Na’hasiou
Les Çabiens ou Mendaïtes, dans leurs livres sacrés,
(1) Le xnre Yescht paraît bien dater du temps des Achéménidess
(2) Le chiffre qui précède chaque nom dans ce tableau marque l’ordre de primogéniture qui lui est attribué dans le système auquel il appartient.
parlent des trois frères, Schoum, Yamin et Yaphet (1) ; mais on ne saurait dire si la tradition leur en vient de source babylonienne, ou bien est chez eux le résultat d’une infiltration juive ou chrétienne. Cependant la dénomination de Yamin, substituée à celle de "Him, pour celui des frères dont le domaine est le plus méridional, par conséquent placé à la droite de l'observateur qui regarde le levant (2), a ici un caractère franchement original, qui ne procède pas de la Bible.
Dans les fragments de Bérose qui, eux, représentent avec une remarquable exactitude les récits qui se lisaient dans les livres des Chaldéens, il est question de trois frères à demi-divins, qui ont régné presque aussitôt après le déluge, et que, dès les premiers siècles chrétiens, les Pères de l'Église comparaient à Schém, ‘Hâm et Yapheth. Ce sont Cronos, Titan et Prométhée, que l’auteur des Chaldaïques représentait comme trois frères ennemis se faisant la guerre (3). Malheureusement on n'a pas encore jusqu'à présent retrouvé de rédaction cunéiforme originale de cette histoire qui fasse connaître quels étaient
(4) Norberg, Cod. Nasar., t. I, p. 96.
(2) C’est ce mode d'orientation qui a produit la dénomination de l'occident en hébreu, d’hôr, et en assyrien, a’harru, « le côté de derrière, » et a valu au midi de l’Arabie le nom de Yaman, Voy. C. B. Michaëlis, Dissert. de locorum differentia ratione anticae, posticae, dextrae, sinistrae, Halle, 1735.
(5) À. Fragm. 47 de mon édition (Euseb., Praepar evangel., 1x, 44, p. 6; Syncell., p. 44; Euseb., Chron. armen., p. 24, ed. Mai; extrait d'Abydène).
B. Fragm. 18 de mon édition (Syncell., p. 44; Euseb., Chron. armen., p. 21, ed. Mai; extrait d'Alexandre Polyhistor).
les noms assyriens que Bérose avait ainsi traduits en grec, s'ils étaient identiques à ceux de la Genèse ou s'ils en différaient. |
Moise de Khorène (1), l'historien national de l’Arménie, développe un peu davantage le récit de l'hostilité des trois frères, en disant qu'il l'emprunte à Bérose ou plus précisément à la Sibylle bérosienne (2),
(2) Alexandre Polyhistor précède aussi des mots « la Sybille dit » son récit sur la construction de la Tour des langues et la guerre des trois frères, qui pourtant provient certainement de Bérose, ainsi que l'ont montré Richter (Berosi quae supersunt, p. 21), M. C. Müller (Fragment historic. graec., t. II, p. 502) et moi-même (Commentaire des fragments cosmagoniques de Bérose, p. 401), et dont le parallèle, chez Abydène, ne paraît pas avoir été accompagné d’une mention semblable. Josèphe (Ant. jud., 1, 4, 3) reproduit presque intégralement le morceau de Cornelius Alexander en l’attribuant à la Sibylle, sans mentionner Bérose. C’est d’après lui et de la même façon que le répètent Eusèbe (Praepar. evangel., 1x, 14, p.-417), saint Epiphane (Adv. haeres., 1) et saint Cyrille d'Alexandrie (Contr. Julian., I, p. 9, édit. de Leipzig). L’historien des Juifs l'avait certainement emprunté au Polyhistor, quoiqu'il ne le dise pas et préfère le présenter comme puisé par lui-même dans les écrits d'une antique Sibylle, car il se sert précisément des mots qu’Eusèbe nous a conservés dans le morceau extrait directement par lui de Cornelius Alexander; d’ailleurs, bien qu’en ait dit Richter (Berosi quae supersunt, p.31 et suiv.), il ne semble pas que Josèphe ait connu le livre de Bérose autrement que par ses abréviateurs, Alexandre et Abydène.
