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tuites de ce genre pour expliquet quelqué chose dont le sens et l'intention sont parfaitement clairs. Quelle que soit l'étendue de l'autorité paternelle, elle n'est pas suffisante à révoquer la bénédiction personnelle que Dieu lui-même a accordée à ’Häm, comme à ses frères, lors de la sortie de l'arche (1). C'est donc sur les enfants de son fils que Nôa’h doit reportér s4 malédiction. Quant au motif qui a conduit le närrateur sacré à en choisir un plutôt que les auttes pour recevoir cette malédiction, il me semblé que nous pouvons nous en rendre compte. Commè Tuch l'a très-bien vu (2), cet épisode des rapports dü père dé Ja nouvelle humanité avec ses fils a sa place dans l'histoire biblique au même titré que le récit sur l'origine incestueuse des peuples de M6àb et de *’Ammôn (3), dont il est prescrit au Benè-Yistâél de se tenir éloignés (4), que celui de l'expulsion dé Yischmâ’él de la maison paternelle {5) et dé la dé“ chéance de ‘Ésäv de son droit d'ainesse (6). Ce sont autant de narrations destinées à entretenir au sein de Yisräël le sentiment de sa primauté, de sa supériorité morale et religieuse, de son caractère de peuple choisi, et à le prémunir par un légitime orgueil de race contre le contact corrupteur des peuples réprouvés qui l'entourent, et dont quelques-uns lui sont
(1) Genes., 1x, 1.
(2) Commentar ueber die Genesis, 2e édit., p. 147. (3) Genes., x1x, 30 et suiv.
(4) Deuteron., xx, 3.
(5) Genes., xxI.
(6) Id., xxv, 29-34, et xxvir.
étroitement apparentés. Et en effet, ici, dans la bénédiction de Schêm opposée à la malédiction de Kenâ'an, c'est Yisrâél seul que l'écrivain a en vue, puisqu'il dit (v. 26) que Yahveh est son dieu. Si cet anathème paternel, que ’Hâm a mérité, devient spécial à son fils Kenâ’an, c'est parce qu'il est ainsi la prémière base de la légitimité du droit de Yisrâél à la possession de là terre que Dieu promet ensuite à Abrâhâm de donnèt à sa descendance (1) et dont les Kenânéens, ses premiers Occupätits, seront justement dépossédés à câuse de la corruption dont ils ont hérité par suite de la faute de leur prertier auteur. Car c'est seulement après que les péchés de ce peuple sont arrivés à leur comble, ce qui n'était pas encore du temps d’Abrähâm (2), que son pays le voniit, suivant l'énergique expression du Lévitique (3). Les descendants de Schém le béni ne doivent pas faire alliance avec ceut
de Kenâ'an le maudit et contracter de mariage avee eux ; cette défense, sur laquelle la Tôräh revient à plusieurs reprises avec tant d'énergie (4), à sa première source dans la malédiction de Nôa'h. Le seul sort qui doive être résérvé à Kenâ'an est d'être « l’esclave des esclaves dé ses frères, » c’est-à-dire l’esclave
(1) Génes., xiï, 7; xt, 16-17; xv, 7 et 18-21; xan, 17; xxIV, 60.
(2) Id., xv, 16.
(8) xvux, 3 et 24.30.
(4) Exod., xxut, 31-38; xxx1v, 11-16; Num., xxxiit, 52-56; Deuteron:, VII, 1.5; XX, 18-18.
Abrâhâm est déjà préoccupé de ne pas laisser son fils Viçe’hâq
contracter mariage parmi les Kenânéens (Génés., xx1Ÿ, 3).
du rang le plus bas, le plus abject (1), et cette condamnation a d'autant plus de solennité que, selon la remarque de saint Augustin (2), le terme d'esclave apparaît iei pour la première fois dans l'Écriture, ce qui a été manifestement calculé. Notons, du reste, que dans la malédiction de Nôa'h, Kenâ’an ne doit pas être entièrement expulsé et anéanti, comme cela se trouve prescrit dans Num., xxxut, 52-56, et comme Jud., u, 1-5, dit qu'il y eut de la part des Benë-Yisräël transgression des ordres de l'Éternel à ne pas le faire ; il doit être seulement réduit en seryage. C'est en effet ce qui arriva, et l'anathème placé dans la bouche du patriarche caractérise très-exactement, sous sa forme prophétique, la condition dans laquelle les Hébreux, après la conquête de la Terre Promise, placèrent la population kenânéenne antérieure, qu'ils laissèrent subsister au milieu de leurs tribus et dont nous parle le chapitre 1°’ du livre des Juges.
