‹ Les origines de la civilisation [microforme]Chapitre 28 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La religion des sauvages présente un intérêt tout particulier, mais est, sous beaucoup de rapports, la partie la plus difficile du sujet que j'ai à traiter. J'essayerai d'éviter, autant que possible, de rien dire qui puisse blesser mes lecteurs. Mais tant d'idées religieuses, passées ou présentes, sont si complétement opposées aux nôtres, qu'il est impossible de discuter ce sujet sans relater bien des faits absolument contraires à nos sentiments. Cependant, tout en admettant que les sauvages nous présentent le spectacle de grossiè. res superstitions, que leur culte soit souvent féroce, l'homme religieux doit éprouver une profonde satisfaction en voyant se développer graduellement des idées plus correctes et des croyances plus élevées, M. Arbrousset cite les touchantes remarques que hi fit Sekesa, Cafre fort intelligent (1) : « Ce que vous « menseignez me satisfait, dit-il; avant de vous con-

(1) The Basutos, Casalis, p. 239.

« naître, je cherchais cet enseignement, comme vous « allez pouvoir en juger. Il y a douze ans, je conduisais « mon troupeau. Le temps était lourd. Je m’assis surun « rocher et je me fis plusieurs tristes questions ; oui, « tristes, parce qu’il m'était impossible d’y répondre.

Qui a créé les étoiles? Sur quoi reposent-elles? , me demandais-je. Les eaux ne se fatiguent jamais, elles ne connaissent d'autre loi que de couler sans cesse, depuis le matin jusqu’au soir et depuisle soir jusqu’au matin; mais où s’arrètent-elles? et qui les fait couler ainsi ? Les nuages passent et repassent cl s’épanchent en pluie sur la terre. D'où viennent. ils ? Quiles envoie? Les devins certainement ne nous procurent pas la pluie, car comment pourraient-ils le faire, et pourquoi ne les vois-je pas de mes yeux monter au ciel pour l'aller chercher? Je ne peux pas voir le vent, mais qu'est-ce que le vent? Qui l'amène, qui le fait souffler, qui le fait rugir ct

nous terrifier ? Sais-je comment le blé germe? Hier

il n’y avait pas une seule pousse dans mon champ, aujourd’hui j'y suis retourné et il en est couvert Qui peut avoir donné à la terre la sagesse et la puissance de le produire? Alors j’enfonçai ma fac dans mes deux mains. »

Mais c’estlà, il faut bien l'avouer, un cas exception

nel. En règle générale les sauvages ne se font pas de semblables questions, ils se contentent d'adopter les idées qui se présentent à eux le plus naturellement. Aussi, comme j’essayerai de le démontrer, les races arrivées au même degré de développement intellectuel,

quelque différente que soit d’ailleurs leur origine

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LA RETIGION. 201

quelque éloignés que soient les pays qu’elles habitent. ont-elles des conceptions religieuses presque identiques. La plupart de ceux qui ont essayé d'expliquer les diverses superstitions des sauvages l'ont fait en leur attribuant un système d’idées bien plus compliqué qu'il ne l’est réellement. Ainsi Lafitau suppose qu’on a adoré le feu parce qu’il représente si bien « cette «suprème intelligence dégagée de la nature, dont la «puissance est toujours active (1).» Par rapport aux idoles il pense que (2) « la dépendance que nous «avons de l’imagination et des sens ne nous per- «mettant pas de voir Dieu autrement qu’en énigme, «comme parle saint Paul, a causé une espèce de né- «cessité de nous le montrer sous des images sensibles, «lesquelles fussent autant de symboles, qui nous éle- «vassent jusqu’à lui, comme le portrait nous remet «dans l’idée celui dont il est la peinture. » Plutarque, de son côté, prétend que les Égyptiens adoraient le crocodile, parce que cet animal, n'ayant pas de langue, est le type de la divinité qui, par sa seule volonté, impose des lois à la nature! Des explications semblables sont absolument fausses.

