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MARIAGE ET PARENTÉ. 107 «venir un résultat qui lui semblait déplorable, Manga, «Ja vicille mère, agit en profonde politique. Elle se « porta donc au-devant du cortége, au moment où je sortais de l’église avec les nouveaux mariés ; puis commença à nous aceabler d’injures. Son aspect était terrible, elle déchira ses vêtements, s’arracha les « cheveux comme une furie et me dit : « Arrière, mis- « sionnaire blanc, vous êtes pire que le diabie; vous «commencez par faire un esclave de ce garçon en l’en- « levant à son maitre, puis vous lui faites épouser ma ‘fille, qui est une dame. Je vais vous arracher les «yeux! » La vicille femme pour donner plus de poids « à ses paroles s’élança sur moi,tout en me disant tout «bas: «Ne vous inquiétez pas, je ne pense pas un mot « de ce que je vous dis. » Je lui répondis alors que si «elle ne se taisait pas je lui fermerais la bouche avec «une couverture. «la, ha, ha! répliqua-t-elle, c’est «tout ce que je désire; je voulais seulement que « vous vous débarrassiez de moi par la force et c’est «pour cela que j'ai fait tout ce bruit, » Après quoi «tout se passa le mieux du monde; chacun semblait «samuser beaucoup et paraissait très-satisfait. » Il est évident, cependant, que Yate ne comprit pas tout à fait la signification de cette scène.
Aux îles Philippines, chez les Ahitas, quand un homme désire épouser une fille, les parents de celleci l’envoient dans les bois une heure avant le lever
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du soleil, Elle a une heure d’avance, après quoi l’amant se met à sa recherche, S'il la trouve et qu’il la ramène avant le coucher du soleil, le mariage est concl, sinon, il doit abandonner toute poursuite.
À Futa (1), royaume de l'Afrique occidentale, quand tous les préliminaires d’un marïâge sont arrangés, « reste une dernière difficulté à vaincre : comment « le jeune homme transportera-t-il sa femme chez « lui ? Car les parents et parentes de la jeune fille gar- « dent la porte de sa maison pour s’opposer à son en- « lèvement. Enfin le fiancé calme leurs chagrins à force « de présents. Il fait alors venir un de ses amis, bien « monté, pour eulever sa femme, mais à peine est-elle « à cheval, que les femmes recommencent leurs lamen- «tations et s’élancent pour la démonter. L'homme « cependant réussit presque toujours à s'échapper, et « la conduit à la maison préparée pour la recevoir. »
Gray (2) raconte qu’un Mandingue (Afrique oeccidentale), désirant épouser une jeune fille à Kayaye, s’adressa à sa mère « qui donna son consentement et « l’autorisa à s'emparer d’elle de quelque façon qu'il « le pourrait. Aussi, un jour que la pauvre fille pré- « parait du riz pour le souper, son futur mari, accom- « pagné de trois ou quatre de ses amis, entra et l’en- « leva de force. Elle opposa la plus grande résistance, « mordant, égratignant, et poussant de grands cris. «Beaucoup de personnes, hommes et femmes, au « nombre desquels plusieurs de ses parents, assis- « taient à cette scène, se contentaient de rire et lui « disaient, pour la consoler, qu’elle se réconcilierait « bien vite à sa nouvelle position. » Ce n’était pas là, évidemment, comme semble le supposer Gray, un
(1) Astley, vol. IT, p. 240.
(2) Gray, Travels in Western Africa, p. 56,
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(1) Loc. cit. (2) Moser, lc, p. 36.
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Denham (1), décrivant un mariage à Sockna (Afrique septentrionale), dit qu’on conduit la fiancée montée sur un chameau jusqu’à la maison du fiancé ; « là elle doit exprimer une grande surprise et refuser «de descendre ; les femmes crient, les hommes ac- «clament, elle se laisse persuader enfin et entre «dans la maison. »
En Circassie un festin accompagne le mariage; «au «milieu de ce festin, le fiancé doit s’élancer dans la «salle, accompagné de quelques solides gaillards, et «enlever sa femme de force ; c’est ce qui constitue «le mariage légal (2). » Selon Spencer, le fiancé doit en outre, et c'est là un point important du cérémonial, tirer sa dague et fendre le corset de la fiancée.
Passons à l’Europe. Nous lisons dans Plutarque (3) qu’à Sparte le fiancé enlevait ordinairement sa femme de force ; évidemment ce n'était qu’un simulacre. Une coutume presque semblable existait aussi chez les Romains.
Dans le Friesland septentrional « un jeune homme, «appelé le porteur de la mariée, la porte, ainsi que les « deux filles d'honneur, dans la voiture que prennent «les nouveaux mariés pour se rendre chez eux (4). » M’ Lennan constate que dans quelques parties de la France, jusqu’au dix-septième siècle, la coutume vou-
(1) Loc. cit., vol. I, p. 39.
(2) Moser, The Caucasus and its people, p. 31; cité par M'Lennin, lc, p. 36.
(3) Voir aussi Hérodote, VI, 65.
(4) M'Lennan, loc. cit., p. 33.
lait que la mariée simulât une certaine résistance au moment d'entrer dans la maison de son mari.
En Pologne, en Lithuanie, en Russie, et dans quelques parties de la Prusse, selon le signor Gaya (1), les jeunes gens enlevaient ordinairement leurs amantes, puis demandaient le conserftement des parents.
