‹ Les origines de la BibleChapitre 4 sur 7 · CPP EL 7 UT PRES · texte numérisé non relu

CPP EL 7 UT PRES

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n’est ni celui de l’histoire, ni celui du roman, ni celui du mythe, ni. celui de l’anecdote, et auquel on ne peut trouver d’analogie que des certains récits Srabes antéislamiques. Le tour de la narration hébraïque, juste, fin, piquant, naïf, rappelant l'improvisation haletante d’un enfant qui veut dire à la.fois tout ce qu'il a vu, était fixé pour toujours. On en retrouvera la magie jusque dans les agadas de décadence. Les évangiles rendront à ce genre le charme conquérant qu’il a toujours eu sur la bonhomie aryenne, peu habituée à tant d’audace dans l'affirmation des fables. On croira la Bible, on croira l'Évan- gile, à cause d’une apparence de candeur enfantine, et d’après cette fausse idée que la vérité sort de la bouche des enfans : ce qui sort, en réalité, de la bouche de l'enfant, c'est le mensonge. La plus grande erreur de la justice est de croire au témoignage des enfans. Il en est de même des témoins qui se font égorger. Ces témoins, si fort prisés par Pascal, sont justement ceux dont il faut se défier.

IVe

À côté de l’idylle ou, si l’on veut, du roman patriarcal, il y avait la tradition héroïque, celle-ci bien plus près de l’histoire et qui

me

n’était en quelque sorte que la continuation de la légende des

Pères. Caleb et Josué étaient à la tête de ce cycle nouveau, qui

se rattachait ainsi directement à la délivrance censée accomplie —

par Moïse. Ici, les élémens traditionnels abondaient. Israël pos-

sédait un riche écrin de chants populaires, remontant à deux ou

trois siècles, et se rapportant le plus souvent à un fait historique dont le souvenir direct s'était perdu. Parfois le chant populaire contenait des indications suffisantes pour reconstruire le récit du fait; parfois ces indications manquaient ou prêtaient au malentendu ; alors c'était l'imagination des âges postérieurs qui y sup-

pléait. Le Xitab el-A gant des Arabes est le type de ces sortes de

compilations, où des chants longtemps gardés par la tradition orale sont enchâssés dans un texte en prose, qui les explique. Le principe, en pareil cas, est que la pièce en vers est antérieure à Son préambule en prose, lequel n’en est que le développement, le commentaire souvent erroné.

Les plus: anciens chants nationaux d'Israël remontaient à l’origine même de la vie nationale, à ce moment où les Beni-Israël,

émancipés de l'Égypte, essayaient de sortir du désert, et contour-

naient du côté de l’Arnon, le pays de Moab. Le chant de Beër, le

chant sur la prise d’ Hésébon, se perdent, comme des étoiles du matin, dans les rayons d’un soleil levant historique. Les petits maschal

de Balaam s’y rattachaient de très près. Le chant sur la bataille

ut la cs anti Le beau cantique de Débora, au

contraire, nous à été conservé dans son intégrité. Enfin l’ élégie sur la mort de Jonathas et le début de l’élégie sur la mort d’Abner, sont cités avec un nom d'auteur; ils sont donnés comme de David. Sur ces sept ou huit exemples, trois sont rapportés par citation expresse à deux livres, l’un intitulé : Sépher milhamot lahvé, « le

livre des guerres de Tahvé, » l'autre Sépher hay-yaschar, livre du’ = Zaschar ou Iaschir, titre dont le sens est tout à fait douteux. Ces

deux livres étaient composés pour la plus grande partie de chants populaires. C’étaient ou deux livres se complétant l’un l’autre, ou un même ouvrage sous deux titres différens. Pour la commodité de l'exposition nous adopterons cette seconde hypothèse, dont l’inexactitude, si inexactitude il y a, serait de peu de conséquence.

Les citations du Zaschar et du Sépher milhamot lahvé se trouvant dans des parties très anciennes de l'Hexateuque (1), qui peuvent avoir été écrites vers le vrrr° ou le 1x° siècle, 1l faut en conclure que le Sépher milhamot lahvé, ou Sépher hay-yaschar, fut écrit au x° siècle au moins, à la fin même de la période dont il s'agissait de recueillir les chants et les souvenirs.

C’est le propre, en effet, des grands âges héroïques que d'erdinaire l’on commence à se passionner pour eux quand ils sont déjà bien finis. La génération héroïque meurt toujours sans écrire. Mais elle a raconté ses prouesses à une génération souvent très pacifique, qui attache d'autant plus de prix à ces récits épiques qu'elle n’a pour la vertu guerrière qu’une admiration toute littéraire. Les rudes soudards de David devaient avoir de longues histoires à conter. La vie d'aventures de David, traversée comme par un fil d'argent par l’amitié de Jonathas, offrait aux conteurs des épisodes charmans. Une foule de chants et d’anecdotes du temps des Juges, de Saül et de la jeunesse de David allaient périr. C'est alors, selon nous, qu’un ou plusieurs scribes du Nord, de Silo, par exemple, recueillirent cette riche moisson poétique, qui s’étendait sur trois ou quatre siècles, depuis les premières approches de l'Arnon, au sortir du désert, jusqu’à l'avènement de David. David était le dernier de ces héros aventureux qui avaient déployé un courage tout profane au nom de lahvé. Depuis qu'il fut devenu roi, 1l cessa de payer de sa personne et de s’exposer dans les batailles. Nous pensons donc que la bataille de Gelboé et l’élégie sur la mort de Jonathas occupaient les dernières pages du livre, dont les membres épars se trouveraient ainsi, en petite partie dans les livres des

(4) Nombres, xx1, 14 et suiv.; Josué, x, 13,

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