‹ Les origines de l'imprimerie et son introduction en AngleterreChapitre 5 sur 10 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

HAA&LSU BT LAURKKT COSTKR.

EPT villes se disputèrent la gloire d'avoir donné le jour à Homère. Plus de quatorze ont réclamé l'honneur d'avoir été le berceau de la Typographie : Haarlem, Mayence, Strasbourg, Dortrecht, Venise, Rome, Florence et beaucoup d'autres ont élevé de temps à autre leurs prétentions, mais peu ont trouvé grâce devant la critique, 'et deux seulement, Haarlem et Mayence, se sont disputé longtemps la victoire.

Ceux qui placent à Haarlem le berceau' de 11mprimerie en types mobiles attribuent l'invention à un certain Laurent Janszoon ou Laurent Coster, qui serait né vers 1370 et mort vers 1440. Ces dates sont

données d'après l'autorité de Meeroiann % qui croit lui-même qu'elles sont incertaines.

Presque tout ce que l'on sait de Laurent Janszoon est puisé d'un ouvrage d'Adrien Junius, intitulé Batavia. Médecin savant de Haarlem et homme d'une grande valeur littéraire^ Adrien Junius naquit à peu près soixante-douze ans après la mort de Janszoon et écrivit son livre environ cent vingt ans après cet événement.

Cet ouvrage {Hadriani Junii Hornani, medici , Batavia) a été imprimé pour la première fois en 1588, et à cette époque l'opinion universelle était depuis plus d'un siècle que la Typographie avait été inventée par Jean Gutenberg. Junius lui-même en fait foi *• Voici ce qu*il raconte de Laurent Janszoon :

11 y a cent vingt-huit ans, demeiuait à Haarlem, dans une maison d'une splendeur remarquable, d'après ce qu'on en peut juger par ce qui reste aujourd'hui sur la place du marché en face du palais royal, un certain

I. Meermann, Origines typographie^^ vol. I, p. 49, p. Haga Comitsmij etc. j 1765.

a. En parlant d'Haarlem, Junius dit : c Redeo ad urbem nottram, cui primam invente istius artii typographies gloriam deberi et summo jure aaterandam aio, ut pote propriam et nativam ; aed luminibus nostris lola afficit inveterata illa et qu« encauid modo inacripu eit animii opinio, um aldi innixa radicibui quai nulli ligonet, nulli cunei, nuUa rutra revellere aut eruere valeant, qua pertinaciter credunt et periuasissimum habeut apud Mogontiacum claram et vetusum Germanie urbem primo repertas litterarum formulas quibus excuderentur libri. • (Batavia^ p. 253, éd. 1588.)

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Laurendus Joannes surnommé Custos ou ^Edituus, c'est-à-dire sacristain, parce que sa famille jouissait par héritage du privilège de cet emploi. Aujourd'hui on réclame pour cet homme , avec les meilleurs motifs et par suite d'affirmations les plus solennelles faites à ce sujet, l'honneur d'avoir inventé la Typographie. D'autres en ont joui jusqu'ici qui ne le méritaient pas, et seul il aurait droit à ces lauriers pacifiques préférables à ceux de tous les conquérants. »

a En se promenant dans un bois voisin de la ville, suivant la coutume des bourgeois qui en avaient amplement le loisir les après-dinées des jours de fête, il se mit à tailler quelques lettres à l'envers sur l'écorce d'un hêtre, et en fit des impressions sur du papier pour son propre amusement, et pour donner un modèle à imiter aux petits enfants de sa fille. 11 y réussit, et, comme c'était un homme intelligent et chercheur, il vit là les principes d'une découverte plus importante. Il trouva un auxiliaire dans son gendre, Peter Thomas, dont les quatre fils obtinrent presque tous la dignité consulaire (je cite ce fait pour montrer que l'Imprimerie est sortie non d'une famille ordinaire, mais d'une grande et riche maison). Us inventèrent à eux deux une encre plus g^élatineuse et plus adhérente que l'encre ordinaire, qui coulait et faisait des taches. Puis il fabriquèrent des tablettes sur lesquelles étaient gravées des figurines et des

lettres. J ai vu moi-même un ouvrage anonyme, écrit dans un style particulier, intitulé Spéculum nostrœ salu^ tis, et fabriqué de la sorte. Ce premier essai grossier était imprimé non sur les deux côtés, mais seulement sur des pages opposées, les versos étant collés ensemble pour ne pas laisser voir le mauvais efibt des pages blanches. Plus tard, ils remplacèrent les types de hêtre par d'autres en plomb et enfin en étain, substance plus dure et plus résistante. Cette même matière servit à fondre ces vieux pots à vin qui sont encore visibles dans la maison de la place du marché, qui fut habitée plus tard par le petit-fils de Tinventeur, Gérard Thomas, mort il y a quelques années à un âge très- avancé et que je cite ici avec respect comme un homme très-honorable et un citoyen tenu en haute estime. »

