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aussi l’habitude de battre leurs chiens pendant les éclipses, afin sans doute que leurs hurlements effrayassent les mauvais esprits (1). Les Chinois de Kiat-ka pensent que les éclipses sont causées par le diable qui met la main sur la lune et, pour prendre la défense de cette dernière, ils font immédiatement autant de bruit que possible (2). Les Stiens du Cambodge (3), de mème que les Cambodgiens, expliquent les éclipses par l'hypothèse que « quelque être a avalé le « soleil et la lune, et afin de les délivrer ils fontun « bruit terrible, battent le tarmtam, poussent des cris « sauvages, et lancent des flèches dans l’air jusqu’à ce « que le soleil reparaisse. »
Pendant les éclipses, les habitants de Sumatra (4) « font aussi le plus de bruit possible pour erapècher «un des astres de dévorer l’autre. Les Chinois font « de même pour effrayer le dragon, superstition qui « prend sa source dans les anciens systèmes d’astro- « nomie (particulièrement le système Indou) où on « représente les modes de la lune au moyen de la tête « et de la queue d’un dragon. Les indigènes de Su- « matra croient qu'il y a un homme dans la lune qu « file continvellement du cotox:, mais un rat vient, « chaque nuit, 1ouger son fil, ce qui l’oblige à re- « commencer à nouveau tout son ouvrage. »
Speke (5) raconte qu’uné fois, « dans l'Afrique « orientale, au moment d’une éclipse partielle de la
(1) Martius, loc. cit., p. 32.
(2) Pallas, t. IV, p. 220.
(3) Mouhot, Voyages dans l’Indo.Chine, t, 1, p. 253,
(4) Marsden, Historÿ of Sumatra, p. 194.
(5) Speke, p. 243.
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(1)R. et J.
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«lune tous les Wanguana circulèrent entre les villa- «ges de Rumanika et de Nnanagi, en chantant et en «frappant sur des casseroles, pour empêcher l'esprit «du soleil de dévorer entièrement leur astre de pré- «dilection, la lune. » Selon Lander (1), à Boussa, dans l'Afrique centrale, on explique les éclipses par l'hypothèse que le soleil attaque la lune. Pendant tout le temps d’une éclipse les indigènes font autant de bruit que possible « dans l’espoir d'effrayer le soleil, «de le faire retourner à sa place accoutumée et de «permettre ainsi à la lune d'éclairer le monde «comme à l'ordinaire. »
La confusion constante entre la croyance aux ‘’antômes et la croyance en une àme ou esprit immortel, constitue une des principales difficultés qu’on aitàsurmonter, pour arriver à comprendre clairement le système religieux des sauvages. Ces deux croyances sont cependant essentiellement distinctes; l'esprit, selon eux, n’est pas nécessairement immortel bien qu'il ne périsse pas avec le corps. Ainsi, par exemple, les nègres, dit un de nos meilleurs observateurs, le capitaine Burton (2), «croientäun fantôme, mais non pas à une âme ; «à un présentimmatériel, maisnon à une vie future,»
Ne comptant sur rien après la vie présente, il n’y a aucun espoir pour eux au delà du tombeau. Ils pleurent, gémissent et se désespèrent. « Amekwisha, » tout est fini pour lui, » est le dernier mot des Africains orientaux en parlant d’un parent ou d’un ami
(1) R. et J. Lander, Niger Eæpedition, t. Il, p. 180, 183. (2) Trans. Ethn. Soc,, nouvelle série, t. [, p, 323.
décédé. « Tout est fini et pour toujours,» chantent les Africains occidentaux. La moindre allusion à la mort les fait trembler. « Ah ! s’écrient-ils, il est triste de « mourir ; il est triste de quitter maison, femmes et en- « fants, de ne plus porter de belles étoffes, de ne plus « manger de viande et de ne plus fumer de tabac{{).»
Selon Hearne (2), excellent observateur, qui avait à sa disposition tous les moyens de juger en connaissance de cause, les Indiens de la baïe d'Hudson n’ont aucune idée d’une vie future.
Dans d’autres endroits, on suppose que l'esprit survit au corps pendant quelque temps et qu’il hante les lieux où il a vécu.
Demandez au nègre, dit M. Du Chaillu (3), «où est « l'esprit de son arrière-grand-père. Il vos répond « qu’il n’en sait rien, qu’il est fini. Demandez-jui où est « l'esprit de son père ou de son frère mort ñiz*, alors «il est plein de crainte et de terreur. Il croit cw'il ré- « side près de l'endroit où le corps à été enterré et « bien des tribus changent de campement, immédia-
« tement après la mort de l’un de ses membres, » La même croyance existe chez les Cafres Amazulu comme l’a si bien prouvé M. Callaway (4). Ils croient que l’esprit de leurs pères ou de leurs frères décédés vit encore, parce qu'ils leur apparaissent en songes ; par un raisonnement inverse, cependant, ils pensent que leurs grands-pères ont cessé d'exister.
Bosman rapporte que sur la côte de Guinée, quand
(1) Burton, Trans. Ethn. Soc., t. I, p. 82.
