse paruzana, vispazanam, « omnilingue » (au génitif pluriel), perse viçpazanänäm ; enfin des termes qui dés:-

(1) Sattarrita est donc bien, pär analogie, une transcription de l’aryen khsathrita, et non pas celui-ci un nom médo-élamite arrangé à l'aryenne.

(2) C’est cette signification qu'attribue définitivement au mot si discuté du perse, siyätis, sa traduction assyro-babylonienne par dumaqu, « bonne fortune, bonheur » (Naqsch-i-Roustam, 1. 2 ; Inscr. D de Persépolis, 1. 3; Inscr. E, 1. 3; Inscr. Ca, 1. 2; Inscr. Gb, 1. 4 ; - Inscr. F de l’'Elvend, 1. 7; Inscr. K de Van, $ 1, 1. 3), et gabbi nu’hsu, « la plénitude de l'abondance de biens » (Inscr. O de l’Elvend, 1. 6), deux expressions bien connues et dont le sens ne saurait faire l'objet d’un doute. C’est donc ce terme que traduit le schälôm de Is., xLv, 7. Les paroles que le prophète met dans la bouche de Yahveh : ’6séA schälôm übôré rd’, « je fais le salut et je crée le malheur, » sont manifestement allusives à la phrase de la confession de foi officielle que Îles Achéménides ont fait graver dans un grand nombre d’endroits : hya siyätim adûä martiyahyä, « lui (Aouramazdä) a donné la bonne fortune de l’homme. » Elle revendique ce bienfait pour Yahveh, et en nême temps elle oppose à la doctrine du dualisme, d’après laquelle Ahouramazda est l’auteur de la siyätis seule, tandis qu’un autre principe ennemi produit le mal, la foi rigidement monothéiste d'après laquelle Yahveh crée également le bonheur ct le malheur comme il crée la lumière et les ténèbres.

« Je suis Yahveh, et il n’y en a point d’autre (allusion au nom d’'Ahoura, qui, entendu dans le sens de « l'Étre, » pouvait être pris comme un synonyme de Yahveh\.

Je forme la lumière et je crée les ténèbres, je fais le salut et je crée le malheur ; moi, Yahveh, je fais toutes ces choses. »

498 LES ORIGINES DE L'HISTOIRE. | gnent les degrés de parenté supérieurs à la simple : fihation, comme niyakka, « grand-père, » perse niy- &ka, et abbayniakka, « bisaïeul, » perse apaniyéks. Tous les termes d'architecture sont encore dans k même cas: dasvaram, « palais, » perse faéuräin : d» dana, « lieu réservé, consacré, »-perse cténa ; ar dana et arçakinna, deux expressions de sens encore obscur, perse ardaçténa et dthanguina; habadohé, « palais, partie du palais, » perse apadäna. Un fait pareil est toujours la preuve palpable de la conquête d'un peuple encore à demi-barbare par un peuple plus avancé dans la civilisation, qui devient son maitre. Nous devons même en conclure nécessairement, au point de vue historique, quel’ empire médique renversé par Koïrous était aryen par ses princes et par sa classe domi: nante, et non point touranien, comme le voudrait M. Oppert. Car dans ce dernier cas il aurait su se créer un langage politique et administratif puisé dans la langue ipdigène de l'élément non-aryen de la papulation, sans être obligé d'en emprunter les termes à l'idiome arÿen où perse (1). Les Mèdes aryens se montrent donc à nous,

(1) Nous avons ici une preuve de plus de ce que la langue de là seconde rédaction des inscriptions des Achéménides était bien celle des Mèdes non-aryens, point celle des ’Elamites ou Susiens. En effet, le ’Élâm était depuis la plus haute antiquité le siége d’une monarchie puissamment constituée et parvenue au plus haut degré de civilisation. Et cette monarchie s'était créé, comme de juste, un vocabulaire politique et administratif national complet. Il se trouve dans ses inscriptions, et les textes médo-élamites des Achéménides ne le connaissent pis. Or, s’il s'agissait du même peuple, il aurait conservé les termes de ve vocabulaire pour traduire ceux du perse, ce qui s'observe dans Ja rédaction assyro-habylonicnne des mêiues documents de l1 chancellerie achéménide.

à l'époque des Achéménides et antérieurement, à celle de l'empire des Fravartis et des Ouvakhsatara, dans la même situation par rapport aux premiers occupants du sol, appartenant à une autre race, qu'encore aujourd’hui sont les Magyars dans la Hongrie.

L'existence des deux éléments ethniques de la population de la Médie, aryen et touranien, une fois constatée et leur position réciproque déterminée, est-il possible d'arriver à reconnaître quel est celui des deux qui a introduit dans cette contrée les noms de Mèdes et de Médie? La question a une haute importance pour l’étüde du chapitre x de la Genèse. En effet, si l'on parvenait à établir que le nom de Mada ou Madai était déjà appliqué au pays de Médie avant l’établissement des tribus aryennes, appartenait à la langue de la population plus ancienne, la date de l'arrivée de ces tribus et de leur apparition sur la scène de l’histoire de l'Asie antérieure n'aurait plus aucune influence sur la fixation de la date à laquelle remonte le tableau ethnographique du premier hvre du Pentateuque; on pourrait, du moins sur ce point, le faire remonter aussi haut qu'on voudrait. Si, au contraire, ce sont les tribus aryennes qui ont apporté ce nom avec elles, la date de letr immigration en Médie, que l’on peut déterminer en ce qui concerne là Graëde-Méd'e d’après les documents assyriens, Éxera une hinnte précis? dans le temps, au-dessous ce laquelle 1l faudra forcément

placer la rédaction de la table. ebnograpique Lei

ethonogénique. : DS 7 Jusqu'à présent toutes les. \étymnologies : siyenues proposées pour le nom de la Médie: sont abeolument. inacceptables, et les esprits sages, comme: M. Spice. gel (1), s'abstiennent d'en donner. Celle de Von Boblen (2), adoptée par Tuch(3), Gesenius (4), Knobel (5) et Hitzig (6), laquelle rattache ce nom au sanserit r4dky,

« muheu, ».en vertu de l’idée qui faisait considérer ls Nédie comme le centre de l'Asie (7), n'est en. réalité qu'un simple calembour sans valeur scientifique sé-. rieuse. En présenee de. cet insucoès. des! . tentatives. faites pour expliquer l'origine dunom dans le domaine des langues européennes, — insuecès dont on nb dait ‘pourtant pas tirer des conséquences trop rigoureuses,

— M. Oppert (8) a cherché la solution du problème

dans une tout autre voie. Pour lui, Mada est un mot

touranien signifiant « pays ; » c'est donc la population primitive et non-aryenne qui l’a appliqué à la Médie,

en la désignant comme le « pays » par excellence, et

(1) Erân, p. 45.

(2) Allgem. Literat. Zeit. de Halle, 1834, no 116; et aussi dans son Commentaire de la Genèse, sur x, 2.

G. Wahl (Vorder und Mittel-Asien, p. 534) proposait également la même explication.

(3) Commentar ueber die Genesis, 2 édit. ., p- 164.