Est-ce à Bérose lui-même qu’il faut attribuer l'intervention du personnage d’une Sibylle racontant ces événements comme ‘Hasis- Adra en personne le déluge dans l'épopée d’Ourouk? Je le crois (voy. à ce sujet mon Commentaire de Bérose, p. 402 et suiv.), car Alexandre Polyhistor parait avoir suivi toujours fort exactement son auteur, et il n’est pas probable qu'il eût introduit de son chef une circonstance aussi importante. D'ailleurs, avant même qu’il eût rédigé son abrégé, la mention faite par Bérose d'une Sibylle chaldéenne à laquelle il attribuait la narration de la Tour des langues et
mais en employant des noms différents de ceux que nous lisons dans les fragments grecs de l'historien de Babylone. « Avant la construction de la tour et la confusion du langage des hommes, dit-il, mais après la navigation de Xisouthros jusqu'à l’Ararat, les trois
de la dispute des trois frères divins était une chose bien connue dans ce monde ‘gréco-oriental d'Alexandrie, qui se préoccupait s vivement de tout ce qui tenait aux antiques civilisations de l'Égypte et de l’Asie. Aussi le Juif alexandrin qui a composé les parties les plus anciennes du 1rI° livre des Oracles sibyllins sous le règne de Ptolémée Philométor, vers 165 avant J.-C. (Alexandre, Oracula Sibyllina, t. II, p. 314-393), c’est-à-dire 80 ans avant le moment culminant de la carrière de Cornelius Alexander, a-t-il rédigé sa poésie de manière à la placer dans la bouche de cette Sibylle, qu'il fait venir de la Babylonie (v. 808 et suiv.), tout en la présentant, pour donner plus de crédit à ses paroles, comme voisine d'époque et apparentée de près par le sang à Nôa’h (v. 826), comme appartenant à la race des Hébreux en même temps que née à Our de Chaldée (v. 218-220). Et pour mieux relier encore sa prophétie contre les gentils au récit de Bérose, il a eu soin d’y introduire un morceau qui n'est que la paraphrase des paroles mises par cet auteur dans la bouche de la Sibylle an sujet de la construction de la Tour, telles que nous les connaissons par Alexandre Polyhistor (v. 98-109), et un long récit sur la guerre des trois frères, Cronos, Titan et Prométhée, dont nous allons rapporter tout à l'heure le texte. L'introduction d’un discours sibyllin dans le livre de Bérose et l'existence de vers qui, depuis le milieu du Il° siècle avant notre ére, circulaient ainsi sous le nom de la Sibylle citée par l'écrivain chaldéen, donnèrent lieu à toute une légende sur une Sibylle bérosienne, dont il est curieux de suivre les développements successifs. C'est chez saint Justin le mañftyr (Cohort. ad Graec., 31), l’apologiste du Ile siècle de l’ère chrétienne, que nous la trouvons pour la première fois. En parlant de la fameuse Sibylle de Cumes, il dit qu'elle était venue de Babylone et qu’elle était la fille de Bérose, l'historien de la Chaldée. Pausanias, un peu plus récent et qui, selon la juste remarque de M. Alexandre, n'avait pas l'habitude de se servir des écrits chrétiens, parle à son tour de la Sibylle fille de Bérose, avec un peu plus de détails. « Il y eut, dit-il, chez les Hébreux d’au-dessus de la Palestine une femme prophétesse, nommèe
frères Zerovan, Titan et Yapedosthé se partagèrent la domination de la terre. Et 1ls me semblent les mêmes que Schêm, "Häm et Yapheth. Quand ils se furent partagé l'empire de toute la surface terrestre, Zerovan, enflammé d'orgueil, voulut dominer sur les deux
Sabbé, que l'on dit fille de Bérose et d'Erymanthé; les uns l'appellent la Sibylle babylonienne, les autres la Sibylle égyptienne » (Pausan., x, 12, 9). M. Alexandre (Oracula Sibyllina, t. LI, p. 38) conjecture que le nom donné ici à Ja Sybille bérosienne doit être rétabli en Erimantis, valde prophetans. En tout cas, il est évident que Pausanias a eu en vue la Sibylle sous le nom de laquelle circulaient les vers qui constituent aujourd’hui les $ 2 et 4 du troisième livre des Oracles sibyllins, etson langage prouve que, tout en admettant . des fables sur leur auteur, il savait que des esprits plus critiques avaient discerné que ces vers étaient d'origine juive et composés eu Égypte, |
A la même époque, un monument épigraphique nous apporte une preuve bien plus frappante de Ja renommée qui s’attachait déjà à la Sibylle bérosienne et à sa légende. Nous verrons tout à l'heure Suidas, sans nous dire d’après quel auteur, lui donner le nom de Sambéthé, ce qui, comme l’a surabondamment démontré M. Alexandre (Oracula Sibyllina, t. IL, p. 84), n’est qu’une transcription différente du même nom hébreu que Sabbé. Or, une inscription funéraire de Thyatira en Lydie (Corp. inscr. graec., n° 3509), datée du proconsulat de Catillius Severus, sous Hadrien, commence ainsi : « Fabius Zosimus s’étant fait faire un tombeau, y a été déposé dans un lieu pur, situé en avant de la ville, près du Sambatheion qui est dans l’enclos du Chaldéen, le long de la voie publique, » Périzonius, dans ses notes sur Élien (Var. hist., x11, 35), et Frantz (Corp. inscr. graec., t. II, p. 840) n’ont pas hésité à reconnaitre dans le Sambatheion un petit temple à la Sibylle Sambathé ou Sambéthé, qu'avait élevé dans son enclos un devin, disciple de Ia tradition chaldéenne, car c'est le sens qu'avait pris alors le plus généralement le mot xadaios (voy. mon article Chaldaei dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de MM. Daremberg et Saglio).
