IDOLÂTRIE
Le eulte des idoles caractérise un état quelque peu supérieur du progrès humain. Nous n’en trouvons pas trace chez les races placées au plus bas degré de l'échelle sociale, et Lafitau (3) écrit avec raison : « On peut dire en général que le grand nom- «bre des peuples sauvages n’a point d'idoles. » On regarde cependant l’idolätrie comme lu religion ordi-
maire des peuples sauvages. Cette erreur provient de que l’on confond toujours lidole avec Le fétiche. Le fétichisme attaque la divinité, l'idolâtrie implique
ne humble soumission aux dieux. Aussi le fétichisme
1 Astley, Collection of Voyages, vol, IT, p, 83. 2) Trans, Ethn. Soc., 1868, p. 32, 3) Mœurs des sauvages américains, vol, T, p, 151,
et l'idolâtrie sont-ils l'opposé l’un de l’autre, et la
seconde ne peut provenir directement du premier.
Nous devons donc nous attendre à trouver entre eux
un état religieux qui n’est ni l’un ni l’autre. C'est ce
qui arrive en effet.
Le capitaine Lyon constate que les Esquimaux n'ont pas d’idoles (1). « Je n'ai vu, dit Richardson, ui chez les Esquimaux ni chez les Tinne, au- « cune idole ou aucun autre objet qu'ils adorassent (2). »
Carver (3) n’a pas trouvé d’idoles chez les Indiens du Canada, et cela paraît vrai pour tous les Indiens de l'Amérique du Nord. Lafitau (4) signale comme une exception l'existence, en Virginie, d’une idok
nommée Oki.
Dans l'Afrique orientale Burton n’a rencontré qu'un veuple, les Wanyika qui adorent certaines statuettes appelées Kisukas. Pas plus que leurs congénères de l'Orient, les nègres de l'Afrique occidentale n’adorent les idoles (5). Quelques voyageurs parlent, il est vrai, d'idoles; mais si on lit leur réeit avec soin, on
verra qu'ils ont toujours voulu dire des fétiches « Agoye », dans le royaume de Whyduh, est repri-| senté sous la forme d'un nègre difforme, de la tête
duquel sortent des serpents et des lézards (6), et qui
ressemble beaucoup à quelques idoles indiennes: e est
(1) Journal, p. 372.
(2) Boat Journey, vol. I, p. 4h,
(3) Travels, p. 387.
(4) Vol, [, p. 168.
(5) Astley, Collection of Voyages, vol, IT, p. 240, pour Futa el pou! 1 Guinée jusqu'à Ardrah, p. 666.
46) Astley, loc. cit, pp. 26 et 50.
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là cependant un cas exceptionnel. Battel ne mentionne pateulièrement que deux idoles (f); et Bosman (2) dit expressément que « sur la côte de Guinée les «indigènes ne connaissent pas le culte des idoles; » puis il ajoute qu’à « Ardra il y a des milliers d’idols », c’est-à-dire de fétiches. A Loango existe uve petite statue noire nommée Chikokke, placée dans une petite maison auprès du port (3). Ce ne sont d’ailleurs que des fétiches sous forme humaine. Ainsi, le même auteur nous dit que dans le Kakongo, royaume qui se trouve au sud du Loango, les indigènes, pendant une peste, brülèrent leurs idoles en disant : « Sc celles ne nous portent pas secours dans ce moment coù nous en avons tant besoin, quand le ferontcelles (4)? » Ils semblent ainsi ne pas mettre en doute Le pouvoir, mais la bonne volonté de leurs idoks. Au Congo on place les soi-disant idoles dans les champs pour protéger les moissons (5). Or c’est clairement la fonction d’un fétiche et non pas d’une vraie idole.
« Les Vitiens, dit Williams, semblent n'avoir ja- «mais connu l’idolâtrie, car ils n'essayent pas de “représenter matériellement leurs dieux (6). »
Quant aux Nouveaux-Zélandais, selon Yate (7), (quoique fort superstitieux, ils n’adorent aucun dicu,
Adventures of À. Battel, Pinkerton, vol. XVI, p. 331, Bosman, Guinea, Pinkerton, loc, cit,, p. 403
Astley, loc. cit,, p. 216.