(4) Thesaurus, p. 768.

(5) Die Vœlkertafel, p- 72.

(6) Tesaia, p. xxi.

(7) Polyb., v, 44.

(8) Études axsyriennes, Inscription de Porsippa, p. 171 et suiv. ; Le peuple et la langue des Mèdes, p. 11.

depuis lors il y est resté attaché. Son origine remonte ainsi dans le plis lointain passé, bien avant l'arrivée des Aryas, et son caractère, au lieu d’être ethnique, a toujours été exclusivement géographique. L'immense et légitime autorité qui s'attache au nom de M. Oppert a donné créditauprès d’un très-grand nombre de savants à cette opinion, si séduisante au premier aspect. On peutdire qu'elle est aujourd'hui la théorie dominante, et dernièrement encore M. F. Justi y donnait son adhésion (4). Cependant —et l'on sait que ce n'est point par peur du fouranisme, dont je suis un des partisans en matière d'histoire de l'Asie antérieure dans la plus haute antiquité — je crois devoir repousser cette opinion, comme je l'ai déjà fait ailleurs (2). Le suméro-accadien possède bien un mot mada, « pays, » dérivé, par le moyen d'un suffixe da, d'un radical monosyllabique primitif ma, que nous rencontrons aussi dans les textes ; et ce suméro-accadien mada a été probablement la source de l’assyrien mâtum, matu, passé ensuite dans l'araméen (3). Mais s'il est peut-être permis de rapprocher (4) du radical primordial ma, « lieu, pays, » du suméro-accadien, le suffixe ma ou va qui forme le cas locatif dans la déclinaison médo-élamite (5), le mot mada n'existe pas dans les textes que nous possédons de cette dernière langue, et rien absolument

(1) Geschichte des alten Persiens, p. 2.

(2) Lettres assyriologiques, t. X, p. 27.

(3) Fr. Lenormant, La langue primitive de la Chaldée, p. 98, 116 et 130.

(&) Ibid., p. 405.

(5) Oppert, Le peuple et la langue des Mèdes, p. 51.

509 LES ORIGINES BB L'HISTOIRE. | n'autorise à supposer qu'il ait fait partie de sont vocsbulaire. Le point de départ qui eût justifié l’explication du nom de la Médie par ce mot madu fait done défaut; nous n'avons scientifiquement aucun droit de le faire intervenir dans la question.

Par les Mèdes non-aryens, tels que nousoonnaissons par les inscriptions les usages dé leur langue, Muda est exclusivement un nom propre, que son identité avec la forme perse Méda semble indiquer comme provenant de celle-ci. Et ce n’est jamais pour eux un nom de pays, mais un nom de peuple. La règle, dans l'idiome médo-élamite, est que des noms de pays et de ville on forme l'ethnique par le moyen d'un sufüxe trra, rra. Ainsi Parsan, « la Perse, » Harminiya, « l'Arménie, » Assagartiya, « la Sagartie, » Babilu, « Babylone, » font Parsarra, « Perse, » Harminiyarra, « Arménien, » Assagartiyarra, « Sagartien » Balilura, « Babylonien. » Mais Mada est un « Mède, » comme Sakka un « Scythe, » Harbaya un « Arabe, »et non point la Médie, la Scythie, l'Arabie. Quand on veut désigner le pays, on emploie le pluriel Madapé, comme Sakkapé ou Harbayap (1); plus exactement on dit que telle chose s’est passée, que tel lieu est situé « chez les Mèdes, chez les Scythes, chez les Arabes, » au lieu de dire « en Médie, en Scythie, en Arabie. » En un mot, les habitudes de langage des inscriptions médo-élamites ne connaissent pas un pays de Médie, mais un peuple mède, ct c'est ce peuple que désigne le nom de Mada.

(1) Voy. Oppert, Le peuple et la langue des Mèdes, p. 12.

Et ici il faut remarquer que, de même, dans les usa- -ges des peuples sémitiques, comme les Assyriens et les Hébreux, le nom qui indique à la fois « la Médie» et « un Mède » a la désinence en at d’un ethnique ; il a donc été le nom du peuple avant d'être, par extension et catachrèse, celui du pays.

Au temps des Achéménides, et sans doute aussi du temps de l'empire médique qui les précéda, Mada, perse Méda, était l'appellation de la nation mède tout entière, sans distinction entre ses deux éléments consütutifs. Mais 1l eût été étrange que l'élément dominateur et conquérant, c'est-à-dire l'élément aryen, à cette époque où sa suprématie était absolue, eût adopté le nom national de ses vaincus et de ses sujets pour se l'appliquer à lui-même. C'est le contraire qui est vraisemblable, d'après l’analogie avec ce qui s’est passé partout ailleurs en pareil cas. Il y a déjà ici une grande présomption pour que le nom de Mèdes ait d'abord été propre aux tribus arÿennes qui vinrent s'établir dans la Médie, et que ce soit par elles qu'il y ait été apporté et implanté. L'emploi abusif que {ont les fragments de Bérose (1) du nom de « Mèdes » pour désigner une dynastie qui régna sur la Chaldée et la Babylonie vingt-deux siècles avant notre ère, et qui paraît dans la réalité avoir été élamite (2), est un fait trop récent pour prévaloir contre cette probabilité historique.

(4) Euseb., Chron. armen., p, 18.

(2) Voy. G. Rawlinson, The five great monarchies, 2e édit.,t. I, p. 160.

S04 : Les onIGmEs pa L'HBTOIRE.:

Celle-ei d'ailleurs devient presque une œrtitude s si l'on suit dans leur ordre chronologique les mentions du nom des Mèdes dans les inscriptions canéiforines assyriennes, telles que je les ai relevées pas à pas.dans la première de mes Lettres assyriologiques (1) et que j'en ai tracé un tableau que le progrès des études est vens depuis lors confirmer, au lieu de. le modifier (2). :

Dans les récits des expéditions guerrières. que.les monarques assyriens poussent à l'est du mont. Zagros dans le pays qui fut ensuite la Grande-Médie, il n'est . jamais question d’un peuple ou d'use contrée de Madai antérieurement au: règne de.Ramänou-niräri Il (812-784 av. J.-C.), c'est-à-dire avant l'époque où l'on commence en même temps à constater, par les noms propres de lieux et d'hommes qu'enregistrent les inscriptions, la présence de tribus iraniennes dans cette région. Jusque-là pas un indice de leur existence ; on rencontre aux mêmes lieux des populations toutes différentes. C’est évidemment, M. Sayce le constate aussi bien que moi, dans le dernier quart du IX° siècle que les tribus aryennes y font leur première apparition ; et l'occupation du pays par elles n'est même complète que vers la fin du VIII siècle, quand Scharrou-kinou règne cn Assyrie. Or, c'est seulement avec elles que le nom de Madai y apparait également.