J'avais pensé d’abord à intituler ce chapitre les « Superstitions » au lieu de « la Religion » des sauvages; j'ai préféré ce dernier titre, en partie parce que beaucoup d'idées superstitieuses se transforment graduellement en conceptions plus élevées et aussi parce qu’il me répugnait de condamner des croyan-

(1) Mœurs des Sauvages américains, vol, 1, p. 152. (2) Loc. cit., p. 121,

ces honnêtes, quelque imparfaites et quelque absurdes qu’elles pussent être. Il faut bien admettre cependant que la religion, telle qu’elle est comprise par les races sauvages, diffère essentiellement de la nôtre; nonseulement elle est différente, mais souvent elle est toute contraire. Ainsi leurs dieux ne sont pas bons, ils sont méchants; on peut les forcer à accomplir les désirs de l’homme; ils aiment le sang et par-dessus tout les sacrifices humains; ils ne sont pas même immortels, ils sont mortels; ils font partie de la nature, ils n’en sont pas les créateurs ; le moyen de les supplier est la danse et non pas la prière; et ils approuvent plus souvent ce que nous appelons le vice, que ce que nous estimons sous le nom de vertu.

En un mot, il y a à peu près la même relation entre la soi-disant religion des sauvages et la religion dans ses formes les plus élevées, qu'entre l’astrologie et l’astronomie, ou entre l’alchimie et la chimie. L’astronomie dérive de l’astrologie, cependant leur esprit est en opposition directe ; et nous trouverons la même ditrérence entre les religions des races sauvages et celles des peuples civilisés. Pour nous Dieu est bon; pour eux il estméchant; nous nous soumettons à sa volonté, ils essayent de lui imposer la leur; nous sentonsla nécessité de le remercier des biens qui nous entourent, ils pensent que les biens viennent d’euxmêmes et attribuent tout le mal à l'intervention d'êtres méchants.

Ce ne sont pas là des particularités exceptionnelles. J'essayerai de prouver au contraire que, bien que les religions pratiquées par les sauvages aient reçu des

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noms différents, leur traits généraux concordent, et ne sont que les phases d’une même séquence; ayant la mème origine, elles passent par des états analo— gues, pour ne pas dire identiques. Ceci expliquera les grandes ressemblances qui se retrouvent dans les races les plus diverses et les plus distantes, res— semblances qui ont embarrassé bien des ethnologues etles ont conduits souvent à des théories insoutenables. Ainsi Robertson lui-même, quoique sur bien des rapports ses idées sur la condition religieuse des sauvages fussent très-correctes, remarque que les Natchez et les Perses adoraient le soleil et ajoute (1): « Cette étonnante coïncidence religieuse entre deux «nations, arrivées à un degré de civilisation si diffé «rent, est une des nombreuses circonstances inexpli- «cables, qui se rencontrent dans l’histoire de l’'huma- «nité. »

Malgré les coïncidences les plus remarquables entre les religions des diverses races, une des grandes difficultés que présente l’étude des idées religieuses provient de ce que, alors que chaquenation n’a ordinairement qu’une langue, on pourrait dire qu’en matières religieuses, quot homines tot sententiæ ; car il ne se trouve pas deux hommes ayant exactement les mêmes vues, quel que soit d’ailleurs leur désir de s’entendre.

Bien des voyageurs ont signalé cette difficulté, Ainsi le capitaine Cook, en parlant des insulaires de la mer du Sud, dit : « Nous n’avons pu nous faire aucune

1) History of America, liv. IV, p. 127.