(2) Loc cit., p. 344.
(3) Trans. Ethn. Soc., nouvelle série, t. I, p. 309. (4) The religious system of the Amazulu, 1869.
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(1) Bosman (2) Loc, cit.
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«une personne importante vient à mourir, tous les «membres de la tribu sont plongés dans la terreur, «parce qu'ils croient qu’elle apparaîtra pendant plu- «sieurs nuits prèsdeson ancienne demeure ({).» Ainsi ilsemblerait que la puissance d’un fantôme, après la mort,a quelque rapport avec celle que l’homme possédait pendant sa vie. D’autres nègres pensent qu'après la mortils deviennent hommes blancs (2). Singu!ière idée qui se retrouve aussi en Australie. Chez les Tipperahs de Chittagong, quand un homme meurt loin de chez lui, ses parents tendent un fil sur tous les cours d’eau intermédiaires, afin que l’esprit du mort puisse revenir dans son propre village ; car on suppose que « sans assistance, les esprits ne peuvent pas «traverser une eau courante, aussi font-ils un pont «comme nous venons de l'indiquer (3). » Noussavons qu'une idée à peu près semblable existait en Europe et nous la retrouverons (p. 239), dans les îles Viti. Quelques genres de mort tuent non-seulement le corps, mais aussi l'esprit. Ainsi un Bosjesman ayant lné une magicienne, lui écrasa la tête avec de grosses pierres, l’enterra, puis alluma un grand feu sur son tombeau, de peur, comme il l’expliqua à Lichtenstein (4), qu'elle ne sortit de sa tombe et ne vint le tourmenter, Les Nouveaux-Zélandais croient qu’un homme mangé périt corps et âme. La mêmeidée se retrouve chez les Californiens qui, selon M. Gibbs, croient à l'inmortalité des blancs parce qu'ils enterrent leurs
(1) Bosman, loc. cif., p. 402.
(2) Loc, cit,, p. 401.
(3) Lewin, loc. cut., p. 8.
(4) Lichtenstein, t. IL, p. 61.
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morts, mais ne peuvent pas l’admettre pour euxmêmes, parce qu'ils les brülent (1).
On remarquera que dans ces cas l'existence du fantôme dépend du genre de mort et du système d’ensevelissement. Cela est sans aucun doute absurbe, mais on ne peut pas dire que ce soit illogique. Il faut se reporter à l’idée qu’un sauvage se fait de l'âme ; selon lui l'âme ou l'esprit est quelque chose d'éthéré, mais pas absolument immatériel, aussi la violence peut-elle le détruire. Quelques peuples croient aux fantômes des vivants aussi bien qu’à ceux des morts Les Vitiens (2), par exemple, croient « que l'esprit « d’un homme vivant quitte quelquefois son corps «pour aller tourmenter d’autres personnes endor. «mies. Quand un homme se trouve mal ou meurt, «ils croient qu’on peut encore quelquefois retenir « son esprit en l'appelant. »
Là même où les idées d’une âme et d’une vie future sont plus développées, elles sont loin de prendre tou: jours la même direction que les nôtres.
Ainsi les Caraïbes et les Peaux-Rouges croient qu'un homme a plus d’une âme; les pulsations du cœur el des artères leur ont probablement donné cette conviction, car ils regardent ces pulsations comme des preuves de vies indépendantes. Ils expliquent par à l'inconstance du caractère.
La croyance aux fantômes diffère donc essentielle ment de nos idées sur une vie future. Les fanto-
(1) Schoolcraft, Indian Tribes, Partie 3, p. 107. (2) Fiji and the Fijians, t. I, p. 242.
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(2) Astley, (3) Abectu
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LA RELIGION. 235 mes sont mortels, ils hantent les cimetières et se plaisent dans le voisinage de leurs propres tombeaux. Et les peuples où la civilisation a progressé quelque peu, croient que les âmes ne se rendent pas dans un ciel, mais simplement sur une terre plus heureuse.
La divination et la sorcellerie sont très-répandues. Il est inutile de les décrire, on retrouve, à ce sujet, la mème pensée dans le monde entier. Je me contenterai donc de citer quelques exemples.
Whipple (1) décrit ainsi une scène de divination chez les Cherokees. Le prètre, ayant terminé un discours éloquent, prit un vase curieusemeut sculpté et de haute antiquité, me dit-on ; ille remplit d’eau et y plaça une substance noire qu'il faisait, par un mot, mouvoir de droite à gauche et de haut en bas. Puis il parla de dangers et d’ennemis en présentant la pointe d'un couteau au minéral sacré, qui s’éloigna ; inais, dès qu'il commença à parler de paix et de sécurité, le minéral se rapprocha du couteau et s’y attacha avec assez de force pour que le prêtre püt le soulever hors de l’eau. Le prêtre interpréta enfin ces signes en informant le peuple quela paix semblait assurée et qu’aueun ennemi n’était proche.
Dans l’Afrique occidentale (2) on interroge l'avenir au moyen de noix : «on en prend une poignée et on «les compte; la réponse varie selon que le nombre est «pair ou impair.» Les nègres d'Egba (3) consultent Shango en « jetant en l’air seize cauris percés : si huit
(1) Report on the Indian Tribes, p. 35.
