‹ Les origines de la civilisation [microforme]Chapitre 35 sur 108 · CB TT TS · texte numérisé non relu

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Quand Alvarez essaya de passer du Paraguay au

Pérou, il vit, dit-on, « le temple et la résidence d’un

monstrueux serpent, que les habitants avaient choisi pour leur dieu,et qu’ils nourrissaient de chair humaine. Il était aussi gros qu’un bœuf et avait vingtsept pieds de long, la tête très-grande et les veux très-féroces, quoique petits, Les mâchoires étaient armées de deux rangées de crocs recourbés. Son corps entier, excepté la queue, qui était lisse, était recouvert d’écailles rondes d’une grande épaisseur. Les Espagnols, bien qu’ils ne voulussent pas croire comme le leur disaient les Indiens, que ce monstre rendait des oracles, furent très-effrayés à sa vue; et leur terreur s’augmenta beaucoup quand l’un d’eux, ayant déchargé sur lui son arquebuse, il se mit à rugir comme un lion et d’un coup de sa queue ébranla la tour entière (1). »

Le culte des serpents est si répandu et présente

partout tant d’analogie, que nous ne pouvons nous étonner qu'on l’ait regardé comme un culte spécial, qu'on ait essayé d’en faire remonter l’origine à une seule source, et que quelques auteurs aient cru découvrir en lui la religion primitive de l’homme.

Je vais indiquer actuellement quelques autres cas

de zoolûtrie.

Le culte des animaux est très-répandu en Améri-

que (2). Les Peaux-Rouges révèrent l’ours (3), le bi-

(1) Charlevoix, History of Paraguay, t. I, p. 110. (2) Müller, loc. cit,, p. 60 et suivantes.

(3) Ibid, p. 61.

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LA RELIGION. 269 son, le lièvre (1), le loup (2), et quelques espèces d'oiseaux (3). Dans quelques parties du Brésil et surtout à la Plata on adore le jaguar (4). Les animaux les plus sacrés dans l'Amérique du Sud étaient les oiseaux et les jaguars. Au Mexique on regardait le hibou comme un esprit malfaisant (5). Dans l’'Amérique du Sud on avait aussi une grande vénération pour les crapauds (6), les aigles et les tette-chèvres (7). Les Abipones (8) croient que certains petits canards «qui volent la nuit, en poussant un sifllement plaiu- «lif, sont les âmes des personnes mortes. »

Au Yucatan on avait coutume de laisser uu enfant seul dans un endroit où on répandait des cendres. Le lendemain matin on examinait les cendres et si on y trouvait les empreintes d’un animal, on choisissait cet animal comme le dieu de l'enfant (9).

Les peuples à demi civilisés du Mexique (10) et du Pérou avaient des idées religieuses un peu plus élevées, Le soleil était la grande divinité des Péruviens (11), et cependant (12), mème au temps de la conquête, ils révéraient beaucoup plusieurs espèces d'animaux, au nombre desquels, le renard, le chien,

(1) Schoolcraft, vol. I, p. 316. (2) Müller, loc. cit., p. 257.

3) Ibid., p. 134. Klemm, loc. cit., vol, IE, p. 164. 4) Loc, cit., p. 256.

) Prescrott, vol. 1, p. 48.

6) Depons, Travels in South Ainerica, t, 1, p. 198. 7) Müller, loc. cit., p. 237.

8) Loc, cit., vol, IT, p. 74.

3) De Brosse, Culte des Dieux fétiches, p. 46.

(0) Müller, loc cit., p. 481.

(1) Prescott, History of Peru, p. 88.

(12) Müller, p. 366.

le Ilama, le condor, l'aigle et le puma, outre le serpent. Ils croyaient même que chaque espèce d’ani- | maux avait un représentant au ciel (1). Les mêmes | idées régnaient au Mexique; on ne peut cependant È | pas dire que, dans ces deux pays, au temps de la conh quête, les animaux fussent encore des dieux nationaux et reconnus.

Les Polynésiens avaient aussi pour la plupart dépassé l’état du totémisme. On n’adorait plus les corps célestes, et bien que les animaux fussent révérés, c'était plutôt comme les représentants des dieux que comme s'ils étaient les dieux eux-mêmes. Cependant les Tahitiens (2) avaient un respect superstitieux pour certaines espèces de poissons et d'oiseaux, tels que le héron, le martin-pècheur et le pivert; ce dernier probablement parce qu’il entrait fréquemment dans les

temples.

