‹ Les origines de la civilisation [microforme]Chapitre 34 sur 108 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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« famille. C’est toujours un être animé, car il est bien « rare qu’on en trouve un emprunté à un objet ina- « nimé. Son importance significative réside en ce fait, « que chaque individu n’hésite pas à y faire remonter « sa généalogie. Quel que soit le nom qu’un individu « porte pendant sa vie, c’est son totem, et non son nom « personnel, qu’on inscrit sur la planche, ou adjeda- «tig, qui indique le lieu de sa tombe. On retrouve « ainsi les familles après qu’elles se sont développées «en groupes, ou tribus, dont la multiplication dans « l'Amérique du Nord a été considérable et a accru . davs la même proportion les travaux de l’ethnolo- « gue. La tortue, l’ours et le loup, semblent avoir été « les premiers totems et les plus'honorés, et occupent « une place importante dans les traditions des Iro- « quois, des Lénapes et des Delawares; les familles « qui portent ces totems semblent avoir une certaine « prééminence dans les généalogies de toutes les tri- « bus organisées d’après le principe du totem. » Ainsi, par exemple, les Osages (1) croient descendre d’un castor et par conséquent ne tuent jamais un de ces animaux. Les différentes tribus des Khonds de l'Inde se « distinguent aussi par le nom de différents « animaux, teis que la tribu de l’ours, la tribu du hi- « bou, la tribu du daim, etc., ete. (2). »

Les Kols de Nagpore sont aussi divisés en «Keelis» ou clans, portant le nom de certains animaux, dont ils ne mangent jamais la chair. Ainsi, un individu ap-

(1) Schoolcraft, t, I, p. 320.

(2) Éarly Races of Scotland, t, II, p, 495,

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Si nous nous rappelons, en outre, que le dieu d’un sauvage est simplement un être d’une nature peu différente de la sienne propre, un peu plus puissant que lui peut-être, nous comprendrons immédiatement que beaucoup d'animaux, tels que l’ours ou l'éléphant, remplissent toutes les conditions nécessaires, pour qu'il les regarde comme des dieux.

Ceci est encore plus vrai pour les animaux nocturnes tels que le lion et le tigre, car là l’effet s’augmente d'un certain mystère. Quand le sauvage, couché la nuit auprès de son feu, entend les cris et les rugissements de ces animaux et qu'il les voit rôder autour de lui, passant comme des ombres entre les arbres, qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'il invente sur leur compte de mystérieuses histoires ; et si, dans le cus qu'il fait des animaux, il se trompe dans un sens, nous sommes, nous, peut-être tombés dans l’extrème opposé,

Mais le premier de tous les animaux comme objet de culte, c’est sans contredit le serpent. Cet animal est non-seulement malfaisant et mystérieux, mais sa morsure, siinnocente en apparence et dont cependant ks effets sont si terribles, produisant la mort si rapidement et sans canse apparente, suggère presque ir- Ksistiblement au sauvage l’idée de quelque chose de divin, selon la notion qu’il se fait de la divinité. D’autres considérations plus infimes, mais tout aussi puis-

(1) Dalton, Trans, Ethn. Soc., nouvelle série, t, VI, p. 36.

santes, tendaient aussi au grand développement du culte du serpent. Cet animal vit longtemps, et s’accoutume aisément à la captivité ; on pouvait donc garder longtemps le même individu et l’exposer facilement à intervalles aux regards de la multitude. En outre, le serpent est un dieu commode. Ainsi en Guinée, où la mer et le serpent sont les principaux dieux, les prétres, comme nous l’affirme Bosman, encouragent les offrandes au serpent, plutôt qu’à la mer, car dans ce dernier cas « il ne leur reste rien (1). »

Nous devons à M. Fergusson un ouvrage spécial sur le culte des arbres et sur celui du serpent. Je ne puis supposer avec lui, cependant, que la beauté du serpent, et le feu de ses regards, aient été les causes premières de sa déification. Je ne puis croire non plus qu’on puisse faire remonter le culte du serpent à une mème origine locale ; je suis persuadé, au contraire, que ce culte s’est produit spontanément dans bien des lieux et à des époques bien différentes. Nous devons nous rappeler, en considérant combien est général le culte du serpent, que nous appliquons un même nom à toute une famille d'animaux et que les serpents se trouvent dans le monde entier, sauf dans les régions très-froides. Le lion, l'ours, le taureau, au contraire,

étant moins répandus, leur culte ne peut être aussi général. Mais si, comme il conviendrait de le faire, nous comparions le culte du serpent avec le culte rendu aux quadrupèdes , aux oiseaux, ou au soleil, nous verrions qu'il n’est pas plus général que ces religions,

(1) Pinkerton, vol, XVI, p. 500.