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« idée claire et précise de la religion de ces peuples: « comme toutes les autres, elle parait pleine de mys- «tères (1). » La plupart de ceux d’ailleurs qui nous ont donné des détails sur les religions, s’attendant à trouver chez les sauvages des idées conformes aux nôtres, bien qu’entourées d'erreurs et de superstitions, ont fait des questions déterminées, et n’ont pu recevoir que des réponses qui les ont complétement déroutés, Ainsi, par exemple, tous ou presque tous nous parlent du Diable, et il est constant que la mythologie d’aucun peuple sauvage ne comporte un être spirituel possédant les caractères de Satan. Il est, en outre, souvent fort difficile de déterminer comment on adore un objet. Une montagne, ou un fleuve, par exemple, peut être adoré, soit comme un Dieu, soit comme la simple demeure du Dieu; de la mème façon on peut adorer une statue comme Dieu, ou simplement la vénérer parce qu'elle représente la divinité.

Quand l’homme, soit par le progrès naturel des idées, soit par l'influence d’une race plus civilisée, parvient à la conception d’une religion plus élevée, il conserve encore ses vieilles croyances, qui se perpétuent à côté des nouvelles vérités qui le guident. Le Dieu nouveau et plus puissant vient s’ajouter au vieux Panthéon et diminue l'importance des anciennes divinités; le culte de ces dernières disparaît gradueliement et se trouve restreint aux ignorants et aux enfants. Ainsi nos travailleurs des campagnes, et les classes les plus ignorantes de nos grandes villes,

(1) Hawkesworth, Voyages, vol. IT, p. 237.

croient en tres survi tits enfant chaque pe ces, des ar pas ainsi culté consi de démarc4 rait suppos ou à l’effic sion infran et beauco et se prése rente de ce On classi nature de représente celui des « me paraît d que l'on a ainsi selon :

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LA RELIGION. 205 croient encore à la magie; les divinités de nos ancètres survivent encore dans les contes destinés aux peits enfants. IL faut donc s’attendre à trouver chez chaque peuple des traces, que dis-je, plus que des tracs, des anciennes religions. Si mème il n’en était pas ainsi nous aurions encore à surmonter la difficulté considérable que présente le peu delignes réelles de démarcation dans les systèmes religieux. On pourrait supposer que la croyance à l’immortalité de l’âme ou à l'efficacité des sacrifices, présenterait une division infranchissable. Il n’en est pas ainsi; ces idées et beaucoup d’autres se développent graducllement et se présentent souvent sous une forme toute diffé rente de celle qu’elles revêtiront plus tard.

On classifie ordinairement les religions selon la nature de l’objet adoré : le fétichisme, par exemple, représente le culte des objets inanimés, le Sabéisme, celui des corps célestes. La vraie pierre de touche me parait devoir être au contraire le degré du respect que l’on a pour la divinité, et on pourrait classifier

ansi selon moi, les grandes époques qui ont marqué l'idée religieuse :

L'athéisme ; en comprenant par ce terme non pas lk négation de l’existence d’un dieu, mais l’absence d'idées définies à ce sujet.

Le étichisme ; Y'état dans lequel l’homme suppose qu'il peut forcer la divinité à accomplir ses désirs.

L'adoration de la nature ou totémisme ; c’est-àdirele culte des objets naturels, tels que les arbres, les kes, les pierres, les animaux, etc.

Le shamanisme; les divinités supérieures sont alors beaucoup plus puissantes que l’homme et d’une nature différente. Elles résident bien loin de «e monde, et les Shamans seuls peuvent parvenir jusqu'à elles.

L'idolätrie ou anthropomorphisme ; les dieux prennent encore plus complétement la nature des hommes, tout en étant bien plus puissants. Ils cèdent encore à la persuasion, ils font partie de la nature et n’en sont pas les créateurs. On les représente au moyen d’idoles ou d'images. |

Puis vient cette époque où on regarde la divinité comme l’auteur et non plus comme une simple partie de la nature. Dieu, pour la première fois, devient w être réellement surnaturel.

Et enfin je traiterai d’une dernière époque où k morale s’associe à la religion.

J'avais écrit ce qui précède quand l’ouvrage de De Brosses, le « Culte des dieux fétiches » attira mon attention sur un passage de Sanchoniathon, cité par Eusèbe. J’extrais ce qui suit de la description qu fait des treize premières générations des hommes :

Génération 1. — Les premiers hommes vénèrent les plantes qui poussent dans la terre, les regarde comme des dieux et les adorent, bien qu'ils les margent.