Les indigènes des îles Sandwich (3) semblent avoir

vénéré le corbeau (4), et les Nouveaux -Zélandais, selon Forster, regardaient une espèce de pivert «comme l'oiseau de la divinité (5). » Les Tongans pensent que les dieux « viennent quelquefois hab:- «ter le corps des lézards, des tortues et d’une espèce « de serpent aquatique; aussi vénèrent-ils ces ani-

« maux (6). »

L'évèque de Wellington nous apprend que «les

(1) Prescott, History of Peru, p. 87.

(2) Polynesian Researches, vol. IT, p. 203.

{3) Cook, Third Voyage, vol. IL, p. 160.

(&) Cook, Voyage to the Pacific, vol. III, p. 161, (5) Voyage Round the World, vol. I, p. 519.

‘6) Mariner, loc. cit., vol. II, p. 106.

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«Maoris vénéraient tout particulièrement les arai- «gnées, et comme les prètres leur enseignaient en «outre que les âmes des fidèles allaient au ciel sur «des fils de la Vierge, ils avaient grand soin de ne «pas rompre les fils d'araignées et les fils de la « Vierge, qu’ils trouvaient sur leur chemin. Les Mao- «ris supposaient aussi que leurs dieux avaient choisi «leslézards pour en faire leurs demeures favorites(1).»

Aux iles Viti (2), outre le serpent, « on suppose que « certains oiseaux, certains poissons, certaines plan- «tes, certains hommes même, représentent la divinité «ou en sont devenus la demeure. A Lakemba, Tui-La- «kemba, et à Vanua-Levu, Ravuravu, demeurent dans «le faucon; Viavia et d’autres dieux dans le requin. «Un autre habite l’anguille, un autre la poule, et ainsi «de suite, tant et si bien que presque tous les ani- «maux deviennent la demeure de quelque divinité. «Celui qui adore le dieu qui a choisi l’anguille pour «demeure, ne doit jamais manger ce poisson, et ainsi «pour les autres; de telle façon que quelques-uns ne «peuvent pas manger de chair humaine, parce que «leur dieu a choisi l’homme pour demeure. »

Erman rapporte qu’en Sibérie «l’ourspolaire, étant «la plus forte des créatures de Dieu et celle qui se «rapproche le plus de l’homme, est aussi vénéré par « les Samoyèdes, que l’est l'ours noir par les Ostiakes. (Ils jurent même par la gorge de cet animal, ce qui «ne les empèche pas de le tuer et de le manger; il est

(1) Trans. Ethn. Suc., 1870, p. 367.

(2) Williams, Fiji and the Fijians, vol. 1, p. 219.

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« vrai qu’une fois lué ils lui prouvent leur respect « de bien des façons différentes (1). »

Chaque tribu des Jakuts «a un animal sacré, un « cygne, une ole, un corbeau, etc.: la tribu ne mange « jamais cet animal, quoique les autres puissent en « manger (2). » Le mème respect s'étend aux plantes ; ainsi, en Chine, quand l’abricotier sacré est brisé par quelque accident, on a coutume d'écrire sur l'écorce des excuses au dieu (3).

L’Indou, dit Dubois (#), «extravagant entouteschoses, « vénère et adore plus ou moins solennellement pres- « que toutes les créatures vivantes, quadrupèdes, oi- « seaux ou reptiles. » La vache, le singe, l’aigle (connu sous le nom de Garuda), et le serpent, sont les plus vénèrés; mais le tigre, l'éléphant, le cheval, le cerf, le mouton, le porc, le chien, le chat, le rat, le paon, le coq, le caméléon, le lézard, la tortue, les poissons et même les insectes, partagent avec eux les honneurs divins.

Le bœufest l'animal sacré par excellence dans l’Inde et à Ceylan. Chez les Todas (5), «les buffles et les « cloches se cohfondent en un tout mystique incompré- « hensible et constituent les principaux objets d'adora- «lion et de culte... Le soir, quand on rentre le trou- « peau à l’étable, les hommesetles femmes dela famille « s’assemblent pour aller adorer les animaux. » On adore l’oie à Ceylan (6), et l’alligator aux Philippines.

(1) Erman, vol. IE, p. 55.

2) Strahlenberg, p. 383,

(3) Tylor, Royal Inst. Journal, vol. V, p. 527.

(4) Loc. cit., p. 449. |

(b) Trans. Ethn. Soc., nouvelle série, vol. VII, p. 250, 258, Voir aussi

Ethn, Journal, 1669, p. 97.