Voici maintenant ce que dit Suidas : « La Sibylle chaldéenne est aussi appelée par quelques-uns hébraïque, et également persique; elle s'appelait de son nom propre Sambéthé, de la famille du bienheureux Noé; c’est elle qui prédit les exploits d'Alexandre le Macé-
autres. Titan et Yapedosthé résistèrent à sa wjolence et lui firent la guerre, parce qu'il voulait instituer ses fils comme rois sur tous les hommes. Et pendant cette guerre, Titan occupa une partie des limites héréditaires de Zerovan. Alors leur sœur Astlik (1) s'inter-
donien et dont parle Nicanor, l’historien de la vie d'Alexandre; elle a fait mille prophéties sur le seigneur Christ et sa venue. Les autres Sibylles sont d'accord avec elle, et l’on a de celle-ci vingt-quatre ” livres, traitant de tout peuple et de tout pays. » Il est facile de reconnaître que Suidas attribue ici en bloc à cette prophétesse toute la collection sibylline, telle que nous la possédons, car il faut évidemment, au lieu de x8”, corriger fBu6lix «9°, ce qui est précisément le nombre des livres des Oracles sibyllins. Le lexicographe byzantin coufond en même temps avec cette Sibylle chaldéenne la persique, que rien d’autre n'autorise à y identifier; Varron (ap. Lactant., Div. instit., 1, 6) faisait de cette dernière Ja plus ancienne des Sibylles et relatait son oracle sur le conquérant macédonien; voy. du reste ce qu'en a dit M. Alexandre, Oracula Sibyllina, t. II, p. 81. Pour ce qui est de la parenté de la Sibylle chaldéenne avec Noé, c'est dans le vers signalé par nous un peu plus haut que Suidas a emprunté ce renseignement. Il ne parait donc y avoir, dans tout son article, d’emprunté à un auteur quelque peu ancien que le nom de Sambêthé, qui coïncide si bien avec l'inscription de Thyatira.
Maïs là ne devaient pas s'arrêter les transformations que la légende fit subir à la Sibylle chaldéenne. Citée par Bérose, elle était devenue dans les premiers siècles de l’ère chrétienne la fille de cet écrivain; au Moyen-Âge nouveau changement ; le nom de Sabhé la fit confondre avec la reine de Sabba. C’est ainsi que nous lisons dans Michel Glycas (Annal., p. 343, édit. de Bonn) : « Soba est un peuple d'Éthiopie ; c’est sur lui que régna cette merveilleuse Sibylle, qui, sans connaître la loi et sans avoir entendu les prophètes, célébra en Salomon l'auteur de la sagesse; car elle dit: Que le Seigneur ton Dieu soit béni, qui s’est complu en toi, pour te placer sur le trône d'Israël. » Ces derniers mots sont empruntés au 111° livre des Rois (x, 9), pour compter comme la version des Septante. Cédrénos dit également (t. I, p. 186 de l’édit de Bonn): « La reine de Saba, que les Grecs ont appelée Sibylle, ayant entendu son nom, vint à Jérusalem. » |
(4) Cette mention d’une sœur, à côté des trois frères, rappelle \es |
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posa entre eux, calma par ses séductions leur querelle et les amena à convenir que Zerovan aurait la primauté. Mais les deux autres frères arrétèrent, en se liant pâr des serments, qu'ils tueraïient désormais tous les enfants mâles de Zerovan, pour éviter que sa postérité ne continuât sa domination. Pour réaliser ce projet, ils chargèrent quelques-uns des plus actifs parmi les compagnons de Titan (1) de surveiller les accouchements des femmes. C'est ainsi qu'ils mirent à mort, conformément à leur serment, deux des enfants de Zerovan. Mais enfin Astlik, après s'être concertée avec les femmes de Zerovan, parvint à persuader à quelques-uns des serviteurs de Titan de laisser en vie les autres enfants, et de les transporter dans l'orient, -sur la montagne de l'assemblée des dieux (2). » Moïse de Khorène n'a certainement pas pris ceci dans un texte écrit en grec, dans les extraits directs
enfants de Lemech dans Genes., 1v, 20-22, Le nom d’Astlik, j'ai déjà eu l'occasion de le dire ailleurs (Commentaire des fragments de Bérose, p. 438), n’est autre que celui de la déesse chaldéo-assyrienne Îschtar, légèrement altéré et muni de l’adjonction d’une finale arménienne. Or, j'ai montré plus haut (t. I, p. 200) l'identité de nom de la sœur des fils de Lemech, Na’emâh, avec une des formes de la déesse phénicienne ’Âschtharth, correspondant à Ischtar.
(1) Ces compagnons de Titan, qui sont comme ses multiples, des Titans en sous-ordre, rappellent dans leur rapport avec leur chef les Élohimn de Sanchoniathon (voy. plus haut, t. I, p. 544), compagnons et ministres de Il-Cronos.
