‹ Les origines de la civilisation [microforme]Chapitre 29 sur 108 · LA REL · texte numérisé non relu

LA REL

«est la cause des maladies, de 1a mort, du tonnerre «et de tous les malheurs qui peuvent les affliger. » Les Bechuanas (1) attribuent tout le mal à un dieu invisible qu'ils appellent Murimo et « n'hésitent jamais à «l'accabler d’iniures chaque fois qu’il leur arrive quel- «que chosede malheureux ou qu’un deleurs vœux ne «s'accomplit pas. Ils n’ont pas de cérémonies reli- «gieuses, etles missionnaires n’ont jamais pu leur per- «suader qu’il pouvait déplaire à Dieu qu’on l'injuriàt. »

Les Abipones de l'Amérique du Sud, si bien décrits par Dobritzhoffer, ont quelques vagues notions d’un esprit méchant, mais aucune d’une divinité bienfaisante (2). Les Coroados (3) du Brésil « ne reconnais- «sent aucun dieu bon, mais seulement un principe «malfaisant qui... les tourmente, les torture, les con- «duit au danger et cause mème leur mort. »

Dans la Virginie et dans la Floride on adorait le mauvais esprit et pas le bon, parce qu’on pouvait fléchir le premier et que quant au second, c’était inuile, puisqu'il était certain qu'il ferait tout le bien possible (4). Les « Cemis, » aux Antilles, étaient de mauvais esprits « accusés d’être les auteurs de tous

«les maux qui affligent l'espèce humaine (5). » Le Peau-Rouge, dit Carver (6), « craint continuellement «les attaques des méchants esprits, et, pour les dé- «tourner, a recours aux charmes, aux cérémonies les

(1) Lichtenstein, t. IT, p. 332.

(2) Dobritzhoffer, loc. cit., t. IT, p. 35, 64.

(3) Spix et Martius, t. IT, p. 243.

(4) Müller, Gesch, d. American. Urreligionen, p. 151. (5) Robertson, America, livre IV, p. 124.

(6) Travels, p. 388.

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« plus fantastiques de ses prêtres, ou à la puissante in. « fluence de ses manitous. La crainte, bien entendu, à « plus de part à ses dévotions que là reconnaissance,

«et il s'attache beaucoup plus à détourner la colère « desesprits méchants qu’à s’assurer la faveur des bons « esprits. » Les Tartares de Katschiutzi pensent aussi que le méchant esprit est plus puissant que le bon(l). Les nègres de 'a côte occidentale, selon Artus (2), disent que leurs die::x « sont noirs et méchants, et «qu’ils prennent plaisir à. tourmenter les hommes,» Ils pensent que le dieu des Européens « est très-bon, « qu’il les couvre de bienfaits et les traite comme ses « enfants. D’autres demandaienten murmurant: Pour- « quoi Dieu n'est-il pas aussi bon pour nous ? Pour- « quoi ne nous donne-t il pas, aussi bien qu'aux Hoi- « landaïs, des vêtements de laine et de toile, du fer, « du cuivre et quantité d’autres choses ? Les Hollan- « dais répondaient que Dieu ne les avait pas négligés, « puisqu'illeur avait donné, comme preuve de sabonté, «de l'or, du vin de palmier, des fruits, du blé, des « bœufs, des chèvres, des poules ct beaucoup d’autres « choses nécessaires à la vie. Mais il n’y avait pa « moyen de leur persuader que ces choses venaient de « Dieu. Ils disaient que la terre ct non pas Dieu leur «donnait l'or, qu'il fallait tirer de sesentrailles; que « la terre leur fournissait le maïs et le riz, et cela à « l’aide de leur travail; que quant aux fruits ils les de- «vaient aux Portugais, qui avaient planté Les arbres:

(1) Pallas, t. IT, p. 433.

(2) Astley, Collection of Voyages, t. Il, p. 664.