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M. Fergusson, comme tous les précédents écrivains qui ont traité ce sujet, s'étonne qu’on représente le dieu-serpent comme un être bienfaisant. Müller, dans sa « Mythologie Scientifique », a essayé d'expliquer cette idée, en faisant remarquer que le serpent, tout en étant l’embli 1e de la nature stérile et impure, est aussi celui de la jeunesse et de la sraté. Ce n’est pas là, je crois, la vraie explication. Il se peut que le dieuserpent ait commencé par être .egardé comme un être malfaisant, flattc comme le sont tous les tyrans ; puis, dans la suite des tenips, cette flatterie, qui n’était d'abord qu’une expression de crainte, finit par devenir un article de foi. Si cependant, comme je l’ai supposé plus haut, le culte du serpent dérive du système des totems, le serpent devait dans les temps primitifs, ètre regardé comme un animal bienfaisant.

Selon M. Fergusson le serpent était, dans l’antiquité, adoré en Égypte (1), dans l'Inde (2), dans la Phénicie (3), dans la Babylonie (4), en Grèce (5), aussi bien qu’en Italie (6), où cependant ce culte ne ft pas beaucoup de progrès. Chez les Lithuaniens «chaque famille entretenait un serpent comme dieu «domestique (7). »

Actuellement le serpent est adoré, ou l'était tout

(1) Hérodote, Euterpe, 74.

te 0] | TRES c. XLvII, Epiphanius, livre I.

À he Præp. Evang.,t. 1, p. 9. Maurice, Ind. Antiq., t. VI,

(4) Del ot Dragon, V, 23.

ni de Il, p. 137, 175, Ælian, de Animal. XVI, 39. Hérotort annee nn va RU DU PU

récemment encore, dans une grande partie de l'Asie

et notamment en Perse (1), au Cachemir (2), dans le Cambodge, au Thibet (3), dans l'Inde {#4), en Chine (5) (très-peu), à Ceylan (6) et chez les Kalmoucks (7).

En Afrique, le serpent est adoré dans quelques parties de la haute Égypte (8) et en Abyssinie (9). Chez les nègres de la côte de Guinée c’est le dieu principal (10).

Smith (11), dans son « Voyage à la côte de Guinée, » dit que les indigènes « sont tous païens et adorent « trois sortes de divinités. La première est un ma- « gnifique serpent d’une nature inoffensive. On garde « ces serpents dans des maisons fétiches ou églises, « bâties tout exprès, dans un buisson, et on leur sa- « crifie une grande quantité de porcs, de moutons, de « poules, de chèvres, etc.; si ces offrandes ne sont « pas dévorées par le serpent, on peut être certain « qu’elles le sont par les prètres. » De la Libéria au Benzuéla (12), si non plus loin, le serpent est le dieu

(1) Mogruil, 156. Windischmann, 37. Shah Nameh, traduction d'Alkinson, p. 14.

(9) Asiatic Res., vol. XV, p. 24, 25. Ayren Akbaree, traduction de Gladwin, p. 137.

(3) Hiouen-Thsang, t. I, p. 4.

(4) Fergusson, Tree and serpent Worship, p. 56.

(5: {bid., p. 51.

(6) History and doctrine of Buddhism in Ceylan, Upham.

(7) Klemm, loc. cit., vol. [IT, p. 202.

(8) Pococke, Pinherton Voyages, vol. XV, p. 269.

(9) Dillmann'in Zeitsch, der Morgenlandischen Gesells, vol. 11, p. 338; Ludolf, Comment., vol. IIT, p. 284 ; Bruce, Travels, vol. IV, p. 35.

(10) Astley, » oyages, vol. LIT, p. 489; Burton, vol, II, p. 139; Smith, loc. cit., p. 195.