Gén. 2. — Pendant la seconde génération, l« hommes s’appelaient Genus et Genea et vivaial en Phénicie ; mais vinrent de grandes sécherer ses et ils levèrent les mains vers le soleil qu'ils con sidéraient comme le seul maitre des cieux:

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Gén. 6.

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Gén. 7.

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Gén. 8.

Gén. 9.

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Gén. 3. — Puis ils eugendrèrent d’autres hommes qui s’'appelèrent Phos, Pur et Phlox (c'est-à-dire la lumière, le feu et la flamme).

Ceux-ci trouvèrent le moyen de produire le feu en frottant des pièces de bois l’une contre l’autre et apprirent aux hommes à s’en servir.

Gén. 4. — La quatrième génération comprend les géants.

Gén. d. — Il mentionne pendant la cinquième

génération l'existence de la communauté des femmes; il dit en outre qu'Usous « consacra deux piliers au feu et au vent, s’inclina devant eux et les arrosa du sang des animaux qu’il pouvait tuer à la chasse.

Gén. 6. — Invention de la chasse et de la pêche ; ce qu'il est assez difficile de concilier avec ce qui a té dit précédemment.

Gén. 7.— Chrysor, qu'il affirme être Vulcain, découvre le fer et l’art de forger. Aussi après sa mort l'adora-t-on comme un dieu et on lui donna le nom de Diamichius (ou Zeus Michius).

Gén. 8. — Découverte de la poterie,

Gén. 9. — Puis vient Agrus « dont la statue était très-vénérée et dont le temple trainé par un attelage de bœufs, circulait dans toute la Phénicie. »

Gén. 10, — Les villages se forment, et les hommes commencent à posséder des troupeaux.

Gén. 11, — On découvre le sel.

Gén. 12. — Taautus ou Hermès invente les lettres. Les Cabires appartiennent à cette génération.

Ainsi nous trouvons l’un après l’autre le culte des lantes, des corps célestes, des colonnes et des hom-

mes ; plus tard l’idolâtrie accompagnée de temples. On observera qu'il ne parle en aucune facon du Shamanisme.

Beaucoup d'écrivains, qui font autorité dans la matière, considèrent qu'aucun peuple n’est dépourvu de religion. Cependant cette doctrine ne s'accorde pas avec les témoignages de nombreux observateurs dignes de foi. Des marins, des commerçants et des philosophes, des prêtres catholiques, des missionnaires protestants, dans les temps anciens et modernes, dans toutes les parties du globe, s'accordent tous pour constater qu'il y a des peuples privés de toute espèce de religion. Ces témoignages ont d'autant plus de poids que, dans bien des cas, ce fait a profondément étonné l'observateur et se trouvait en opposition absolue avec toutes ses idées préconçués. D’un autre côté, il faut bien l'avouer, des voyageurs ont nié l'existence d’une religion, parce que les croyances qu’elle professait étaient entièrement contraires aux nôtres. La question de l'existence universelle d’une religion

parmi les hommes est, en somme, dans une grande,

mesure, une affaire de définition. S'il suffit pour constituerune religion d’une simple sensation de crainte, de la seule idée chez l'homme qu'il y a très-probablemeut d’autres êtres plus puissants que lui, on pourra, je crois, admettre que la race humaine tout entière a une religion, Mais nous ne pouvons regarder comme la preuve de l'existence d'une religion qu’un enfant craigne les ténèbres, ou hésite à entrer dansune chambre obscure, Si, en outre, on adopte cette définition, la religion n’appartient plus à l'homme seul. Nous de-

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vons adme cheval en aractère ; acte d’ado:

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(1) Voir aussi @) Cité par K Luësock, Or

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vons admettre que les sentiments d’un chien ou d’un cheval envers son maitre ont quelque chose du même caractère ; et l’aboiement d’un chien à la lune, est un acte d’adoration aussi complet que quelques cérémonies décrites par les voyageurs.