« Les nouvelles inventions excitent naturellement la curiosité, et cette fabrication rapide attira les acheteurs de tous les côtés. Les bénéfices furent considérables au début. Mais Tamour du livre se répandant, il fallut satisfaire aux demandes de plus en plus pressantes, et prendre de nombreux ouvriers. Ce fut la <:ause de tous les malheurs de Laurendus Joannes. Parmi ces nouveaux ouvriers se trouvait un Jean Faustus dont le nom de mauvais augure ne devait pas être trompeur. Bien qu'il fi^t tenu par un serment de garder le secret professionnel, dès qu'il crut connaître

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le mode de réunir les lettres ensemble ^ le procédé pour fondre les caractères et les autres détails de la fabrication, il profita de l'occasion de la veillée de Noël, pendant que tout le monde était occupé aux préparatifs de la fête, pour réunir tous les outils de son patron, s'emparer de tous les types, et se sauver de la maison accompagné d'un autre voleiu*, son complice. Il se rendit d'abord à Amsterdam, puis à Cologne, et enfin s'établit à Mayence. Là, il se crut à l'abri des atteintes de ceux qui le poursuivaient, et commença à exploiter pour son compte l'art dont il avait volé le secret. Et, de fait, à peu près un an après cet événement, c'est-à-dire en 1442, le Doctrinale d'Alexandre Gallus, grammaire qui était alors très-renommée, et les Traités de Pierre d*Espagne y parurent avec les caractères mêmes dont Laurentius se servait à Haarlem. » « Voilà, ajoute le docteiu* Junius, l'histoire que j'ai apprise de personnes respectables et dignes de foi, auxquelles elle a été racontée; et j'ai moi-même trouvé plusieiu^ autres personnes dont le témoignage, par sa similitude, corroborait et confirmait ces assertions. Je me rappelle que le précepteur de ma jeunesse, Nicolaus Galius, homme qui se distinguait par une mémoire aussi vive que fidèle, m'a répété que, plus d'une fois, lorsqu'il était petit, il avait entendu un certain Cornélius, relieur qui avait été employé dans l'atelier de Laurentius et qui a vécu jusqu'à quatre-

do

vingts ans, lui raconter avec une grande émotion toute l'aflaire, en entrant dans tous les détails... »

La tradition, racontée ainsi par Junius, trouve un appui dans des récits à peu près semblables d'écrivains anciens et faisant autorité. Mais, nulle part, Laïu'ent Janszoon n'est clairement désigné. Nous allons les citer. C'est, d'abord, la célèbre Chronique de Cologne, imprimée dans cette ville par Jean KœlhofF en 1499*

Elle raconte ainsi l'histoire de la découverte de l'Imprimerie :

« Item. — Cet art, très-digne et très-honorable, de l'Imprimerie a été découvert d'abord à Mayence en Allemagne, et c'est un grand honneiu* poiu* la nation allemande de compter dans son sein des honunes aussi ingénieux. C'était vers l'an 1440 de Notre-Seigneur, et à partir de cette époque jusqu'en 1450, qui fut une année d'or (l'année du Jubilé), cet art et tout ce qui s'y rapporte furent de plus en plus perfectionnés. En 1450, on commença à imprimer; et le premier livre imprimé fut une Bible en latin, composée avec de gros caractères, tels que ceux dont on se sert maintenant poiu* les missels.

« Item. — Bien que cet art ait été créé à Mayence, la première idée cependant a pris naissance, en Hollande, des Donat qui ont été imprimés avant cette époque. Ce fut là le principe; mais il est vrai que sa

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ai

forme actuelle constitue une découverte supérieure encore à la première, plus utile, et qui ira toujours en se perfectionnant.