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«que leurs bestiaux leur donnaient des petits et la «mer du poisson; que d'ailleurs pour se procurer «tout cela !l leur fallait travailler, sans quoi ils mour-

«raient de faim; et qu’ainsi ils ne pouvaient pas com- «prendre qu'ils dussent avoir la moindre obligation «à Dieu pour ces prétendus bienfaits. »

Quand Burton parlait de Dieu aux nègres de l'Afrique orientale, ils lui demandaient de suite où il se trouvait pour aller le tuer; car, disaient-ils, « c’est «lui, et lui seul, qui dévaste nos maisons et fait périr «nos femmes et nos bestiaux. »

Les mots suivants entendus par Burton indiquent clairement leurs idées à ce sujet. Une vieille femme de la tribu arabe des Eesa avait mal aux dents, et elle prononça la prière suivante : « Oh ! Allah, puissent «tes dents te faire autant de mal aue les miennes ! « Puissent tes gencives te faire souffrir autant que les «miennes ! » Or, peut-on appeler cela dela « religion.» Il me semble que c’est tout le contraire.

A la Nouvelle-Zélande (1), un dieu particulier causait chaque maladie ; ainsi : « Tonga était le dieu qui « causait le mal de tête et le mal de cœur; il demeu- «rait dans le front. Mako-Tiki, un dieu-lézard, était « la source de tous les maux de poitrine; Tu-Tan- « gata-Kino était le dieu de l'estomac; Titi-Hai, le « dieu des chevilles et des pieds; Rongomai et Tupa- «ritapu étaient les dieux de la phthisie; Koro-Kio « présidait aux naissances.»

«C'est Atua, dit Yate (2), qui cause la maiadie:

(1) Taylor, New Zealand and its inhabitants, p. 34. (2) Yate, New Zealand, p. 141.

« quand il est en colère, il entre dans le corps d’un « homme sous la forme d’un lézard, et le dévore in-

« térieurement, jusqu'à ce qu'il en meure. Aussi, « emploient-ils des charmes dans l'espoir, soit d’apai- + ser la colère du dieu, soit de le chasser du corps « du malade; pour arriver à ce dernier résultat, ils «usent des menaces et du langage le plus outra- « geant. » Les Stiens du Cambodge croient « à un « mauvais génie, ct attribuent toutes les maladies à « sen influence. Dès que quelqu'un souffre, ils pen- *. que le démon le tourmente, et, pleins de cette « idée, font nuit et jour, pour le chasser, un bruit in- < supportable autour du malade (1). »

Les Cafres Koussas (2), dit Lichtenstein, attribuent toutes les maladies à trois causes : «Les charmes d’un

: « ennemi; la colère de certains êtres qui semblent de-

« meurer dans les fleuves; le pouvoir des mauvais

« esprits. » Chez les Kols de Nagpore, selon le colonel

E. T. Dalton, « on attribue toutes les maladies qui

Î « affligent les hommes et Les bestiaux à une des deux |

« causes suivantes: la colère de quelques esprits mal-

« faisants qu'il faut apaiser; les charmes de quel-

« que magicien ou de quelque sorcier (3). » Les Cir- « cassiens (4) et quelques Chinois (5) partageut la

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N \t} Mouhot, Voyage dans les parties centrales de l'Indo-Chine, t, 1, | p, 250.

| (2) Lichtenstein, t, IT, p, 255,

(3) Trans, Ethn. Soc., 1868, p. 30,

(4) Klemm, Allg. Cult, r, Mensch., t. IV, p. 36.

(5) Trans, Ethn, Soc. 1810, p, 21,

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(1) Voir Cod (2) Lectures Trans, Ethn. 4 (3) Chapma (4) Philip, à) Adventu

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respect pour les fous, puisqu’on pense que la divinité a élu domicile dans leur corps (1). Les sauvages qui attribuent les maladies à la magie, attribuent nécessairement aussi la mort à la même cause. Loin d’en être arrivés à l’idée d’une vie future, ils ne comprennent même pas que la mort est la fin naturelle de œtte vie. Presque tous croient fermement qu'il n’y a pas de mort naturelle, et quand un homme ne meurt pas des suites d’une blessure, ils attribuent sa mort à la magie.