H yaplus. Schalmanou-aschir Il s'est heurté, le premier entre les rois d’Assyrie, au peuple de Madai

(2) Voy. encore Sayee, dans The acc loiny, 31 juillet 1880, p. 8#; Frie lr. Delitzsch, Wo lag das Purucdties, p. 247.

ou Amadai dans sa vingt-quatrième campagne (1), en 836 av. J.-C. Et ce n'est pas dans la Médie propre qu'il l’a rencontré ; c'est beaucoup plus au nord-ouest, par delà le pays de Barsoua ou Parsoua (2), c'est-àdire dans la contrée au sud de la mer Caspienne et de la chaîne’de l’Elbourz, qui est appelée Médie Rhagienne par les géographes classiques (3). Il ne peut s’agir ici que du peuple des Mèdes aryens n'ayant pas encore fait son entrée dans la Grande-Médie, ni dans la Médie Atropatène. Et par conséquent nous acquérons la preuve de ce que c’est bien à ce peuple que le nom de Mäda appartenait en propre, et qu'il le porta avec lui dans le cours de sa migration (4).

Après avoir très-heureusement déterminé le point géographique où le conquérant assyrien Schalmanouaschir rencontra le peuple de Amadai ou Madai, sir Henry Rawlinson ajoute cette remarque ingénieuse et

(1) Racontée sur l’obélisque de Nimroud, 1. 110-126: Layard, Inscriptions in the cuneiform character, pl. 93 et 94. .

(2) Sur la situation précise de ce pays, voy. E. Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 169-179.

(3) Voy. H. Rawlinson, Journal of the Roval Asiatic Society, 1re sér., t. XV, p. 242 et suiv.; Commentury on the inscriptions of Assyria and Babylonia, p. 42 et suiv.; Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 26-28.

(4) Faut-il voir, ainsi que l’ont fait un certain nombre de savants, des essaims lancés en avant et comme égarés de ce peuple des Mëdes iraniens dans les Mouôoi de la Thrace (Thucyd., n, 98; Polyb., x, M ;T. Liv., xxvi, %5; Plin., 1v, À et 18 ; Strab., vis, p. 316 et 318; Ptol., ur, 11, 9) et les Mado6@uvor de l'Asie-Mineure (Strab., vir, p. 95)? La chose n'est rien moins que prouvée ; mais elle n’est pas impossible, car Hérodote (v, 9) atteste l’origine médique des Sigynnes, qui habitaient au milieu des Thraces dans le bassin du Danube .

féconde qu'un long séjour de la race des lraniens oc-

*eidentaux dans le pays de Rhagæ, avant qu'elle ne se répandit au sud sur la Perse et à l'ouest sur la Médie propre, est nettement indiqué par le premier fargard du Vendidäd- Sadé, morceau dont la haute antiqu ité ne saurait étre mise eh doute et où les indications sur les séjours du peuple iranien ne dépassent | pas du côté de l'occident les cantons sud de la Caspienne,

Rhode (1), Lassen (), Haug ( G), M. Spiegel () et moi-même (5), dans les commentaires que nous avons donnés du capital morceau qui ouvre le premier livre de la collection avestique, nous yayons vu un tableau des étapes suçcessives dela migration dela nation jranienne, depuis son berceau originaire le plus occidental qu'elle eût atteint à l'époque où lé morceau fut composé. Cette idéé a été combattue à deux points de vue différents: pär M. Bréal (6), qui pense qu'une{partie des localités mentionnées ne sont pas réelles, mais mythiques, ‘ce te #oüs ne Sttions admettre, car il nous sera possible et même facile d'établir la réalité géographique ‘et la position de

(4) Die heilige Sage des Zendvolks, p. 64, 6D et suiv. Voy. aussi Heeren, Ideen zur Geschichte, t. 1, p. 498,

€) Indische Alterthumskunde, t. I, p. 526 et gui. n

(8) Das erste Kapitel des Vendidad, dans Bunsen, Ægypiens Stelle in der Weltgeschichte, t. V, p. 104-437.

(4) Avesta, t. I, p. 59-67; Commentar ueber das Avesta, t. I, p.148.

(5) Lettres assyriologiques, t. T, p. 29-34.

(6) Mélanges de mythologie et de linguistique, p. 487 et suiv.

toutes ; par M. Kiepert (1), que suivent Mer C. de Harlez (2) et M. J. Darmesteter (3), et qui voit dans le morceau en question une sorte de tableau géographique de l’Irân à une époque fort reculée, embrassant toutes les contrées que couvrait alors la race iranienne, mais sans qu'on puisse y retrouver la tradition et la marche d’une migration régulière. Ce dernier point de vue me parait reposer Sur des identifications de localités que je crois inexactes. En les rectifiant, les objections soulevées contre l’idée de la tradition historique d'une migration s'évanouissent. L'ordre dans lequel sont énumérés les séjours que, suivant l’auteur sacré, Ahouramazda crée successivement pour l’homme, et que pervertit la funeste influence d'Angrômainyous, détermine très-clairement la ligne d'un mouvement de translation ou d'extension partant du berceau des peuples iraniens sur le plateau de Pamir, du fameux Airyana- Vaëdja dont nous avons reconnu la réalité et déterminé la situation. Îl est vrai qu’à partir d’un certain point l’extension a lieu dans deux directions opposées, vers l’ouest et vers le sud-est, et que dans le texte, tel que nous le possédons, les noms se rapportant aux deux courants se présentent à nous enchevétrés. Maisil est encore assez facile de les distinguer, et ce travailune fois fait, on constate que pour l’une et l’autre série ils sont demeurés dans leur ordre antique et régulier. Je ne fais pas ici

() Monatsber. d. Berlin. Akad., 1856, p. 621 et suiv.; voy. Spiegel, Münch. gélehrt. Anzeig., 1859, nos 43-46,

(2) Avesta, 2e édit., p. 3 et suiv.

(3) The Zend-Avesta, t. I, p. 1-4,

une étude spéciale et complète de ce texte ; par conséquent j'y laisserai de côté les noms qui se rapportent exclusivement au courant de migration et d'extension vers le sud-est, dans la direction de l'Inde, comme : Haraqaiti ou Harahvaiti (10°séjour), l'Arachosie, perse Harauvati ; Haëtoumat (11° séjour), le bassin de l'Etymander; enfin Haptä-Hendou (15° séjour), le Sapta-sindhavas dans les livres indiens, perse Hindavas, le lieu de séjour des tribus védiques dans le bassin de l'Indus. Le reste des noms représente les étapes, classées dans leur ordre géographique exact et successif, d'une migration qui conduit de l'Airyana-Vaédja jusqu'au sud de la mer Caspienne et s'y termine. Par là le premier fargard du Vendidäd se révèle comme un des morceaux avestiques qui se rattachent le plus positivement à la tradition des Iraniens occidentaux, Mèdes et Perses, plutôt qu'à celle des Iraniens orientaux, Bactriens et habitants de l’Ariane, comme un de ceux qui ont eu pour auteurs les Mages de Ragha ou Rhagæ.

