‹ Les origines de la civilisation [microforme]Chapitre 3 sur 108 · DO · texte numérisé non relu

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redoutait une attaque, puis il ajoute : « Je déchar-

geai mon fusil pour les effrayer tout en évitant d’en tuer aucun; voyant alors que le jeune homme

« qui m’accompagnait courait de grands dangers au

milieu d'eux, que moi-même j'étais en péril et que bien que le coup de fusil les ait d’abord quelque peu ffrayés, ts avaient cependant vite appris à s’en moquer et qu'ils revenaient sur

. nous en criant : Pooh, pooh, pooh! je pensai qu'il

était grand temps de recharger mon fusil et d’en tuer un, ce que je fis. Les autres, le voyant tomber, s'arrèétèrent, mon jeune homme saisit l’occasion pour se dégager de leurs mains et venir me rejoindre; mon autre compagnon était aussi à mon côté, il n'avait rien fait, car il n’était pas armé; je partis donc, désolé de ce qui était arrivé et bien décidé à ne pas suivre davantage les indigènes (1). » Pooh, pooh, » ou « puf, puf » n’est après tout que

le nom que les sauvages comme les enfants donnent aux fusils.

Les sauvages aiment peu à contredire; c’est encore

là une autre source d'erreurs. Ainsi M. Oldfield (2), en nous parlant des Australiens, nous dit : « Cette

habitude qu'ont les sauvages de ne pas contredire me gènait beaucoup quand je voulais arriver à savoir quelque chose; je connaissais juste assez leur langue pour leur faire quelques questions: or comme ils me répondaient toujours par l’affirmative, j'étais fréquemment obligé de prendre des détours in-

(1) Pinkerton, Voyages, vol, XI, p. 473.

(2) Trans. Ethn. Soc., nouvelle série, vol. IIT, p. 255.

croyables pour arriver à la vérité. Un jour, un indi- ! desst gène m’apporta quelques spécimens d’une espèce M etil d'eucalyptus ; désirant connaître les habitudes de la Æ « des t plante, je lui demandai : «Est-ce un grand arbre? » 4 « Ji IL me répondit immédiatement que oui. Peu satis- À ce qi fait de la réponse, je lui demandai de nouveau : M lende C’est un petit arbrisseau? » « Oui, me répondit-il # un sd encore. » 4 « une En outre, l'esprit du sauvage, comme celui de l’en- 4 parfal fant, se fatigue facilement, et alors il répond à tort ; main et à travers, pour ne pas se donner la peine de ré- 8 d’essa fléchir. En parlant des Ahts (Amérique septentrio- M « thèse nale), M. Sproat (1) dit: «Ilsemble ordinairement que Dese « l'esprit du sauvage soit à moitié endormi; si vous # pour l’e lui faites soudainement une question, il faut la lui À le rappa répéter plusieurs fois et parler avec emphase jus- Æ est diffic qu’à ce qu'il ait bien compris ce que vous voulez lui : M. D: dire. Cela pent venir en partie de ce que nous ne © raconte parlons qu’imparfaitement leur langage; je ne crois # solurr cependant pas que ce soit là une explication suffi- É ni de sante, car on peut observer que le sauvage s’oublie # s’asso quelquefois, même quand il vous fait des commu- ! dans nications volontaires. Quand son attention est bien enlèv éveillée, il fait souvent preuve de beaucoup de | Quan vivacité dans la réplique et d’ingénuité dans le rai- | seuls « sonnement. Maisune courte conversation le fatigue, rent surtout si on lui faït des questions qui exigent de sa l'un i part quelque effort de pensée ou de mémoire pour y dont répoudre. La faiblesse semble alors prendre le

(1) Par!

(2) Moo:

(1) Scenes and studies of savage life, p. 120. pel, £xpe

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dessus, l'esprit du sauvage vacille, pour ainsi dire, etil ne vous répond plus que des mensonges ou des absurdités. »

« J'ai souvent demandé à des nègres, dit Park, ce que devenait le soleil pendant la nuit, et si ie lendemain matin nous verrions le même soleil ou un soleil différent. Ils considéraient que c'était là une question absurde. Le sujet leur paraissait si parfaitement en dehors de toutes solutions humaines, qu'ils ne s'étaient même pas donné la peine d'essayer une conjecture ou de faire une hypothèse (1). »

De semblables pensées sont, en effet, trop abstraites pour l'esprit des sauvages, et leur infériorité, sous le rapport de l'intelligence, est si grande, qu’il nous est difficile de nous en faire une idée.