Dans « l'Homme avant l’histoire » j'ai cité les écrivains suivants, qui attestent qu’il existe des peuples n'ayant aucune religion. Pour quelques tribus des Esquimaux, le capitaine Ross (1) ; pour quelques tribus Canadiennes, Hearne; pour les Californiens, Baegert, qui a vécu dix-sept ans avec eux, et la Pérouse ; pour la plupart des tribus Brésiliennes, Spix ct Martius, Bates et Wallace; pour le Paraguay,

Dobritzhoffer ; pour les Polynésiens, les missions de Williams, le voyage du Novara, et Dieffenbach; pour lle Damood (au nord de l'Australie), Jukes (voyage du Fly); pour les îles Pellew, Wilson; pour les iles Er, Wallace ; pour les iles Andaman, Mouatt; pour certaines tribus de l’Indoustan, Hooker et Shortt ; pour quelques nations de l'Afrique orientale, Burton, et Grant; pour les Cafres Bachapins, Burchell; et pour ls Hottentots, Le Vaillant, Je me contenterui de citer ki quelques exemples.

QILest évident, dit M. Bik (2), que les Arafuras «de Vorkay (une des îles Arau méridionales) n’ont aucune espèce de religion... Ils n’ont pas la moin- «dre idée de l’immortalité de l'âme. A toutes mes

Cquestions à ce sujet, ils répondaient : « Aucun Ara-- Lolura n’est revenu après sa mort, nous ne pouvons

( Voir aussi Franklin, Journey to the Polar Seu, vol, 11, p, 265. @) Uilé par KolfY, Voyages du Dourga, p. 159, Lugsock, Orig, de la Civil, 14

« donc pas savoirs’il y a une vie future, c’est d’ailleurs «la première fois que nous en entendons parler. » «Mati, mati suhad, «quand vous êtes mort tout est « fini pour vous, » disent-ils. Ils n’ont aucune notion « de la création du monde. Pour me convaincre « plus complétement de leur ignorance absolue de « l'existence d’un Être suprême, je leur demanda «à qui ils s’adressaient dans un pressant péril, « quand ils étaient, par exemple, surpris en mer «par une violente tempête. Le plus vieux, après «avoir consulté les autres, me répondit qu'ils ne « savaient pas en ce cas à qui demander secours el « qu’ils me seraient fort obligés, si je le savais, de le « leur dire. »

« Les Bédouins sauvages, dit Burton (1), vous « demandent où on peut trouver Allah ; et si on s’en- « quiert de l’objet de ‘eur question, ils vous répondent: « Si les Eesa parvenaient à l’attraper ils le perceraient « de suite à coups de lances, car c’est lui qui détruit «leurs maisons et fait périr leurs bestiaux et icurs « femmes, » Burton considère que l’athéisme est «la «condition naturelle de l'esprit sauvage et igno- « rant, ténèbres épaisses, qui disparaissent devant lt « croyance en des choses indivisibles. Un créateur « est à la création ce que la cause de tout événement . dans la vie est à son effet; habitués que nous som- « mes à l’idée de l'existence d’un créateur, nous pou « vons à peine croire que ce sentiment n'existe pas « dans l'esprit de tous les hommes (2); »

(1) First footsteps in East Africa, p, 52, (2) Abeoktuta, vol, [, p, 179,

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« Il me faudrait à présent, dit le Père Baegert (2), « parler de la forme du gouvernement des Californiens et de leur religion, avant leur conversion au christianisme; mais ni gouvernement, ni religion, «n’existaient chez eux. Ils n'avaient ni magistrats, ni police, ni lois, ni idoles, ni temples, n1 culte, ni cérémonies religieuses; ils ne connaissaient pas le | vrai Dieu et n'adoraient même pas de fausses divi-

ES

AR

nités.….. J'ai interrogé de toutes les f1cons ceux avec qui je vivais, pour savoir s’ils avaient quelque idée | d'un Dieu, d’une vie friture, de l'existence de l’âme, mais je n’ai pu découvrir la moindre trace de serm- «blables connaissances. Leur langage n’a pas de mots « pour exprimer + Dieu » ou « âme ».

