‹ Les origines de la BibleChapitre 5 sur 7 · REC · texte numérisé non relu

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| Juges et dans la première moitié des livres dits de Samuël.

Tout porte à supposer que le livre des anciennes chansons He

ques des Hébreux fut écrit dans les tribus du Nord bien plutôt qu'à LS il # |

Jérusalem. Le livre avait le caractère france, libre, un peu barbare,

sobre et ferme, de tout ce qui vient du royaume d'Israël, Ce qui

est presque décisif, c'est que, dans la, partie du livre relative à

… Fépoque des Juges, il n’était presque pas question de Juda; les

aventures héroïques se rapportaient surtout aux tribus du Nord, Les parties messéantes de l’histoire de David, ce qui concerne son

Simgulier entourage dans la caverne d’Adullam, son séjour chez.

Akis, ses brigandages avoués, ses campagnes contre Israël, Se com-

prennent aussi beaucoup mieux Chez un narrateur du Nord, pour. lequel David n’était qu’un aventurier hardi, que chez un narrateur - de Jérusalem ou d’Hébron, pour lequel David était le fondateur de

l'hégémonie de Juda. Peut-être, à vrai dire, la rédaction du livre des héros fut-elle double, comme cela eut lieu plus tard pour l’Histoire sainte. Il y eut peut-être la rédaction du Nord et la rédaction du Sud; on pourrait même supposer que Sépher milhamot lahvé fut le titre de l’une d'elles : Sépher hay-yaschur, le titre de l’autre. Mais, à cette limite, toutes les suppositions deviennent arbitraires ; 1l vaut mieux ne pas trop s’y arrêter.

On comprend qu’un pareil livre, écrit à un point de vue simplement héroïque, ait dû paraître scandaleux à une époque d’orthodoxie, où le coken et le nabi conquirent une importance qu'ils

- h’avaient pas eue dans les âges réculés. En usant comme ils de-.

vaient du vieux livre épique, les historiographes d'Israël y firent sans doute de nombreuses coupures ou retouches. Mais les soucis de lapologétique n'étaient pas, à cette époque, fort rigoureux. Les his-

toriographes laissèrent échapper, surtout dans la partie des Juges, une foule de détails qui prouvaient avec la dernière évidence que |

la législation supposée de Moïse n'existait pas à cette époque. De la

sorte, l’histoire hébraïque, telle qu’elle nous est parvenue, s'est … - trouvée renfermer sa propre réfutation. D'une part, elle nous affirme

que Moïse, avant l’entrée d'Israël en Chanaan, lui donna une législation complète : de l’autre, elle nous raconte une foule d'histoires postérieures à l'entrée d'Israël en Chanaan, qui supposent notoirement que cette législation n'existait pas.

Moïse et Josué étaient-ils nommés dans le Sépher milhamot ï lahvé ou dans le Zaschur? Cela est certain pour Josué. Le vers du

chant sur la bataille de Gabaon (Josué, chap. x), extrait du fa-

schar, semble supposer que Josué était nommé dans le récit en

prose. Les aventures de Caleb, qui était évidemment un des héros

du Sépher milhamot, ne sont guère séparables de celles de Josué.

| chant à de Ho né qui Daratt à avoir ée Mute Len récits | où vi) Moïse fait sourdre l’eau avec sa baguette. À Beër, nous voyons ai

seulement figurer les sarim, « les chefs », et les nobles du peuple,

- creusant le sable avec leurs bâtons. Ce qui est bien plus grave,

. c'est que, dans l'épisode de Balaam qui suit, et que nous supposons extrait en grande partie du Sépher milhamot lahvé, Moïse.

n’est pas nommé, bien qu’il soit censé encore vivant quand Ba-

laam entre er scène, et qu’il eût toute raison de figurer en une telle histoire. Nous n’oserions cependant pas conclure de là que Moïse ne figurait pas dans le Sépher milhamot ou dans le /aschar comme chef militaire et libérateur du peuple. Le récit de l’exploration de

Chanaan ne se comprend pas bien sans un chef de la nation, supérieur à Josué et à Caleb. Mais, sûrement, Moïse n'avait pas dans le

Taschar le caractère d'homme de Dieu et de législateur inspiré qu'il

revêtit depuis: Peut-être les noms des stations du désert faisaient elles parüe de cet ancien document ? Les épisodes étranges ou idyk Hiques, de Jahvé voulant tuer Moïse, du hkatan damim ou époux de

sang, de Moïse chez Jéthro, de ses rapports avec le cohen madianite Raguël et sa fille Sippora, sont peut-être aussi de la même provenance. Gertains détails de ces vieux récits purent sembler obscurs à ceux qui les rédigèrent et devinrent bientôt, pour la tradition, des énigmes tout à fait inexplicables.