(6) Tennent, Ceylon, vol. I, p. 484.

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Voir aussi

r LA RELIGION 273

Les anciens Égyptiens adoraient presque tous les animaux, et, selon sir S. Baker, les indigènes, aujourd'hui encore, sur le Nil Blanc, ne veulent pas manger de bœuf (1). La poule joue aussi un rôle important dans les cérémonies religieuses des Obbo et autres tribus du Nil (2).

Le roi d’Ardra, sur la côte de Guinée, avait pour fiches (3) certains oiseaux noirs; les nègres de Beuin adorent aussi plusieurs espèces d'oiseaux.

Les nègres de la Guinée (#) adorent « l’espadon et «le bonito, et telle est leur vénération pour ces pois- «sous qu'ils ne cherchent jamais à les prendre. Si par hasard ils prennent un espadon, ils ne le mangent «qu'après lui avoir enlevé son épée, qu’ils font sécher «et qu'ils conservent comme un fétiche. » Pour eux, le crocodile est aussi un dieu. Sur la côte de Guinée, dit Bosman, « presque tous les nègres croient que «l'homme a été créé par Anansie, c’est-à-dire par une «grosse araignée (5). »

A Madagascar, selon Ellis (6), les indigènes croient que les crocodiles « sont doués d’un pouvoir surnatucel; ils adressent des prières à cet animal pour obteir son pardon, ou cherchent à s'assurer sa protection «aumoyen de charmes. Agiter une lance au-dessus des «eaux qu'ils habitent serait un acte sacr'lége qui, sans Ccontredit, mettrait en péril la vie de celui quis’en ren- «draitcoupable, dèsqu'iloseraits’aventurersur l’eau.»

(1) Albert N'yanza, vol. I, p. 69.

(2) Baker, loc, cit., vol. 1, p. 327.

(3) Astley, loc, cit., vol. ILE, p. 72, 99.

k) Astley, vol, IT, p. 667.

(5) Pinkerton, loc, cit., vol, XVI, p. 396.

(6) Three visits to Madagascar, p. 297.

Lubuocr. Orig, de la Civil,

Les peuples de l’Europe méridionale avaient, pour la plupart, abandonné déjà le culte des animaux au commencement mème des temps historiques. La sainteté extraordinaire attribuée aux bœufs du soleil, dans le douzième livre de l’« Odyssée », constitue presque une exception dans la mythologie grecque, et M. Gladstone lui attribue une origine phénicienne. I] est vrai qu’on traite le cheval avec un respect mystérieux et que les dieux, dans plusieurs occasions, prennent la forme d'oiseaux; mais ceci ne constitue pas un culte déterminé.

La déification des animaux explique probablement le fait curieux que beaucoup de sauvages font ordinairement des excuses aux animaux qu’ils tuent à la chasse. Ainsi les Vogulitzi de Sibérie (1), quand ils out tué un ours, lui adressent la parole et cherchent à lui prouver « que les flèches ont été faites par les « Russes, que ce sont eux aussi qui ont forgé le fer, et « que c’est à eux par conséquent que doit s'attacher tout « le blâme. » Pallas (2) signale une coutumé semblable chez les Ostiakes. Schoolcraft (3) raconte que sur les bords du lac Supérieur, il a entendu un Indien demander pardon à un ours qu’il venait de tuer.

Avant de commencer une expédition de chasse, les Chippeways exécutent une danse sacrée afin de s'assurer les bonnes grâces des esprits des ours ou autre gibier (4). Dans la Colombie (5) anglaise, quand com-

4) Strahlenberg, Voyage to Siberia, p, 97.

2) Voyages, vol. IV, p. 85.

3) Indian Tribes, vol, FE, p, 229,

(4) Callin, American Indians, vol, I, p. 248, ‘b) Metlahkatlah, p, 96.