(11) Smith, Voyage to Guinea, p. 195. Voir aussi Bogman, Pinkerton Voyages, vol. XVI, p. 184 et suivantes.

(12) Bosman, loc. cit., p. 494, 499, Smith, loc, cit., p. 195.

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LA RELIGION. 265 principal et, comme partont ailleurs, on le regarde, en somme, comme nn être bienfaisant. C'est à Jui qu'on s'adresse pour faire cesse" la sécheresse, les maladies, ou toutes autres calamités. Aucun nègre ne voudrait faire le moindre mal à un serpent, et quiconque Île ferait serait assurément puni de mort. Quelques matelots anglais ayant une fois tué un serpent qu’ils avaient trouvé dans leur maison, les indigènes les attaquèrent furieusement, les tuèrent tous et brülèrent la maison. Dans le pays entier on trouve de petites huttes, bâties pour les serpents (1), qui sont soignés et nourris par de vieilles femmes. On consulte souvent ces serpents comme des oracles.

Outre ces petites huttes, on rencontre des temples qui, à en juger au point de vue des nègres, sont trèsmagnifiques (2); ils contiennent de larges cours, des appartements spacieux et de nombreux serviteurs. Chacun de ces temples possède un serpent spécial. Celui de Whydah apparut, dit-on, à l’armée pendant sa marche sur Ardra. On regarda cette apparition comme un présage de la victoire, et les soldats encouragés remportèrent de grands succès. Aussi ce serpeut est-il plus révéré que tous les autres, et chaque année on fait un pèlerinage à son templé où ont lieu de grandes cérémonies. On conduit à la maison du serpenttoutes les jeunes femmes malades pour les soigner, etpour e -ervice, qui nous semble suspect d’immoralité, les prêtres demandent un grand prix aux parents. On n’adore ainsi que les serpents inoffensifs; c’est

(1) Aslley, loc. cit., p. 27, 32, (2) Ibid., p. 29.

Jà un fait qu’il est bon de remarquer. « Agoye, » le fétiche de Whydah, de la tête duquel sortent des ser-

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— ÆSS Es RES ; Fig. 17. — Agoje, idole de Whydah, (Astley, Collection of Voyages.)

pents et des lézards (1) (fig. 17), ressemble beaucoup à certaines idoles indoues.

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(1) Astley, loc. cit., vol, IIT, p. 50.

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ralement que les esprits de leurs ancêtres leur apparaissent sous la forme de serpents (1).

À Madagascar, selon Ellis (2), les indigènes ont une sorte de respect superstitieux pour les serpents.

A Viti (3), «le dieu le plus connu est Ndengei, qui «semble être la personnification de l’idée abstraite de « l'existence éternelle. Il n’éprouve ni émotions, ni «sensations, ni désirs ; il n’est sujet qu’à la faim. On «le représente sous la forme du serpent, symbole de «l'éternité dans le monde entier. Selon quelques tra- «ditions il avait la tête et partie du corps de ce rep- «tile, le reste était en pierre, pour indiquer la durée «éternelle et immuable. Il passe son existence mono- «tone dans une sombre caverne; ne faisant attention «à qui que ce soit, sauf à son serviteur Uto, ne don- « nant aucun signe de vie, si ce n’est quand il mange, « quand il répond à son prêtre, et qu'il change de po- «sition. »

Dans les îles des Amis on vénérait le serpent aquatique (4).

En Amérique, les Aztèques (5), les Péruviens (6), les Natchez (7), les Caraïbes (8), les Moitarris (9), les Mandans (10), etc., adoraient les serpents.

(1) Casalis, Basutos, p. 246. Chapman, Travels, t. I, p. 195. Callaway, Religious system of the Amazulu.

(2) Three visits to Madagascar, p. 143.

(3) Fiji and the Fijians, vol. IT, p. 217.

(4) Mariner, vol. Il, p. 106.

(5) Squier, Serpent symbol in America, p. 162. Gama, Descripcion historicay cronologica de las pedras de Mexico, 1832, p. 39 ; Bernal Diaz, p. 125.

(6) Müller, loc. cit., p. 366.

(7) Ibid., p. 62.

(8) Zbid., p. 221.

(9) Klemm, loc. cit., t. IT, p. 162.

(10) /bid., p. 163.

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