La malédiction, en frappant Kenä'an au lieu de son père et des autres fils de "Hâm, est d’ailleurs justifiée, aussi bien que la dépossession et l'asservissement qui l'atteignent en conséquence de cette sentence prononcée avec l'autorité de l'ascendant outragé, eu ce que les peuples kenânéens apparaissent dans les données de la Bible, et aussi dans la réalité de l’histoire, comme résumant à sa plus haute puissance la dépravation de mœurs qui caractérise les ‘Hamites, à l'ex-
() Gesenius, Grammat. d. hebr. Spr., 8419, 2; Ewald, Gram-
mat. d. hebr. Spr., S313, e.
(2) De civit. Dei, xiv, 15.
ception des Égyptiens, lesquels forment sous ce rapport une noble exception au milieu des nations qui leur sont apparentées le plus près par le sang, dépravation qui contraste avec les tendances remarquablement pures des Sémites, dont Yisrâél est à son tour la plus haute expression. Les remarques de Knobel (1) et de Fresnel (2) sur l’origine ‘’hamitique de certains usages révoltants d'immortalité qui sont signalés par les anciens dans les mœurs de l'Arabie méridionale (3), et qui s’y maintiennent encore chez quelques populations (4), conservent toute leur valeur en dépit des théories plus que hazardées qui voudraient aujourd'hui pretendre que ces usages ont été communs à toute l'humanité primitive. Car, entre les peuples de l'antiquité, nous ne les voyons également signaler que chez des tribus libyennes (5) et éthiopiennes (6), c'est-à-dire chez d’autres membres de la race de "Hâm, et ils se rattachent:à cette perversion des liens de la famille et des rapports sexuels que les lois des Homérites, rédigées par Grégentios, évêque de Zhafär, nous font toucher du doigt chez les indigènes de l'Arabie méridionale avant l'islamisme, où elles ont paru à M. Renan (7) un legs des ’Hamites qui y for-
(1) Die Væœlkertafel des Genesis, p. 256.
(@) Journal asiatique, janvier 1871, p. 12.
(3) Strab., xvi, p. 783.
(4) Burckhardt, Reisen in Arabien, p. 675 et 682; Fresnel, Journal asiatique, juin 1838, p. 536.
(5) Herodot., 1v, 172, 176 et 180; Plin., Histf. nat., v, 8; Solin., 31, 4.
(6) Strab., xvi, p. 775.
(7) Histoire des langues sémitiques, 1re édit., p. 3.
mèrent la première couche de In population. Mais ce genre de perversion, c'est chez les Kenânéens que Bible la montre à son cemble, puisque c’est chez üne de leurs nations (4) qu’eke place les Mfèares désordres de Sedôm (9), la ville où il ne se renconté méêifie pas dix justes (3). H est bon de se répéter ei un chapitre xvi du Lévitique qui étamète, pet Res terdire à Ÿisrâél, toutes kes formes d'intéste, d'aider. tère et de péché contre riaturs, en précédant eétle énumération des mots : « Vous no férén poibf céntie on fait dans H terre de Micraii, OÙ vous avez résidé, et vous né ferés point comme 6à fait daté tèrré de Kend'an, où jé vous mène ; vüts ne suiviez pes leuts usages. » Les derñiers verséts du éhépitée dégsgent, d’ailleurs, de l'accusation d'immoraltté, qui semble peser sur eux dans ces paroles, les Égyptiens, lesquels ne doivent avoir été mentionnés que comme permettant certains mariages que la loi hébraïque, avec raison, considèré comme incestueux, celui, par exemple, du frère et de la sœur. Ces derniers versets précisent ceux à qui les abominations contre les mœurs sont reprochées et les mettent au eompte
(4) Genes., x, 19.
@) Id., xx, 13; xvunf, 20; xt, 49,
Levitic., xvir, 22 et 24; cf. xx, 93, représente la pédéfastie comme habituelle &hez lé populations kenânéennes que les Hébreux ont supplantées. Levitic., xx, 13, la punit de mort. Pourtant le voisinage des Kenânéens, conservés à Yeboûs, l'avait propagée ehez les Benyäminites établis à Gibe’äh, que Jud., x1x, 22, représente se conduisant exactement comme les gens de Sedôm.