(2) Voilà un trait de tradition chaldéenne bien caractéristique, une allusion formelle et directe au kar-mô’êd de Yescha’yähoù (xi1v, 13), au ’garschag kurkurra ou schad matäti des documents accadiens et assyriens, dont nous avons longuement traité au chapitre précédent.
de l'ouvrage de Bérose. Sa sourcé était déjà armémienne, et les noms grecs qui désignaient les person-. nages du mythe dans le hvre du prêtre chaldéen, contemporain des premiers Séleucides, y étaient traduits et déguisés sous une forme tout iranienne (1). Zerovan est bien évidemment le zend z2arvan, « temps, » et cette appellation s'est formée sur le modèle du Zrvâna-akarana, le temps incréé, fini, des livres mazdéens (2); elle a été tout naturellement substituée à Cronos, par suite des idées d'antiquité prodigieusement reculée qui s’attachaient à ce dernier nom. Yapedosthé a été expliqué tout à l'heure; 1l remplace le Prométhée des fragments grecs de Bérose, par un souvenir des mythes grecs qui font de Prométhée le fils de lapétos, mythes que l'auteur des Chaldaïques avait certainement en vue quand 1l employait le nom du fils des Titans pour désigner un personnage de la tradition babylonienne. Yapedosthé, d'ailleurs, nous l’avons déjà dit, est certainement une appellation puisée dans la légende nationale arménienne. Le seul des noms grecs employés par Bérose’ qui n'ait pas été ici changé est celui de Titan. Tout ceci doit être le résultat d’un travail, en partie basé sur des traditions encore existantes en Arménie, que le récit, traduit d’abord des tablettes chaldéennes en grec par Bérose, aura subi à une certaine époque
(1) Ewald, Geschichte des Volkes Israël, t. I, p. 401; Pictet, Origines indo-européennes, re édit., t. II, p. 626; Fr. Lenormant, Commentaire des fragments de Bérose, p. 422.
(2) Voy. Spiegel, Avesta, t, IT, p. 217.
pour reprendre une forme orientale, en passant de nouveau du grec dans une des langues de l'Asie. Nous n'hésitons pas à rapporter un tel travail aux deux premiers siècles de l’ère chrétienne et aux savants de l'école d'Édesse, à laquelle appartenait certainement — bien qu'il ait prétendu attribuer une antiquité apocryphe à son livre — le Mar-Abas Katina dont Moise de Khorène a fait son guide pour les époques antiques de l’histoire d'Arménie.
L'auteur juif et alexandrin qui composait, au milieu du IF siècle avant l'ère chrétienne, le $ 2 du livre m des Oracles sibyllins, avait aussi trouvé le mythe des trois frères divins et de leur guerre dans l'ouvrage de Bérose, comme la tradition de la Tour des langues, et 1l lui a donné place dans ses vers (v. 106-159). Mais ç'a été en le paraphrasant, en le mélant d’éléments étrangers, empruntés à la mythologie grecque et principalement à la Théogonie d'Hésiode, de manière à y greffer le mythe hellénique de la Titanomachie. Voici, du reste, son récit, que nous croyons utile de traduire ici, comme inspiré en partie de Bérose, bien qu'il contienne bien des choses qui n’etalent certainement pas dans les Antiquités chaldaïiques, et encore moins dans les documents sacrés indigènes de Babylone.
« Quand la Tour fut tombée et les langues des hommes devenues discordantes en proférant les sons les plus divers, toute la terre se remplit de mortels, divisés en royaumes. Ce fut alors la dixième génération d'hommes depuis le moment où le {déluge avait
fondu sur les premiers humains (1). Régnèrent Cronos, Titan et lapétos, que les hommes dirent les enfants puissants du Ciel et de la Terre, introduisant les noms du ciel et de la terre, parce qu'ils étaient de beaucoup les plus puissants des mortels. Ils avaient partagé la terre en trois parts et les avaient tirées au sort, et chacun régnait sur une part, sans qu'ils se fissent la guerre; car 1ls en avaient fait le serment entre les mains de leur père après ce juste partage. « Mais vint le termic de la vieillessé de leur père ; il mourut, et ses fils, violant d'une manière terrible leurs serments, commencèrent à se disputer à qui, recevant les honneurs royaux, commanderait à tous les hommes. Cronos et Titan combattirent donc l'un contre l’autre. Mais Rhéa, Gaïa, Aphrodite à la riante couronne, Démétér, Hestia et Diônê à la belle chevelure (2), les ramenèrent à l'amitié, réunissant tous les rois, leurs frères, leurs parents et les autres hommes qui tenaient à la royauté par le sang et par
(4) La dixième génération après le déluge marquait une époque climatérique dans le système d'histoire de Bérose, les dix premières générations postdiluviennes y faisant pendant aux dix générations antédiluviennes (voy. plus haut, t. 1, p. 228). Mais ce n’est pas l’histoire de la guerre des trois frères divins que l’auteur des Chaldaïques plaçait alors; elle était pour lui plus rapprochée du déluge. « À la dixième génération après le déluge, il y eut chez les Chaldéens un homme juste, grand et savant dans les choses célestes. » Voilà ce.que Josèphe (Ant. jud., 1, 7, 2) affirme avoir lu dans le livre de Bérose ou dans ses abréviateurs. Et il s'efforce, avec bien peu de vraisemblance, de l'appliquer à Abrähâm. Nous reviendrons, du reste, sur cette question dans notre chapitre xv.
(2) Toute une troupe de déesses helléniques remplace ici la simple Astlik du récit conservé par Moïse de Khorène.
la naissance. Ils décidèrent d'installer Cronos comme roi sur tous, parce qu’il était l'aîné et le plus majestueux. Mais en revanche Titan imposa à Cronos des serments terribles, lui faisant jurer de ne pas élever d'enfant mâle, afin de régner à son tour, quand la vieillesse et la mort seraient venues pour Cronos.