(2) Astley, t, II, p. 674.
(3) Abeckuta, t, I, p. 188.
« retombent la pointe en l'air et huit la pointe en « bas, c’est signe de paix ; si tous ont la pointe en l'air, « c’est aussi un bon signe ; et vice versd, si tous re- « tombent la pointe en bas, c’est signe de guerre. » Les Lapons ont un singulier mode de divination. Ils mettent au feu une omoplate et prédisent l'avenir par l’arrangement des lignes (fig. 14-16). La mème coutume
ETS || AN ps NN AN H
he
Fig. 14-16, — Omoplates préparées pour la divination, {Klemm, Culturg. der Menschheit, v. II, p. 200.)
existe chez les Mongols (1), les Tunguses (2) de Sibérie et les Bédouins. Les lignes, bien entendu, varient beaucoup, il y en a quelques-unes cependant qui se représentent ordinairement. Les figures ci-
(1) Klemm, loc. oit., t. ILI, p. 199.
(2) Ibid., p. 109.
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Ceci est RÀ à le, sorc dre. S'il es indique ce représente, peut causer
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(1) Tanner, À
(2) Fijiandt LIL, p, 239.
(3) Yale, Neu
nte en n l'air, ous rere. »
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LA RELIGION. 237 dessus représentent des spécimens Kalmoucks empruntés à l’ouvrage de Klemm, qui explique, d’après Pallas, la signification des différentes lignes.
Les Chipewyans de l'Amérique septentrionale font aussi leurs dessins magiques sur des omoplates, qu’ils jettent ensuite dans le feu (1). Williams décrit plusieurs modes de divination pratiqués aux iles Viti (2).
A la Nouvelle-Zélande une tribu, avant d’entreprendre une expédition, plante ordinairement deux rangées de bâtons dans le sol : l’une de ces rangées représente les guerriers de la tribu, l’autre ceux de l'ennemi. Si le vent fait tomber en arrière les bâtons représentant l'ennemi, il sera défait ; s’ilstombent en avant, il sera victorieux ; s'ils tombent obliquement, l'expédition sera indécise. Le même critérium s'applique aux bâtons qui les représentent euxmêmes (3).
Ceci es! un véritable exemple de divination, maisde R à le sorcellerie il n’y a qu’un pas facile à comprendre. S'il est une fois établi que la chute d’un bâton indique certainement la défaite de la personne qu’il représente, il s'ensuit qu'en renversant le bâton on peut causer sa mort.
Nous trouvons une idée analogue dans la région montagneuse de l'Écosse occidentale. Dans le « Sea Maiden » une syrène apparait à un pêcheur et lui
| donne trois graines, qui doivent produire trois arbres,
«et quand un de ses fils sera sur le po'at de mourir
(1) Tanner, Narrative, p. 192, () Fijiandthe Fijians, t, 1, p. 228. Voir aussi Mariner, Tonga islands, LIL, p, 239.
(3) Yate, New Zealand, p. 91,
«un des arbres dépérira, » ce qui eut lieu commeelle l'avait prédit (1).
Un prétendu prophète des Snawnees (Amériqueseptentrionale) envoya dire à Tanner que le feu qui bràlait dans sa hutte étaitintimement lié à sa vie. « Aussi, « dit-il, vous ne devez jamais le laisser s’éteindre. Rap- « pelez-vous, été et hiver, jour et nuit, pendant « l'orage ou pendant le calme, que votre vie et votre « feu sont une seule et même chose. Dès que vous « laisserez s’étemdre votre feu, votre vie finira (2), »
Le Père Merolla raconte qu'une sorcière nègre du Congo voulut une fois le tuer. Dans ce but elle creusa un trou dans le sol, et je résolns, dit le bon père (3), « de ne pas rester longtemps dans le même endroit,
« pour éviter qu’elle ne n'ensorcelät, raison pour
« laquelle elle avait creusé ce trou. Ils ont coutune, « paraît-il, quand ils veulent ensorceler quelqu'un, « de placer une certaine herbe ou une plante dans le « trou qu’ils creusent dans ce but ; et à mesure que « la plante se fane et dépérit la vigueur et la vie de « la personne ensorcelée dépérissent aussi. » A Viti (1 « une des manières d'opérer est d’enterrer une noi «de coco, sous le foyer du temple, où un feu est « constamment entretenu ; à mesure que la noix & « dessèche, la santé de la personne qu’elle représente «devient de plus en plus mauvaise, jusqu’à ce que mort « s’ensuive. À Matuku se trouve un bosquet consacr
(1) Campbell, Tales of the West Highlands, t, 1, p. 71, (2) Tanner, Narrative, p. 156.
(3) Pinkerton, &, XV! p. 290.
(a) Fiji and the Fijians, t. 1, p. 248,
«au die «tructio «qui dé «cheveu « alimen «toujour «sur les
«Si la vi «charme «pendan «siste à
«douées
«avec d'a «tte boît.
