‹ Les origines de la civilisation [microforme]Chapitre 24 sur 108 · RP EE · texte numérisé non relu

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Les Karens sont une race grossière, mais paisible et susceptible de progrès, habitant des parties du Tenasserim, du Birman, de Siam, ets’étendant dans les provinces méridionales de la Chine. Ils ont été dispersés et soumis par des peuples plus puissants, et sont actuellement divisés en différentes tribus, parlant des dialectes distincts. Quoique grossiers et sauvages dans leur mode de vie, on dit que leurs relations sociales sont fort morales, louange qui semble méritée d’après leur système de parenté, que nous avons indiqué dans h colonne 17, tableau [.

La colonne 18 indique le système d’un autre peuple sauvage, appartenant à une famille distincte de la race humaine, et habitant une partie toute différente du monde. Comme les Karens, les Esquimaux sont un peuple grossier, mais comme eux aussi un peuple tranquille, paisible et moral. Sans aucun doute, leur idées diffèrent considérablement des nôtres ; leur condition n’admet pas une grande civilisation, ni de rapides progrès en art eten science. On ne peut dire que leur religion soit digne de porter ce nom, et cependant il n’y a peut-être pas de peuple plus moral à k surface de la terre, aucun chez lequel il y ait moirsde crimes; et ce n’est peut-être pas aller trop loin que de dire qu'autant que j'en puis juger, aucune rat d'hommes n’a su aussi bien tirer parti de ses avantages.

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d'hommes si distinctes, habitant des pays si éloignés, ayant un mode de vie si différent, sans un moten commun, emploient cependant des systèmes de parenté qui dans leurs traits essentiels sont identiques, quoiqu'ils ne soient en aucune façon en harmonie avec leur état social actuel. Les systèmesde ces deux peuvles indiquent correctement les oncles et les tantes ; les enfants de ces derniers sont regardés comme cousins, cependant leurs petits-enfants sont considérés comme neveux, et les enfants de ces soi-disant ne-— veux portent, comme dans tous les cas précédents, le nom de petits-enfants. Ainsi, sur les vingt-huit parentés indiquées dans le tableau, les Karens et les Esquimaux concordent avec nous pour douze et diflèrent pour seize. Ils concordent entre eux pour ces seize termes, dans huit desquels ils suivent le même système que toutes les autres races que nous avons étudiées,

Ces faits ne peuvent ètre le résultat du hasard. Il n’y a selon moi qu'un seul moyen de les expliquer, ct cest en les regardant comme le résultat d’un développement progressif tel que celui que j'ai essayé d’esquisser. L’examen des différents cas confirme cette manière de voir.

Le système Karen-Esquimaux est inconséquent avec lui-même sous trois rapports, et c’est précisément là qu'il diffère du nôtre. Les enfants des cousins sont appelés neveux, ce qu'ils ne sont pas; les enfants de ces neveux sont regardés comme petits-enfants, et les lures et les sœurs d’un graud-père s'appellent respectivement grand-père et grand’mère.

Le premier point, c’est-à-dire que les petits-fils du frère de la mère, ceux de la sœur du père et ceux du frère du père, sont tous appelés neveux, rappelle clairement une époque où le frère de la mère et le frère du père étaient considérés comme pères ; la sœur de la mère etla sœur du père, comme mères, et où leurs enfants, par conséquent, étaient considérés comme frères.

Le second : que les arrière-petits-enfants des oncles et des tantes portent le nom de petits-enfants, indique également l’époque où neveux et nièces s'appelaient fils etfilles, et où, par conséquent, leursenfants portaient le nom de petits-enfants. Enfin, pourquoi les frères et les sœurs du grand-père s’appelleraient-ils grands-pères et grand’mères, s'iln’y avait eu un temps où les frères et les sœurs du père portaient le nom de pères et de mères, et si les Karens et les Esquimaux n’avaien: eu autrefois un système de parenté semblable à celui qui existe encore cheztant de tribus barbares, lequel, selon toute apparence, s’est graduellement modifié. Aussi, quoique les Karens et les Esqui: maux aient aujourd'hui un système de nomenclature beaucoup plus correct que bien d’autres races, nous } retrouvons la preuve d’une époque où ces peuples n’avaientencore fait aucun progrès.

Comme je l’ai déjà dit, les nations européennes, suivent, presque sans exception, un système strictement descriptif, basé sur le mariage. Cependant, dans quelques cas, fort rares il est vrai, quelques-unes s'écartent de ce principe et se rapprochent alors du système Karen-Esquimaux. Ainsi en Espagne l’arrière-