« Aussi quand Rhéa enfanta, les Titans se tenaient autour d'elle et mettaient en pièces ses enfants mâles, laissant la mère élever ceux du sexe féminin. Mais lorsque la vénérable Rhéa accoucha pour la troisième fois, elle mit d'abord au monde Héra, et les Titans, hommes sauvages, ayant vu de leurs yeux sa fille, retournèrent dans leurs demeures. Cependant Rhéa, de la même couche, donna bientôt naissance à un enfant mâle, qu'elle envoya immédiatement en Phrygie pour y être nourri en secret, sous la garde de trois Crétois, liés envers elle par des serments; c'est pour cela qu'il fut nommé Zeus, comme enfant envoyé au loin. Elle parvint à soustraire secrètement Poseidôn de la même manière. Enfin la divine Rhéa enfanta un troisième fils, Pluton, en passant à Dodone, d’où coulent les eaux du fleuve Eurotas, qui se jettent dans la mer, mélées à celles du Pénée, et reçoivent le nom d'eau Stygienne.
« Et quand les Titans apprirent qu'il existait en cachette des fils nés de Cronos et de Rhéa, son épouse, Titan rassembla ses soixante fils et saisit dans des liens Cronos avec Rhéa son épouse, les cacha sous la terre et les garda enfermés dans les ténèbres. C'est ce qu'entendirent les fils du puissant Cronos, et ils
engagèrent contre Titan une dispute et une grande guerre. Ce fut le commencement de la guerre pour tous les hommes et le premier point de départ des luttes à main armée parmi les mortels.
« Alors Dieu fit tomber le malheur sur les Titans, et toutes les races des Titans moururent, ainsi que celles des fils de Cronos. »
C'est d'après ce morceau sibyllin que Tertullien (1) dit : Decima genitura hominum ex quo cataclysmum (corr. çataclysmus) prioribus accidit, regnavit Saturnus et Titan et Tamfetus (corr. Tapetus), Coeli et Terrae fortissima filii. Et les cinq vers du texte grec, qu'il traduit ainsi, sont également cités par Athénagore (2).
La comparaison des vers de la prétendue Sibylle avec le morceau de Moïse de Khorène, que nous Yenons de citer, permet de discerner facilement ce qui, dans ces vers, provient en réalité du récit écrit pour les Grecs par le prêtre babylonien Bérose. Quant au reste, ce sont des emprunts aux fables grecques que le poète juif d'Alexandrie a greffés plus ou moins adroitement sur cette histoire, afin de la faire mieux cadrer avec la mythologie connue du public hellénique auquel il adressait sa soi-disant prophétie sibylline. Telles sont l'intervention au milieu de la querelle des deux frères des principales déesses que la Théogonie d'Hésiode fait naître avant les fils de Cronos; la substitution brusque des Titans de la légende grecque au persen-
(1) Ad. nation., 11, 12.
(2) P. 307, édit. de Paris
nage unique de Titan, tel que nous le voyons au commencement et que le donnent les extraits plus purs de Bérose (1) ; les appellations de Zeus, Poseidôn et Pluton données au fils de Cronos, afin d'y retrouver les trois grands dieux des mythes des Hellènes ; la naissance de Pluton sur les bords de l'Eurotas de Thessalie (transporté en Épire), dont il n'était certainement pas question dans l'histoire chaldéenne (2); enfin la mention de la Titanomachie, à laquelle le poète a donné un caractère différent de celui qu'elle a d’ordinaire dans les récits grecs, puisqu'il y fait lutter les Cronides pour délivrer leur père, captif des Titans, tandis que, chez Hésiode et les autres Hellènes, ce sont les Titans qui essaient de délivrer leur frère Cronos, prisonnier de ses enfants. Notons aussi comme une circonstance ajoutée, mais personnellement propre à l'auteur des vers sibyllins, la substitution de l'Ida de Phrygie à l'Ida de Crète comme lieu de naissance de . Zeus, premienindice du système, commun à tous les auteurs de poésies sibyllmes, qui plaçait en Phrygie le berceau de l'idolâtrie (3). |
La pundence commanderait peut-être de s'arrêter
(4) Cependant le nombre des soixante fils de Titan est bien babylonien; voy. d’ailleurs sur les compagnons de Titan les observations de la note 1 de la p. 210.
(2) C’est par une combinaison syncrétique du même genre que le Sanchoniaton de Philon de Byblos faisait donner par Cronos (11) à sa fille Athènè (Andth}) la royauté de l’Attique ; voy. plus haut, t. I, D. 546. .
(3) Orac. Sibyll., v, v. 130; vi, v. 13.