(3) Genes., XVI11, 23-81. .
exclusif des Kenânéens. « Ne vous souillez, y est-il dit, par aucune de ces choses, car cest par toutes ces choses que se sont souillées les nations que je chasse devant vous — ...…. Ce sont Îh toutes les abominations qu'ont commises les hommes du pays, qui y ont été avant vous, et le pays en a été souillé. — Prenez garde que le pays ne vous vomisse si vous le souillez, comme il a vomi les nations qui étaient avant vous. » Levitic., xx, 22-24, dit la même chose, après l'énoncé des peines portées contre tous ces désordres. Remarquons, du reste, que l'écrivain de Levitic., xwin, 7, a eu manifestement l'intention de remémorer le péché de ’Hâm, cause de la malédiction de Kenâ'an, quand il a dit: « Tu ne découvriras pas la nudité de ton père. » Mais si l’allusion est certaine, l'expression a été prise par lui dans un sens métaphorique, car la fin du même verset et le suivant établissent qu'il s’agit de la défense de souiller Ja couche de son père par une entreprise sur sa propre mère ou sur sa belle-mère.
Kend'an est un peuple sans pudeur, non seulement dans ses mœurs, mais aussi dans sa religion et dans son culte. En outre des usages profondément immoraux, tels que les prostitutions sacrées, qu'il a en commun avec tous les peuples euphratico-syriens dans sa manière d’honorer ses dieux, il se distingue des Assgro-Babyloniens, et aussi de la plupart des peuples qui l'entourent (1), par la complaisance avec
(1) Les Pères de l'Église et la trabition des rakhbins considèrent |
laquelle il étale sur ses autels et dans son culte les images phalliques (1). Sous ce rapport, c'est bien lui qui hérite de la disposition impudique de son ancêtre "Hâm, qui a ri en voyant la nudité de son père; car on sait ce que ce mot de riudité veut généralement
le Ba’al-Pe’ôr adoré par les peuples de Môâb (Num., xxv, 1-5) et de Midiâän (Num., xxv, 18; xxx1, 16), peuples qui ne sont pas Keninéens, mais purs Sémites, étroitement apparentés à Yisrâél, comme ayant été un véritable Priape, et ils fournissent même à cet égard des détails dégoûtants (voy. les textes rassemblés par Selden, De diis syris, syntagm. 1, p. 83-87, et par A. Beyer, Ad Seldeni syntagmata additamenta, p. 244-253). Il est vrai que, comme Selden le remarquait déjà il y a deux siècles (ouvr. cit. p. 84 et suiv.), ils s’appuient sur une étymologie absolumerit fausse du nom de ce dieu, qui était celui du mont Pe’ôr (Selden, ouvr. cit., p. 89 et suiv.; Movers, Die Phœnizier, t. I, p. 668; Kautzsch et Socin, Die Æchtheit der moabitischen Alterthümer, p. 69-77; Winer, Realwærterb., art. Baal, p. 32 et suiv.;s W. von Baudissin, Jahue et Moloch, p. 36; Studien zur semitischen Religionsgeschichie, t. 1], p. 232 et suiv.). Mais ce n'est pas une raison absolue pour rejeter les dires en question comme sans fondement, sauf certaines particularités bizarres alléguées par Raschi (sur Num., xxv, 3) et que Selden déclare avec raison impossibles, en dehors de l'esprit de tous les cultes antiques. Les deux notions d’un dieu-montagne et d’un dieu phallique n'ont rien qui s’exclue ; les montagnes adorées comme divines ont généralement la forme conique dans laquelle on voit une image adoucie du phallus (M. de Vogüé, Syrie centrale, “Inscriptions sémitiques, p. 104 et suiv.; Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. Il, p. 121 et 306). Mais s’il en est ainsi, l’adoration d’un dieu phallique doit être rapportée aux influences kenânéennes dont les Môâbites et les Midiânites étaient pénétrés.
(4) Voy. Movers, Die Phœnizier, t. I, p. 571 et suiv., 595 et 662.
Les textes bibliques les plus formels à ce sujet sont le passage où Ye’hezqél (xvi, 17) parle des çalme zâkér, « simulacres de membres. virils, « que Yisrâél a fait faire pour les adorer au temps où ül s’abandonnait à l’idolâtrie de ses voisins, et celui où Yirmyâhou (x, 5) parle du thomer migschäh, c'est-à-dire de « la colonne (priapique, gardienne) du jardin de concombres » (cf. Epist.Jerem., 70).