«le jardi «bien on «digènes «mes que «l'objet d «sont moi tçonner ( en leur
«fragmen (à ce qu’ «ses vêter (se coupe «le chau
Cpetite me Cpersuadé (charmes Mérique se
mme elle
riquesepqui brü- >, « Aussi.
dre. Rappendant e et votre que vous nira (2). »
nègre du elle creusa à père (3), ie endroit,
ison pour
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«au dieu Tokalau, le vent. Le prêtre promet la des- «truction de toute personne en quatre jours, si ceux «qui désirent sa mort lui apportent une mèche de ses «cheveux, un morceau de ses habits, ou quelques «aliments qu'il a laissés. Ce prètre entretient un feu «toujours allumé et s’en approche en se traiaant «sur les pieds et sur les mains pour y jeter ces objets. «Si la victime se baigne avant le quatrième jour, le «charme est rompu. La méthode la plus ordinaire, ce- «pendant, connue sous le nom de Vakadranikau, con- «siste à mélanger certaines feuilles qu’on suppose «douées d’un pouvoir magique ; on les enveloppe «avec d’autres feuilles, ou on les place dans une pe- «tite boîte de bambou, puis on enterre le paquet dans «le jardin de la personne qu’on veut ensorceler, ou «bien on le cache dans le toit de sa maison. Les in «digènes ont une telle foi en l'efficacité de ces char- «mes que des personnes, apprenant qu’elles ont été « l'objet de semblables maléfices, se sont couchées et «sont mortes de peur. Quiconque a raison de soup- «çonner que d’autres lui en veulent évite de manger «en leur présence, et a soin de ne laisser aucun
«fragment deses aliments ; il s’habille aussi de façon
«à ce qu’on ne puisse lui enlever aucune partie de
«ses vêteinents. La plupart des indigènes, quand ils
«secoupent les cheveux cachent la partie coupée dans
«le chaume de leur maison. D’autres se bâtissent une
Cpetite maison et l'entourent d’un fossé, rempli d’eau,
Cpersuadés qu’ilssont qu’un peu d’eau neutralisera les
Charmes dirigés contre leurs personnes. » Dans l'A-
mérique septentrionale, pour s'assurer le succès dans
une guerre, dans une affaire d’araour, dans une chasse, les Indiens font un grossier dessin, ou une petite statue représentant l’homme, la femme ou l'animal, puis ils portent le dessin ou la statue au magicien qui accomplit quelques cérémonies; s’ils veulent causer la mort, ils percent l’image à l'endroit du cœur (1). Les Romains, quau les sacrifices étaient défendus, avaient l’habitude, pour y suppléer, de jeter des poupées dans le Tibre. Dans l'Inde, les magiciens font de petites figures de boue, sur la poitrine desquelles ils inscrivent le nom de la personne qu’ils désirent tourmenter. Puis ils « percent l’image avec des épines, «ou la mutilent, pour infliger la même torture à la « personne qu'elle représente (2). »
Dans d’autres cas il suffit de savoir le nom de la personne ; nous trouvons d’ailleurs dans le monde entier, des croyances à certains rapports entre une #hose ou une personne et le nom qre porte ‘ett: enose ou cette personne. De là l’imnortance qu’attachent les Indiens de Amérique du Nord et les insulaires du Pacifique à un échange de noms. De là vient aussi cette coutume si répandue de cacher son nom réel, de peur de laisser prendre sur soi une grande influence. Les Romains eux-mêmes, quand ils assiégeaient une ville, accomplissaient une curieuse cérémonie basée sur it mème idée. Ils invoquaient la divinité tutélaire de la ville assiégée et essayaïient, par l'offre de récompenses et de sacrifices, « de l’amener à trahir ses amis ct
(1) Tanner, Narrative, p. 174.
(2) Dubois, The people of India, p. 347,
ses adora plir cette nité tutél:
un profo Rome (1).
Noustr idée a lon
en civilise « jours gi «prenom «simplem crassé q1 «coutume «sa confu (On parle Cpérieur «lui parle Cou le ti (connaît :
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Corang K ccellence, «désire Vd «criminels ((contracti Toutefois tomme indi Sion « quel (victime fl
(1) Lord Kaml (2 Marsden, Lussock,
JS une ne pe- | l'aniagicien nt caueur (1).