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DÉVELOPPEMENT DE LA PARENTÉ. 191 petit-fils d’un frère porte le nom de « petit-fils. » En ci Bulgarie le petit-fils d'un frère et le petit-fils d’une |

sœur s'appellent « mal vnook mi, » littéralement « petit petit-fils mon; » la sœur du grand-père s’appelle « grand'mère » et le frère du grand-père, « grand- «père» ; ce qui a lieu aussi en Russie. Parmi les lan— gues d’origine Aryenne le français et le sanscrit sont les seuls, je crois, qui aient des termes spéciaux pour

désigner le frère ainé et le frère cadet. Parmiles races aryennes les Romains et les Germains seuls ont imaginé un terme pour indiquer le cousin (1) et aujourd'hui même nous n'avons pas de terme pour nommer le fils d’un cousin. L'histoire du terme « neveu» est aussi fort instructive. Le mot «nepos, » dit Morgan (2), chez les Romains, jusqu’au quatrième siècle, était appliqué à un neveu aussi bien qu’à unpetit-fils bien qu'on employät déjà les termes avus et avunculus. Eutrope en parlant d'Octavianus l'appelle le neveu de César « C'æsaris nepos » (lib. VIL, c. I). Suétone parle delui comme « sororis nepos » (Cæsar, c. LXXXIIL) et plus tard (Octavianus, ce. VII), indique César comme son grand-oncle, major avunculus, ce en quoi il se contredit. Quand zepos signifia enfin petit-fils et devint ainsi un strict corrélatif d'avws, la laugue latine n'eut plus de terme pour exprimer neveu, d’où la périphrase: Fratris vel sorortis filius. En anglais, jusqu’en 1611, époque de la traduction de la Bible sous le roi Jacques, le terme neveu s’appliquait au petit-fils aussi

(1} Aussi, pour bien des nations, pourrait-ondire littéralement comme au figuré : « les nations n'ont pas de cousins. » (2) Loc, cit., p. 35,

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bien qu’au neveu. Shakespeare emploie de la même façon le mot nièce dans son testament où il désigne sa petite-fille Susannah Hall par le terme « ma nièce.»

Nous voyons donc que,même chez les races les plus avancées, il reste encore quelque confusion relativement aux neveux, aux nièces et aux petits-enfants.

Je viens de passer en revue les systèmes de parenté depuis la simple et grossière nomenclature des indigènes des iles Sandwich jusqu'au système plus correct des Karens et des Esquimaux. J'ai essayé de prouver que ces systèmes ne sont explicables que par la théorie d’une amélioration graduelle, de progrès incessants en civilisation ; qu’ils sont au contraire incompatibles avec la théorie de dégradation. De mème que les valves indiquent la marche du sang dans nos veines, de même les termes employés pour désigner les parents indiquent l’histoire des temps passés. En premier lieu la condition morale des races inférieures est actuellement plus élevée que ne l'indique la phraséologie encore en usage ; en outre, ces systèmes eux-mêmes, dans presque tous les cas, seraient inexplicables si l’on n’admetiait que des systèmes plus grossiers encore ne les aient précédés.

Prenons, par exemple, le système des Two-Mountain Iroquois ; ils appellent «oncle» le frère de leur mère, mais ils regardent comme un frère le fils de cet oncle. Ce n’est pas là un accident, car la même idée se retrouve dans toutes leurs autres parentés et chez beaucoup d’autres races. IL est facile d’expliquer « fait par la théorie du progrès : en effet, si le frère du

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DÉVELOPPEMENT DE LA PARENTÉ. 195 père était autrefois considéré comme un père et portlaitcenom, son fils devenait, par conséquent, un frère; quand on en vint à considérer le frère du père comme un oncle, il devait, sans aucun doute, s’écouler quelquetemps avant que les autres changements determes, découlant de ce progrès, ne fussent effectués. Comment, au contraire, expliquer un tel système par la théorie du recul ? Comment aurait-on pu en arriver à regarder comme un frère le fils du frère de son père si ce dernier avait toujours porté le nom d’oncle ? Le tableau IIT indique la suite des termes employés pour les parents dans la ligne de la tante paternelle dans

les deux hypothèses du progrès et de la dégradation. | Dans l’état social le plus grossier, la succession de cs termes est : mère, frère, fils, petit-fils ; tel est le système des iles Sandwich et des Two-Mountains Iroquois. Dans l’état suivant, la sœur de la mère devient une tante, mais les autres termes restent les mêmes, R ctnous avons : tante, frère, fils, petit-fils, comme chez les Miemacs. Quand le fils d’un frère devient un neveu, nous avons tante, neveu, frère, petit-fils, comme dans le système des Birmans, des Japonais et des Hindi. Dans la phase suivante, le fils de la tante de- Yenant un cousin, nous avons tante, cousin, neveu, petit-fils, comme chez les Tamils et les Vitiens. Les deux dernières phases seraient tante, cousin, petit- Îls de la tante, petit-fils; et enfin tante, cousin, petitils de la tante, arrière-petit-fils de la tante. Ainsi sur œssix états, cinq existent.

D'un autre côté, par la théorie de la dégradationil

hudrait commencer avec le système le plus correct LULOCK, Orig. de la Civil, je

et passer par les différentes phases qu’indique le tableau IIT. On remarquera qu’à l'exception de la première et de la dernière phase, aucune autre n’est semblable. On peut se demander, il est vrai, si la suite

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