« Item. — Un nommé Omnebonus rapporte, dans la préface d'un livre intitulé Quintilianus et dans d'autres ouvrages, qu'un certain Français appelé Nicolas Genson découvrit le premier ce grand art, mais cela est évidemment faux, car des personnes vivent encore qui peuvent prouver que des livres ont été imprimés à Venise avant que Nicolas Genson n'y vint et commençât à y graver et fondre des caractères. Le premier inventeur fut bien un citoyen de Mayence appelé Jean Gudenburch, né à Strasbourg et gentilhomme de naissance.

« Item. — De Mayence, cet art vint à Cologne ; de là à Strasbourg et enfin à Venise. Je tiens ce récit de la propre bouche de l'honorable patron * Ulrich Zell, de Hanau, qui est encore imprimeur à Cologne en 1499, et auquel la ville de Cologne doit l'introduction de l'imprimerie dans ses murs.

Il Item. — Quelques ignorants soutiennent que des livres ont été imprimés à des époques plus anciennes» mais cela est faux. »

En I $61, Théodore Volchart Coornhert, savant distingué et imprimeur à Haarlem, a publié une traduction hollandaise de Cicéron de Officiis. En dédiant ce

aj

livre aux magistrats de Haarlem, il rapporte qu'on a sourent dit que la Typographie avait été inventée à Haarlem. « Cet art, dit-il, a été apporté plus tard à Mayence par un employé infidèle et y a été perfectionné. Si llionneur de cette invention revient à Mayence, il ne faut s'en prendre qu'à la négligence des citoyens de Haarlem à faire valoir leurs droits. Je vois, poursuit-il, que l'opinion générale que cet art a été inventé à Mayence est maintenant si fermement établie qu*il est inutile d'espérer la modifier, même par Tévidence la plus grande et les preuves les plus irrécusables. Mais la vérité n'est pas moins la vérité pour n'être connue que de quelques-uns. Quant à moi, ma conviction est faite et je la dois aux témoignages dignes de foi d'hommes aussi respectables par l'âge que par leur autorité, qui non-seulement m'ont parlé de la famille de l'inventeur, de son nom et de son surnom, mais qui m'ont même décrit les moyens grossiers dont il se servait d'abord et m'ont montré du doigt la maison où il habitait. »

Peu d'années après la publication du livre de Coornhert, Luigi Guicciardini, neveu du célèbre historien d'Italie, composa sa Descrittione di tutti i Paesi Bassi. Elle a été publiée à Anvers en 1 567 et contient le paragraphe suivant sur l'origine de l'Imprimerie. On remarquera que Guicciardini est plus précis dans ses assertions que les auteurs hollandais.

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« Dans cette ville (Haarlem) nous trouvons nonseulement d'après l'affirmation publique de ses habitants et d'autres Hollandais, mais aussi d'après le témoignage de quelques auteurs, que Tart de graver et d'imprimer sur du papier des lettres et des caractères conune on le fait aujourd'hui y a été inventé. L'inventeur mourut avant d'avoir porté son art à sa dernière perfection ; mais ses essais ne furent pas perdus. Un de ses ouvriers s'enfuit à Mayence, où il s'appliqua à démontrer Tutilité de cette invention. Accueilli avec joie, il put continuer ses travaux avec succès et y devint bientôt aussi habile que célèbre. Ainsi naquit la croyance universellement répandue qui désigne Mayence conune le berceau de l'Imprimerie.

« 11 ne m'appartient pas de reconnaître de quel côté est la vérité. Ce que j'ai rapporté suffit, et je ne veux pas, par mes paroles, faire du tort à cette ville et à ce pays, n

On pourrait encore citer d'autres auteurs sur cette question, mais leurs affirmations sont de même nature, encore plus vagues et moins satisfaisantes. Ainsi Angelo Rocca, secrétaire de Sixte V, rapporte, dans son appendice au Catalogue de la Bibliothèque du Vatican, qu'Aide le jeune lui montra un jour un Donat portant sur les premières pages une note de la main de Mariangelus Accursius où il disait que Faust était sans doute l'inventeur des caractères en

métal, mais qu'il en avait pris l'idée dans un Donat qui avait été imprimé antérieurement en Hollande avec des blocs gravés. Enfin Scri venus cite quelques fragments d'un ouvrage perdu d'un nonuné Jan Van Ziu-en, un compagnon de Coornhert à l'imprimerie de Haarlem, par lequel le témoignage de Coornhert est confirmé.