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montent les rivières, les Indiens vont au-devant d’eux et «leur parlent. Ils les flattent et leur disent : Vous «autres poissons, vous êtes tous des chefs, oui, vous «êtes tous des chefs. »

Les Cafres Koussas (1) observent une coutume analogue, Avant de partir pour la chasse, ils célèbrent une cérémonie fort singulière et qu'ils regardent comme

absolument nécessaire au succès de l'entreprise, L'un

d'eux met dans sa bouche une poignée d'herbe, puis

court à quatre pattes pour représenter le gibier. Les

autres s'avancent et font semblant de le percer avec

leurs lances, en poussant leur cri de chasse, jusqu’à

ce qu'enfin 1l se laisse tomber sur le sol comme s'il

était mort, Si cet homme tue ensuite un animal, il

aispend une de ses griffes à son bras, en guise de

trophée, mais il doit partager sa prise avec les autres

chasseurs. Lichtenstein relate aussi «que siaprès une

«chasse longue et fatigante, comme Pest toujours

«celte chasse, ils parviennent à tuer un éléphant, ils

font des excuses à l'animal mort en lui déclarant

‘solennellement qu'ils n'avaient pas l'intention de le

‘tuer, et que c’est un simple accident (2). » Pour

wndre les excuses plus complètes, ils lui coupent la

trompe et l'euterrent avec beaucoup de cérémonies. Gray (3), parlant d’un Mandingo qui avait tué un

ion, dit : « Comme je n'étais pas peu surpris de vois

Cuinsi traiter un homme qu'on aurait dû, selon moi,

lLichlenstein, Truvels, vol, Ep, 269.

) Lichtenstein, lravels, vol, Ep. 254, d)Uray, Travels in Western Africa, pe 149,

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« récompenser, pour avoir, le premier, blessé l'animal « de telle façon qu'il lui était impossible de nous at- « taquer, je demandai des explications. On me répon- « dit que n’étaut qu’un sujet, il s’était rendu coupable « d’un grand crime en tuant un souverain; qu’il üc- « vait souffrir cette punition jusqu’à ce qu'il fût mis «en liberté par les chefs du village, qui, sachant que « le décédé était leur ennemi, non-seulement en don: « neraient l’ordre immédiatement, mais encore ré- « compenseraient l’homme pour sa bonne conduite, « J’essayai, mais sans pouvoir y arriver, de découvrir « l’origine de cette cérémonie extraordinaire, mais « j'obtins pour toute réponse la phrase africaine or- « dinaire : « Nos pères ont toujours fait ainsi, » Les Stiens du Cambodge (1) croient que les « ani- « maux ont aussi des âmes qui reviennent après leur « mort. Aussi, quand ils ont tué un animal, craignant « que son âme ne vienne les tourmenter, ils lui de- «< mandent pardon pour le mal qu'ils lui ont fait, el « offrent des sacrifices proportionnés à la force et à « la taille de l’animal. »

Les indigènes de Sumatra (2) ne parlent des tigres « qu'avec beaucoup de respect et hésitent à les appe- «ler par leur nom commun (rimau ou machang), ik «les nomment respectueusement satwa (les animaux « sauvages), ou même nenek (ancêtres); soit qu'is croient réellement que ce sont leurs ancûtres, soi qu'ils veuillent les apaiser ou les flutter, Quandun

(1) Mouhot, Travels in the central parts 6f Indo-China, vol, 1, p. 2: (2 Marsden, History of Sumatra, p. 292, Voir aussi Depons, rare in Suuth America, vol, I, p. 199,

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La déification des objets inanimés semble à première vue plus difficile encore à comprendre que celle des animaux. Mais en même temps qu’on empruntait aux animaux les noms des individus, on en empruntait aussi aux objets inanimés, et si, comme nous l'avons supposé (p. 272), cette coutume a conduit au culte des premiers, elle a pu conduire aussi au culte des seconds. En outre, bien des objets inanimés semblent posséder la vie. Personne ne peut s'étonner, je crois, qu’on ait regardé les fleuves comme des êtres vivants. Le mouvement constant des ondes, les rides et les petites lames de leur surface, les vibrations des roseaux et des autres plantes aquatiques, le murmure, la beauté et la transparence des eaux, tout se combine pour produire un singulier effet, même sur l'esprit de l’homme civilisé.

Sénèque écrivait : « Si vous vous promenez dans un bois, planté de vieux arbres, de grosseur ex= «traordinaire, dont les branches entrelacées inter- «ceptent la lumière du ciel, la grande élévation, le «calme, l'ombre profonde, tout imprime à votre es- «prit la conviction qu’un Dieu est présent. »

Le sauvage lui aussi ressent de semblables émotions et est naturellement enclin à personnifier, non=

anne en

seulement les rivières, mais les autres objets inanimés.