Bien que le Sépher milhamot lahvé et le Jaschar aient dû se

perdre de très bonne heure, on peut dire cependant que les deux

livres ont été conservés dans leurs parties essentielles. Le ton gé-

néral de ces compositions nous est représenté surtout par le livre des

Juges, et là est la cause du caractère particulier qui fait salhr si fortement ce livre dans l’ensemble du volume biblique. Ge n'est ni l’histoire ad narrandum, ni l’histoire ad probandum ; c’est l'histoire ad delectandum, comme le Kitab el-Agani, le Kitab al-ikd,:le livre des Journées des Arabes, et les autres écrits du même genre, si nombreux en arabe. C’est l’histoire anecdotique d'un âge devenu légendaire. C’est la vie héroïque, peinte en vue d’un siècle qui l'aime encore, par le récit d’une série d'aventures possibles seulement

dans une vie brillante et libre. L'auteur voulait, avant tout, inté—

resser un peuple agricole et guerrier. Le tour de toutes ses anecdotes est militaire et idyllique. Il aime les ruses de guerre, les exploits surprenans, les détails de la vie pastorale ou rustique.

Jamais un trait gauche ou de faux goût; jamais un trait piétiste

ou de religion réfléchie; toujours le caractère de la plus belle antiquité. La conscience humaine a, dans ces récits, la même limpidité que dans la poésie épique des Grecs. L'homme n’a pas encore un

ie a la vie ou des dieux. EE ce A :

Israël n’eut jamais d’attachement réel pour la royauté. La vieen famille sans gouvernement fut toujours son idéal. L'autorité se pré- A a. sh sente d'ordinaire en Orient comme une gêne. On se complut ainsi ne. dans les souvenirs d’un état sücial parfois féroce et dur, mais tou- … jours noble, où l’on croyait avoir été heureux, et où, en tout cas, … on avait été jeune et libre. On se représentait ce temps comme une - époque de gaieté, de bonheur intermittent, de mœurs pures, où Fe l’individu, maître sur sa terre, à l’abri des abus de la monarchie, vivait dans l’état le plus voisin de l’état parfait, qui, pour l’Israélite, était l’état nomade primitif. Un cycle de délicieuses ‘pastorales se. broda sur ce fond aimable et serein. Le livre des Guerres de Iahvé absorba presque toutes ces anecdotes ; le livre des Juges hérita de cette flore poétique, que le souffle piétiste des âges postérieurs ne Fu ternit pas. Les épisodes développés de Gédéon, de Jephté, de Sam- À son, l’histoire de Mika, le lévite d’'Ephraïm, sont d’admirables tableaux, simples et grands, venus sans retouches de la haute anti= quité jusqu’à nous, absolument parallèles aux plus beaux récits homériques. Une foule d’épisodes du même genre qui remplissaient ; le Zaschar sont perdus. D’autres furent fabriqués postérieurement et rattachés à Bethléhem et à la famille de David. Ses Une charmante veine romanesque fut ainsi créée. L'histoire roma- f nesque à besoin d'une atmosphère lumineuse qui noie ses contours | dans une sorte de mirage. De même que, chez les Arabes, toute anecdote placée sous Haroun al-Raschid, et qu'au moyen âge, toute " historiette arrivée « du temps du roi Jean, » recevait de là un carac- ER: tère particulier de liberté et de franche allure; de même il suffisait d'écrire en tête d'un récit : « Or il arriva, du temps que les Juges jugeaient en Israël...» ou bien : «C'était une vieille coutume en Israël. du temps des juges. » pour que l'esprit fût tout d'abord préparé aux idylles et aux récits dégagés de piétisme. Toutes les licences étaient couvertes, si l’on terminait les passages un peu choquans au” point de vue de la piété moderne par cette formule : « Et en ce” ! temps-là, il n’y avait pas de roi en Israël ; chacun faisait ce qui lui 1e plaisait. » Le livre de Ruth nous est resté comme la perle de cet état littéraire où il suffit de présenter la réalité telle qu’elle est pour M que tout soit inondé de chauds et doux rayons. Pas une ombre d'ar- nn rière-pensée littéraire, un grain de la plus innocente fiction sufli- | sant à l'idéal. Ruth et Booz sont frappés pour l'éternité, à côté de Nausicaa et d’Alcinoüs. Plus l'humanité s’éloignera de la vie primitive, plus elle se plaira en ces contrastes charmans de pudeur et de ". | naïveté, dans ces mœurs à la fois simples et fines, où l’homme,

de

. 5 empereur hi ve. ni prêtre, a vécu net se. ne D et.