fendus, les poufont de elles ils nt tourépiues, ire à la
le La perle entier, hose ou ou cette
Indiens cifique à coutume peur de
Les Rone ville, fe sur it ire de la compeñs amis €t
ses adorateurs. IL était très-important pour accom-plir cette cérémonie de connaitre le nom de la divinité tutélaire, c’est cette raison qui fit garder comme un profond secret le nom de la divinité tutélaire de Rome (1). »
Nous trouvons à Sumatra la preuve curieuse que cette idée a longtempssurvécu chez un peuple assez avancé en civilisation. « Un habitant de Sumatra (2) fait tou- « jours grande attention à ne pas prononcer son pro- «pre nom, non pas, que je sache, par superstition, mais «simplement par étiquette. 11 se trouve fort embarcrassé quand un étranger, ne connaissant pas les «coutumes du pays. le lui demande. Aussitôt remis de «sa confusion, il sollicite l'intervention d’un voisin. «On parle toujours à la troisième personne; un su- «périeur seul, donnant des ordres àson inférieur, «lui parle à la seconde personne, on emploie le nom «ou le titre à la place du pronom, et quand on ne Cconnaiît ni l’un ni l’autre, on y substitue un titre «respectueux général et on dit par exemple : « Apa corang Kaya punia suka, » « Que désire Son Ex- «cellence, » au lieu de « que désirez vous » ou « que «désire Votre Excellence. » Quand on parle à des «criminels, on emploie le pronom personnel Kau «(contraction de angkau) — qui exprime le mépris, »
Toutefois on considère, dans la plupart des cas, omme indispensable que le sorcier ait en sa possession « quelque objet qui provienne du corps de la (victime future, une mèche de cheveux, un peu de
(1) Lord Kames, History of man, t. IV, p. 226. 2) Marsden, History of Suimat a, p. 286.
Lussocx, Orig, de la Civil,
« salive ou d’autres secrétions du corps, ou bien enfin « une portion des aliments qu’a mangés la personne. « C’est là le canal au moyen duquel le démon entrera « dans le corps de la personne qu’on veut ensorceler, « Cela s'appelle le tubu, c’est-à-dire ce qui pousse, « ou ce qui fait pousser. Quand on se l’est procuré, « on accomp tt le tara ; le sorcier prend les cheveux, « la salive, ou toute autre substance ayant appartenu ñ « à la victime, à sa maison ou marac, fait sur ces « objets ses passes magiques, et récite ses prières, on if « suppose que le démon entre dans le iubu, et par } «ce canal dans l'individu qui est alors possédé du | « diable (1). »
En parlant de la Nouvelle Zélande, Tylor (2) dit: « Un individu qui veut en ensorceler un autre tâche « de se procurer quelque chose qui lui appartienne, «une mèche de cheveux, un morceau de ses vête- | « ments, ou même une partie de ses aliments; une « fois cet objet en sa possession, il récite dessus cer- « tains karakias, puis l’enterre. On suppose que l’in- I « dividu ensorcelé dépérit dans la même proportion « que l’objet se pourrit. Cela arrive presque toujours « quand la victime en entend parler, la terreur ac- « complissant bien vite les désirs de son ennemi. La « personne qui veut en ensorceler une autre reste | «trois jours sans manger, le quatrième elle mange, | «et la victime meutr, »
Selon Seemann (3), « siun Vitien désire causer la
(1) Williams, Polynesian Researches, t. IT, p. 228. (2) New Zealand and its inhabitants, p. 89, 167. (3) À Mission to Vili, p. 189.
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(1) Polyn
n enfin rsonne, entrera orceler.
pousse, procuré, heveux, ppartenu sur ces ières, ON u, et par ssédé du
* (2) dit:
tre tâche sartienne, ses vèteents ; une ssus cel- : que l'inproportion toujours breur AC“ nnemi. La tre reste e mange,
causer li
«mort d’un individu et veut emp'oyer un autre «moyen que la violence ou le poison, il remet l’af- « faire entre les mains d’un sorcier en ayant soin de « rendre le fait aussi public que possible. Le sorcier « cherche alors à se procurer un obj:t, quel qu’il soit, «ayant appartenu à la personne qu’il doit ensor- «celer. On brûle cet objet avec certaines feuilles, «et si le sorcier a une grande réputation, il arrive «neuf fois sur dix, que la victime est si effrayée «qu’elle tombe malade et meurt. On emploie le « même moyen pour découvrir les voleurs. »
Sir G. Grey (1) décrit ainsi une scène de magie à la Nouvelle-Zélande : « Les prètres creusèrent alors un «long fossé, appelé le fossé de la colère. Ce fossé «est destiné à recevoir les esprits de leurs ennemis, «qu'ils y attirent par leurs enchantements pour les «y détruire ensuite. Quand le trou eut été creusé, cils prirent de grands coquillages pour y précipiter «les esprits de leurs ennemis, ce qu’ils font en ayant «air de gratter, tout en murmurant des prières. « Cela fait, ils rejettèrent dans le trou la terre qu’ils «en avaient enlevée pour recouvrir les esprits, bat- «tant la terre avec leurs mains et plaçant de dis- «tance en distance des bandes d’étoffes enchanttes: «puis ils tissèrent des corbeilles de tiges de chanvre «pour contenir les esprits ennemis qu’ils avaient «ainsi détruits, accompagnant chacun de ces actes « de mots magiques. »
Dans l'Amérique du Nord on suppose aussi que la
(1) Polynesian Mythology, p. 188.
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possession d’un cheveu de la victime augmente beaucoup l'efficacité des charmes; on retrouy la même idée au cap de Bonne-Espérance. En un rot, on ne peut lire le récit d’un voyage en Afrique sar. être frappé de l'emploi perpétuel de la magie que font les indigènes de ce continent.
Il n’y a guère lieu, d’ailleurs, de s'étonner que les sauvages croient à la magie, puisque les races les plus civilisées elles-mêmes y croient encore, cu ont tout récemment seulement cessé d’y croire.