Bien que, coinme nous le dit le capitaine John Snith (3) dans son vieux langage, on n'ait pu décou-

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vrr « dans la Virginie aucun peuple assez sauvage «pour n'avoir ni religion, ni dieux, ni arcs, ai flè- E «ches; » cependant, selon le témoignage de Hearne, qui les connaissait bien, les tribus les plus grossière: n'avaient aucune religion,

«On a découvert, dit Robertson (4), plusieurs | «tribus en Amérique qui n’ont aucune notion d’ux «Etre suprême, et aucune cérémonie religieuse.

(1) Lichtenstein, vol, 1, p, 253, | 2 Bacgert, Smithsonian Trans, 1863-4, p. 390, l 3) Voyages in Virginia, p. 138.

(4) History of America, liv. IV, p. 122,

€ La plupart n’ont aucun mot dans leur langage pour « exprimer l'idée de la divinité et les observateurs « les plus soigneux n’ont pu découvrir aucune pra- « tique, aucune institution, qui leur permit de penser « que ces peuples reconnaissaient l’autorité d’un Dieu, « ou étaient désireux de s’attirer ses bonnes grâces, »

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Les témoignages dans ce sens sont si nombreux différents qu’il peut, au premier abord, sembler extraordinaire tisfaisant,. qu'on diffère encore d'opinion à ce sujet. Mais ceci Les thé

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provient, et de ce que l’on n’emploie pas toujours le mot Religion dans le même sens, et de ce que l'on croit, comme sans aucun doute il est arrivé bien des LR

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fois, queles voyageurs, soit par ignorauce de la langue, soit à cause d’une résidence trop peu prolongée, n'ont pas su découvrir une religion qui existait réellement.

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si les voyageurs ont correctement compris ce qu’on leur a expliqué. Mais quand l'observateur a vécu pendant des mois, ou des années, au milieu des peuples qu'il décrit, nous n'avons aucun doute à avoir; dans les autres cas, nous pouvons comparer les récits de différents voyageurs et arriver ainsi à un résultat satisfaisant.

Les théories religieuses des sauvages ne sont certanement pasle résultat de profondes pensées et il ne faut pas s’attendre à trouver chez eux aucun esprit de suite. Un Zulu dit un jour candidement à M. Callaway (1) : « Notre savoir n’est pas assez grand pour «qu'il nous pousse à aller au fond de nos croyances «religieuses ; nous ne l’essayons même pas; quiconque «pense un peu abandonne bien vite notre religion et « croit à ce qu'il voit de ses yeux, mais il ne comprend «même pas l’état réel de ce qu'il voit. » Dulaure (2) observe avec raison que le sauvage « aime mieux «soumettre sa raison, souvent révoltée, à ce que ses «institutions ont de plus absurde, que de se livrer à «l'examen, parce que ce travail est toujours pénible ©pour celui qui n’y est point exercé. » Je suis complètement de cet avis et je crois qu'on peut remarquer un progrès naturel et inconscient dans tous les différents systèmes religieux des sauvages.

L'idée de religion, chez les sauvages, s'associe toujours, on pourrait même dire que c’est là sa seule origine, à l'état de l’homme pendant le sommeil ct

(1) The religious System of the Amazulu, p. 22, (2) Histoire des Cultes, vol, I, p. 22.

surtout aux rêves. A toutes les époques et chez tous les peuples le sommeil et la mort ont toujours semblé étroitement unis. Ainsi dans la mythologie clussique, Somnus, dieu du sommeil, et Mors, dieu de h mort, sont tous deux les enfants de Nox, déesse de la nuit. Le sauvage regarde naturellement aussi la mort comme une espèce de sommeil, et s'attend, espérant mème contre toute espérance, à voir son ami s’éveiller de ce dernier sommeil, comme il l’a vu, si souvent, s’éveiller de l’autre.