Telles sont les preuves historiques siu- lesquelles s'appuient les droits de Laurent Janszoon au titre d'inventeur de l'Imprimerie.

Cest Meermann qui, le premier, a suscité et conduit cette argumentation au sujet de l'imprimerie de Haarlem. Il cite tous les fragments que ses immenses lectures lui ont fait découvrir à l'appui de sa thèse. Sans vouloir encombrer cette notice de ces pièces justificatives, nous nous contenterons de donner ici le résumé de ses recherches.

D'après Meermann, Laurent Janszoon descendait, avec une barre de bâtardise siu- son écu, de l'ancienne maison de Brederode, autrefois souveraine en Hollande. Son père était Hans Laiu*entszoon, de Haarlem.

« Ainsi, dit Meermann, l'invention du noble art de la Typographie peut être attribuée à un homme de naissance noble, et, par une coïncidence étrange.

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Gutenberg, qui a substitué les caractères en métal à ceux en bois^ fut également d'origine patricienne. Non-seulement cela ne nuisit pas à sa réputation ^ mais il continua, lorsque son invention se fut répandue, à être considéré conune gentilhomme et fut même attaché à la cour de Félecteur Adolphe. Dans le principe, en effet, les imprimeurs étaient considérés à un tel point, que Frédéric III leur conféra le droit de porter des vêtements garnis d'or et d'argent. Au xv* siècle, les hommes de la classe des chevaliers et les dignitaires de l'Église pratiquaient cet art, qui ne tomba en discrédit et ne fut pratiqué par les gens du peuple que longtemps après. »

Aux yeux de Meermann, Adrien Junius est donc coupable d'une grave erreur lorsqu'il dit que Laurent Janszoon était le descendant d'une famille qui avait reçu le nom de Coster à cause de son droit héréditaire à la profession de sacristain.

Laurent Janszoon figure pour la première fois dans les registres publics en 1408; en cette occasion, le registre constate qu'il a été mis à l'amende de 60 nobles pour avoir pris part à une insurrection à Haarlem. A plusieurs reprises, de 1423 à 1434, il fut magistrat ou trésorier de la ville.

La grandeur de la maison où il habitait prouve qu'il était riche. Sa femme s'appelait Catherine et leur unique rejeton était une fille, Lucie, qui épousa

a6 LES ORIGINES DE L'IMPRIMERIE.

Thomas Peterszoon, le fiitur aide en typographie de Coster.

Meermann admet difficilement le détail rapporté par Junius sur les premiers essais de typographie qui auraient été faits avec des écorces de hêtre. Il dit qu'il est bien plus simple de supposer que Coster s'amusait à graver l'extrémité d'une véritable petite branche^ tout en se promenant avec sa famille dans les bois de Haarlem.

Il n'est pas bienfacile, dit Meermann, de déterminer de quelle nature étaient les types que Janszoon gravait ainsi sur le bois. Cependant l'imprimeur Enschedius croit les avoir retrouvés dans des textes originaux imprimés des deux côtés de la page sur du vélin de fabrication ancienne et consistant dans Valphabet, le Pater et le Credo en latin. Après mûr examen et après comparaison de ces types avec ceux de la première édition hollandaise du Spéculum et de quelques Donat hollandais^ Meermann est d'accord avec Enschedius pour y reconnaître l'œuvre même de Janszoon.

Cela posé^ il est aisé pour Meermann de fixer la date de la découverte de Laurent Janszoon. Junius dit que les types étaient gravés sur de l'écorce et imprimés pour servir aux petits-fils de Janszoon. Or ces petitsfils devaient avoir atteint un âge assez avancé pour pouvoir connaître la langue latine. Peter, l'ainé, avait des enfants en 1440, de sorte qu'il doit s'être marié au

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plus tard en 1438. En supposant qu'il se soit marié à vingt ans, il serait né vers 141 8 et son frère cadet, Andrew, était probablement plus jeune de deux ans. Ainsi Peter aurait eu douze ans et Andrew dix en 1430. Par conséquent, l'invention de la Typographie peut être placée vers 1430.

