‹ Les origines de la civilisation [microforme]Chapitre 38 sur 108 · COM · texte numérisé non relu

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chez les Libyens (1). Dans le pays d’Ashantée, Bosman cite « le fleuve Chamascian, ou Rio de San-Juan, «appelée par les nègres Bossum Pra, qu'ils adorent «comme un Dieu, ainsi que le signifie le mot Bos- «sum (2). » [’Eufrates, la principale rivière du Whydah, est sacrée aussi, et on fait chaque annéeune procession sur ses bords (3). Philipps (4) rapporte qu'une fois, en 1693, pendant une tempête, les Kabosheers se plaignirent au roi, « qui leur dit d’être «tranquilles, et que le lendemain il calmerait la mer. «ILenvoya donc son prètre offrir à la mer ane cruche «d'huile de palme, un sac de riz et de blé, une cru- «che de pitto, une bouteille d’eau-de-vie, une pièce «de calicot imprimé et plusieurs autres présents. Ar- «rivé au bord de la mer (comme l’auteur en fut in- «formé par ses hommes qui assistèrent à la cérémo- «nie), le prêtre lui fit un discours, l’assurant que le «roi était son ami, et aimait les hommes blancs, de «fort honnêtes gens, qui venaient lui apporter ce «dont il avait besoin; qu’il priait donc la mer de ne «pas se fâcheret de ne pasles empêcher de débarquer | «leurs marchandises ; il lui dit en outre que, pen- «sant peut-être qu’elle avait besoin d'huile de palme, «le roi lui en envoyait; et il jeta la cruche d'huile «dans la mer, ce qu'il fit d’ailleurs pour les autres «présents, en accompagnant chacun d'eux de com- Cpliments. » Villault (5) rapporte, de son côté, qu’on

(1) Melpomène, GLvIT, CLXXXI.

(2) Loc. cit., p, 348,

(3) Astley, loc. cit, p. 26.

(4) Astley, Collection of Voyages. vol, IT, p. 411. (o) Astley, loc, cit., p. 668.

adore aussi les lacs, les rivières et les étangs. Il assista à une singulière cérémonie auprès d’Akkra. Un grand nombre de nègres s’assemblèrent autour d’un étang, apportant avec eux un mouton et quelques fioles qu'ils offrirent à l'étang. On dit à M. Villault, en réponse à ses questions, « que ce lac, ou étang, étant «une de leurs divinités et le messager commun de « toutes les rivières de leur pays, ils jettent dedans « leurs fioles avec ces cérémonies pour implorer son « assistance, et lui demander de transporter immé- « diatement ce pot, en leur nom, aux autres rivières et « aux autres lacs, pour leur acheter de l’eau, et espè- « rent qu’à son retour il versera leur contenu sur leur « blé pour leur procurer une bonne moisson. »

Quelques nègres de la côte de Guinée (1) « regar- « dent les blancs comme les dieux de la mer; ils pen- « sent que ie mât est une divinité qui fait marcher le « vaisseau, et la pompe leur semble un miracle, puis- « qu’elle fait monter l’eau, dont la propriété naturelle «est de descendre. »

Les Dacotahs (2) de l'Amérique du Nord adorent un dieu des eaux sous le nom d’Unktahe. Ils disent que « ce dieu etsescompagnons serévèlent en songe. « Ils le reconnaissent pour leur grand chef : c’est lui « qui donne à leurs magiciens toute leur puissance « surnaturelle; en un mot, c’est sur ce dieu que re- « pose toute leur religion. » Franklin (3) rapporte que la femme d’un de sesguides Indiens étant tombée

(1) Astley, loc. cit., vol. II, p. 105.

(2) Schoolcraft, Indian Tribes, partie IIT, p. 485. (3) Journey to the shores of the Polar Sea, 1819-22, vol. I, p. 254.

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ol. I, p. 24.

malade, « son mari fit des offrandes aux esprits des «eaux, dont la colère, pensait-il, avait causé la mala- «die. Ces offrandes consistaient en un couteau, un peu «de tabac, quelques autres petits articles; il fit du «tout un paquet qu'il jeta dans le courant. » Carver (1) relate que quand les Peaux-Rouges « arrivent «sur les bords du lac Supérieur, sur les bords du Mis- «sissipi, ou detout autre grand amas d’eau, ils présen- «tent à l’esprit qui y réside une offrande quelle qu’elle «soit, comme le fit d’ailleurs le chef des Winneba- «goes quand il m’accompagna aux chutes de Saint- « Antoine. »

Tanner (2) mentionne aussi quelques exemples de cette coutume. Dans une occasion, un Peau-Rouge s'adressant à l'esprit des eaux, « lui dit qu’il avait « fait une longue route pour venir lui présenter ses «hommages, et qu'il voulait actuellement lui faire la «plus riche offrande en son pouvoir. 11 jeta alors sa «pipe dans le fleuve, puis le sac qui contenait son «tabac; après quoi les anneaux qu’il portait aux bras «et aux poignets, un ornement composé de fil de mé- «tal et de boules qui entourait son cou, et enfin ses «boucles d'oreilles; en un mot tout ce qui, pour lui, «avait quelque valeur (3). » |

Les Mandans avaient aussi l’habitude d'offrir des sacrifices à l'esprit des eaux (4).