De là probablement tous les soins qu’ils prennent du cadavre. Mais que devient l’esprit pendant le som. meil? Le corps est inanimé et le sauvage en concht naturellement que l'esprit l’a quitté. Le phénomène des songes le confirme dans cette idée; aussi les songes ont-ils pour le sauvage une importance et une réalité que nous ne pouvons pas apprécier. Pendant le sommeil, l'esprit déserte le corps; et comme perdant le rêve nous visitons d’autres lieux et même d'autres mondes: comme pendant cet instant, nou vivons, pour ainsi dire, d’une vie différente, le sanvage pense assez naturellement que les deux phénomène sont le complément l’un de l’autre. Aussi considèret-il que les événements retracés par ses rèves soit aussi réels que ceux de sa vie ordinaire, et est-il persuadé qu'il a un esprit qui peut quitter son corps « Les songes, dit Burton (1), ne sont pas, selon le « Yorubans (Afrique occidentale) etbeaucoup d’autres « idolâtres, une action irrégulière, une activité pu-

(1) Abeokuta, vol. [, p. 204,

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« tielle du cerveau, mais autant de révélations faites «par les mânes de ceux qui sont morts. » Les indigènes de l'Amérique du Nord avaient une telle foi aux songes que, dans une certaine occasion, un Indien rèvant qu'il avait été fait captif, persuada à ses amis de l’attaquer, de l’enchainer et de le traiter comme un prisonnier de guerre et se soumit à toutes sortes de tortures, dans l’espoir d'accomplir ain“i son rêve (1). Les habitants du Groënland (2) croient aussi à la réalité des songes et pensent que pendant la nuit, ils vont chasser, faire des visites, e! ainsi de suite; il est évident pour eux que le corps ne prend aucune part à ces aventures nocturnes; aussi en concluent-ils natu— rellement qu’ils ont un esprit qui peut quitter leur Corps.

À Madagascar (3), « tous les habitants de l’ile ont «le plus grand respect pour les songes et s’imaginent «que leurs bons démons (car je ne sais quel autre «nom donner à leurs divinités inférieures) les aver- « tissent en songe de ce qu’ils doivent faire et de ce «qu'ils doivent éviter. »

Enfin, quand ils rêvent à leurs amis ou à leurs parents décédés, les sauvages croient fermement que ce sont les esprits de ces derniers qui viennent les visitr, et croient ainsi, non pas à l’immortalité de l’âme, mais à une espèce de survivance du corps. Les Veddahs de Ceylan croient aux esprits, parce que leurs parents morts les visitent en songe (4), et les Man-

} Lafitau, loc cit., vol, I, p. 366,

) Crantz, loc, cit., vol. I, p. 200.

à) The adventures of Robert Drury, p. 171. Voir aussi p. 176, 272. (4) Bailey, Trans, Ethn, Soc., nouvelle série, vol, IE, p. 301,

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ganjas (Afrique méridionale) basent sur le même fait leur croyance à une vie future. Les sauvages sont rarement malades; leurs souffrances proviennent ordinairement de blessures, et presque tous meurent de mort violente. Or, comme une blessure leur cause des souffrances, ils attribuent à quelque ennemi intérieur leurs maladies internes. Aussi quand un Australien, après un trop copieux repas par exemple, a le sommeil troublé, il ne met jamais en doute la réalité de son rêve, mais se croit attaqué par quelque être, invisible pour ses compagnons.