Sur l'emploi du phallus dans les rites du culte secret de l’Aphrodite
dire pour les écrivains bibliques (1). Il est à noter, en effet, que l'on ne rencontre pas une seule représentation phallique sur les cylindres et sur les autres monuments de l'art assyrien ou chaldéo-babylonien parvenus en si grand nombre jusqu’à nous; sous ce rapport et sous celui de l'absence de la nudité virile, cet art est d’une chasteté exceptionnelle, qu'il ne faut pas trop se hâter, du reste, de rapporter à une haute notion de pureté morale, car il n’a pas la même répugnance pour la représentation de la nudité féminine, du moins comme type hiératique divin (2), et le xrac, l'organe femelle de la génération, représenté d'une manière incontestable, est un des emblêmes les plus multiphés sur les cylindres (3), où le phallus
de Paphos, d’origine phénicienne, voy. Clem. Alex., Protrept., p.13; Arnob., Adv. gent., v, p. 212. Ce que dit saint Jérôme (Comment. ad. Hos., 4) sur les religions priapiques chez les Hébreux sous l’influence de l’idolâtrie kenânéenne est aussi d’une haute valeur, bien qu’il en fasse une fausse application.
(4) Is., xzvit, 2-8, est surtout formel pour le sens de ’érvdh.
(@) Tel est, en effet, le type de la Zarpanit babylonienne (Fr. Lenormant, Essai de commentaire de Bérose, p. 119 ; Gazette archéologique, 1876, p. 63), si fréquemment reproduit par des figurines de terre cuite (Layard, Nineveh and its remains, t. 11, chap. vrr; Loftus, Travels in Chaldæa and Susiana, p. 214; G. Rawlinson, The five great monarchies, 2% édit., t. I, p. 139) et dans les gravures des cylindres (Cullimore, Oriental cylinders, nos 13, 27, 34, 35, 50, 94, 125, 199; Lajard, Culte de Mithra, pl. xxvi, n° 1, 6 et 9; xxx, n° À; xxx1v, n° 3; LI B, n° 13).
(3) Münter (Religion der Babylonier, p. 44, 118 et s.) et Movers (Die Phœnizier, t. I, p. 595) l'ont déjà remarqué, et il suffit de parcourir les planches de l’ouvrage de Lajard sur le Culte de Mithra pour en relever des centaines d'exemples.
Il y aurait un mémoire entier à faire sur l’adoration du xreic et son rôle symbolique dans les religions de l'Asie antérieure, en pari .
AN
fait défaut. On a bien, il est vrai, des cônes votfs de terre cuite portant es dédicaces au nom de rois de l'ancien empire chaldéen, qui paraissent avoir un caractère phallique (4) ; fnais jusqu'à présent éeci reste propre à une époque spécialement déterminée, et l'on ne trouve ren d'analogue dans les térmps plus récents. Le naturalisme de la religion chaldéo-babylonientie sé préoccupait beaucoup plus de la génération fémininé que de la génération masculiné; H lui altfbuait, à . Finverse des Égyptiens, une importance tès-supéheure. Le primape humide et femelle était, dans sa cosmogonie, la source de tout ; il avait produit spontané: ment, à l'origine des thoses, lea dieux et Punivers (2).
culier dans celle de Babylone. Je tenterai peut-être un jour de le faire, malgré ce que le sujet a de scabreux. On mit que cette ado= ratigh 8e maintient encore dans certains cultes sécrets dé la Syrië contemporaine (O0. von Richter, Walifahrten, p. 132; Bufekharüt, Reisen, t. I, p. 257 et 263).
Je n'hésite pas à penser que « l’abomination, » mipleféfh, que Ma’achâh, mère du roi Âsé, avait fait faire « à l'asch@räh, » laaschéräh, et que son fils mit en pièces ét brûla dans ke ravih de Qidrôn (1 Reg., xv, 13; IE Chron., xv, 16), n'était pas un simnulacrum Priapi, comme l'a pensé saint Jérôme (en traduisant lés deux passages cités, et dans son Comment. ad Hos., 4) d'après I tradition des Juifs, et comme ladmet à sa suite Selden (De diis Syris, syntagm. 11, p. 229 et suiv.). C'était le »telc, ernblème de Ia divi nité féminine, que représentait l’aschéréh ; les Séptante paraissent Pavoir compris ainsi, puisqu'ils en font un etc Actépthc: Mais ce qui le prouve absolument à mes yeux, c’est ke genrè du nret par lequel on désigne ce symbole d'une manière détournée : i} eût été contraire au bon sens de désigner le phallus autrement qtie par un terme masculin.
(1) Schrader, Jahrbücher für protestontische Thevlogie, 1875, p. 1%.