Voici quels sont, en effet, les lieux successivement créés par Ahouramazda, représentant les étapes de la migration, ou, si l'on aime mieux, de l'extension progressive du peuple :

2° séjour après l'Airyana-Vaëdja. — « Gâou, qui est situé dans Soughdha. » Ici point de doute possible ni d'hésitation entre les commentateurs : il s'agit de la Sogdiane, Çudja ou Suguda des inscriptions perses. Le terme géu est seul obscur. Ce peut-être une désignation de la plaine de la Sogdiane, ou bien

le nom du fleuve qui la traverse, le Polytimetus de la géographie classique (1).

3° séjour. — Môourou. La version pelhevie traduit Merv, et tout le monde est d'accord pour reconnaitre dans ce nom le pays actuel de Merv, la Margiane des Grecs, Margus en perse.

4 séjour. — « Bâkhdhi, le pays des hautes bannières, » emblêmes de la royauté et de la puissance guerrière. Îei encore les commentateurs sont unanimes : c'est la Bactriane, Békhtris ou Békhtaris des inscriptions achéménides.

5e séjour. — Niçäya. L'assimilation de ce nom avec celui de Nisaia des géographes grecs n’est pas douteuse ; mais les écrivains classiques signalent deux Nisaiïa dans les mêmes contrées de l'Asie, celle d’Isidore de Charax (2) et de Pline (3), appelée aussi Parthaunisa, dans la Parthyène, sur le lieu où est aujourd’hui Nischapour, et celle de Strabon (4) et de Ptolémée (5), située au sud de la Margiane et où s’embranchaient les routes qui menaient de ce pays, d'un côté sur l'Hyrcanie et de l'autre sur la Bactriane (6). Les savants ont hésité sur la question de savoir à laquelle de ces deux localités s’appliquait le nom de Miçéya dans le texte zend. Mais les mots ajoutés à ce nom,

(2) Strab., xx, p. 518; Q. Curt., vrt,10, 1 ; Arrian., Anabas., 1v, 5, 6; vi,5, 7.

(2) Stathm. parthic., 12.

(3) Hist. nat., vi, 25.

(&) xt, p. 509.

@) vi, 10, 4.

(6) Voy. Ritter, Erdkunde Asiens, t. VIII, p. 56, 119.

« qui est situé entre Môourou et Bäkhdhi, » ne per; mettent pas d'adopter une autre opinion que celle de notre grand Eugène Burnouf, reconnaissant ici la Nisaia de Strabon et de Ptolémée.

6° séjour, — Harôyou, faute pour Haraëva (1), « riche en villages (2). » A propos de ce nom, les commentateurs sont unamimes : c'est l'Arie ou pays de la moderne Hérat, Haraiva des textes épigraphiques perses.

T° séjour, — « Vaékerela, qui est situé dans Douzhaka. » Ce nom est de ceux qui ont le plus embarrassé les commentateurs. La version pehlevie le rend par Kabül, ce qui est inadmissible (5). Malgré l'autorité de la glose parsie et de l'opinion de MM. Spiegel (4) et J. Darmestèter (5), la comparaison avec les phrases Gâum Sughd6-schayanem et Khnentem Vehrkänôschayarem assure aux expressions Vaékerelem Duzhakô-schayanem le sens que nous leur donnons et à Duzhaka le caractère d'un terme géographique. Dès lors il est bien difficile de ne pas le rapprocher du nom de la ville ruinée de Douschak, visitée par le voyar geur Christie. C'est ce que font Lassen et Haug,

4) Oppert, Inscriptions des Achéménides, p. 31.

(3) Sur le sens de cette expression, voy. E. Burnauf, Camumentaire eur le Yagna, addit., p. cit. D'autres traduisent « riche en Cours d'eaux. »

(8) Ceci doit sans doute son origine à ce que la tradition postérieure (Boundehesch, ch. xxx) a localisé dans le Kaboulistän les exploits mythiques de Kereçäçpa, placés ici dans Vaékeretg: voy. 3. Darmesteter, The Zend-Avesta, t. I, p. 2.

(#) Auesta, t. 1, p. 63; Commentar ueber das Avesta, t. I, p. 28.

G) The Zend-Avesta, t. I, p. 2 et 7.

LE TABLEAU ETHNOGRAPHIQUE DE LA GENÈSE. 911 qui par conséquent reconnaissent le Séistân actuel dans le 7e séjour des Iraniens. Une dernière preuve en est fournie par la mention que le texte fait de la Pairika nommée Khnanthaiti, qui dans cette contrée s'éleva en antagoniste contre Kereçäçpa. En effet, comme l'a remarqué Haug (1), cette qualification de Pairika prend iCi un sens plus réel et plus ethnographique qu'à l'ordinaire, et se rapporte à la peuplade non-aryenne des Paricaniens, mentionnée dans la même région dans les écrivains classiques ge

LR E

Lassen et M. L Spiege n'ont pas osé Proposer d' identification ; Haug, mais çn se fondant seulement sur des indices bien peu considérables, voudrait recopnaitre dans Qurvä le Kaboulistän, M. J. Darmesteter (3) le pays d'Ispahän. Mais j'ai retrouvé le nom du pays appelé Wrud parle livre zend, sous la forme Uriyzan, dans les textes assyriens (4), comme une des stations de la campagne de Toukoulti-abal-escharra II dans l'Ariane (5). Iky est placéentre Çibur, Saphri d'Isidore de Charax (6), Sipharë de Ptolémée (7), et Ra’usan, Ra-

(1) Mém. cit., p. 132.

(2) Hérodot., 111, 9%; Plin., Hist. nat., vi, 16; | Steph. Byz. y Ve Iaprxavn.

@) The Zend-Avesta, t. I, p. 2.

(4) Cuneif. inscr. of West. Asia, t. IT, pl. 67, 1. 40.

(5) Zeitschr. f. Ægypt. Sprach. und Alterthumsk., 1870, p. 52.

(6) Stathm. parthic., 12.

(7) vi, 47, 4.

gau d'Isidore (1), Ragaïan de Ptolémée (2), c’est-à-dire dans le canton de la Parthie appelé Apauarcticène (3) ou Apavortène (4). Cette donnée coïncide de la manière la plus satisfaisante avec la marche indiquée par l'ensemble du texte, car le pays nommé avant Ourvâ est la Sacastène, et celui qui vient après l'Hyreanie. 9° séjour, — « Khnenta, qui est situé dans Vehrkâna. » Sauf Haug, dont l'opinion isolée est impossible à soutenir, tous les commentateurs considèrent Vehrkâna comme étant ici le nom du pays, et adoptent l'assimilation proposée par Eugène Burnouf (5) avec l'Hyrcanie des Grecs et des Romains, Varkäna des inscriptions perses, Djourdjän d'aujourd'hui. C'est ce que disent également la version pehlevie et Aspendiârji, qui nous apprennent de plus que Khnenta est le nom du fleuve de cette contrée, que l'on appelait aussi Sokanda (6).

Ici s'intercalent deux noms appartenant au mouvement d'extension vers le sud-est, Haraqaiti ou Harahvaiti et Haëtoumat, après quoi reprend la série des noms se rapportant à la migration vers l'ouest.