Dans le nord du Mexique, près le 35° degré de la-

(1) Carver, Travels, p. 383.

(2) Narrative of the captivity of John Tanner, p. 46. (3) Ibid., p. 67.

() Catlin, North American Indians, vol. I, p. 160.

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titude, le lieutenant Whipple découvrit une source sacrée qui depuis un tempsimmémorial «est consacrée «au dieu de Ja pluie (1).» Aucun animai ne peut boire de ses eaux. Tous les ans on la nettoie avec d'anciens vases qui, transmis de génération en génération par les caciques, sont alors placés sur les murs de la fontaine et y restent jusqu’à l’année suivante. Ces vases, ornés de dessins représentant la grenouille, la tortue et le serpent à sonnettes, sont consacrés à Montézuma, patron de la fontaine, qui ferait tomber Ja foudre sur quiconque serait assez sacrilége pour toucher à ces reliques. Au Nicaragua on adore la pluie sous le nom de Quiateot. Le principal dieu des eaux du Mexique était Tlaloc, adoré par les Toltèques, les Chichimèques et les Aztèques (2). Le docteur Bell (3) décrit une source sacrée qu'il a vue au Nouveau- Mexique, non loin de Zuni : « Cette fontaine forme un « petit étang ayant environ huit pieds de diamètre, «entouré d’un mur de pierres ; ni les bestiaux ni les « hommes ne peuvent boire de ses eaux, les animaux « aquatiques seuls (grenouilles, tortues, serpents), « peuvent se baigner dans l'étang. Une fois chaque « année, le cacique et les principaux habitants de «l'endroit viennent célébrer certaines cérémonies «religieuses; ils nettoient la fontaine et apportent « des vases qu’ils offrent à l'esprit de Montézuma et «qu'ils placent debout, le fond en Pair, sur le haut « des murs. Une quantité de ces pots ont été enlevés,

(1) Müller, loc. cit., p. 496.

(2) Ethn. Journ. 1869, p. 227.

3) Müller, loc. cit., p. 368.

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«mais beaucoup restent encore, et le terrain tout au- «tour de la fontaine est jonché des fragments de ceux «qui se soni brisés. » Au Pérou, la mer, sous le nom de Mama-Cocha, était la divinité principale des Chinchas (1). Une tribu des Collas prétend descendre d’un leuve, les autres d’une source ; ils adorent une déesse de la pluie. Au Paraguay (2) on fait aussi des offrandes de tabac aux rivières.

Examinons maintenant le culte des pierres et des montagnes, religion aussi répandue que celles que nous avons décrites.

Dulaure, dans son Æistoire abrégée des cultes, attribue l’origine du culte des pierres au respect que lon avait pour les bornes indiquant les limites. Je ne doute pas, en effet, qu’il faille attribuer à ce sentiment le culte de certeines pierres. Hermès ou Termes avait évidemment ce caractère, et on pourrait peutêtre expliquer ainsi les différentes fonctions d'Hermès ou Mercure, dont le symbole était une pierre levée.

Mercure ou Hermès, dit Lemprière « était le mes- «sager des dieux. Il était le protecteur des voyageurs «et des bergers, il conduisait les âmes des morts «aux enfers; et non-seulement il était le dieu des «orateurs, des marchands, des rhéteurs, mais il l’é. «tait aussi des voleurs et des gens pen honnêtes. » Il nventa les lettres et la lyre, les arts et les sciences.

IL est difficile tout d’abord de voir le lien qui existe entre ces diverses fonctions dont les caracières sont si opposés. Elles découlent toutes cependant

(1) Report on the Indians Tribes, p. 40, (2) Loc. cit., p. 258.