Ainsi, M. Lang (2) dit, en parlant des Australiens, que, chaque fois qu'un indigène meurt « bien qu'il «soit évident que sa mort est Le résultat de causes na- « turelles, en l’attribue immédiatement aux charmes de «quelque sorcier d’une tribu voisine.» Les indigènes de l'Afrique méridionale ne peuvent pas croire qu’on meure naturellement (3). « Les Bechuanas, dit Philip, et toutes les tribus Cafres ne comprennent pas qu’un «homme puisse mourir, si ce n'est par la faim, la « violence ou la magie. Si un homme meurt, même à «quatre-vingt-dix ans, ctqu’on ne puisse pas expliquer «sa mort par la faim ou la violence, on Pattribue à la «magie, et il faut du sang pour le venger (#4). » Sur la côte de Guinée, selon Battel, « personne ne peut «mourir que par l'intervention de la magie (5). »

(1) Voir Cook, Voyage to the Pacific, L. Il,p. 18.

(2) Lectures on the Aborigenes of Australia, p. 14. Voir aussi Oldfeld, Trans, Ethn. Soc., nouvelle série, à, LE, p. 236.

(3) Chapman, Travels in Africa, t, T, p. 47.

(&) Philip, South Africa, t. I, p. 118.

5) Adventures of Andrew Battel, Pinkerton, t, XVI, p, 334, Voir aussi Aslley, t, Il, p, 300,

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Dobritzhoffer (1) atteste que « alors même qu'un « Abipone meurt de ses blessures, d’une chute ou de « vieillesse, ses compatriotes nient que ce soit là la « cause de sa mort, et cherchent à découvrir quel sor- « cier Pa tué et pour quelle raison. » Les Indiens de l'Amérique du Sud, dit Stevenson (2), « ne croient « jamais à la mort par les causes naturelles, mais l’at- « tribuent toujours à la magie. Aussi, à la mort d’un « individu, ils consultent un ou plusieurs sorciers, en « qui ils reposent toute confiance, ceux-ci nomment « ordinairement le magicien coupable de cette mort, « et le malheureux, objet de leur caprice ou de leur « méchanceté, est le plus souvent sacrifié. » Wallace a trouvé (3) la même coutume chez les tribus de l'Amazone; Müller (4) chez les Dacotahs, et Hearue (5) chez les Indiens de la Baie d'Hudson.

Mais, bien qu’à différents points de vue - sauvage craigne naturellement ies esprits, il ne s’ensuit pas qu’il les croie plus sages ou plus puissants que les hommes. Nos spirites modernes ont exactement la mème idée. Les indigènes des îles Nicobar avaient l'habitude d'élever des épouvantails pour éloigner les « Ecwecs» de leurs villages (6). Les habitants du Kamtschatka, selon Kotzebue (7), insultent leurs dieux quand ces derniers n'accomplissent pas leurs désirs, Ils ont d’ailleurs le plus grand mépris pour eux, «il

(1) Loc. cit, LI, p, 84,

(2) Travels in South Americu, L, I, p, 60,

(3) Loc, cit, p. 500,

(a) Loc, cit., p. 82,

(5) Loc, cil,, p. 338.

(6) Voyage of the Noraru, & IT, p, 66, (7) Loc, cit, t, Il, p. 13,

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(1) Klemm, 44 (2) Loc. cit., (à) Voyage of 4) Account © LL, p, 245, 4 () Dubois, loc Lussocx, O

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LA RELIGION. 225 « faut, disent-ils, que Kutka ait été bien absurde pour « faire des rochers inaccessibles et des fleuves trop rapides (1). Les Lapps, selon Klemm (2), représentent leurs dieux au moyen d’idoles, qu’ils placent chacune dans une boîte séparée; sur laquelle ils indiquent le nom du dieu, pour que chacun puisse reconnaitre son domicile.

Vancouver (3) raconte que les habitants d'Owhyhee étaient fort outrés contre leur dieu, qui avait permis la mort d’un jeune chef populaire nommé Whokaa. Yate (4) observe que, les Nouveaux-Zélandais attribuant certaines maladies aux attaques du dieu Atua, essayent soit de l’apaiser, soit de le chasser; dans ce

| dernier cas, « ils emploient les menaces et les paroles

des plus offensantes, et vont quelquefois jusqu’à «dire à leur dieu qu’ils le tueront et le mangeront. » Dans l'Inde les sept grands « Rishis » ou pénitents, sont, selon quelques contes populaires, supérieurs mème aux dieux. L'un d’eux, dit-on, « rendit visite à «chacune des trois principales divinités de l'Inde, et

| «commença l’entrevue en leur donnant un coup de

«pied. Il désirait savoir comment elles se conduicraient et découvrir quel était leur caractère, en «voyant ce qu'elles feraient après un salut sem- «“blable, Les pénitents s’attribuent toujours une sorte «de supériorité sur les dieux et les punissent sévère- «ment quand ils les trouvent en faute (5). »

(1) Klemm, doc, cit., t. Il,p. 318.

