CHAPITRE VII
Nous pouvons, pour retracer les évolutions graduelles des croyances religieuses, prendre pour point de départ les Australiens, qui ne possèdent que quelques idées fort vagues sur l'existence de mauvais «prits et la crainte de la magie en général. On ne peut dire que ces superstitions les tourmentent beausup pendant le jour, mais, pendant la nuit, ils ne Séloignent de leur feu de camp qu'avec la plus grande épugnance et en cas d’absolue nécessité, et jamais ils ne veulent coucher près d’un tombeau. Ils n’ont aucune idée de la création; ils ne prient jamais; les rémonies religieuses, tout ce qui, en un mot, consitue un culte quelconque, n'existe pas chez eux. Ils ne croient pas à l’existence d’un Dieu, quel qu’il soit ; k morale ne fait en aucune façon partie de leur reliion, si l’on peut donner ce nom à leurs quelques toyances superstitieuses. Les mots de leur langue signifiant « bon » ou « mauvais » se rapportent uni-
quement au sens du goût ou à leur confort personnel. « parti ils n’impliquent aucune idée du bien ou du mal (1), « récon Les Australiens ont une autre croyance fort curieuse: Les il ils pensent que les hommes blancs sont des noirsres-R que Mn
suscités. Cette idée régnait chez les indigènes au nor d'un ho de Sydney dès 1795, il y a donc tout lieu de croire M tourmen qu’elle ne provient pas de l'influence des missionnai D laisse” ti res (2). Cette même croyance se retrouve d’ailleurs n'est rie chez les nègres de la Guinée (3). Mais les idées desM cha pas Australiens à ce sujet, il est bon de l'ajouter, sont prendre variées et confuses, et on ne peut pas dire que ce soit Australie là une croyance générale. d'ailleur Une Écossaise, Mme Thomson, naufragée sur lie que peu orientale du Prince de Galles, est un témoin partit peu plus des mœurs et des coutumes des Australiens septentrio-R vécu che naux. Son mari et le reste de l'équipage se noyèrent: vont ni quant à elle, sauvée par les indigènes, elle demeural idée d’ur près de cinq ans avec cux, jusqu’à la visite du « Ratt-R ment les
lesnake », et parvint alors à s'échapper. En somme Les Ve les hommes la traitèrent bien, quoique les femme: tres mé fussent longtemps jalouses d’elle et se conduisissenth © suprèn envers elle avec beaucoup de cruauté. Ces peuplsl © d'un sy n’ont aucune idée d’un être suprème (4). Ils ne croientfé t penser pas à limmortalité de lâme, mais prétendenth « ou ler « qu'après leur mort ils deviennent blancs ou Euro- Le P. « péens, et que, comme tels, ils passent la seconde dix-sept : almirabl
(1) Eyre, Discoveries in central Australia, vol. IT, pp. 354, 355, 356. (1) Loc, cit (2) Collins, English Colony in New South Wales, p. 303. (2 Stephe (8) Smith, Guinea, p. 215, —- Bosman, Pinkerton Voyages, vol. XV, (8) Davy, (
p. 50. de | 4 Nachric (4) Mac Gillivray, Voyage of the Rattlesnake, vol. II, p. 29. Snithsonian
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LA RELIGION. 319 « partie de leur existence; ils ne croient ni à des « récompenses ni à des châtiments futurs (1). »
Les indigènes qui l’avaient recueillie supposaient que Mme Thomson était le fantôme de Giom, fille d'un homme nommé Piaquai, et quand les enfants la tourmentaient, les hommes leur ordonnaient de la laisse” tranquilie en disant : « Pauvre femme! elle nestrien, ce n’est qu’un fantôme. » Ce qui n’empècha pas cependant un homme nommé Boroto de la prendre pour femme, preuve du peu de foi qu'ont les Australiens dans l’existence des esprits. C’est à peine d'ailleurs s'ils croient en l'existence d'hommes quelque peu différents de ce qu’ils sont eux-mêmes et un peu plus puissants qu’ils ne le sont. Stephens, qui a vécu chez les Australiens méridionaux, nous dit qu’ils nont ni culte, ni cérémonies religieuses et aucune idée d’un être suprème; mais qu’ils craignent vague-
| ment les mauvais esprits (2).
Les Veddahs de Ceylan, selon Davy, croient aux êtres méchants mais « n’ont aucune idée d’un être « suprème et bienfaisant, d’une existence future ou « d'un système de récompenses et de châtiments; aussi © pensent-ils qu’il importe fort peu de faire le bien «ou le mal (3). »
Le P. Baegert, missionnaire jésuite, qui a vécu lix-sept ans avec les Indiens de la Californie, décrit almirablement leurs mœurs etleurscoutumes (4).« Ils
dl) Loc. cit., p. 29.
(2 Stephen, South Australia, p, 78.
(3) Davy, Ceylan, p. 118.
% Nachrichten von der Amer. Halb. Californie, 1773. Traduit dans les Smithsonian Reports, 1863-1864.