M. Dalton, qui a visité l’intérieur de Bornéo, nous raconte qu’il y a trouvé des sauvages (2) « vivant ab-

solument dans l’état de nature ; ils n’ont ni cultures,

ni demeures; ils ne mangent ni riz, ni sel; ils ne s'associent pas les uns avec les autres, mais errent dans les bois comme des bêtes fauves; l'homme enlève une femme et ils s’accouplent dans la forêt.

Quand les enfanis sont assez grands pour trouver

seuls ieur nourriture, homme et femme se sépa-

rent ordinairement sans jamais songer davantage l’un à l’autre. Ils passent la nuit sous un gros arbre dont les branches descendent jusqu’à ierre; ils at--

(1) Park, Travels, vol. I, p. 265.

(2) Moor, Notices of the Indian Archipelago, p. 49. Voir aussi Keppel, Expedition to Borneo, vol. II, p. 10.

tachent les enfants à ces branches dans une espèce de filet, et allument un grand feu autour de l'arbre

« pour éloigner les bêtes fauves et les serpents. Ils se

couvrent avec un morceau d’écorce dont ils se servent aussi pour envelopper leurs enfants; cette écorce est douce et chaude, mais laisse passer la pluie. Les autres Dyaks regardent ces malheureuses créatures comme des bêtes fauves et les traitent en conséquence. »

Lichtenstein décrit un Bosjesman qui « présentait la vraie physionomie du petit singe bleu de la Cafrerie. La vivacité de ses yeux, la flexibilité de ses sourcils, rendaient cette comparaison frappante.….. Les narines et les coins de la bouche, que dis-je, les oreilles même, remuaientinvolontairement.….D’un autre côté, il n’y avait pas un seul trait dans tout son visage qui indiquät la conscience d’une intelligence, si bornée qu’elle fût (1). »

Dans ces circonstances on ne peut s'étonner que

nous ayons les récits les plus contradictoires sur le caractère et l'intelligence des sauvages. Néanmoins, en comparant les récits de différents voyageurs, on peut, dans une certaine mesure, éviter bien des erreurs; ce qui nous y aide d’ailleurs beaucoup, c’est la similitude remarquable qui existe entre les différentes races. Cette similitude est si frappante, que différentes races, arrivées au même degré de développement, offrent souvent plus de traits de ressemblance l’une avec l’autre, que la même race à des époques différentes de son histoire.

(1) Lichtenstein, vol. IT, p. 224.

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Quelques idées qui, tout d’abord, nous semblent fantastiques et inexplicables,sont cependant fort répandues. Ainsi, chez bien des races, il est absolument défendu à une femme de parler à son gendre. Franklin (1) nous dit que chez les Indiens de l'Amérique à l’extrême Nord « ilest extrèmement indécent qu’une belle-mère parle à son gendre, ou mème se permette de le regarder; quand elle a quelque communication à lui faire, elle doit lui tourner le dos et ne s'adresser à lui que par le médium d’une troisième personne. »

Plus au Sud, chez les Omahaws, « ni le beau-père ni la belle-mère n’ont aucune communication directe

avec leur gendre ; lui, de son côté, dans aucune occasion, ne converse immédiatement avec eux, bien qu'aucune brouille n’existe entre eux; ni les uns ni les autres ne voudraient, pour tout au monde, pro-

noncer leurs noms en société, ou même se regarder en face; toute conversation qui s’échange entre eux doit passer par le médium d’une tierce personne (2). »

Harmon rapporte que la même coutume règne chez les Indiens à l’orient des montagnes Rocheuses.

Selon Baegert (3), chez les Indiens de la Californie, « le gendre n’a pas la permission, pendant quelque temps, de regarder sa belle-mère, ni les proches parentes de sa femme, il doit se ranger de côté ou se cacher quand il rencontre ces femmes. »

Lafitau (4) constate la même coutume chez presque

(1) Journey to the Shores of the Polar Sea, vol. I, p. 137.

(2) James, Expedition to the Rocky Mountains, vol. I, p. 232.

(3) Account of California, 1773. Traduit par Rau dans les Smith sonian Rep. pour 1863-64, p. 368.

(4) Mœurs des Sauvages américains, vol. 1, p. 576.

tous les Indiens de l'Amérique septentrionale. Nous la trouvons chez les Crees et les Dacotahs, et dans la Floride. Selon Rochefort elle existe chez les Caraïbes et, dans l'Amérique du Sud, chez les Arawaks.