(2) Voy. dans notre lome Pr, le premièt Apperdiee, î, D, Eet K.
De ià le rang capital que tient dans cette religion, et dans toutes celles qui en ont procédé (1), la divimté féminine qui, sous mille noms et mille formes diverses, y est toujours une seule et même déesse, personnifiant la force universelle de la nature mère, se manifestant dans la fécondité de la terre et de l'humidité, dans la reproduction des plantes et des animaux, et dans les corps célestes auxquels on attribuäit une action bienfaisante sur Îe cycle des évolutfons perpétuelles de la vie, comme la june et la planète Vénus (2). De là la prééminence attribuée à fa mére sur le père dans l'antique société du peuple primitif et non-sémitique de Schoumer et d'Akkad (3), auquel nous sommes ainsi amenés à faire remonter ces conceptions (4). De là enfin l'emploi habituel du symbole
(4) Voy: le beau travail de M. E, Schrader, Semitismus und Babyloniemus, dans les Jahrbücher für pretestantische Theologie pour 18%. |
Hérodote (1, 105) et Pausanias (1, 14, 7) eavent déjà parfaitement Que c’est Babylone qui « été le berceau de la conception de l’Aphrodite Céleste.
€) Voy. E. Gurtius, Préuss. Jalirb:, t, XXXV, p. M ; Fr. Lenorthant, Gdretie archéologique, 18%, p 68 et suiv,
(8) Fr. Lenorment, Magie und Wahrseagekunst der Ghaldæer, p: 260 et suiv.
Dans la loi accadienñè sur la constitution de le famille, qui est pafvemuee jusqu'à nous, la panition du fils qui rehie sa mère est au moins égale à celle du fils qui renie son père; il est exclu de la ‘ famille, tamdis que le dernier y resté, mais comme serviteur (Friedr. Delitzsch, Aseyrische Lésestücke, % édit, p. 36, n° 9; Fr. Lenormant, Études accadiennes, t, III, p. 21-24).
(4) M. Sayce (dañs son édition de G. Sinith, Gkwidean account of Genesis, p. 105) à trés-justement relevé une preuve de la préérmimence accordée autrefois par les Schourmers ei les Aikads au aere féminin, et qui ne lui a pas été conservée par la civilisation sètmi-
du xrsiç au lieu de celui du phallus. Ces observations ont pour résultat de diminuer la valeur morale de l'absence de tout développement du côté phallique dans la religion des Chaldéens, des Babyloniens et des Assyriens. Mais cette absence n'en reste pas moins un fait et un fait important. Elle explique comment, pour les Hébreux, l'importance donnée à l'organe de la génération virile dans les formes extérieures du culte a toujours été un des traits odieux de Kenâ'an, une des abominations caractéristiques de son obscénité native et de son irrémédiable dépravation. Et c'est une des choses auxquelles fait allusion l’histoire de sa malédiction par Nôa'h.
Remarquons-le, du reste, si la malédiction passe par-dessus la tête de ‘’Hâm pour aller frapper spé- :
tique postérieure des mêmes contrées. Dans une incantation déprécatoire, en parlant de sept démons, le texte accadien primitif dit: $a rak numes $a nita numes, « ils ne sont ni femelles ni mâles, » et la version assyrienne, renversant l’ordre des deux termes de la phrase, porte : ul zikari sunu ul zinnisati Sunu, « ils ne sont ni mâles ni femelles » : Cuneif. inscr. of West. Asia, t IV, pl. 2, col. 5, 1. 39-40.
Il ne faut pas confondre ceci avec l'état singulièrement primitif et barbare d'organisation ou plutôt encore de non-organisation de la famille que M. Bachofen a si bien étudié dans son livre Das Mutterrecht (Stuttgart, 1861). Le peuple suméro-accadien, dans sa civilisation propre et originale, n’en était déjà plus à cette situation si imparfaite; l'enfant y était attribué à son pére, et non plus à sa mère.
Voici à cet égard quelques faits absolument significatifs.