Lord Kames (2), dans ses « Essais sur l'histoire de l’homme, » rapporte que le cérémonial suivant était observé, encore de son temps, pour le mariage des habitants du pays de Galles : « Le jour des noces le « fiancé, accompagné de ses amis, tous à cheval, vient « demander sa fiancée. Les amis de ectte dernière, qui «sont aussi à cheval, refusent positivement de la livrer «et alors a lieu un simulacre de combat, La fiancée, en « croupe derrière son pius proche parent, s'éloigne au
grand galop, poursuivie par le fiancé et ses amis, qui « poussent de grands cris. On voit souvezt, dans de « semblables occasions, deux ou trois cents Cambro- Bretons, galopant à toute bride, tombant, se rele- « vant, au grand amusement des spectateurs, Quandils
«se sont bien fatigués, quand leurs chevaux sontépui- «&sés, on permet au fiancé d'atteindre la fiancée, Il la « conduit alors en triomphe et lascène se termine par « un festin et des fêtes, »
Aiusi done nous voyons que le mariage par capture, soit comme triste réalité, soit comme cérémouial important, prévaut en Australie et chez les Ma-
(1) Marriage Ceremonies, », 85, Voir aussi Olaus Magnus, v. XIV,
chap. 1x, (2) Aistory of Man, vol. I, p. 59.
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lais, dans l’Indoustan, dans l'Asie centrale, en Sibérie et au Kamskatka ; chez les Esquimaux, les Peaux- Rouges de l'Amérique septentrionale, les aborigènes du Brésil, au Chili et à la Terre de Feu, dans les iles du Pacifique, chez les Polynésiens et chez les Vitiens, aux Philippines, chez les Arabes et les Nègres, en Circassie, et jusque tout récemment dans une grande partie de l’Europe.
J'ai déjà parlé de la coutume qui consiste à soulever la fiancée au-dessus du seuil de la demeure de son mari, coutume qui existe chez des peuples aussi différents et aussi éloignés les uns des autres que les Romains, lus Peaux-Rouges du Canada, les Chinois et les Abyssiniens. De là peut-être aussi notre lune de miel, pendant laquelle le mari sépare sa femme de ses parents et de ses amis; peutêtre aussi, comme le suppose M. M’ Lennan, la pantoufle que, dans un moment de colère simulée, on jette après les nouveaux mariés au moment de leur départ.
La curieuse coutume qui défend au beau-père et à la belle-mère de parler à leur gendre et vice versd, coutume qui, ainsi que je l’ai prouvé (p. 13) est trèsrépandue, mais qu’on n’a pas encore expliquée d’une facon satisfaisante, me semble une conséquence naturelle du mariage par capture. Quand la capture était une réalité, l’indignation des parents devait aussi être réelle; quand cette capture devint un simple symbole, il était naturel que la colère des parents se changeât aussi en symbole, et cette coutume s’est perpétué: longtemps après que l’origine en était oubliée,
La séparation du mari et de la femme, dont j'ai aussi parlé (p.75), provient peut-être aussi de la même coutume. Il est à remarquer d’ailleurs que toutes les cérémonies relatives au mariage persistent fort longtemps. Ainsi, notre « gâteau de mariage », qui accompagne toujours une noce, et qui doit toujours étre coupé par la mariée, remonte à l’antique coutume romaine du mariage par Con/farreatio, ou repas pris ensemble. Chez les Iroquois, les nouveaux mariés mangealent ensemble un gâteau de « Sagamité » (1), que la fiancée offrait à son mari. Les Vitiens (2) ont une coutume presque analogue. Chez les Tipperabs, une des tribus des collines de Chittagong, la fiancée prépare une boisson, « s’assied sur les ge- « noux de son mari, en boit la moitié, et lui offre le « reste; ils se prennent ensuite par le petit doigt (3).» Sous une forme ou sous une autre, on retrouve la même coutume dans presque toutes les tribus des montagnes de l’Inde.
M. M’ Lennan pense que le mariage par capture procède de l’exogamie, c’est-à-dire de la coutume qui défendait le mariage dans la tribu. Il pense, en outre, que l’exogamie résulte de l’infanticide des nouveau-nés du sexe féminin. J'ai déjà indiqué les raisons qui m’empêchent d'accepter cette explication, et qui me font, au contraire, conclure que l’exogamie résulte du meriage par capture. La théorie de M. M’ Lennan ne s'accorde, en aucune espèce de façon, avec l’exis-
(1) Lafitau, vol. [, p. 566, 571.
(2) Fiji and the Fijians, vol. I, p. 170.
(3) Lewin, loc. cit., p. 71, 80.
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tence de tribus qui observent la coutume du mariage par capture et qui, cependant, sont endogames. Les Bédouins, par exemple, ont le mariage par capture, et cependant un homme a le droit d’épouser sa cousine, s'il consent à payer le prix qu’on en demande (1).
M. M Lennan comprend toute l’importance de semblables faits, mais il semble douter de leur existence; il ajoute que, si le symbole de la capture se retrouve quelquefois dans les cérémonies nuptiales d'une tribu endogame, on peut être certain que c’est un reste d’un temps antérieur, pendant lequel la tribu était organisée sur un principe autre que celui de l’exogamie (2).
Il est évident, je crois, comme je l'ai déjà dit, que le mariage par capture n’a pas eu pour point de départ la modestie féminine, d’abord parce que cela 'expliquerait point la résistance des parents, et en second lieu parce que la grande question à résoudre est celle-ci : pourquoi cette coutume générale de conquérir la femme par la force plutôt que par la persuasion ?
L'explication que j'ai suggérée puise une nouvelle probabilité dans le sentiment si général que le marage était un acte demandant une compensation pour ceux dont on enfreignait les droits.
La nature des cérémonies au moyen desquelles Seffectuait cette compensation est telle que j'hésite à traiter longuement ce sujet. Je me contenterai done d'indiquer en termes généraux la nature des preuves,
(1) Voir Klemm, Allg. Culturg. d. Mensch. vol. IV, p. 146,
(2) Loc, cit., p, 53.
Lusocx. Orig. de la Civil,
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