De même que nos spirites, les magiciens cninois (l) « quoique n’ayant jamais vu la personne qui les con- « sulte, lui disent son nom, et dans queïle position se « trouve sa famille; où est située sa maison, le :1vm- «bre de ses enfants, leur nom et leur âge, et cent « autres détails que les démons connaissent sans « doute très-naturellement, mais qui surprennent « étrangement les personnes faibles et crédules. »
« Quelques-uns de ces magiciens, après avoir in- « voqué les démons, font apparaître dans l'air les « images du chef de leur secte et de leurs principales « idoles. Ils possèdent des crayons qui écrivent d’eux- « mêmes, sans que personne les touche, sur le papier « ou sur le sable, les réponses aux questions qu'on « leur fait. Ils font passer en revue dans un grand vase « plein d’eau tous les gens habitant une maison; ils « vous y montrent aussi les changements qui se produiront dans l'empire, et les dignités imaginaires « qu'obtiendront ceux qui embre: sent leur secte. »
(1} Astley, loc, cit., à, IV, p. 205,
Dans «il y a : Gama « ciens € « d’eau, «Vranci
«retour «lui pré « Espéra pas tout Bonne-E; danua, q «Ce qui «kat, il :
« l’intérie «garder.
Centraill «gens. U «bateka, ouvrit 1 «vide, et crejeta
e beau- | même , On ne 1. ètre font les
que les les plus ont tout inois (1) les consition se le :1vm- , et cent
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Dens toutes les parties de l’Inde, dit de Faira (1), «it y a de prodigieux magiciens. Quand Vasco de : Gama fit la d‘couverte de l'Inde, quelques magi- «ciens de Kaleküt montrèrent, dans des bassins pleins « d’eau, les trois vaisseaux qu’il amenait. Quand Don «Francisco de Almeyda, le premier vice-roi de l'Inde, «retourna en Portugal, quelques devins de Kochin «lui prédirent qu'il ne passerait pas le cap de Bonne- « Espérance, et qu’il y serait enterré. » (Ceci n’était pas tout à fait exact, car le vice-roi 4:pa: à le cap de Bonne-Espérance et fut enterré das !? baie de Saldanua, quelques lieues plus loin, comm: on le verra.) «Ce qui suit est encore plus extr'ordinaire. À Mas- «kat, il y a des sorciers si habiies, qu'ils mangent «l'intérieur d’une chose en se contentant de la re- «garder. Par leurs seuls regards, ils font sortir les
«entrailles d’un homme, et tuent ainsi beaucoup de «gens. Un de ces fascinateurs, fixant les yeux sur un «bateka, ou melon d’eau, en suça l’intérieur; on <ouvrit le melon pour s'assurer du fait et on le trouva «vide, et le sorcier, pour convaincre les spectateurs, crejeta par la bouche, l’intérieur du melon qu'il «avait absorbé par les yeux. »
Le P. Merolla (2), missionnaire capuciu, raconte gravement l’histoire suivante : L'armée de Sogno ayant pris une ville voisine, y trouva un gros coq qui portait un anneau de fer autour d’une jambe, Les soldats tuèrent le coq, le coupèrent en morceaux et le firent bouillir dans un vase; quand ils voulurent le
(1) Cité dans Astley, loc. cit., t. I, p. 63. (2) Voyage to Congo, Pinkerton, t. XV. p. 229,
manger « les inorceaux du coq, quoique bouillis à un tel point qu'ils tombaient en lambeaux, commencèrent à se mouvoir et à reprendre la forme qu'ils avaient auparavant; une fois réunis, le coq ressuscité, se dressa, sauta hors du plat, où on l’avait placé, et se mit à marcher aussi tranquillement qu'au moment où on l'avait saisi. Puis, il
sauta sur’ un mur, se couvrit instantanément de
« nouvelles plumes et s'envola sur un arbre; là, il
« battit trois fois des ailes, poussa un cri affreux, et
« disparut. On peut s'imaginer facilement la terreur qui s’empara des spectateurs; aussi se sauvèrent-ils à toutes jambes de l’endroit où cela était arrivé, en récitant mille Æve Maria, et se contentèrent-ils d'observer les détails à une assez grande distance, » Douter de la réalité de la magie, dit Lafitau (1), «est
«une industrie des athées, et un effet de cet esprit
« d'irréligion qui fait aujourd'hui des progrès si sen-
« sibles dans le monde, et qui détruit en quelque
« sorte, dans l’idée de ceux-mêmes qui se piquent
« d’avoir de la religion, l'opinion qu’il se trouve des
« hommes qui ont commerce avec les démons par la
« voie des enchantements et de la magie. On a attaché
« à cette opinion une certaine faiblesse d’esprit à la
« croire, qui fait qu’on ne la tolère plus que dans les
« femmelettes et dans le bas peuple, ou dans les prè-
«tres et dans les religieux, qu’on suppose avoir in- «térêt à entretenir ces visions populaires qu'un « homme de sens aurait honte d’avouer. Pour établir
(1) Lafitau, loc. cit., t. T, p. 374.