12° séjour. — Ragha. L'opinion de M. Kiépert, qui y voyait Ragau du pays des Parthes, est inadmissible et n'a été suivie par aucun commentateur moderne.

() Stathm. parthic., 13.

@) vi, 5, 4.

G) Isid. Char, 43.

G) Plin., Hist, nat., vi, 18.

G) Commentaire sur le Yagna, adäit., p. Lx.

(6) Appelé Sôcandas par Ptolémée: vi, 9, 2; voy. Spiegel, Erdn, p. 158.

Ainsi que l'indiquent les gloses pehlevies, c'est Rhagæ (1), qu'Isidore de Charax (2) appelle « la plus grande ville de la Médie, » Raga du texte perse de l'inscription de Behistoun, Rakkan du texte médoélamite. On sait que ses ruines, très-voisines de Téhéran, portent aujourd’hui le nom de Raï (3). J'ai déjà signalé plus haut (4) la qualification de « Ragha aux trois tribus » quiest ici donnée à cette ville, qualification ayant trait à la triple division des classes de la société iranienne primitive. Cette épithète ne s’explique naturellement qu’en admettant que Ragha ou Rhagæ, comme les documents assyriens le donnent aussi à penser, fut pendant un certain temps le centre de la nation des Mèdes aryens, divisée en trois classes.

43° séjour. — Tchakhra. L'explication d'Aspendiärji par la Chine ne mérite même pas d'être discutée. L'opinion de Lassen, adoptée d’abord par M. Spiegel, qu'il s’agit du lieu nommé Tchihrem par Firdoûsi, ne peut plus étre conservée, maintenant qu'il est établi que Tchihrem était une faute de copiste pour Djihrem, nom d'une localité voisine de Schirâz (5). Haug, Ms de Harlez et M. J. Darmesteter proposent de reconnaître ici Tcharkh, à l'extrémité nord-ouest du Khoraçan, et c'est la conjecture la plus vraisemblable.

44° séjour. — « Varena la carrée. » Malgré la

(1) Strab., x1, p. 514 et 524; Arrian., Anabas., x11, 30; Steph. Byz., 8. v.; Tob., 1, A4; nt, 7, et passim.

(2) Stathm. parthic., 7.

(3) Ritter, Erdkunde Asiens, t. VIII, p. 67.

(5) Spiegel, Commentar ueber das Avesto\.\, 4. à. Ya

anti 4

ùl4 LES ORIGINES DE L'HISTOIRE.

contestation de Me’ de Harlez (1), éathru-gaoscho Varenô, où se passe la lutte de Thraëtaona contre le serpent céleste de l'orage, était primitivement, daus la conception mythologique, le éatur-açrir Varuno du Rig-Védä (2), c'est-à-dire le ciel orienté aux quatre points cardinaux (5). Mais, quoi qu'en ait dit M. Bréal, Varena, comme la plupart des localités mythiques chez tous les peuples, a été transporté sur la terre, en un endroit déterminé (4). Dans le document qui nous oceupe, c'est une localité terrestre et réelle, dont on est en droit de chercher la situation, que l'on peut retrouver avec une entière certitude. La version pehlevie rend Varena par Padasehkhyärgar, nom d’une montagne du Tabaristän qui se rattache à la chaine de l'E bourz (5). La tradition dés docteurs parsis (6) me parait fort exacte, comme à M. Spiegel. En effet, Varena correspond avec une régularité philologique rigoureuse au nom de la xopmñ de Strabon (7), xoapwn d'Isidore de Charax (8), Choara de Pline (9), de même que le

(4) Journal asiutique, février-mars 1878, p. 196 et suiv.

@. Darmesteter, Ormazd et Ahrèman, p. 0; The Zend-Aueata, te I, p. LxUr et LxvI.

(4) 3. Darmesteter, The Zend-Avesta, t. 1, p. Lxnt et 2.

(5) Anquetil-Duperron, Zend-Avesta, t. II, p. 868,

(6) Cependany les gloses parlent apssi d'une autre tradition, qui aurait fait de Varena l'appellation antique du Kirmän. Ceci, comme le remarque avec raison M. J. Darmesteter (The Zend-Avesta, t. I, p. 9, doit provenir de l'étymologie populaire du nom du Kirmän, « pays des serpents. »

€) xt, p. 54.

@) Stathm. parthic., 8,

@) Hist, nat, 17.

zeud Vehrkäna au moderne Djourdjän, et le nom d'homme perse Oucravä au persan Khosrou, grec Xospinç. Je m étonne que ce rapprochement n’ait encore été fait par aucun des commentateurs modernes fu Vendidäd-Sadeh. La Chorène est placée par les géographes classiques à la sartie du défilé des Partes-Caspieunes, du côté du sud. « C'est là, dit le texte, que naquit Thraëthiona, qui tua Azhi-Dahäka (1). » Selür-eddin, l’historien du Tabaristân, s'est souvenu de cette tradition quand il fait naître Feridoun (forme persane moderne du nom de Thraëtaona) dans un lieu nommé Vereki (2) ; dans un autre passage (3), il Jui assigne pour lieu de naissance une localité de Gosch, dans laquelle M. Spiegel (4) a ingénieusement retrouvé un écha de l’épithète de éathra-gaoscha, « aux quatre angles, » donnée, comme nous l'avons dit taut à l'heure, à Varena dans le Vendidäd.

Après l'introduction du nom de Haptä-hendou, qui nous reporte subitement bien loin dans l'est, jusqu'au delà de l'Indus, par suite de l’enchevétrement de deux listes d’abord distinctes, dont j'ai parlé plus haut (5), nous arTiVONS au :

46° séjour. — « Le pays sur les eaux dela Rangha. » Windischmann (6) veut reconnaître dans ce nom f'In-

(4) Voy. Eug. Burnouf, Journal sages série, À XLV, p. 497 et suiv.

(2) P. 11, éd. Dorn.

(3) P. 13, éd. Dorn.

(4) Avesta, t. I, p. 66.

(6) Zoroastrische Studien, p. 188.

dus, M. Spiegel le laxarte, Me" de Harlez l'Oxus. Toutes ces opinions sont inadmissibles. Il est clair, par la disposition même du contexte, que la Rangha, « située aux extrémités de la terre (1), » marque ici le terme de l'aire géographique des créations d'Ahouramazda opposé à l'Airyana-Vaëdja, avec son fleuve Vangouhi (l'Oxus) (2), par conséquent son terme occidental. Le commentaire peblevi est done bien dans l'esprit du vieux texte ayestique quand il fait de la Rangha le Tigre, qui sous les Sassanides formait la frontière est de l'Irân, et explique le pays dont il s’agit ici par Arvastän-i- Rüäm, la Mésopotamie romaine. Cependant ce ne peut pas être là le sens antique ; la géographie du premier fargard du Vendidäd ne s'étend pas aussi loin vers Voccident. Originairement la Rangha est la même chose que son homonyme la Rasä védique, c'est-à-dire l'Océan qui entoure la terre (3). Haug (4) a montré que dans un certain nombre de passages avestiques ce nom, conserve sa signification primitive de « mer, » et que dans le document qui nous occupe il désigne la Caspienne, identifiée au fleuve Océan. Le pays dont il s'agit est donc le littoral du Tabaristân, sur la mer Caspienne, au nord de la chaine de l'Elbourz. C'est un pays < où le peuple vit sans tête, » c'est-à-dire n'a pas de chef suprême et demeure étranger à la loi de l'Avesta. M. J. Darmesteter (5) a très-bien établi que

(U Yescht x, 104.