4 Astley, loc, cit., p. 217.
5 Astley, loc, cit., vol. IT, p. 229,
(8! Fiji and the Fijians, vol. 1, p. 216,
T Loc, cit., p. 141,
et n’ont rien qui représente un être qu'ils appellent dieu. » Dieffenbach fait aussi observer que dans la
Nouvelle-Zélande, « on n’adore pas les idoles, et
qu'on ne représente jamais Atoua (1). »
Sir James Brooke dit, en parlant des DyaksSingè (2. Ils n’ont aucune religion, et quoiqu'ils aient un mot pour exprimer le nom de dieu {nom qu'ik ont probablement emprunté aux Indous), ils n'ont ni prêtres, ni idoles, ne disent aucune prière, etne font jamais d’offrandes. » Sir James a subséquem-
ment modifié son opinion sur quelques points, mais
il signale toujours l'absence d’idoles.
Les Kols de l’Inde centrale adorent le soleil, « mais ils n’ont aucune idole matérielle (3). »
« Dans l’origine, dit Dubois, les Indous n'avaient pascoutume de faire des idoles de pierre ou d’autres matières... Mais quand le peuple de l'Inde eut déifié ses héros et d’autres mortels, il commenca seulement alors à faire des statues et des images (4). Il faut observer qu'en Chine (5) on ne trouve pas dans les livres canoniques la moindre trace d'un culte idolâtre, jusqu'à ce que l'image de Fo ei été apportée dans ce pays, plusieurs siècles après l’époque de Confucius. »
Les Ostiaks ne représentent jamais leur dieu «To
rium » (6). En un mot, nous ne trouvons les idoles
(1). Loc, oft., vol. IT,-p, 118,
(2 Koypel, Erpedition to Borneo, vol. I, p, 251,
(3) Do! Truins, Ethn, Soc., vol. VI, p. 32, bubois, The prople of Jndiu, p, 370, \stley, vol. IV, p. 208.
6) Frrun, de, cit,, vol, IF, p. 50,
que ch tion. Sc constate rement tion, Or l'espèce chique 4 nue SOU
L'idol l'idolàtri Nous av prend di étonner main ait sait bien que le cc
et voit sc urel qu plus sim cer des a Cette ha continue:
tranquill déduetios bier une peuvent, niluence Impossih]
prière dé:
(1) Polynes
Is appellent que dans la s idoles, et »
ssSingè (2).
Js aient un (nom qu'ils s), ils n'ont prière, et ne subséquem-
>oints, mais
oleil, « mais ; us n'avaient eou d’autres ide eut déifié enca seuleages (4). »
trouve pas trace d'un de Fo ett siècles après
r dieu «To
ns les idoles
que chez les Polynésiens les plus avancés en civilisa-
jion. Souvent même ces idoles ne sont, comme le
constate Ellis (1), que des morceaux de bois grossiè-
rement sculptés, laissant ainsi libre jeu à l’imagina-
tion. On peut, je crois, établir en règle générale que
l'espèce humaine parvient au gouvernement monar-
chique avant d'en arriver à la forme religieuse con-
nue sous le nom d'idolätrie,
L'idole prend ordinairement la forme humaine, et
lidolàtrie se lie intimement au culte des ancûtres,
Nous avons déjà vu que l’homme non civilisé com-
prend difficilement la mort; nous ne pouvons nous
itonner d’ailleurs que pendant longtemps l'esprit hu-
main ait confondu le sommeil et fa mort, Le sauvage
«it bien que pendani le sommeil l'esprit vit, quoique le corps paraisse raiort. Chaque matin il se réveille et voit ses amis se réveiller aussi. Il est donc tout na-
turel qu'il essaye de réveiller les morts, et quoi de
plus simple alors que la coutume si générale de pla-
cer des aliments auprès des cadavres pour leur usage,
Cette habitude devait, par la force des choses, se
continuer plus longtemps chez les peuples établis et
tranquilles. Les prières adressées aux morts sont une
déduction logique de ces idées, car, sans leur attri-
buer une puissance plus grande qu'aux vivants, ils
peuvent, habitant un monde différent, exercer une
inluence considérable en bien ou en mal. Mais il est
Impossible de distinguer entre une demande ei une
prière dès qu’on s'adresse à un être invisible; et il est
(1) Polynesian Researches, vol. IT, p. 220.
ES
tout aussi impossible de tirer une ligne de démarcation entre un esprit puissant et un demi-dieu. Les peuples de Mysore, célèbrent, à la nouvelle
lune, « une fête en l'honneur de leurs parents décé- « dés (1). » Les Kurüumbars du Deccan « offrent aussi « des sacrifices aux esprits des ancêtres, » et l’on re-
trouve la même coutume chez les Santals (2). En un mot, le culte des ancètres parait exister plus ou moins chez toutes les tribus aborigènes de l'Inde cen-
trale.