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(1) Vol, I, p (2) Voyage a
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«cependant cet esprit d’incrédulité, il faut que ces «prétendus esprits forts veuillent s’aveugler au mi- «lieu de la lumière, qu’ils renversent l’ancien et le «nouveau Testament, qu’ils contredisent toute l’anti- «quité, l’histoire sacrée et la profane. On trouve par- «tout des témoignages de ce commerce des hommes «avec les divinités du paganisme, ou, pour mieux «dire, avec les démons. »
Il ne nie pas que quelques magiciens sont ües im— posteurs, mais il soutient que « ce serait rendre le « monde trop sot, que de vouloir le supposer pendant «plusieurs siècles la dupe de quelques misérables «joueurs de gobelets. » Que dis-je, il soutient même (1) que, pour des raisons mystérieuses, l'Amérique a été donnée au dizble, et il explique la remarquable analgie existant entre quelques-unes des cérémonies religieuses, etc., dans l’ancien et le nouveau monde, par l'hypothèse que « le démon, jaloux de la gloire de « Dieu et du bonheur de l'homme, a toujours été at- «tentif à dérober à l’un le culte qui lui est dû, et à «perdre l’autre, en le rendant son adorateur. Pour «cela il a érigé autel contre autel, et a affecté de «maintenir le culte qu’il voulait se faire rendre par «les effets d’une puissance surhumaine, qui impo- «sassent par le merveilleux, et qui fussent imités et «copiés d’après ceux dont Dieu donnait à son peuple «des témoignages si authentiques par l'évidence des «miracles qu’il faisait en sa faveur. »
Le P. Labat (2) observe, de son côté, « qu’on exa-
(1) Vol. I, p. 355.
(2) Voyage aux tles de l'Amérique, t. I, p. 57.
« gère souvent dans ce qu’on dit; mais je crois qu'il « faut convenir que tout ce qu’on dit n’est pas entiè. « rement faux, quoiqu'il ne soit peut-être pas entière- « ment vrai. Je suis aussi persuadé qu'il y a des faits « d’une vérité très-constante ; » et, après avoir rapporté quatre faits supposés, il conclut: « Il me semble « que ces quatre faits suffisent pour prouver qu'ilya « véritablement des gens qui ont commerce avec le « diable, et qui se servent de lui en bien des choses, »
Quelques-uns mêmes de nos missionnaires moderpes, selon Williams, croyaient que les sorciers de la Polynésie possédaient réellement un pouvoir surnaturel et « étaient les agents des puissances inferna- « les (1). » Que dis-je? Williams lui-même pensait que ce n’était peut-être pas impossible.
On peut être surpris, à juste titre, que des Européens croient à de telles absurdités, et des missionnaires si crédules et si ignorants devraient apprendre au lieu d'enseigner. D’un autre côté, il n'y a pas lieu de s'étonner que les sauvages croient à la magie et même que les magiciens croient en leur propre puissance.
Il ne faut d’ailleurs pas penser que les sorciers soient toujours des imposteurs.
Les Shamans de Sibérie, dit Wrangel (2), ne sont « certainement pas des imposteurs ordinaires. [ls con- «stituent, pourrais-je dire, un phénomène psycho- « logique, qui mérite l'attention. Chaque fois que je « les ai vus opérer ils m'ont fait une sombre impres
(1) Polynesian Researches, t. IT, p. 226.
(2) Siberia, p. 124.
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« sion, qui s’est longtemps continuée. Le regard égaré, «les yeux sortant de la tête, la poitrine soulevée par «une respiration haletante, la parole brève et con- « vulsive, la distension qui semble involontaire de la «face et de tout le corps, les cheveux hérissés, le «son même du tambour, tout contribue à produire un grand effet, et je me rends parfaitement compte «que le spectateur sauvage soit persuadé qu'il assiste «à l'œuvre du mauvais esprit. »
M. Sproat (1), parlant des Ahts du nord-ouest de l'Amérique, établit comme un fait indiscutable « que «beaucoup de sorciers croient réellement qu'ils pos- «sèdent une puissance surnaturelle, et, pendant leurs «préparatifs et leurs cérémonies, ils supportent cer- «tainement une fatigue excessive, de longs jeùnes «et une excitation mentale longuement prolongée. »
Dobritzhoffer en arriva aussi à la conclusion que les sorciers des Abipones (2) se croient doués d’une «sagesse supérieure. » Müller (3) est aussi convaincu qu'ils croient honnètement en eux-mêmes.
« Nous ne rendrions pas justice aux sorciers du Brésil, » dit Martius (4), « si nous les regardions comme de simples imposteurs, » cependant, ajoutet-il, ils vous trompent dès qu'ils en trouvent l’occasion.
Williams (5), lui aussi, qui, sans contredit, n’est pas disposé favorablement pour les magiciens indigènes,
Scenes and studies of savage Life, p. 170.
Loc. cit ,t. II, p. 68.
3) Loc. cit., p. 80.
(4) Von d. Rechts=nus unter den Ur. Brasiliens, p. 30. Polynesian Researches, t. II, p. 225.
pense qu’ils se croient doués d’une puissance surnaturelle, fait qu’il est bon de remarquer.