Qui peut s'étonner qu'on ait adoré le soleil, la lune et les étoiles, culte si répandu qu’on l’a regardé comme une forme spéciale de religion, connue sous le nom de sabéisme? Ce culte, cependant, ne diffère pas essentiellement dans sa forme primitive du culte d'une montagne, on d’un fleuve. Pour nous, qui connaissons l'astronomie, le culte du soleil nous parait naturellement une forme de religion plus ublime, mais nous devons nous rappeler que les sauvages, qui adorent les corps célestes, n'ont aucune idée de leur distance et par conséquent de leur grandeur. De là, les curieuses idées qu'ils se font des éelipses (p. 2%), En voici quelques autres. Les Nouveaux Zélandais croient que Mawe, leur ancôtre, prit le soleil dans un filet et le blessa si grièvement, que depuis lors ses mouvements sont plus lents et que, par conséquent, les jours sont plus longs (1).

Selon un autre récit, Mawe «attacha une corde an « soleil et Le lia à la lune, de façon que quand l’un sa- « baisse, l’autre, entraînée par le poids supérieur du « soleil, se lève et éclaire la terre en son absence (2)»

Il faut toujours se rappeler aussi que le sauvage se fait de Dieu une idée toute différente de la nôtre: an licu d’un être surnaturel, Dieu n’est pour lui qu'une partie de la nature. Ceci explique, dans une certaine mesure, cette tendance à tout déifier qui nous semble si étrange.

(1) Polynesian Mythology, p. 35, (2) Yate, loc, cit., p. 143.

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Lichtenstein cite un charmant exemple de cette faalité à créer des divinités. Le roi des Cafres Koussas, ayant brisé un morceau d’une ancre, mourut quelque temps après. Depuis ce temps, tous les Cafres, pensant que l'ancre était vivante, la saluèrent respectueusement, chaque fois qu'ils passaient près d’elle (1). Les indigènes avaient pour règle invariable de ne pas siffler en passant au pied d’une certaine dune près de Sydney, parce qu’un rocher, détaché de cette dune, avait une fois écrasé quelques-uns de leurs compatriotes qui passaient en sifflant (2).

M. Fergusson (3) raconte un fait fort remarquable : «L'exemple suivant de culte rendu à un arbre est, «dit-il, fort intéressant, fort instructif même, et j'en «ai été témoin. Pendant mon séjour à Tessore, je «vis, une fois, une grande foule passant près de la fa- «brique que je dirigeais alors. Je n’y fis d’abord pas «attention, pensant que ces gens se rendaient à «quelque foire ; mais la foule devint chaque jour «plus considérable et prit un caractère plus reli- «gieux. Je demandai des explications, et on me dit «qu'un dieu avait apparu dans un arbre à un endroit ‘situé à environ six milles de la fabrique. Je m’y «rendis le lendemain matin. Dans un village que je «connaissais bien, on avait déblayé une grande place Cau milieu de laquelle se trouvait un vieux dattier «à moitié pourri, couvert de guirlandes et d'of- «frandes, On avait élevé, tout autour, des maisons

(1) Travels, vol, I, p. 254.

(2) Collins, English colony in new South Wales, p. 382, (3) Tredane serpent Worship, p. 74.

« pour les brahmines, et il se faisait déjà beaucoup « d’affaires en offrandes et en Püûjà. En réponse à « mes questions sur la manière dont le dieu mani- « festait sa présence, on me dit que, peu de temps « après le lever du soleil, l'arbre relevait ses rameaux « pour le saluer et qu’il s’inclinait de nouveau le soir. « Comme il était facile de vérifier ce miracle, je re- « vins à midi et vis qu'on ne m'avait pas trompé! « Quelques recherches et un peu de réflexion me per- « mirent de me rendre compte du mystère. L'arbre « se trouvait anciennement au milieu de la principale « rue du village, il finit par pendre si bas que, pour « pouvoir passer dessous, on l'avait tourné de côté et « on l'avait attaché parallèlement à la route. Pendant « cette opération, les fibres qui composaient le tronc « s'étaient tordues, comme les fils d’une corde. Quand « 1e soleil du matin frappait sur la surface supérieure « de ces fibres, la chaleur les faisait contracter, de là « une tendance à se détordre qui avait pour const- « quence de relever le sommet de l'arbre. Les rosées « du soir relâchaient les fibres et le sommet de l’ar- « bre retombait. Ainsi l’homme de science, aussi bien « que le crédule Indou, acquit la preuve que le phé- « nomène était dû à l’action directe du dieu Soleil. » Les sauvages attribuent tous les mouvements à la vie. Aussi regardent-ils le vent comme un être vivant. Ils pensent même que certains objets immobiles possèdent un esprit. Le chef de Teah, en dépit de tout ce que lui affirmait Lander (1), croyait que la montre de

(1) Niger Expedition, vol. IT, p. 220.