Burton (3) affirme que quelques divinités des Egba ont été « des hommes et des femmes remarquables « pendant leur vie. »
Les Cafres font aussi des sacrifices et des prières à leurs parents décédés, quoique « on ne puisse sou- «tenir absolument qu'ils croient, soit à l'existence, «soit à l’immortalité de l’âme (4). » Ils semblent croire tout simplement que les esprits des morts hantent, pendant quelque temps, leur ancienne demeure, et aident ou tourmentent les vivants. On ne leur attribue aucune puissance extraordinaire, et l’on ne peut certainement pas leur donner le nom de di-
vinités.
D'autres races essayent de perpétuer la mémoire de leurs morts en leur élevant de grossières statues. Ains Pallas (5) mentionne que les Ostiaks de Sibérie cren-
(1) Buchanan, Trans. Ethn. Soc., vol. VIT, p. 96. 2) Elliott, Trans. Ethn, Soc., vol, VIIT, pp. 104, 106,
(3) Abeokuta, vol, F, p. 191.
(4) The Basutos, Casalis, p, 243. — Voyez aussi Callaway, Religion system of the Amazulu.
(5) Pallas, Voyages, vol, IX, p. 79.
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LA RELIGION. 47 «dent aussi un culte à leurs morts. Ils sculptent des «figures de bois pour représenter les Ostiaks célè- «bres. Dans les repas de commémoration on place «devant ces figures une partie des mets. Les femmes «qui ont chéri leurs maris ont de pareilles figures, «les couchent avec elles, les parent, et ne mangent «point sans leur présenter une partie de leur por- «tion. » Erman (1) dit aussi que, quand un homme meurt, «ses parents élèvent dans leur yurt une gros- «sière image de bois représentant le décédé, et lui «rendent, pendant un certain temps, les honneurs «divins. À chaque repas on présente des aliments à
«cette statue, et si elle représente un mari décédé, «la veuve l’'embrasse de temps en temps et la couvre «de caresses. » Dans les cas ordinaires, ce semblant de culte ne dure que quelques années, après quoi on enterre la statue. « Mais quand un shaman meurt, «cette coutume se change pour lui en une véritable «canonisation ; car on ne pense pas qu’il soit suffisont, «dans ce cas, que le bloc de bois grossièrement sculpté, qui représente le décédé, reçoive des hom- «mages temporaires; les descendants du prêtre font
«tout ce qu’ils peuvent pour continuer sa vogue de «génération en génération, Au moyen d’oracles bien «faits, de miracles aussi éclatants que possible, ils «procurent à ces pénates de leur famille des offrandes caussi riches et aussi abondantes que celles qu'on «dépose sur les autels des dieux universellement re- «connus, Je ne doute pas d'ailleurs que ees dieux ’
(1) Erman, loc, eit., vol, IT, p. 51.
« n'aient aussi une origine historique, et qu'ils n'aient « été, dans le principe, des monuments élevés à des hommes distingués auxquels les shamans, par in-
térêt, ont fait attribuer graduellement une impor-
« tance considérable ; et ce qui me confirme encore dans cette opinion, c'est que parmi tous les vurts sacrés, dédiés à ces dieux, qui ont été fort nombreux depuis les temps les plus reculés dans le voisinage du fleuve, il n'y en a qu’un (auprès de Samarovo) qui soit consacré à une femme. »
On pourrait d’ailleurs, ce me semble, prouver que ce n’est pas là le seul pavs où des statues aient fini par être adorées comme des dieux.
Salomon (1) a dit admirablement en parlant des idoles :
« 13. Car les idoles n’ont point été dès le commencement, et elles ne seront point pour toujours,
« 14, C'est ;a vanité des hommes qui les a introduites dans le monde: c’est pourquoi on en verra bientôt la fin.
« 15. Un père affligé de la mort précipitée de son fils fit faire l'image de celui qui lui avait été ravi si tôt ; il commença à adorer comme dieu celui qui, comme homme, était mort un peu auparvant, et il lui établit parmi ses serviteurs un culte et des sacrfices.
« 16. Cette coutume criminelle s’étant autorisée de plus en plus dans la suite des temps, l’erreur fut observée comme une loi, et les idoles furent sdorées par le commandement des princes.