On dit des mêmes démons, au sujet desquels nous venons de voir qu’ils ne sont ni mâles ni femelles: « Ils ne prennent point femme. ils ne produisent pas d’enfant, » et ces choses qu'ils ne font pas sont données comme le double attribut du chef de la famille. Accad. dam nutug mês dû nutudda mêé — assyr. assatu ul ÿhzu
cialement Kenâ'an, en vertu des raisons fort claires que nous venons d'indiquer, et aussi de manière à laisser en dehors de ces conséquences Miçraîm, un autre fils de ’Hâm, qui doit être un jour, par un privilége spécial dans la race à laquelle il appartient, appelé, en partie tout au moins, à la connaissance de la vérité religieuse (1), il n’en est pas moins évident que, dans la pensée de l'écrivain, cette malédiction, moins dure sans doute que pour Kenâ'an, s'étend dans une certaine mesure à toute la descendance de ’Hâm, qui a commis le péché de manquer au respect. dû à son père. Il exclut, en effet, tous les peuples ‘hamites des bénédictions prophétiques de Nôa’h, qui ne s’appliquent qu'à Schém et à Yapheth seuls et à leurs familles. Et la condamnation à devenir le serviteur de
maru ul aldu $unu : Cuneif. inscr. of West. Asia, t. IV, pl. 2, col. 5, 1. 6-7 et 43-44. .
La perturbation complète de la famille par les machinations des . démons a son dernier terme exprimé par :
Accad. dû é ädänita barauddune—assyr. mara ina bit abisu useçu, « ils font sortir l’enfant de la maison de son père » : Cuneif. inscr. of West. Asia, t. IV, pl. 27, 5, 1. 12-13.
Accad. dû dugub muluge baranziziene — assyr. maru ina birki nisi usatbu, « ils chassent l'enfant des genoux de l’homme (de son père) » : Cuneif. inscr. of West. Asia, t. IV, pl. 1, col. 1, 1. 38-39.
Mais, en revanche, ce qui suit n'y est pas un trouble moins odieux :
‘ Accad. gurus é uruanita barauddune = assyr. idla ina bit eburisa useçü, « ils font sortir la femme libre de la maison de sa fécondité » : Cuneif. inscr. of West. Asra, t. IV, pl. 27, 5, 1. 10-11;
Accad. gurus] & uruanita baraduldune =assyr. idla ina bit emuti Sa useçu, « ils font sortir (accad. ils excluent) la femme libre de la maison de sa maternité » : Cuneif. inscr. of West. Asia, t. IV, pl. 1, col. 1, 1. 40-41.
4) Is., xvut, 7; x1X, 18-22; cf. Sophon., ui, 10.
Yapheth comme le serviteur de Schêm (4) ne peut avoir de sens historique que ai l'on étend les consé. quences de l’anathème de Nôa’h, de Kenâ'an (qui ne fut asservi que par des Sémites) à l'ensemble des peuples issus de ‘Hâm. Maïs entendue ainsi, 1 est impossible à celui qui étudie l'histoire de mécoanaître que la malédiction s'est réalisée dans sa plénitude, et qu'elle est véritablement prophétique, car elle n'a reçu son entier accomplissement que bien après le temps où elle a été écrite dans le livre acré, quelque bas que l'on veuille placer la date de çalui-ci. Les empires fondés par les ‘Hamites, tels que les définit la Bible, ont vu les dèux autres races de l'humanité noa’hide entrer successivement en lutte avec eux, les vaincre et s'emparer des pays qu'ils occupaient. Les Sémites les remplacèrent de bonne heure dans la Chaldée, dans l'Assyrie, dans la Palestine et dans l'Arabie, les Aryâs dans l'Inde et la Perse. Les descendants da fils coupable ne maintinrent dès lors leur puissance qu'en Afrique et particulièrement en Égypte, où s'éleva la plus florissante de leurs colonies. Et même encore là, dans la suite . des siècles, les effets de la malédiction du père de la nouvelle humanité ont fini par les atteindre. Si "Him y est resté libre ct maître plus longtemps qu'ailleurs, il n'y est pas moins à la fin devenu le serviteur de Schôm. Après avoir été conquis par les Grecs et les Romains, descendants de Yapheth, la Phénicie,
(1) Genes., Ix, 26 et 27.
l'Égypte et le nord de l'Afrique obéissent depuis des siècles à des Arabes. Les Éthiopiens ont été conquis par des tribus sémitiques, qui se sont amalgamées avoc eux. Si la famille de "Hâäm subsiste encore dans un çerain nombre de pays et y forme toujours le fond de la population, nulle part, depuis des centaines et des centaines d'années, elle n'a une vie propre et natianale, et ne forme un État indépendant (1).
Après la malédietion contre le fils coupable d'outrage vient la bénédiction pour les fils pieux, Elles ont un çaractère prophétique comme la malédiction, et par suite elles revêtent également la forme rythmée. Les sentences relatives aux trois frères forment ua tout inséparable (2), un petit poème que le narrateur insère ici dans son texte :
« Maudit soit Kenâ’an !
qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères ! « Béni soit Yahveh, le dieu de Schêm !
et que Kenâ'an soit leur esclave !