()J. Darmesteter, The Zend-Avesta, t. I, p. 2-4.

(8) 3. Darmesteter, Ormazd et Ahriman, p. 213.

(4) Dans Bunsen, Ægyptens Stelle, t. V, p. 186 et suiv, @ Ormazd et Ahriman, p. 113 ex s.3 The Zend-Avestust. L p.40.

cette expression métaphorique, prise au sens littéral, est devenue la source des fables sur des peuples privés de tête, ayant les yeux sur les épaules ou sur la poitrine, fables que Ctésias avait entendues à la cour de Perse et qu'il a popularisées dans le monde classique (1), et qui se sont aussi perpétuées chez les Persans jusque dans le Moyen-Âge.

La liste des séjours successivement créés par Ahquramazda pour la race iranienne s'arrête ici. Comme l'a très-justement remarqué sir Henry Rawlinson, elle ne comprend aucune position à l’ouest du Tabaristân, le pays des Tapyres de l'antiquité classique, le Dapara des documents cunéiformes assyriens (2) et de la partie de l'Irâq Adjémy où s'élève aujourd'hui Téhéran, c'est-à-dire de l’antique Médie Rhagienne. Ce pays fut donc, pendant un temps assez prolongé, comme l'aconclu le savant anglais avec l’ingénieuse sagacité qui lui est habituelle, le point d'arrivée, le terme de la migration du groupe ethnographique que composent les Mèdes aryens et les Perses. Ce fut aussi pour eux un théâtre de luttes acharnées avec la population qui les avait précédés sur ce territoire par une occupation plus ancienne, avec l'élément des Touryas, antagonistes perpétuels des Aryas, dont la race et la religion étaient pour ces derniers un objet de haine. Les luttes des Touraniens et des Iraniens dans la Médie Rhagienne, qui devaient s'étendre ensuite à la Médie propre et se

(4) Plin., Hist. nat., v,8 ; vi, 2; A. Gell., Noct. attic.,1x,4; S. Augustin., De civit. Dei, xvi, 8.

(2) Cuneif. inscr. of West. Asia, À. Li, PA WA, \. Sc:

terminer par l'entier asservissement des fils de Tour aux Mèdes aryens dans touté la vaste région à laquelle ils valurent le nom de Médie, ont revêtu la forme mythique du combat de Thraétaona, antique héros céleste ou plutôt personnage divin de race aryenne, — dont | la conception était antérieure à la séparation des Aryo- L Indiens et des franiens, puisque nous le retrouvons dans le Traitana ou Trita Âptya des Védas (1), — contre le serpent Azhi-Dahäka. Le caractère historique de la localisation de ce mythe dans le pays voisin de Ragha n'a échappé à aucun commentateur et a été particulièrement mis en lumière par sir Henry Rawlinson (2). Nous venons de constater cette localisation dans le Vendidäd. Elle s'est conservée dans la légende pérsane du Moyen-Âge, qui représente les “villes de Raï et de Demavand comme les capitales de Féridoun. Chez Firdoûsi, le héros, après avoir vaincu Zohäk, le roi aux épaules munies de têtes de serpents, transformation plus moderne de l'antique Dahäka, l'emmène enchainé et l'emprisonne sous le pic de Demavand, où les magiciens se rendent pour le consulter (3).

De bonne heure aussi l'on fit de Ragha le lieu de naissance de Zarathoustra, la ville qui lui appartenait

(1) Roth, Die Sage von Feridun indien und Jrän, dans la Zeitschr. d. deutsch. Morgent. Gesellsch., t. 1, p.216 et suiv.; J. Darmesteter, The Zend-Avesta, 1. 1, p. LxIIr.

@) Journal of the R. Asiatic Society, 4 série, t. XV, p. 248, note 5.

(@) Schäh-namëh, v, v. 491-538 ; t. I, p. 110 et suiv., de Mohl.

en propre. M. James Darmesteter (1) reconnaît que cette tradition est beaucoup plus ancienne que celle: qui fait naître le législateur religieux de l'Irän dans l'Atropatène (2). Non seulement elle est rapportée dans le commentaire pehlevi de Vendidäd, 1, 60; mais, ce qui est bien plus considérable, c'est que nous y trouvons une allusion directe et certaine dans Yagnaq, xIX, 18, 50:

« Quels sont ces chefs (3)? Le chef de maison, le chef de cité et le chef de province.

r Zarathoustra est le cinquième dans tous les pays

autres que Ragha, la ville de Zarathoustra.

« La Ragha de Zarathoustra n'a que quatre chefs.

« Quels sont ces chefs? Le chef de maison, le chef de bourg, le chef de cité; Zarathoustra est le quatrième. »

(4) The Zend-Avesta, t. Ï, p. xLvur.

(2) Cette dernière est aussi exprimée dans Je commentaire pehlevi de Vendidäd, 1, 60. Ce n’est que dans des écrivains de date récente que nous trouvons la mention de la naissance de Zarathoustra à Schiz ou Ganzaca, dans l’Atropatène ; voy. les citations de sir Henry Rawlinson, Journal of the R. Geographical Soriety, t. X, p. 69 et suiv- Vendidäd, xi1x, 4, 11, fait donner la loi par Ahouramazda à Zarathopstra sur les bords de la rivière Daredja (voy. aussi Baundehesch, XXIV, 15). Le nom de ce cours d’eau de la tradition religieuse s’est localisé à une époque relativement moderne dans celui de la rivière Darah, affluent de l'Araxe qui descend du mot Sebilân. Mais ceci est le résultat du fait tardif — nous l'avons vu plus hant — qui a transporté dans l’Atropatène l’Airyana-Vaëdjä, où Zarathoustra avait jeté par le premier sacrifice les fondements de sa religion (Boundehesch, xxx, 3). Car la rivière Daredja était primitivement considérée comme appartenant à l'Airyana Vaëdja, donnée qui s’est conservée dans le Boundehesch, xx, 32. |

(3) Ceux que la loi commande d’honorer et à qui elle ordonne d'obéir. |

520 ‘Les omcmes ne L'insrome.

Ce passage ne peut s'expliquer que comme décrivant la condition de Ragha ou Raga, qui déjà sous les Achéménides (1) formait un petit État sacerdotal véritablement indépendant, gouverné par un grand-prêtre qui se donnait pour le successeur de Zarathoustra.