Cette aberration d'esprit provient en parue, sinon entièrement, de la pratique générale du jeûne enjointe à tous ceux qui aspirent à la position de sorciers. Le Groënlandais, dit Crantz (1), «qui désire devenir « angekok doit se retirer pendant quelque temps « loin des hommes, dans quelque retraite solitaire, « ou dans quelque ermitage, doit y passer son temps « à méditer profondément et prier Torngarsuk de lui « envoyer un torngak. Enfin, privé de toute socité « humaine, le corps affaibli par le jeûne et par la « tension de l'esprit sur une même pensée, l’imagina- «tion de cet homme se dérange à tel point qu'il à « des visions, où lui apparaissent des hommes, des «animaux, des monstres mêmes. Il se persuade faci-
«lement que ce sont réellement des esprits qui lui « apparaissent, car il ne pense qu'aux esprits, et il finit « par avoir des convulsions qu’il cherche à prolon-
« ger et à augmenter. »
Chez les Indiens de l’Amérique du Nord, quand un garçon arrive à la virilité, il quitte sa demeure et reste absent plusicurs jours, pendant lesquels il ne mange rien, et reste couché sur Le sol absorbé dans ses pensées (2). Quand enfin il s'endort, le premier animal qu'il voit en songe doit être, pense-t-il, son protecteur spécial pendant sa vie (3). [regarde le rêve lui-même comme une révélation. Les Peaux-Rouges, d’ailleurs,
(1) History of Greenland, t, 1, p. 210.
(2) Catlin, North American Indians, t, 1, p, 36, (3) Lafitau, loc, cit., ?, X, p. 267, 290, 331 et surtout p. 336, 370.
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jnent avant d'entreprendre une grande expédition, quelle qu’elle soit, pensant que leurs songes leur donneront des indications quant à la marche qu'ils doivent suivre (1).
Chez les Cherokees, le jeûne est aussi fort ordinaire, «et une abstinence de sept jours rend un homme «fameux (2). »
Les Têtes-Plates de l'Orégon ont une coutume analogue. Chez eux, cependant, un grand nombre de jeunes gens se retirent ensemble. « Ils passent trois «jours et trois nuits à l’accomplissement de ces «cérémonies, sans boire ni manger pendant ce temps. «Ce long jeûne, l'excitation résultant des cérémo- «nies, ont un grand effet sur leur imagination et leur «procurent des visions conformes au caractère de «chacun (3). » Ils pensent naturellement aussi que «es visions sont une visite des esprits.
On suppose que ceux qui, par de longs jeùnes, se sont ainsi purifiés et ont débarrassé leur esprit des idées grossières, sont plus aptes à mieux comprendre l'avenir que les hommes ordinaires ; on les appelle «Saiotkatta» chez les Hurons, et « Agotsinnachen » chez les Iroquois, termes qui littéralement signifient devins (4). »
Au Brésil, un jeune homme qui désire devenir pajé, demeure seul sur quelque montagne ou dans quelque endroit solitaire, et jeûne pendant deux ans,
(1) Carver, Travels, p. 285,
@) Whipple, Report on Indian tribes, p. 36, (3) Dunn, Oregon, p. 329.
4) Lafilauy t, [, p. 371.
carence
après quoi on l’aûmet avec certaines cérémonies dans l’ordre des pajés (1). Chez les Abipones (2) et les Caraïbes (3), ceux qui aspirent à devenir « Keebet » doi-
vent observer des règles à peu près semblables. Chez les Indiens (4), de Rio de Le ‘’lata, dans l'Amérique méridionale, les magiciens se préparent à leurs fonc-
tions par un jeûne très-prolongé. La même coutume existe chez les Lapons (5) où le jeüne est très-stvère.
Parler maintenant de la danse peut, à première vue, sembler hors de propos. Mais chez les sauvages la danse n’est pas un simple amusement. « La danse,
dit Robertson (6), est une occupation sérieuse et
importante, qui se mêle à tous les actes de la vie
publique ou privée. Si des relations deviennent né- « cessaires entre deux tribus américaines, les ambas- « sadeurs de l’une s’approchent en exécutant une « danse solennelle et présentent le calumet ou sym- « bole de la paix ; les sachems de l’autre tribu les re- « coivent avec la même cérémonie. S'ils déclarent la «guerre à un ennemi c’est au moyen d’une danse qui « exprime le ressentiment qu'ils éprouvent et la ven- « geance qu'ils méditent. S'il s’agit d’apaiser la colère « des dieux, ou de célébrer leurs bienfaits, de se « réjouir de la naissance d’un enfant, ou de pleurer a
(1) Martius, loc, cit., p. 30.
(2) Dobritzhoffer, t. II, p. 67.
(3) Du Tertre, History of the Caribby islinds, p. 32,
(4) Lafilau, t, T, p. 335.
(5) Klemm, loc, cit., t, TT, p. 85.
(6) Robertson, America, livre IV, p. 133. Voir aussi Schoolcrait, lu. cit,, t. I, p. 488, on the sacred Dances of the Redskins.
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