Le passage suivant emprunté au compte rendu de

« l'expédition d'exploration envoyée par les États- Unis (1), » explique parfaitement ces idées : «Quand «les Australiens sont endormis, Koïin paraït quelque- « fois, saisit l’un d’eux et l'emporte. L’individu sais «essaye en vain de crier, car il est presque suffoqué. « Cependant Koin disparait au point du jour etl’homme «se retrouve sain et sauf à l’endroit où il s’est endormi « la veille. Cette fable semblerait prouver qu'ici ke « démon personnifie le cauchemar, auquel les indi- «gènes sont fort sujets, car ils mangent gloutonne- « ment quand ils peuvent se procurer des aliments.»

M. Sproat (2) dit, en parlant des indigènes du nordouest de l'Améri ue : « Une apparition de fantômes « est l’occasion de grandes cérémonies, auxquellesdoi- «vent prendre part les sorciers, les vieilles femmeset « les amis de l'individu qui a vu le fantôme. Les indi-

(1) Loc. cit., vol. VI, p. 110.

(2) Scenes and studies of Savage life, p. 172.

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Dans quelques cas l’ombre projetée par le corps semble avoir produit la croyance que l’homme possède uu esprit. Ainsi quelques Vitiens (1) « pensent «qu'un homme a deux esprits. Is appellent l'ombre «l'esprit noir; » cet esprit, selon eux, va aux enfers. «Son autre esprit est sa ressemblance réfléchie dans «l'eau ou dans un miroir; ils supposent que ce se-

«cond esprit continue d’habiter l'endroit où l'homme «meurt. C’est probablement cette doctrine des ombres «qui a conduit à l’idée que les objets inanimésont des cesprits. Je plaçai un jour un indigène soudainement «devant un miroir. Il était enchanté. « Maintenant, «me dit-il doucement, je puis voir dans le monde des «esprits. »

Les Indiens de l'Amérique du Nord regardent aussi l'ombre d’u 1 homme comme son âme ou sa vie. «Je «les ai entendus, dit Tanner (2), reprocher à un «convalescent de s’exposer imprudemment à l'air, <en lui disant que son ombre n'était pas encore tout Qà fait fixée en lui. »

(1) William, Fiji and the Fijians, vol. I. p. 241, 2) Tanner, Captivity, p. 291.

Les indigènes de Benin appellent «conducteur» « l'ombre d’un homme, ils croient qu’elle portera té- « moignage sur sa bonne ou mauvaise vie. S'il a bien « vécu, il obtiendra bonheur et dignité dans le lieu « dont j'ai déjà parlé, S'il a mal vécu, il doit mourir « de faim et de pauvreté (1).» C’est en effet une race fort superstitieuse, et Lander (2) nous raconte qu'ils prennent l'écho pour la voix de leur dieu.

Les sauvages regardent aussi très-souvent le tonnerre, soit comme un dieu, soit comme la voix du ciel. « Une nuit, dit Tanner, Picheto (un chef Indien « de l'Amérique du Nord), fort effrayé de la violence «de l'orage, se leva et offrit du tabac au tonnerre, «en le priant de se taire (3). »

J'ai déjà dit que les sauvages regardent presque toujours les esprits comme des êtres malfaisants, Nous pouvons, je pense, facilement comprendre la cause de cette idée. Pour les sauvages placés au plus bas degré de l'échelle de la civilisation, tout home appartenant à une autre tribu est un ennemi. Étranger est synonyme d’ennemi, et un esprit est un menbre d’une tribu invisible.

Les Hottentots, selon Thunberg (4), ont des idées fort vagues sur l’existence d’une divinité bienfaisante. « Ils ont des notions beaucoup plus avancées sur un « esprit malfaisant qu’ils craignent, car ils croient qu'il

(1) Astley, loc. cit., vol. III, p. 99, Pinkerton, vol. XVI, p. 531. Voir aussi Callaway, On the religious system of the Amazulu, p. 91.

(2) Niger Expedition, vol. IT, p. 242.

(3) Tanner, Narrative of a captivity among the Indians, p. 136.

(4) Thunberg. Pinkerton, Voyages, vol, XV, p. 142, Astley, loc. «il. P. 366.

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