« Qu'Élohim étende Yapheth et qu'il habite les tentes de Schëm !
et que Kenâ’an soit leur esclave ! »
Comme je le disais tout à l'heure, c'est Yisräél que le patriarche a seul ici en vue sous le nom de Schém. La bénédiction de l'aîné de ses fils réside dans ce fait que c'est de sa race que sortira le peuple par
(4) Voy. mon Histoire ancienne de l'Orient, % édit., t. T, p. (2) Ewald, À lterthümer, p. 1717.
lequel viendra le salut de toutes les nations (1), celui qui recevra le dépôt de la: croyance au vrai Dieu et du nom qui exprime la nature de son essence (2). En rapport avec Yapheth, Dieu est seulement désigné par son nom générique et universel de Élohém, et non par celui de Yahveh, qui est spécial au peuple choisi, et dont la connaissance est à elle seule une révélation ; car Yapheth représente ici la gentilité (3), envisagée, il est vrai, dans ce qu'elle a de plus noble et de plus pur. Ce passage, avec ceux de nr, 2-5, et de 1v, 25 et 26, montre clairement que le jéhoviste faisait une distinction parfaitement consciente et raisonnée entre l'emploi des deux noms de Dieu, Élohîm et Yahveh (4); mais il réservait le premier pour quelques cas exceptionnels, dans lesquels il prenait une
(1) Genes., xIx, 3.
(2) Voy. Meignan, Les prophéties messianiques, Le Pentateuque, p. 306.
(3) Je ne crois pas qu'il y ait à tirer parti à cet égard de ce que dit Genes., x, 5, que les fils de Yapheth peuplèrent « les îles des nations, » iyé haggôyim, et de la signification que prend le mot gôyim, comme désignant les nations étrangères, par opposition à ’äm, le peuple de Yisrâël (7s., xLn1, 6; xLIX, 6; Deuteron., xxvVI, 48 et 19; xxxur, 43), et spécialement les nations étrangères envisagées comme étrangères à la connaissance du vrai Dieu, comme constituant ce que nous appelons la gentilité (Jerem., xxxr, 40; Ezech., xxur, 30; xxx, 11; Psalm., cxxxv, 15). En effet, cette signification spéciale de gôyim n'apparaît pas avant le Deutéronome et les Prophètes. Dans la Genèse (xI, 2; xxxv, 11) le terme de gôy s'applique au peuple sorti d'Abrâhâm.
(4) Ewald (Composition der Genesis, p. 89) et Hengstenberg (Christologie, t. I, p. 47 et suiv.; Authentie des Pentateuchs, p. 334) insistent avec raison sur l'importance de la bénédiction de Nôa’h dans la question des deux noms de Dieu.
signification -bien caractérisée, et dans sa narration il adoptait à partir du début, de la création, le second ou la combinaison Yahveh-Élohim, et il représentait Yahveh comme connue dans la lignée dépositaire de la vérité religieuse depuis l'époque de Schéth (1), à la différence de l’élohiste pour qui ce nom a été inconnu des Patriarches (2) et qui ne l’emploie qu'à partir de la manifestation de Dieu à Môschéh dans le buisson ardent, au désert de ‘Hôréb. | J'avais, dans la traduction placée en tête du premier volume de cet ouvrage, adopté pour la phrase relative à Yapheth veyischken beähälé-schêm le sens de « il habitera dans les tentes glorieuses, » qui a pour lui les hautes autorités de J. D. Michaëélis, Vater, Gesenius, De Wette, Winer, Knobel et Eberhard Schrader. Au point de vue grammatical, ce sens est aussi bien justifié que le sens traditionnel « les tentes de Schém, » malgré ce que M. Joseph Halévy a pu dire à cet égard (3), recourant à une subtilité dont aucun hébraïsant ne s'était avisé avant lui. Cette interprétation me paraissait la plus simple et la plus naturelle de toutes. Je jugeais qu'il y avait une conséquence logique du fait de ce que l'écrivain représentait Dieu comme n'étant qu'Élohim pour Yapheth dans la façon dont, avec cette traduction, la bénédiction de celui-ci n'était que la gloire mondaine, tandis que celle de Schém était la possession de la vérité religieuse.
(1) Genes., 1v, %.
(2) Exod., vI, 3.
(3) Revue critique, 19 décembre 1880.