LE PÈRE DE LA NOUVELLE HUMANITÉ ET SES FILS. 217 ici, et après avoir groupé tout ce que l'on possède de documents sur l'existence, dans la tradition sacrée de la Chaldée et de Babylone, d'un mythe de trois frères à demi-divins qui se sont partagé le monde, analogues aux trois fils de Nôa’h dans la Bible et aux trois fils de Thraetaona dans la légende iranienne, de ne pas essayer, en l'absence d’une rédaction cunéiforme originale de ce mythe (qui se retrouvera sans doute quelque jour), de percer l'obscurité profonde que des renseignements mutlés, incomplets et tous de seconde main laissent encore planer sur lui. Mais dans les sciences, et en particulier dans celles qui touchent à l’histoire, l'hypothèse est un moyen d'investigation légitime et qui souvent conduit au vrai, à condition qu'on la manie avec sagesse et critique, qu'on l'étaie sur des faits d’une valeur réelle, qu’on s'efforce de la vérifier par l'observation, et surtout qu'on pose bien nettement la limite de ce qui est cerütude et de ce qui est hypothèse. Nous ne croyons donc pas qu'il nous soit interdit de hasarder quelques conjectures sur ce que devaient être probablement, dans les documents babyloniens originaux, les noms présentés par Bérose sous le vêtement grec de Cronos, Titan et Prométhée, mais en ayant soin de prévenir le lecteur qu'il s’agit ici de conjectures soumises à vérifications ultérieures, que nous ne voudrions en aucune façon présenter comme des faits démontrés, pas plus que nous n’en aurions le droit.
Pourtant il y a une probabilité si grande qu'elle équivaut presque à une certitude au sujet de \a forme
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que devait revêtir le nom du troisième des frères. Il correspond au Yapheth biblique. Bérose, d'après ses extracteurs Alexandre Polyhistor et Abydène, l’appelait Prométhée, nôm purement grec qu'il n'a pu être conduit à adopter que parce que la tradition hellénique faisait de Prométhée le fils du Titan lapétos, mais un fils plus célèbre que son père ; et l'auteur des vers sibyllins paraît avoir lu, dans la version de l'histoire de la Chaldée, qu'il avait sous les yeux, lapétos au lieu de Prométhée. Enfin la source syro-arménienne à laquelle a puisé Moïse de Khorène employait à la place du nom grec la forme Yapedosthé, dont nous avons constaté l'importance et qui se rattache à des traditions orales, indépendantes de l'écrivain grécobabylonien. Tout ceci fournit des indices d'une incontestable valeur pour faire penser que le nom de la tradition sacrée babylonienne devait être 1ci conforme à celui qui a été adopté par les rédacteurs bibliques, que probablement il offrait un type assyrien régulièrement correspondant à l'hébreu Yepheth ou Yapheth, c'est-à-dire vocalisé en Yaputu ou Yupulu.
Cronos-Zerovan est manifestement, dans le mythe babylonien, le correspondant du Schêm biblique. Par la part incontestablement sémitique de ses traditions religieuses, dont il est aussi impossible de méconnaitre l'importance que celle de l'élément suméro-accadien, Babylone appartient à la division du monde antique dans laquelle la primogéniture et la primauté devaient être nécessairement attribuées à ce chef de race. Ainsi que nous l'avons dit, l'introduction du nom de
Çairima dans le système ethnographique des livres mazdéens, dès avant la rédaction des Yeschts, établit l'existence de celui de Schêm, dont il est dérivé, dans la tradition babylonienne, où 1l avait nécessairement la forme de Sumu ou Sam&, suivant que sa signification originaire était « renom, gloire, » ou bien « élevé. » À ce point de vue même, la forme babylonico-assyrienne de ce nom, quand on l'aura retrouvée, tranchera par sa vocalisation la question encore incertaine de son étymologie. .
Mais est-ce bien le nom de Schêm que Bérose a traduit par Cronos ? N'est-ce pas plutôt une autre dénomination parallèle, donnée également au même personnage dans les légendes babyloniennes ? Le choix de cet équivalent grec semble, en effet, de nature à faire croire que l'historien a voulu rendre par là une appellation de l'idiome sémitique assyrien qui impliquait la notion d’antiquité et de temps attachée chez les Hellènes à Cronos, surtout avec le jeu de mots significatif qui s'était établi de bonne heure entre Kpôvos et Xpévos. La traduction arménienne du Cronos de Bérose par Zerovan lui assure encore ce sens. Il est à remarquer. ici que le nom iranien de Zarvan s'introduisit, sous l'influence de la Perse, à une époque qu'il n’est pas possible de déterminer, mais qui doit être probablement celle des Arsacides ou des premiers Sassamides, dans le paganisme aramaïsé du bassin de l'Euphrate et du Tigre. Les livres sacrés des Çabiens ou Mendaiïtes nous l'offrent,- sous la forme Sarvan, comme cel d'un génie du temps, qui appaise a querelle entre
le soleil et les planètes (1). Ce Sarvan correspond exactement au ‘Oûlôm de la mythologie phénicienne, que nous avons vu figurer dans les cosmogonies d’Eudème, de Môchos et de Hiéronyme (2) comme un dieu de l'ordre le plus élevé, une des premières puissances cosmiques, qui est le Saeculum Frugiferum d'Hadrumète (3), représenté sur les monnaies de l’empereur Albin et de cette ville (4), l’Aïôn dont la statue se voyait à Alexandrie et a été décrite par Damascius en termes plus emphatiques que réels (5), et le prototype de l'Aïôn teleios de Valentin, identique à l'abime, fvêè, au premier principe, spoipyn, AU premier générateur, porérup (6). « Le mot ‘élém, dit M. Renan (7), paraît avoir vraiment appartenu à l'ancienne théologie des Sémites. De la signification primitive d’ « éternité, » il passa à celle de « monde, » puis à celle de « création, ordre de créatures, » qu'il a dans ce passage de l'épitre aux Hébreux (8) dc 09 xai ÉTOLNTE TOUS ve.