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de la coutume de marquer les limites au moyen de dierres levécs. De là le nom de Hermès ou Termes, la limite. Dans les temps si agités de l'antiquité, on avait coutume, pour éviter les querelles, de laisser entre les possessions des différentes nations un espace de terrain neutre. On appelait cette région neutre, les marches; de là le titre de marquis, ce qui signifie un officier chargé de surveiller la frontière, ou « marches.» Ces marches, n'étant pas cultivées, servaient de pâturages. C’est sur ce terrain neutre que les marchands venaient échanger les produits de leurs pays respectifs ; c’est là aussi, pour la même raison, que se négociaient les traités. C’est là enfin que se célébraient les jeux internationaux. On avait l'habitude d'indiquer les tombes au moyen d’une pierre levée, et sur ces pierres de graver les lois et les décrets, le récit des événements remarquables et les louanges du mort. Aussi Mercure, représenté par une simple pierre levée, était-il le dieu des voyrgeurs, parce qu'il indiquait le chemin; des bergers, parce qu’il présidait aux pâturages; il conduisait les âmes des morts aux enfers, parce que dès la plus haute antiquité on plaçait une pierre levée sur les tombeaux; il était le dieu des marchands, parce que le commerce se faisait principalement aux frontières; le dieu des voleurs, per ironie. Il était le messager des dieux, parce que les ambassadeurs se rencontraient aux frontières, et DE © Hi le dieu de l’éloquence pour la même raison. Il in- 4 Ibid, venta la lyre, présidait aux jeux, parce que les con- ù Se à cours de musique, etc., se faisaient sur un terrain pass p. neutre; et enfin on le regardait comme l’auteur des y.

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LA RELIGION. 301 lettres, à cause des inscriptions gravées sur les pierres levées.

Le culte des pierres, dans sa forme la plus simple, a cependant, je crois, une autre origine, et n’est qu'une forme de ce culte s’adressänt à tout; culte qui caractérise l’esprit humain dans une phase particulière de son développement.

Pallas constate que les Ostiakes (1) et les Tunguses adorent les montagnes (2); les Tatars (3) adorent les | pierres. Près du lac Baïkal (4) se trouve un rocher sacré, que les indigènes regardent comme la demeure favorite d'un mauvais esprit, et que, par conséquent, ils craignent beaucoup. Dans l'Inde, le culte des pierres est très-répandu. Les Asagas de Mysore «adorent un dieu appelé Bhuma Devam, qui est représenté par une pierre informe (5). » — «Il est certain, dit M. Hislop, que ce culte (des pierres) s’é- «tend sur toutes les parties du pays depuis Berar «jusqu’à l'extrémité orientale de Bustar, et cela non- «seulement chez les indigènes Indous, qui avaient «commencé par adorer Khandova, etc., mais aussi «chez les tribus les plus grossières. Le dieu est repré- «senté par une pierre informe, peinte avec du ver- «millon (6). » — « Deux grossières castes esclaves à «Tulava (Inde méridionale), les Bakadara et les Be- «tadara, adorent une divinité bienveillante nommée

(1) Voyages de Pallas, vol. IV, p. 79.

2) Ibid. p. 434, 648.

(3) Ibid, p, 514, 598,

4 Hill, Travels in Siberia, vol. II, p. 142.

L Buchanan, Journey, vol. I, p. 338. Cité dans le Ethnol. Journ., | tu VIIL p, 96.

&) Aburiginal Tribes, p. 16. Cité dans le £thnol, Journ., vol, IL, p. 96.

j | 302 « Buta, représentée par une pierre qu’ils conservent | « dans chaque maison (1). » En un mot, « dans toutes

| « les parties de l’Inde méridionale, on peut voir dans | « presque tous les champs quatre ou cinq pierres « placées en rang, peintes en rouge, que les indigènes « considèrent comme les gardiens du champ et qu'ils « appellent les cinq Pandus (2). » Le colonel Forbes Leslie (3) suppose que cette peinture rouge doit représenter du sang. Le dieu de chaque village Khond est représenté par trois pierres (4). La planche V représente un groupe de pierres sacrées, près de Delgaum dans le Dekkan, d’après un dessin publié par : le colonel Forbes Leslie dans son intéressant ou: vrage (5). Les trois plus grandes « sont en avant au

« centre de deux rangées droites composées chacune

« de treize pierres. Ces lignes sont tout près l’une de

« l’autre, et les coins sont aussi rapprochés qu'on à

| « pu le faire avec des pierres qui, bien que certainc- « ment choisies, n’ont jamais été taillées. La pierre R | « qui se trouve au centre de chaque rangée est pres | « que aussi haute que la plus grande des trois placées } « en avant; les autres diminuent graduellement en

| « hauteur jusqu’à ce que celles qui forment les ex- | « trémités dépassent le sol, où elles sont fixées, d'un

« pied à peine. Trois pierres non fixées se trouvent « devant le centre du groupe; elles occupent la même « position et étaient sans doute destinées au même

(1) Journ, Ethn. Soc., vol. VIT, p, 115.

(2) Zbid., vol. IX, p. 125,

(3) Early races of Scotland, vol. I, p, 462, (à) Loc. cit., vol, Il, p. 497, (5( Loo. oit., vol, II, p. 464,

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