CHAPITRE VI
J'ai fait observer que pour arriver à une classification rationnelle des religions, il ‘a! s’enquérir non pas tant de l’objet adoré, que de l'idée que se font les adorateurs de la nature de la divinité. A l’appui de
œtte théorie, je citerai quelques exemples pour prouver combien est répandu le culte des objets matériels.
L'histoire suivante empruntée à l'ouvrage de Lander, « Niger Expedition, » montre que les sauvages sont tout prêts à déifier les objets animés et inanimés.
Dans la plupart des villes et des villages africains dit Lander (1), « on me traitait comme un demidieu, » Puis il raconte que débarquant un jour avec ses homméës dans un village que les Européens n'avaient jamais visité, son atrivée causa le plus grand étonmement et la plus profonde terreur:
(1) R, and, J, Lander, Niger Expedition, t. IT, p. 198.
Quand enfin il parvint à établir des communications
avec les indigènes, le chef du village lui raconta ce
qui s'était passé. « Quelques minutes (1), dit-il,
après votre débarquement, un de mes hommes vint me trouver et me dit qu’une troupe d'étrangers était arrivée sur la place du marché. Je le renvoyai en lui ordonnant de s'approcher de vous autant que possible et de tâcher d'apprendre quelles étaient vos intentions. Il revint bientôt et me dit que vous parliez un langage inintelligible. Ne doutant pas que votre intention ne füt d'attaquer mon village, pendant la nuit, et d’eulever mon monde, j'ordonnai à mes hommes de se préparer au combat...
Mais quand vous vintes à uous désarmés et que nous vimes vos visages blancs, nous fümes si eflvayés qu'il nous fut impossible de tendre nos arcs ou de faire un seul mouvement; et quand vous vous approchätes de moi en me tendant la main, je sentis mon cœur défaillir et je crus voir les enfants du ciel» qui venaient de tomber des nues. »
Le culte des animaux règne généralement parmi les races arrivées à un degré de civilisation quelque peu plus avancé que celui caractérisé par le fétichisme. Plutarque supposait, 1l y a longtemps, que ce culte provenait de la coutume assez générale dereprésenter les animaux sur les étendards. Il est possible
que quelques cas soient dus à cette cause, bien qu'on
ne puisse en expliquer ainsi la grande majorité, car
(1) Loc, cit, t. IE, p. 78,
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théorie.
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