(1) Norberg, Cod. Nasar., t. I, p. 314.
(2) Voy. plus haut, t. I, p. 532-535.
(3) Ch. Lenormant, Rev. numismatique, 1842, p. 90 et suiv.; Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. II, p. 168 et suiv.; Gazette archéologique, 1877, p. 29 et suiv. |
(4) Pellerin, Recueil de médailles de peuples et de villes, t. II, pl. Lxxxvin, n° 4; Eckhel, Doctrina nummorum veterum, t. IV, p. 134; Mionnet, Descr. de méd. ant., t. VI, p.579, n° 8; L. Müller, Numism. de l’ancienne Afrique, t. IL, p. 52, n° 29. |
(5) Ap. Phot., Biblioth., p. 348, ed. Bekker ; Suid., v. Hpaïoxos et Auxyvopes
(6) S. Iren., À dv. haeres., 1,112; Tertullian., Adv. Valentin.,7 et 8.
(7) Mém. de l’'Acad. des Inscript., nouv. sér., t. XXIIT, 2e part., p. 257. |
Les Éons des Gnostiques et les ’Âlamin, qui jouent un si grand rôle dans le Qor’än, doivent être rattachés aux mêmes idées ; Silvestre de Sacy (1) a démontré qu'il faut traduire ce dernier mot, non par monde, mais par catégorie d'êtres. » L'expression ‘heled, que nous avons étudiée à l'occasion de la cosmogonie de Phérécyde (2), était synonyme de celle de ‘élém ou ‘älôm, qui appartenait au vocabulaire assyrien sous la forme ulamu.
Il y a dix ans, j'ai émis la conjecture que le nom assyro-babylonien traduit par Cronos et Zerovan pouvait avoir été Ulamu ou Elamu (3). Je ne reproduirais plus aujourd’hui une partie des arguments dont j'appuyais cette hypothèse; il en ést qui, par suite du progrès des études, n'ont pas gardé de valeur. Mais la conjecture elle-même me paraît être toujours soutenable et offrir en sa faveur certaines vraisemblances. Avec les deux significations de la racine ‘élam en assyrien, un nom du type que j'ai restitué conjecturalement serait susceptible à la fois d’une de ces dualités de sens opposés que les anciens aimaient à trouver dans les noms de personnages divins ou héroïques. Car ulamu serait le correspondant exact de Zerovan et de Cronos, et elamu (4) un synonyme de Schém, en
(1) Journal asiatique, septembre 1829, p. 161 et suiv.; Garcin de Tassy, La poésie philosophique et religieuse chez les Persans, p. 19. -
(2) Plus haut, t. I, p. 578.
(3) Essai de commentaire des fragments de Bérose, p. 431.
(4) Sur l’assyrien elamu, « haut, élevé » (cf. l'arabe ’élamun), voy. Friedr. Delitzsch, Assyrische Studien, p. 39. |
tant que ce dernier nom serait pris comme dérivé de la racine schâémäh. Le tableau ethnographiqne de la Genèse (1) fait de ‘Élâm le premier-né de Schém. C'est encore un fait qui pourrait être invoqué en faveur de l’idée que, dans la tradition babylonienne, le personnage qui tenait la place du fils ainé de Nôa’h recevait dans certaines versions un nom analogue à celui de ’Élàm au lieu du correspondant de celui de Schêém.
Quand au nom de Titan, il est mamfeste que Bérose l'avait choisi à cause de l'idée de violence et d'antagonisme que l'on attachait à cette appellation, rapportée par Hésiode (2) au verbe reraivu. En effet, le personnage qu'il appelle ainsi est présenté par - lui comme étant spécialement l'adversaire de Cronas- Zerovan. Dans l'extrait de Cornelius Alexander, dans celui d'Abydène et dans les vers sibyllins, 1l n'est question de guerre qu'entre Titan et Cronos ; le troisième frère parait demeurer neutre. C'est seulement le morceau de Moïse de Khorène qui le range aux côtés de Titan, et encore en lui faisant tenir un rôle tout à fait secondaire et effacé. La trace d'une idée analogue d'opposition et d’insolence attachée au personnage de "Hâm, qui correspond au Titan de Bérose, apparaît encore clairement dans le récit de Genes., iX, 22-27, car Häm y manque gravement au respect qu'il doit à son père; 1l y est posé, non plus propre-
(2) Theoyon., v. 207-210.