« 17. Les hommes aussi ne pouvant honorer ceux qui étaient bien loin d’eux, firent apporter leur tableau du lieu où ils étaient, et ils proposèrent devant tout le monde l’image du roi à qui ils voulaient rendre honneur, pour révérer ainsi avec une soumission religieuse comme présent celui qui était éloigné,
(1) Sagesse, chap. x1v, p. 12.
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qui étaient bien s étaient, et ils ui ils voulaient sion religieuse
« 18. L'adresse admirable des sculpteurs augienta encore beaucoup ce culte dans l'esprit des ignorants.
« 19. Chacun d’eux, voulant plaire à celui qui l’employait, épuisa tout son art pour faire une figure parfaitement achevée.
« 20, Et le peuple ignorant, surpris par la beauté de cet ouvrage, commença de prendre pour un dieu celui qu'un peu auparavant il avait honoré comme un homme. »
L'idole n’est pas, d’ailleurs, un simple emblème. Dans l'Inde (1), quand les offrandes du peuple sont moins abondantes qu'à l'ordinaire, les brahmines char- “ent quelquefois «leurs idoles de fers, leur enchaînent des pieds et les mains. Puis ils les exposent au peu- «ple dans cet état d’humiliation, en racontant qu’elles cont été traitées ainsi par de rigoureux créanciers «auxquels leurs dieux, dans un moment de gène, “avaient été obligés d'emprenter de l'argent pour «subvenir à leurs besoïns. HS déclarent que les “eréanciers intraitables relusent de les inettre en ‘liberté jusqu'à ce que la somme entière, intérêts et «principal, soit remboursée. Le peuple, alarmé à la «vue de ses dieux chargés de fers, et pensant que «J'aite le plus méritoire qu'il puisse accomplir est « de contribuer à leur délivrance, souscrit immédiate- «ment la somme demandée par les brakmines pour “accomplir eetobjet. »
CA Tyr se trouvait une statue d'Hercule (2) ado- “crée, non pas comme représentamt le dieu, mais
“comme le dieu lui-même; aussi, quand Tvr fut as-
1} Dubois, duc. cit,, p. 407, (2) History of man, vol. IV, p. 316,
« siégé par Alexandre, on enchaïina le dieu pour lem. « pècher de passer à l'ennemi. »
[nous est fort difficile d'apprécier toute la difficult qu'éprouve un homme, dont l'esprit n’est pas développé, à concevoir une idée un peu élevée, Ainsi
Campbell raconte qu’un montagnard écossais, désirant décrire un château de la plus grande magniticence, linit en s'écriant : « Tel était ce maguilique
« château! Tout ce qui peut servir dans un château
« s'y trouvait réuni, même une troupe d'oies. » Mais
à mesure que la civilisation progresse et que les ehcfs, devenant plus despotiques, réclament chaque jour plus de respect, le peuple commence à comprendre ce que signifient et pouvoir et magunificence. Aussi, quoiqu'on trouve parfois ie culte des anct-
tres chez les races arrivées seulement à l’état du toté-
misme, ce culte se perpétue, et on peut Le regarder
comme le caractère principal de l’idolâtrie, qui constitue une religion très-certanement plus élevée, et indique ordinairement un état mental plus avancé que le culte des animaux. ou même des corps célestes, Il semblerait, à première vue, qu'il ne dût pas en être ainsi; n’est-on pas tout disposé, en effet, à regarder le soleil comme une divinité beaucoup plus élevé que toute idole affectant la forme humaine” À bien examiner les choses, cependant, il n’en est pas ainsi, et le culte du soleil représente ordinairement uneidét
LU
de la divinité inférieure à celle que représente l'ido-
lätrie, Les causes mêmes qui nous font regarder le soleil I 8 comme un objetdigne de sa déification sont précisément
celles rare ( En ne Sc nous arbre Sau va, quest caract foi aus bien q que Di comme etplus phase :
À ce ler d’a des che d'un p qu'alor nègres par con sentour les trait avec eu en simu nest be:
Ces m
r'allon, (
1) Proy:
pour Pem:
a difficulté pas dévevée, Ainsi is, désirant gniticence, magnilique un château pies. » Mais et que les ent chaque à comprenicence.
, des ancétat du tatéle regarder ie, qui Con- 1s élevée, tt s avaiicé que s célestes. Il pas en être à regarder plus élevée ine”? À bien st pas ainsi, nentuneidéc ésente l'ido-
rder Le soleil
t précisément
celles qui font que le culte du soleil est un culte assez rare chez les sauvages les plus grossiers.