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ce dernier était vivante et avait le don de se mouvoir. C'est probablement pour cette raison que dans la plupart des langues les objets inanimés ont un genre, car on les regardait anciennement comme mâles ou femelles. De là aussi provient la coutume de briser ou de brüler les armes, etc., ensevelies avec les morts. On a supposé qu’on voulait simplement évite: ainsi de donner des tentations aux voleurs. Il n’en est rien; les sauvages ne violent jamais un tombeau. Mais, de mème qu’ils tuent les femmes et les esclaves d’un homme, son cheval et son chien favori, afin qu'ils puissent l'accompagner dans l’autre monde, de même aussi ils « tuent » ses armes afin que les esprits de ses arcs, de ses flèches, etc., ne quittent pas leur maitre et que celui-ci puisse se présenter dans la terre des esprits armé comme il convient à un chef. Ainsi les habitants de Taïti (1) croyaient « que non-seule- «ment tous les animaux, mais les arbres, les fruits, «et mème les pierres, ont des âmes qui, au mo- «ment de la mort, quand on les brüle ou qu'on «les brise, vont d’abord se confondre avec la divinité «et entrent ensuite dans la maison qui leur est des- «tinée. »

Les Vitiens (2) pensent que « si un animal on une «plante meurt, son âme va immédiatement dans le «Bolotoo; si on brise une pierre ou toute autre sub- «stance, l’immortalité lui appartient également ; que « dis-je? Les objets artificiels partagent la même ré-

(1) Cook, Third Voyage, vol. IL, p. 166.

(2) Mariner, loc. cit, vol. IT, p. 137.

« compense que les hommes, les pores et les yams. Si «une hache ou un ciseau est usé, on le brise, et son « àme va immédiatement retrouver les dieux. Si on « abat une maison, ou si elle est détruite de quelque « façon que ce soit, son âme immortelle trouve une « place dans les plaines de Bolotoo. »

Sproat (1) dit, en parlant des Indiens du nord-ouest de l'Amérique : «Quand on enterre un mort, ses amis « brülent ordinairement des couvertures, car en les « détruisant dans ce monde, ils les envoient dans « l’autre en compagnie de l’âme du décédé. »

En Chine (2), « quand un homme important meurt, . les bonzes font de grandes processions ; des pleu- « reurs les suivent, portant des cierges et faisant brû-

ler des parfums. On offre des sacrifices à certains intervalles. Pendant la dernière cérémonie, on brüle des statues représentant des hommes, des femmes, des chevuux, des selles et autres objets, etune ; rande abondance de papier-monnaie ; ils croient que ‘outes ces effigies se transforment en réalités dans l'autre monde et qu’elles serviront au décédé. »

Ainsi donc, dans cette phase du développement de l'esprit humain, l’homme pense que tout est doué de la vie et il voit-un dieu en tonte chose.

Dans l’Inde, dit Dubois (3) « une femme adore le « panier qui lui sert à porter ses provisions et lui offre « des sacrifices ; elle traite de la même façon son mou- «lin à riz et ses autres ustensiles de ménage. Un

(1) Sproat, Scenes and studies of savage life, p. 213. (2) Astley, vol. IV, p. 94.

(3) People of India, p. 373. Voir aussi p. 383, 386,

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«charpentier rend le même hommage à sa hache et à ses autres outils ; il leur offre aussi des sacrifices.

« Un brahmine adore le stylet qui lui sert à écrire ; le «soldat les armes qu'il porte; le maçon sa truelle «et le laboureur sa charrue. »

SirS. Baker (1) dit: « Si un scribe arabe écrivait « l'histoire actuelle de son pays, les idées, la phraséo- « logie même, seraient exactement celles de l'Ancien « Testament ; il attribucrait soit à la colère divine, soit «aux bénédictions, qui résultent de l’'accomplissement «de bonnes actions, les différents malheurs ou les bonheurs qui, dans le cours des temps , atteignent

nécessairement tribus et individus. Si dans un

«songe, une conduite particulière lui est sugsérée,

AR

l’'Arabe croit que Dieu lui a parlé, et lui a indiqué

la marche à suivre. L’historien arabe, en parlant de

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