ment en antagoniste, mais en antithèse de ses deux frères, étroitement unis ; aussi, maudit par son père dans la personne de son plus jeune fils, il doit devenir + l’esclave des esclaves de ses frères. » Maintenant, en adoptant pour;un des trois frères le nom de Titan comme expression de l’idée d’antagonisme, Bérose s'est-il guidé sur la signification du nom assyro-babylonien qu'il traduisait en grec de cette façon ? Titan remplace-t-1l sous sa plume une appellaton de la légende chaldéenne qui aurait eu le sens de « l'adversaire, l’antagoniste ? » Ou bien, tout en choisissant un nom qui pour les Grecs éveillât une notion conforme au rôle mythique du personnage, l'historien de la Chaldée n'a-t-1l pas cherché une assonnance rapprochée entre ce nom et celui que lui donnaient les épopées de son pays natal ? Les deux hypothèses sont également possibles, et dans l'état de nos connaissances 1l serait téméraire de se prononcer pour l’une ou pour l’autre, car il n’en est aueune que l'on puisse appuyer de preuves formelles et décisives. | Remarquons cependant que nous avons déjà rencontré dans le. cours de nos études (1), parmi les héros des temps primitifs mentionnés par les traditions épiques de la Chaldée, parmi « les porteurs de couronnes qui depuis les jours les plus antiques’ ont gouverné la terre, à qui les dieux Anou et Bel ont assuré un renom de terreur, » nasut agé $a ullu ume
(4) Plus haut, t. [, p. 370 et suiv.
pana tbelu mâtum, Anum uw Belum islakkanu $ume Siri (1), et qui sont descendus ensuite dans le « Pays sans retour » (érçitum la léral) avec les morts vulgaires et les monstres de l’abime, un personnage d’un caractère titanique, dont le nom, Etana, prétait à être hellénisé en Titan. Cet Etana jouait encore le premier rôle dans un des récits légendaires, moitié épopées, moitiés contes, d'un accent populaire et presque enäntin, que George Smith a groupés dans le 1x° chapitre de son Chaldean account of Genesis, en les désignant sous le nom assez impropre de « Fables, » parce que les animaux y interviennent comme personnages agissants et parlants (2). Ce récit, dont on ne possède que quelques lambeaux mutilés qui se conservent au Musée Britannique (3), et qui sont connus par la traduction de G. Smith (4), avait un développement assez considérable, puisqu'il comprenait plus de trois tablettes ou chants. Dans un des fragments, Etana
() Cuneif. inscr. of. West. Asia, t. IV, pl. 49, 2, verso; G. Smith, Chaldean account of Genesis, p. 299 et suiv. . (2) De la même façon que l’ânesse de Bile'âm dans Num., xxut, que l’on ne classera point pour cela dans la littérature des apolagues et fables, non plus que les rhapsodies de l’Zliade où le poète fait
parler les chevaux d'Achille.
(3) Tablettes K 2597 et K 2606.
(4) Cette traduction est fort incertaine dans quelques-unes de ses parties et demande à être révisée; mais nous n'avons pas à entrer ici dans le détail d'une semblable étude de révision. Nous nous bornons, en effet, à indiquer sommairement l'existence de ces fragments, dont le sens général a été bien discerné par Smith, et nous n'insistons spécialement sur aucun passage, sur aucune expression qui auraient besoin d'être discutés à nouveau. M. Sayce a d’ailleurs sensiblement amélioré la première version de Smith.
parait comme le fondateur ou le restaurateur de la ville de Schourippak, à laquelle président sept Esprits ou sept Anges, Anunnakti (1). Dans un autre, nous avons les restes d’un dialogue entre l'aigle et le serpent, qui était relié, nous ne savons trop comment, à l’histoire d'Etana (2). Pour les Chaldéens, le temps des héros primitifs, des patriarches antédiluviens, et aussi de ceux des premières générations après le déluge, était « le temps où les bêtes parlaient (3). » Ceci offre une remarquable analogie avec la donnée essentielle de la forme du récit du chapitre 1 de la Genèse sur la chute du premier couple humain, où le serpent est doué de la parole. Le serpent y tient le rôle du tentateur, et 1l est à noter que dans le dialogue des deux anmmaux, que contenait l'histoire d'Etana, le serpent est représénté comme ayant commis un énorme et impardonnable péché. Malheureuse-
(1) Spécialement Anges ou Archanges terrestres, opposés aux sept Igigi ou Igaga, qui sont les Archanges célestes.
(2) Voy. ces deux morceaux dans G. Smith, Chaldean account of Genesis, p. 142-146 de l'édition de M. Sayce; p. 134 et 135 de la traduction allemande de M. Friedr. Delitzsch.
On pourrait peut-être inférer de ce qui reste du texte que l’histoire d’'Etana était racontée par l'aigle aux autres oiseaux, qui sont représentés s'assemblant autour de lui quand il a ouvert de son bec le cœur du serpent.
En tout cas, nous apprenons par le précieux fragment de catalogue des poèmes mythologiques de la bibliothèque de Ninive, découvert
par M. Pinches (G. Smith, Chaldean account of Genesis, édit. de
M. Sayce, p. XI-XII1), que celui-ci était attribué à un ancien chantre du nom de Nisch-Sin.
(3) D’après le Livre des Jubilés Gun) et Josèphe (Ant. jud., 1, À, 4), tous les animaux étaient doués de la parole dans le Paradis ter restre,