Enoutre, dans lesreligions les plus infimes, l’homme ne se fait aucune idée définie de la divinité. Nous nous demandons quelle idée se fait un sauvage d’un arbre ou d'un serpent qu’il considère comme dieu; le sauvage pe songerait ceriainement pas à se poser une question semblable. Mais, dès que la religion revêt un caractère plus intellectuel, dès qu’elle comprend la loi aussi bien que le sentiment, la croyance aussi bien que le mystère, l’homme se figure tout d’abord que Dieu est un être semblable à lui, comme forme, comme caractère, comme attributs, mais plus sage etplus puissant. Faut-il donc s'étonner que dans cette phase reugicuse les dieux soient anthropomorphes”?
A cette cause déjà si puissante viennent s’en ajouler d’autres. La puissance chaque jour plus grande des chefs et des rois familiarise l'esprit avec l'existence d'un pouvoir plus grand qu’on ne l'avait conçu jusqu'alors. Ainsi, dans l'Afrique occidentale, la traite des nègres augmente si considérablement la richesse et, par conséquent, le pouvoir des chefs ou des rois, qu’ils sentourent d’un luxe désordonné etinsistent pour qu’on ls traite avec un hommage servile. On ne mange plus avec eux, on ne peut s'approcher d'eux qu’à genoux en simulant la terreur, et, dans la plupart des cas, pas nest besoin de la simuler.
Ces marques de respect ressemblent tant à de l’adoration, «que les individus (1) des classes inférieures en
l) Proyart, History of Loango, Pinkerton, vol, XVI, p. 357, — Voyez
Zoo O,:
FE IT LL pe Cr un =
«arrivent à se persuader que le pouvoir du roi ne se «borne pas aux choses de cette terre. »
Battel nous dit que le roi de Loango « est honoré « par le peuple tout commes’il était un dieu ({).» Telle est sa sainteté que personne, sous peine de mort, ne peut le voir ni boire ni manger. Les tyrans du Natal, dit Casalis, « exigeaient qu’on leur rendit des hon- « heurs presque divins (2). »
Telle est la sainteté du roi et de la reine de Taiti, que ce qui leur a servi une fois, que les sons mêmes qui composent leurs noms, ne peuvent plus s'employer (3). Le langage de la cour comporte l’adulation la plus ridicule. « On appelle les maisons du roi les « aarai (les nuées du ciel) ; le canot dans lequel il « voyage anuanua (l'arc-en-ciel) ; sa voix, le ton- « nerre ; la lueur des torches qui éclairent sa de- « meure, l'éclair; et quand le peuple aperçoit le « soir ces lumières en passant près de sa demeure, «au lieu de dire : Les torches brülent dans le pa- «lais, ils s’écrient que l'éclair brille dans les nuées du ciel, »
Le culte de l’homme ne devait pas, d’ailleurs, se restreindre longtemps à l’adoration des morts; ie tour des vivants vint bientôt. Le sauvage qui adore un animal ou un arbre ne pouvait vien trouver d’absurde à adorer son semblable. Son chef est à ses yeux presque aussi (sinon plus puissant) que son dieu. Cependant le
"= Ps
aussi Bosman, loc, cit., pp. 498, 491, Aslley, luc, cit., vol. IE, pp. , 223, 226.
(1) Pinkerton, Travels, vol, XVI, p. 330,
(2) The Basutos, n, 219.
(3) Ellis, Polynesian Reseurches, vol, Il, p. 348, 360,
cult n'OI cons pas | que degr et qu ses € un li Ad r'el (TE gol (1 (ne 1 «etd «le n «ordo culte « tompa; Nous a quelqu rer les phase ] us dd Dans d tomplét du gouy Son Cér des anci lrique oc Sont des
1) Astle y Luvsock,
roi ne se
st honoré F}s » Telle mort, ne du Natal, des hon-
e de Taiti, »ns mèmes plus s'em- , l'adulation s du roi les ns lequel il oix, le tonrent sa de- » aperçoit le sa demeure, dans le pans Les nuées
leurs, se ress; ie tour des re un animäl surde à adoeux presque ependanl Le
vol, ill, DD: W,
culte de l’homme n'existe pas dans les tribus qui vont aucune civilisation, .parce qu'alors les chefs, constamment en contact avec leurs sujets, ne sont pas entourés de ce mystère, essence de toute religion, que les animaux nocturnes possèdent à un si haut degré. Mais à mesure que la civilisation progresse et que les chefs vivent de plus en plus à part, les choses changent d'aspect, et le culte de l’homme devient un élément important de la religion.