(2) Loc. cit., t, HIT, p. 81,

(3) Voyage of Discovery, t. III, p. 14.

4) Account cf new Zealand, p. 141, D'Urville, Voyage de l'Astrolabe, LIL, p. 245, 440, 470,

() Dubois,loc, cit., p. 304, Lussocx, Orig, de la Civil,

Le nègre de la Guinée bat son f‘tiche, si ses désirs ne sont pas accomplis, et il le cache dans sa ceinture, s’il est sur le point de faire quelque chose dont il ait honte, de façon à ce que le fétiche ne puisse pas voir ce qui se passe (1).

Les Bechuanas pendant un orage maudissaient leur dieu parce qu’il faisait tonner (2); les Namaquas lançaient des flèches empoisonnées contre un nuage pour le repousser (3). Quand le Basuto (Cafre) fait une expédition de maraude, «il crie etil siffle coinme il a l’ha- « bitude de le faire quand il conduit son troupeau, pen- « sant de cette façon persuader aux pauvres dieux du « pays qu'il va attaquer, qu’il amène des bestiaux à « leurs adorateurs au lieu de venir leur en voler (4).»

Selon Thomson (5) les indigènes du Cambodge pensent que leur dieu ne comprend pas les langues étrangères. Franklin (6) dit que les Indiens Cree traitent leur dieu, qu’ils appellent Kepoochikawn, «avec beaucoup « de familiarité, car ils entremêlent leurs discours les «plus solennels de remontrances et de menaces « d'abandon, s’il ne satisfait pas à leurs demandes. »

Les indigènes de l'Australie septentrionale (7) refusent « de passer seuls la nuit près de tombeaux; « quand ils sont obligés de le faire, ils portent une « torche pour éloigner l'esprit des ténèbres. »

Les Kyoungtha de Chittagong sont boudhistes. On

(1) Astley, t. II, p. 668.

(2) Chapman, Travels in Africa, t. I, p. 46,

(3) Wood, Natural History of Man, t. I, p. 307: (k) Casalis, Basutos, p, 253,

(5) Trans. Éthn. Soc., t. VI, p. 250.

(6) Visit to the Polar seas, t. IV, p. 146, (7) Keppel, Visit to the Indian Archipelago, t. IT, p. 182,

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trouve dans leurs temples une raugée de sonnettes et une image de Boudha, que les villageois viennent ordinairement adorer soir et matin «ils commencent «leurs prières en agitant les sonnettes pour prévenir le «dieu qu'ils sont là (1).» Les temples Sinto de la déesse du Soleil au Japon contiennent aussi une cloche, « destinée à éveiller la déesse et à appeler son attention sur les prières de ses adorateurs (2). »

Selon les Brahmines (3) « deux choses sont abso- « lument indispensables au sacrificateur pour accom- «plir une cérémonie : plusieurs lampes allumées et «une cloche. »

‘Les Tartares de l’Altaï se représentent leur dieu sous les traits d’un vieillard à la longue barbe et revètu d'un uniforme d’officier de dragons russes (4).

Les Grecs et les Roinains croyaient aussi à des hisloires peu honorables et pour le caractère moral, et pour l'intelligence et le pouvoir de leurs dieux. Ainsi

ils étaient exposés à se faire battre par des hommes. Mars bien qu’il fût le dieu de la guerre est blessé par Diomède et se sauve en hurlant de douleur. Ils avaient peu ou pas de pouvoir sur les éléments, aucune prévoyance, et sont souvent moralement et intellectuelle-

ment inférieurs aux hommes. Homère lui-même ne semble pas avoir compris l’idée de la Toute-Puissance (5). En un mot, ou peut dire que le sauvage respecte beaucoup plus son chef que son dieu (6).