Meermann nie que Laurent Janszoon se soit jamais servi de caractères en métal fondu et n'ajoute pas foi à l'histoire rapportée par Junius siu* les deux pots faits avec de vieux caractères et soi-disant encore en possession des héritiers de Janszoon : Des caractères en métal, dit-il, et en tout cas des caractères en métal fondu n'ont pas été inventés à Haarlem, mais à Mayence. » 11 répète alors l'histoire du vol des caractères de Janszoon ; mais, comprenant Tabsurdité de supposer que Faust, un marchand riche et trèsconnu à Mayence, ait jamais été le domestique de Janszoon et un voleur, et, sachant que Gutenberg se trouvait à Strasbourg à l'époque du prétendu vol, il en accuse un certain Jean Gensfleisch, frère aîné du célèbre imprimeur qui, bien que de naissance aristocratique, aurait été contraint par la pauvreté à entrer au service de Janszoon.

« Je pense, dit Santander, et sa critique n'est pas trop sévère, que le plus habile romancier, l'auteur de Don Quichotte lui-même, n'aïu-ait pas mieux réussi que

a8 LES ORIGINES DE L'IMPRIMERIE

M. Meermann dans la composition et le dénoûment de son roman typo§^phique , enfanté par un penchant fanatique pour la gloire de sa patrie. » Nous croyons qu'il n'y a rien à changer ni à ajouter à cette appréciation.

Plus tard, des auteurs, dont aucun n'a fait des recherches plus patientes et plus minutieuses que celles de M. Ottley dans ses ouvrages sur les origines de l'Imprimerie, ont voulu soutenir les droits de Coster, en prouvant, d'après les arguments pris dans l'ou* vrage même, que le Spéculum humanœ salpationis est d'origine hollandaise; qu'il a été imprimé à Haarlem, avec des caractères fondus, par Laurent Janssoon, avant que la Typographie ne fût encore connue de Gutenberg. Le champ de discussion ainsi ouvert est trop vaste pour que nous puissions l'aborder dans cette notice, et les argiunents employés sont trop techniques pour pouvoir être expliqués sans l'aide d'illustrations et de reproductions du livre original. Mais l'opinion des meilleurs bibliographes reste inébranlable. 11 est admis que Ton ne connaît aucun livre portant une date qui ait été imprimé à Haarlem avant 1483, plus d'un quart de siècle après que le fameux Psautier eut été édité par Faust et Schœfièr. Le récit de la fuite de Faust de Haarlem à Mayence, avec tous les outils et tous les csuactères de Coster, est puéril; et les mêmes histoires ont été racontées et

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répétées presque pour toutes les villes oà Ton fit du commerce avec rimprimerie. Le fameux Spéculum est attribué à la Hollande^ uniquement parce que les experts en gravures déclarent que c'est un échantillon d'art plutôt hollandais qu'allemand, et on l'attribue à une date ancienne pour des raisons qui ne supportent pas la discussion. En admettant que Texécudon en soit hollandaise, ce n*est pas une raison poiu* qu'il ait été imprimé à Haarlem, et il n'y a aucune preuve que Coster soit pour quelque chose dans son impression. Les arguments concernant les autres livres attribués à Coster ressemblent tellement à ceux qui ont trait au Spéculum, que nous n'avons pas besoin de faire un nouveau voyage à travers les détails techniques de la question.

Il se peut que Laïu'ent Coster soit, dans cette discussion de primauté, victime de l'inflexibilité des chif&es, et qu'il porte la peine de ne pas avoir daté ses premiers ouvrages. Mais on ne peut se dispenser de considérer les dates comme seules capables de faire autorité. Or elles sont en faveiu* de Gutenberg. Tous les argiunents en faveiu- de l'imprimeiu* hollandais sont hypothétiques, quelquefois contradictoires, et ils s'appuient sur des récits inspirés eux-mêmes d'autres légendes, si bien qu'on ne trouve aucune autorité vraiment sérieuse et responsable.

Dans l'exposé qui va suivre de l'histoire et des

droits de Gutenberg, on rencontrera bien aussi des hésitations, des retours aux prétentions de Laurent Coster; mais les faits auront incontestablement un plus grand caractère de certitude, les témoignages seront plus directs, et il semblera que Ton raisonne sur un terrain vraiment solide. Les partisans de Coster prétendront que c'est précisément parce que les temps se rapprochent ; mais ce serait là plutôt un tour de rhétorique qu'un argument sérieux. En poursuivant ce raisonnement, il faudrait en conclure que Tinventeur ne serait pas non plus Laurent Coster, mais quelqu'un qui, l'ayant précédé, serait tellement ancien qu'on n'en aurait jamais entendu parler.

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