- Elle resta dans cette condition politique pendant la durée du règne des Arsacides et sous la dynastie des Sassanides. Lors de la conquête musulmane, le pays de Raï était encore soumis au pouvoir d'un Masmoghân ou chef des Mages, lequel résidait dans la forte- resse d'Oustoñnâvand. Khaled l'y assiégea, et ce fut là le dernier épisode de la résistance nationale de l'Irân (2). C'est ce que confirme encore le témoignage d'Ammien Marcellin (3), plaçant dans le même canton « les Champs des Mages » et les bourgs ouverts où ils habitaient, comme les Lévites en Yisrâäél, se transmettant de père en fils leur science religieuse et fournissant les ministres du culte dont avaient besoin les autres pays iraniens.

Ainsile pays de Rhaga, ou la Médie Rhagienne, lieu d'un séjour assez prolongé de la nation des Mèdes proprement dits, des Mèdes aryens, avant qu'ils n'envahissent la Grande-Médie et l'Atropatène, demeura toujours leur principal foyer religieux, et en particulier le centre d'habitation de la tribu des Mages. Sila théorie

(1) C'est ce qui résulte clairement de ce que dit Diogène Laërte (Proœm., 2) d'une dynastie de Mages succédant à Zoroastre et se perpétuant jusqu'à l'époque d'Alexandre

€) Yaqoût, Dictionnaire géographique de la Perse, trad. Barbier de Meynard, p. 83; voy. Spiegel, Erdn. Alerthumak., t. II, p. 565.

(8) xx, 6.

nouvelle que défendent aujourd'hui M. J. Darmesteter et Me° C. de Harlez, théorie d’après laquelle la religion mazdéenne et les préceptes de l’Avesta ne proviendraient pas, comme on l'a cru jusqu'ici, de l’Irân oriental, de la Bactriane, mais de la Médie, et seraient l’œuvre des Mages, si cette théorie, dis-je, arrivait à être démontrée ({) et à passer à l'état de vérité dans la science, c'est dans cette portion spéciale des contrées médiques qu’il faudrait en chercher le véritable et premier berceau. Le rôle de l’Atropatène dans la formation du mazdéisme définitif, de celui qui régnait comme religion d'État sous les Sassanides, n'a pas été moins considérable (2), mais beaucoup plus tardif. Dans un autre travail, je crois pouvoir démontrer historiquement qu'il n’a commencé qu'après la destruction de l'empire perse par les Macédoniens. C’est alors qu’Atropatés, c'est-à-dire un aéthrapaiti, un grand-prêtre mazdéen de la Médie, parvint à se faire reconnaître pour satrape d’une grande partie de cette région par Alexandre (3), qui ne voulut pas essayer de l'y forcer, puis par Perdiccas (4), qui rechercha même son alliance, et finit par se créer un royaume entièrement indépendant,

(1) Voy. les objections fort sérieuses de M. Sayce, The Academy, 31 juillet 1880, p. 84, et la réponse de M. JF. Darmesteter dans le même recueil, 14 août 1880, p. 119.

(2) Les preuves en sont rassemblées avec une abondance particulière dans le capital travail de sir Henry Rawlinson, Memoir on the site of the Atropatenian Ecbatana, publié au tome XV du Journal of the Royal Geographical Society.

(3) Arrian., Anabas., 11, 8; 1v, 18.

(&) Arrian., Anabas.…. vn, 4; Justin., xvinr, 4; Diod. Sic., XVIH, 4,

lequel subsistait encore au temps de Strabon (1), toujours gouverné par des rois portant le même nom, ou plutôt le même titre sacerdotal, circonstance qui valut au pays le nom d'Atropatène ou « royaume de l'Atropatés. » Et j'établirai que c'est la dynastie des Atropatés qui nous à légué toute une série de belles monnaies d'argent, de classement jusqu'ici inçertain (2), qui ont pour type de leurs revers le roi-prêtre]en adoration devant l'atesch-gäh où pyrée, au-dessus duquel plane Aouharmazd et que surmonte l’étendard légendaire de Kävéle forgeron, monnaies qui ont été frappées depuis le temps des premiers successeurs d'Alexandre jusqu'à une époque assez avancée de l'empire des Arsacides. Sous cette domination sacerdotale, l'Atropatène devint une terre de refuge pour le mazdéisme ailleurs proscrit et désorganisé. Ce fut pour lui alors comme un second berceau. C'est là qu'il se reforma et reconstitua ses livres sacrés, en recueillant les débris de ceux qui avaient péri dans le désastre national, et en en composant à nouveau de nombreuses parties.

(D xr, p. 593.

@) Ce sont celles qui sont figurées dans la pl. I du mémoire de A. Lévy, Beitræge zur aramæische Münckunde Eräns, dans le tome XXI de la Zeitschr: d. deutsch. Morgenl. Gesellschaft ;Zeitachr. f. Numismatik, t, IV, pl. I, ne: 1-9 (article de M. Mordtmaon, intitulé Persepolitanische Münzen); voy. encore O. Blau, Die Elymaœischen Pyræthen und ihre Münzen, dans la Numismatische Zeitschrift dé Vienne, 1873, p. 63-89 ; Mordtmann, leber die persepolitanischen Münzen, dans le même recueil, 48%, p. 484-M7 (dans ces deux mémoires, comme dans ceux cités précédemient, les pièces dont nous parlons sont confondues avec celles des rois de la Perside, vassaux des Parthes; pourtant, pour tout numismatiste, les deux séries sont absolument distinctes, et comme types etcomme fabrique).

De là est bien certainement sorti l'Avesta, tel que nous le possédons, et sous ce rapport on est en droit, quelle que soit la primitive origine des idées qu'il exprime, de le considérer comme un livre médique. Si, comme je persiste à le croireavec Westergaard, M. Spiegel, sir Henry Rawlinson, M. Oppert et beaucoup d'autres, malgré la haute autorité des défenseurs de l'opinion contraire, il faut faire une distinction et établir même un antagonisme entre le magisme médique et le zoroastrisme ou mazdéisme antique, qui a inspiré une grande partie des morceaux de la collection avestique, en particulier les plus anciens de tous, les Géthés, c'est dans l’Atropatène et pendant les siècles qui suivirent Alexandre que s'opéra entre les mages et les âthravans, et entre leurs doctrines réciproques, la fusion syncrétique dont l'Avesta, sous sa dernière forme, présente tant de traces. C’est alors que les deux titres sacerdotaux de magu ou moghu et d'éthravan, d'abord distincts et peut-être rivaux, devinrent synonymes, qu'il n'y eut plus entre eux de différence, qu'ils désignèrent les ministres du même culte.

Car si l'absence de la mention certaine des Mages dans l’Avesta demeure toujours une grande objection contre la théorie de M. J. Darmesteter et de Ms de Harlez, il est incontestable que sous les derniers Arsacides les Magesétaient les propagateurs de l’Avesta (1),

(1) Voy. les faits rassemblés par M. J. Darmesteter, The Zend- Avesta, t. I, p. XXXIV.