(1) Lewin, Hills tracts of Chittagong, p. 39.

(2) Smith, Ten Weeks in Japan, p. 49.

(3) Dubois, The people of India, p. 400,

(4) Klemm, loc, cit., t, III, p. 86,

(o) Gladstone, Juventus Mundi, p. 198, 228, (6) Voir Burton, Abeukuta, t, 1, p. 180. Dubois, loc, cit., p. 304, 450:

La conduite des sauvages pendant les éclipses prouve clairement le peu de cas qu'ils font des esprits, Novs trouvons, dans le monde entier, des peuples per-

suadés que le soleil et la lune sont des êtres vivants®

et qui pensent que, pendant les éclipses, ils sont en train de se quereller, ou sont attaqués par les mauvais esprits de l’air. Aussi, est-il naturel, bien que cela nous semble absurde, que le sauvage s'efforce de venir au secours du soleil ou de la lune. Les indigènse du Groënland (1) pensent que le soleil et la lune sont frère et sœur ; le premier est la femme, constamment poursuivie par le second. Pendantune éclipse de lune ils croient que la lune « entre dans leurs demeures « pour s'emparer deleurs fourrures et de leurs aliments « et même pour mettre à mort les gens qui n’ont pas « bien observé les règles de l’abstinence. Aussi cachent- «ils tout ce qu’ils possèdent; puis les hommes portent « sur le toit de leurs maisons leurs coffres et leurs « chaudrons et frappent dessus, à coups redoublés, « pour effrayer la lune etlui faire reprendre sa place accoutumée. Pendant une éclipse de soleil les femmes pincent l’oreille des chiens; s’ils crient, c’est un signe que la fin du monde n’est pas encore arrivée. ÿ Les Iroquois, dit le docteur Mitchell (2), croient que les éclipses sont causées par un esprit malfaisant « qui « intercepte méchamment la lumière qui devrait éclai- « rer la terre et ses habitants. La plus grande émotion « regne alors. Tous les membres de la tribu éprouvent « le plus grand désir de chasser le démon et de faire

(1) Crantz, t, I, p. 232, (2) Archæol, Americana, t, 1, p. 351,

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(1) Lafitau, t p.272, Depons (2) Loc, cit.

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LA RELIGION. 229 «disparaître ainsi l'obstacle, qui s'oppose à la trans- «mission des rayons lumineux. Dans ce but, ils sortent «de leurs demeures et essayent de l’effrayer en criant, «en hurlant, en battant du tambour et en tirant des «coups de fusil. Leurs efforts sont toujours couron- «és de succès; à force de courage et de persévé- «rance, ils finissent par chasser le démon et s’aper- « çoivent de sa retraite par le retour de la lumière. »

Les Caraïbes, dit Lafitau, expliquent les éclipses en supposant, soit que la lune est malade, soit qu’elle est attaquée par des ennemis; ils essayent de chasser ces derniers par des danses, des cris, et en agitant la crécelle sacrée (1). Les indiens Chiquito (2), selon Dobritzhoffer, pensent que, pendant les éclipses, le soleil et la lune « sont cruellement déchirés par des «chiens, qui remplissent l'atmosphère, quand la lu- «mière commence à disparaître, et ils attribuent la «couleur rouge sang, ordinaire aux éclipses, aux mor- «sures de ces animaux. Aussi, pour défendre leurs «chères planètes contre ces boule-dogues aériens, «lancent-ils vers le ciel, au moment de l’éclipse, une «nuée de flèches en poussant des vociférations. » Quand les Guaycurus, dit Charlevoix, « se croient me- «nacés d’un orage, ils sortent de leurs villages, les «hommes armés de leurs mancanas, et les femmes et «les enfants hurlant de toute leur force; ils croient «qu’en ce faisant ils mettront en fuite le diable qui cexcite l’orage (3). » Les anciens Péruviens avaient

(1) Lafitau, t, I, p. 248, 252. Tertre, History of the Caribby islands, p.272, Depons, Travels in Suuth America, t. I, p. 197. (2) Loc, cit., t. II, p. 84.

(8) History of Paraguay, t. I, p. 92. Voir aussi p. 203.

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