plus fort que quand mille conventions l’ont enserré et que des.

| siècles de disciplmes successives l'ont pétri. Ilest bien probable que, dans le livre hébreu primitif, les canti=

ques étaient plus nombreux'dans le texte actuel de la Bivle. Les histoires de Gédéon, de Samsoh, surtout celle de Jephté, devaient avoir des parties en vers que le récit actuel a fait disparaitre. Ce qui h'a pas changé, c’est le tour de l’anecdote, cette façon d’aiguiser un récit, de le rendre vif, parlant, saisissant. C’est ici le don spécial du narrateur biblique. L’hébreu n’a pas de rythme narratif. Le pa-

rallélisme, seul mécanisme poétique de l’hébreu, ne convient qu’au

genre lyrique et parabolique. De là cette particularité que les compositions analogues à l'épopée chez les Sémites, tels que l’Agäni sont écrites non en un mètre continu, mais en une prose mêlée de vers. Le récit en prose tire tout son ornement du tour heureux de la phrase et surtout des détails, toujours arrangés de manière à mettre en vedette l’idée principale.

Ce talent de l’anecdote est aussi ce qui à fait le succès des conteurs arabes. C’est par que le récit sémitique a lutté sans désavantage contre l’entrainement charmant de l’épos grec. Au moyen de sa

métrique savante, l’épos grec atteint à une majesté que rien n’égale.. Mais la narration sémitique a bien plus de piquant. Elle à l'avantage:

de n'avoir pas de texte arrêté. La donnée fondamentale seule était fixée ; la forme était abandonnée au talent de l’improvisateur. L’épos aryen n'a jamais eu cette liberté. Son vers fut toujours d’une facture trop savante pour pouvoir être abandonné au caprice du rapsode. Le conteur sémitique, au contraire, l’antari, par exemple, comme le

cantistori de Naples et de Sicile, brode sur un cadre donné. Cela est

sensible surtout dans l'histoire si épique de Samson, histoire qui nous

est parvenue en une dizaine de pages, tandis que évidemment cha-

cun des épisodes frappans ou burlesques qui la composent, développés par les conteurs, remplissait des soirées et des nuits. En fait

de récits hébreux, nous n’avons guère que des canevas. La matière sur laquelle on écrivait (bandes de cuir, planchettes, papyrus) n’ad-

mettait pas les longs et souvent charmans bavardages qu’une littérature se permet quand la matière à écrire est devenue commune et à bon marché.

L'homme rêve toute sa vie des têtes de jeunes filles qu'il à vues

de quinze à dix-huit ans. Une race vit éternellement de ses souve-

nirs d'enfance, ou de ceux que des siècles d'adoption lui ont en quelque sorte inoculés. Bien que séparées par un abîime au point de vue de l’ethnographie et de la géographie, les tribus hellènes et les tribus israélites, à l’époque des Juges, portaient au front les mêmes

“ps ce nr e en en que l'Isra

dieu grec est plus identifié avec son hiéreus que le dieu israél AE

ga avec son cohen; l’idée du dieu protecteur est encore plus forte chez + l’Hellène que chez l'Israélite ; le dieu de l’Israélite est plus SuSCep-

tible de devenir le dieu universel que tel ou tel des dieux grecs,

même Zeus : on sent que Zeus ne réussira pas à tuer ses parèdres, |

tandis qu 'on arrivera sans trop de peine à se figurer que Jahvé n’a pas de parèdre. Mais la théologie générale, de part et d’autre, est peu différente : l'intervention divine dans les choses humaines et

__ naturelles est conçue comme une sorte de jet continu. L'idée du

sacrificeest à peu près la même. Les idées sur les oracles sont identiques. Le serment, surtout le serment d’extermination, le kérem, « sont plus terribles chez les Israëélites et renferment un germe de fanatisme. Les sacrifices bumains sont, de part et d'autre, à l’état de reste sporadique d’un mal antérieur. Le culte diffère peu; pas de temples ; presque pas d’ustensiles de culte; le sacrifice ne se sépare pas du festin religieux, et réciproquement tout festin est un sacri- ht fice ; la part des dieux ne manque jamais d'y être faite. ag D TA morale surtout se ressemble. L'état général du monde est le Le brigandage, la guerre de tous contre tous. és instincte de dE ES ‘et d'humanité qui sont au fond des grandes races inspirent cependant & quelques règles dont les dieux ont souci. Les dieux veulent le bien. de très bn: : cependant ils le veulent, et 1l ya des crimes qu'ils à 4

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