En Asie, chez les Mongols et les Kalmouks, une femme ne doit pas parler à son beau-père ni s'asseoir en sa présence. Chez les Ostiakes (1) de Sibérie, « une «fille mariée évite autant qu'il lui est possible la « présence du père de son mari, tant qu'elle n’a pas « d'enfants; ei le mari, pendant ce temps, n'ose pas pa- « raître devant la mère de sa femme. S'ils se ren- « contrent par hasard, le mari lui tourne le dos, et « la femme se couvre le visage. On ne donne point « de nom aux filles Ostiakes; lorsqu'elles sont ma- « tiées, les hommes les nomment Imi, femmes. Les « femmes par respect pour leurs maris, ne les ap- « pellent pas par leur nom; elles se servent du mot « de Tahé, hommes. »

Dubois rapporte que dans certains districts de l’Tndoustan une femme « ne doit pas parler à sa belle- « mère. Quand on lui prescrit quelque chose, elle « montre par signes seulement qu’elle a compris; » coutume, ajoute-t-il sarcastiquement, « bien faite pour assurer la tranquillité domestique (2). »

En Chine, selon Duhalde, le beau-père, après le jour des noces, « ne revoit plus jamais la figure de sa belle-fille; ilne lui rend jamais visite (3), » et « si parha-

mn

(1) Pallas, vol. IV, pp. 71, 577, Il constate qu'il a trouvé la même coucume chez les Samoyèdes, loc, cit, p. 99.

(2) On the people of India, p. 235.

(3) Astiey, Collection of Voyages, vol, IV, p. 91,

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« sard il la rencontre, il se cache. » La même coutume règne à Bornéo et dans les îles Viti. En Australie, Eyre constate qu’un homme ne doit jamais prononcer le nom de son beau-père, de sa belle-mère ou de son gendre.

Dans l'Afrique centrale, Caillié (1), raconte « qu’à « partir de ce moment le fiancé ne doit plus voir le père «et la mère de sa future femme; il faittout son possi- « ble pour les éviter, et si, par hasard, ils l’aperçoi- « vent, ils se couvrent la face comme si tous liens d’ami- « tié étaient rompus entre eux. J’essayai en vain de dé- « couvrir l’origine de cettesingulière coutume; la seule «réponse que je pus obtenir fut « c’est notre cou- «tume.» Elle s'étend d’ailleurs au delà des parents : si « le fiancé appartient à un camp différent, il évite tous « les habitants du camp de sa fiancée, à l'exception « de quelques amis intimes qu’on lui permet de visiter. « Ou lui élève ordinairement une petite tente dans « laquelle il reste enfermé toute la journée, et s’il est « obligé de sortir, ou de traverser le camp, ilse couvre « le visage. Il ne lui est pas permis de voir sa fiancée « pendant le jour, mais, quand tout le monde est cou- « ché, il se rend secrètement dans sa tente et reste avec « elle jusqu’au point du jour. » Enfin, chez les Bosjesmans, à l'extrémité méridionale de l'Afrique , Chapman a observé exactement la même chose, cependant aucun de ces observateurs ne savait combien générale est cette coutume.

M. Tylord, qui discute fort ingénieusement ces coutumes dans son « Histoire de l’homme pendant l’anti-

(1) Travels to Timbuctoo, vol, 1, p. 94,

quité, » remarque qu’il est fort difficile d'imaginer quel état de choses a pu leur donner naissance, et, autant que je le sache, personne n’a essayé de les expliquer. Dans le chapitre sur le mariage j’essayerai d'indiquer comment, selon moi, elles se sont produites et répandues.

Une autre coutume fort curieuse est celle connue en Béarn sous le nom de la Couvade. Tout Européen qui n’a pas étudié les habitudes d’autres races affirmerait probablement, qu’à la naissance d'un enfant, c’est la mère qui se met au lit et qu'on entoure de soins. Il n’en est pas ainsi. Chez bien des peuples, c’est le père et non pas la mère qui se met entre les mains du médecin à la naissance de l'enfant.

Eh bien, cette coutume qui nous parait si singulière existe dans presque toutes les parties du monde. Comménçons par l'Amérique méridionale. Dobritzhoffer nous dit que « à peine avez-vous appris qu’une femme « est accouchée, vous voyez le mari au lit, couvert de « nattes et de peaux, de peur des courants d’air, jeù- « nant, seul, s’abstenant religicusement de certaines «viandes pendant plusieurs jours ; vous jureriez que « c’est lui qui vient d’accoucher..….. j'avais entendu par- « ler de cette coutume et m'en étais moqué, ne pen- « sant pas que je puisse jamais croire à une telle folie, « et j'étais convaincu que c'était un conte fait à plai- « sir. Cependant je l'ai vu, de mes yeux vu, chez les « Abipones, »

Au Brésil, chez les Coroados, selon Martius, « aussitôt que la femme est évidemment enceinte ou vient d’accoucher, l’homme se retire, Avant la naissance le mari et la femme observent un régime fort strict

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