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Lo | LES ORIGINES DE L'EWTOIRE. … ..
| atte dernière raison conserve toujours à mos Jus ane valeur considérable, et pourtant, après Avoir examiné la question aver une nouvelle attention, j'hésite aujourd'hui à m'écarter aussi résolument de Vins térprétation reçus depuis les pins anciennes VeFsions; L'unenimité do la tradition } juive et chrétienne a un tel poide qu'il doit l'emporter sur les raisonnements lea plus ingénieur, quand eeux-oi ne peuvent pas s'appuyer sür des preuves absolument formellse.: Et d'ailleurs il est difficile d'échapper à l'assinilauor des éhälé-Schém de notre texte de Goes 1.97, avec les éhélé-Yehüdäh de Zachar, x, 74 êt: Ld dun Ya’agéb de Malach., u, 19.
Mais du miomant que l'on entend l'expression dans , ce sens; la promesse que Yapheth habitora les tentes de Schém, ce qui doit être pour lui une bénédiction, ne saurait être prise comme faisant allusion à uñe conquête des pays sémitiques par la race de Yapheth (1), soit celle de la Syrie et de la Palestine par les Grecs at les Romains (2), soit les expéditions des Scythes dans l'Asie antérieure, vers le temps desquelles Von Bohlen a cru que le morceäu rythmé sur le destin des trois fils de Nôa’h ävait été composé, sous le
(1) C'est cependant uné conquête de cé genre qui est prophétisée par Bile’âm dans Num., xx1v, 24:
« Des vaisseaux ( viendront) de Kittim, its humilierorit Asschoût et its humiliétonit Êber, et lui aussi sera détruit. »
(2) C’est l'explication qu’admettait saint Justin (Contr. Tryphuin. F9 et que Jean Le Clerc a rénetivelée au siëcle dernier.
règne de Yôschiyähoù. Il ne s'agit pas non plus simplement d'un commerce amical entre les races de Yapheth et de Schém, continuant l'amitié que le narrateur montre existante entre les deux frères (1), et du fait de la formation de peuples mixtes sur la fron- . tière des domaines de leur deseendance (2). La bénédietion prophétique a un sens plus haut et plus profond. Si c'est dans les tentes de Schêm que doit venir résider Yapheth, cette promesse est en rapport certain avec le privilége de la possession de Yahveh ‘comme dieu spécial, qui doit appartenir à la race du fils aîné; en entrant dans les tentes de Schém, c’est à ce privilége que Yapheth viendra participer. Il n'est pas possible que pour celui qui a rédigé la bénédiction sous la forme où nous la possédons, l'expression qui nous occupe n'ait pas emporté une signification messianique (3). Elle place à l'origme même de l’humanité postdiluvienne l'annonce de cette réunion de tous les peuples (4) avec Yisrâél dans l’adoration du vrai Dieu, que les prophètes entrevoient dans l'avenir et . célèbrent en termes si splendides (5). C'est donc bien
(4) Genes., 1x, 923.
. (@) C'est l'interprétation qui sourit le plus à M. Dillmann (Die
Genesis, p. 174).
(3) Tuch (Commentar ueber die Genesis, p. 151) n'hésite pas à l’'admettre, aussi bien que le protestant orthodoxe M. Frantz Delitzsch et le catholique M. Reinke (Beitræge zur Erklærung des Altes Testaments, t. IV, p. 3 et suiv.).
(4) Les Égyptiens eux-mêmes, quoique fils de Hâm, doivent y être appelés (7s., xvit, 7; x1x, 18-22; cf. Sophon., 111, 10), ainsi que les Philistins (Zachar., 1x, 7), ces ennemis héréditaires de Yisrâëk.
(5) Is., 11, 2-4; Zachar., vin, 20-23; x1v, 16, Psalm., xx, >,
le véritable sens que donne, d’après la tradition, le Targoum du pseudo-Jonathan, quand il paraphrase l'expression métaphorique en disant de Yapheth : « et . ses fils deviendront prosélytes et habiteront dans l'école (medresché) de Schém.» Et les Pères de l'Église, éclairant cette tradition par la lumière de la loi nouvelle, montrent l’accomplissement définitif de la pro-
phétie par le christianisme et la vocation des gentils (1).
voy. Genesius, Commentar über den Jesaia, t. I, p.179; Credner, Joël, p. 69 et suiv.
(1). Johan. Chrysost., Homil. xxrx in Genes.; 8. Augustin, Contr. Faust., xu, 24.