524 Les onemes në d'esroms. ‘° ‘

que sous les Sassanides ils constituaient le sacerdoce régulier du culte avestique et mazdéen orthodoxe. Les témoignages des écrivains grees et latins qui à cette époque ont bien connu lareligion dela Perse sont tout à fait formels à cet égard (1). Dans la grande inscription pehlevie de Nagsch-i-Rajäb, le titre romain de Pontifez mazimus est rendu par les mots magüpat u Giharpat Rôm (2). Ces deux mots qui dérivent du end magupaiti et aélhrapaili, sont employés encore indifféremment dans d'autres inscriptions des Sassanides pour rendre l'idée de « pontife suprême, » et ce sont eux qui ont produit les deux appellations des ministres religieux du! parsisme plus récent, mobed et

Il doit sembler qu'avec tout ceci nous sommes bien loin du chapitre x de la Genèse, que je me suis laissé entraîner à des digressions hors de propos, qui n'ont aucun rapport avec ce document biblique. Pourtant, si nous y revenons maintenant, nous constaterons que les recherches ‘que je viens de poursuivre nous ont assuré de quelques faits solidement établis, qui ont une réelle importance pour l'explication du nom de Mâdai dans le tableau ethnographique de la descendance des fils de Nôa'h.

Ce sont bien les Mèdes aryens, et non pas la popu-

(1) Ammian. Marcell., xx, 6; Agath., 1, 96.

. @) Haug, Sitzungsberichte d. kgl. Baierischen Akademie, février 1869; Essay on the pahlavi language, p. 73.

(8) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. 1, p. 103.

LE TABLEAU ETHNOGRAPHIQUE DE LA GENÈSE. 525 lation non-aryenne qui les avait précédés, qu'y représente ce nom, puisque c'est aux Mèdes aryens qu'il appartenait en propre et que ce furent ceux-ci qui l'apportèrent avec eux quand ils firent leur entrée dans la Médie. Avant leur établissement, ce nom ne s’appliquait pas à la contrée et y était absolument inconnu. |

La place que le chapitre x donne à Mädai dans l'énumération des fils de Yapheth en fait le plus oriental de la zone des peuples du nord le plus reculé, que nous avons déjà vus se développer d'ouest en est, depuis les rives de l’Hellespont jusqu’à l'extrémité orientale de l’Arménie avec les noms de Gômer et de ses fils, et de Mägôg. La continuation de la ligne donnée par ces premiers noms nous reporte bien plutôt sur l'Atropatène et la Médie Rhagienne que sur la Médie propre ou Grande-Médie, sur le pays d’Ecbatane (Hangmatäna) et d'Aspadana, qui est trop méridional et qui pour un écrivain de la Palestine, comme pour un Assyrien ou un Babylonien, n'eût pas été un pays de l'extrême nord. Il y a donc une grande probabilité pour que, dans le chapitre x de la Genèse, le nom de Mâdai désigne les Mèdes aryens, la seule fraction de la race iranienne qu’ait pu connaître l’auteur de ce document, demeurant encore sur le territoire où ils restèrent confinés jusque vers la fin du IX° siècle avant l'ère chrétienne, ayant leur centre à Ragha. Avec eux se groupent évidemment sous cette désignation les Matiens de l'Atropatène, Matai des documents cunér formes, dont le nom offre une analogie étroite et &i-

dente avec celui des Mèdes, Mada de telle façon que les Assyriens semblent avoir Gheoielits établi entre les deux une confusion (1). Nous avons vu un peu plus haut (2) que les Matiens, établis déjà dans cette contrée dans le IX° siècle, avant que les Mèdes ne

s'étendissent au sud, paraissent avoir été le Premier Ré iranien qui y ait pénétré (5). Géographiquement ils touchent à la frontière du domaine de Mägôg. Entre eux et les Amadai ou Madai, dans le temps où ces derniers sont encore dans le pays de Ragha, sous Schalmanou-aschir IL d'Assyrie, s ‘interpose le peuple et le pays de Barsua ou Parsua, qui correspond alors à l'est de l'Atropatène et de la Sagartie médique, jusque vers les Champs Niséeñs (. Ce peuple de Barsua ou Parsua, qui, par suite d'un remous dè populations, recule ensuite daus le sud-est (5), n'est pas, ainsi que je l'avais conjecturé d’abord (6), à assitiler à celui des Parthes (7). Maïs son nom est identique à celui de la Perse, appelée Parsu dans lè babylônien des inscriptions trilingües des Achéménides, et cette identité doit rappeler ici l'origine perse

(4) E. Schradér, Kéïlinechriften und Geschichtsférschunb, p. 178.

*3) G. Raÿlihson, t. Î, p.669 de sh fradüétién'angldise d'Hérodüte; Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. 1, p.24; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 4re édit., p. 54.

(@) Fr. Lenormänt, Lettrés assyridlogiqies, t. LP. %.

6) G. Rawlinson, t. I, p. 464, nole 2, de sa traction d'Hérodote ; Fr, Lenormant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 35.

(6) Même ouvrage, p. 86 et süiv.

(D E. Sétrader, Kellinédhriftén und Geschichtsforséfling, p. 100

qu'Hérodote (1) attribue aux Sagartiens de la Médie (2), dont l'appellation, d’origine iranienne (Açagartiya en perse, Assagartiya en médo-élamite), commence à se montrer vers le temps de l'Assyrien Scharrou-kmou, sous la forme Zikirtu ou Zikartu (3), distincte de celle de Barsua ou Parsua. Quant à cette dernière, se déplaçant toujours de plus en plus vers le sud-est, elle devient, sous Scharrou-kinou (4) etSin-a’hé-irba (5), avec la forme Parsuaë, la désignation d’un pays qui touche à la fois à "Elam, en arrière duquel 1l est situé, et à Ellibi, la contrée d'Ecbatane, d’un pays dont la situation correspond donc exactement à celle de la Perse. Dans ces changements de position du Barsoua ou Parsoua des inscriptions assyriennes, nous avons peut-être l'indication de la migration qui, dans le cours du IX° et du VIII siècte, conduisit jusqu'à son lieu d'établissement définitif le peuple des Perses, d’abord associé aux Mèdes dans leur mouvement vers l’ouest jusqu'au midi de la mer Caspienne.

Quoi qu'il en soit de cette dernière conjecture, que j'ose à peine proposer, même sous une forme très-dubitative, 1l me reste un point qui me paraît positif : c'est qu'avec les trois noms de Matai, Parsua et Madat ou Amadai des documents cunéiformes, nous avons un groupe de populations iraniennes ou médo-

(4) vu, 85.

(2) Ptol., vi, 2, 6; Steph. Byz., v. Zoyapria.

(3) Fr. Lenermant, Lettres assyriologiques, t. I, p. 417.

(4) Inscription de Khorsabad, dite des Fastes, 1. 58.

(5) Prisme dit de Taylor, col. 5, L. 31: Cuneif. inscr. of West. Asia, t. I, pl. 41.

perses qui, dès le IX° siècle, avant l'entrée des tribus de même race dans la Grande-Médie, s'étendait déjà sur l'Atropatène, la Sagartie et la Médie Rhagienne. Et la situation de ces populations correspond de la manière la plus exacte et la plus satisfaisante à celle du Mädaï du chapitre x de la Genèse.

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