MILLESIMO CCCC* XX* TERTIO
L'importance que la fabrication des cartes et des images imprimées au moyen de blocs de bois acquit dans la première moitié du xv* siècle est démontrée d'une façon curieuse par un décret du gouvernement vénitien du 11 octobre 144I9 premier dociunent public qui fasse mention de Tart de la Gravure sur bois. Il se réfère à la décadence du trafic vénitien en cartes et images , et continue de la sorte :
Attendu que Part et le secret de fabriquer les cartes et les images imprimées j pratiqué â Venise^ est tombé totalement en décadence par suite de la grande quantité de cartes à jouer et images coloriées imprimées qui se fabrique hors de Venise; — - et qi^il est nécessaire d'apporter un remède â ce malj afin que les artistes en question ^ dont une grande partie ont de la famille^ trouvent une protection contre les étrangers, nous ordonnons et établissons^ conformément à la supplique desdits maîtres, que dès à présent et dorénavant û sera interdit dt apporter ou d'importer dans cette ville des produits dudit art , imprimés ou peints sur étoffe ou sur papier j c'est^-dire tableaux d^ autel j cartes â Jouer et tous autres produits dudit art y faits à la brosse et imprimés.
La Gravure sur bois à Venise doit avoir été d'abord importante et prospère, et être tombée plus tard en décadence, pour qu'une déclaration de cette nature ait pu être faite par le gouvernement. On peut donc prétendre avec certitude qu'elle a été pratiquée dans cette ville tout à fait au commencement du XV' siècle.
lO
Mais cet art naissant ne devait pas se borner longtemps à produire des cartes à jouer et des gravures de saints. L*Europe se réveillait de son long sonuneil et partout s'ouvrait une période féconde d'activité littéraire. Les bibliothèques des monas« tèreS; longtemps négligées, livraient leiu^ trésors inestimables, et les sages de la Grèce et de Rome recommençaient à faire entendre leurs voix. Rois et princes avaient cessé de se vanter eux-mêmes de leur ignorance et se disputaient le titre de protecteurs des lettres. Des bibliothèques se formaient à grand'peine. Aucun prix n'était jugé trop élevé pour les manuscrits merveilleusement travaillés qui sortaient des mains des copistes et des enlumineurs, et il n'était pas rare d*orner les précieux voliunes de reliures chargées d'or et de pierreries.
Au milieu d'un tel mouvement, l'attention des inventeiu-s et des hommes de lettres fut naturellement appelée siu- la nécessité de multiplier rapidement les copies des manuscrits les plus recherchés : la Gravure sur bois allait leur en donner les moyens. On-avait reproduit les traits d'un dessin, carte à jouer ou image, on pouvait agir de même pour l'écriture des copistes. Sans doute, une page ainsi gravée serait plus coû* teuse et plus longue à obtenir qu'une simple page manuscrite, mais, une fois ce travail fait, quelle facilité pour en répéter à bas prix les exemplaires autant de
PREMIERS ESSAIS. — INCUNABLES. ii
fois que l'exigeraient les demandes de plus en plus nombreuses. Nous voici arrivés aux Incunables ^ appelés quelquefois anopistographes parce que le papier était souvent imprimé d'un seul côté.
Le spécimen le plus ancien de ces incunables, et le premier livre imprimé en Europe, fut la célèbre Biblia pauperum ou Bible des pauvres, manuel religieux, autrefois populaire, dont beaucoup d'éditions ont été faites en Hollande, en Flandre et en Allemagne, entre 1400 et 1475. Le British Muséum en possède un des beaux exemplaires connus. 11 se compçse de quarante feuilles imprimées par frottement avec une encre brunâtre siur un seul côté du papier. Toutes les pages ne sont pas exactement de la même dimension; elles varient entre 241 et 254 millimètres de hauteur siu- 190 millimètres de largeur. Comme tous les premiers incunables, il n'est pas daté.
Le milieu de chaque page est divisé en trois compartiments dont chacun contient la gravure d'un sujet biblique. Il y a également sur chaque page quatre images de saints, ou prophètes, deux en haut et deux en bas. Le texte commence en haut de chaque page et occupe l'espace laissé entre les gravures. Il consiste dans le texte biblique illustré par les gravures. Les noms des saints et prophètes sont