Adorer un grand chef semble tout aussi naturl qu'adorer une idole. « Puisque, dit un Mongol (1) au frère Ascelin, « vous autres chrétiens, vous «ne vous faites aucun scrupule d’adorer des bätons «et des pierres; pourquoi vous refusez-vous à rendre «le même hommage à Bayoth-Noy, que le Khän a «ordonné d’adorer tout comme lui-même?» Ce culte de l'homme est V’ailleurs presque toujours accompagné de la croyance à des êtres plus élevés. Nous avons déjà vu que les Nouveaux-Zélandais et quelques autres peuples ont entièrement cessé d'auvrer les animaux, etc., sans avoir atteint encore la phase la plus développée de l’idolâtrie, ce qui tient «us doute beaucoup à leur organisation politique. Dans d’autres endroits où le shamanisme n’a pas si tomplétement remplacé le totémisme, l'établissement du gouvernement monarchique, avec ses pompes et son cérémonial, a produit un culte micux organisé les anciennes divinités. Le culte du serpent dans l'A-
lrique occidentale, et le culte du soleil au Pérou, en ont des exemples frappants.
) Astley, vol, IV, p. 551, Lussock, Orig. de la Civil.
ok ORIGINES DE LA CIVILISATION.
Il n’y a donc pas lieu de s'étonner que les sauvages aient pris les hommes blancs pour des dieux. C'est ce qui arriva au capitaine Cook dans le Pacifique, à Lander dans l'Afrique occidentale, et, comme nous l'avons déjà dit, à Mme Thomson dans l'Australie septentrionale, où les indigènes la regardaïent comme un esprit, bien qu'elle ait vécu plusieurs années au milieu d'eux.
« Tuikilakila (1), chef des Somosomo, offrit à «M. Hunt une position semblable. « Si vous mourez «le premier, lui dit-il, je vous prendrai pour mon « dieu. » En un mot, il ne parait pas y avoir chez « eux de ligne de démarcation bien marquée entre « les esprits des morts et les dieux, ni entre les dicux « et certains hommes vivants; car on regarde comme « sacrés beaucoup de prètres et quelques vieux chefs, «etla plupart d’entre eux, d’ailleurs, prétendent être « dieu. Je suis dieu, disait quelquefois Tuikilakila; et « cequ’il ya de plus joli, c’est qu’il Le croyait. Ce n'i- « tait pas chez lui simple façon de parler : il croyait
termement qu’il était plus qu’un homme. »
L est difficile de comprendre, au premier abord, que l'on puisse croire que des hommes soient immortels; cependant cette croyance existe dans plusieurs pays.
Merolla (2) constate, qu'à l'époque de son voyage, les magiciens du Congo se faisaient apj,eler scénghili, wcst-ùdire dieux de la terre, Le chef de ces migiciens s'appelait « Ganga Chitorne, dieu de toute ha
{1} Erskine, Iestern Pacific, p. 246, (2) Pinkerton, vol, XVI, p, 226 ct suivantes.
«terre « de m L «dans (il ap} «lui su ‘puiss:
tribu de lu ‘trangl somm etlen se pas:
succes, ‘et pou sur la | ‘nes Cr ‘cant, | consËq même tre dan Le gra Rue son ce lle, Telles 4 \ures par hs l'inte les races kme su “ais lin bésonnifi Huce, elc
$ sauvages jeux. C’est acifique, à mime nous l'Australie ent comme années au
Lo, offrit à
‘ous Mmourez
| pour mon
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tre les dicux
arde comme s vieux chefs, ‘tendent ètre uikilakila; et oyait. Ce néer : il croyait ne. »
emier abord, soient immorans plusieurs
» son Voyage:
ler seénghils if de ces miu de toute lu
«terre. Il affirme, en outre, qu’il ne peut pas mourir «de mort naturelle; et pour confirmer ses adorateurs «dans cette idée, quand il sent que sa fin est proche ‘il appelle celui de ses disciples qu'il désigne site lui succéder, et prétend lui communiquer toute se «puissance, puis il lui commande devant toute le tribu (cer cette tragédie se rasse toujours en public) de lui attacher une corde autour du cou et de l’é-
ctrangler, ou de prendre une massue et de l’assommer, À peine prononcé, cet ordre est exécuté
etle magicien devient un martyr. Il faut que hi se passe en publie, pour qu’on puisse reconnaitre le successeur indiqué par le dernier grand magicien, cet pour prouver qu'il lui a transmis son pouvoir sur la pluie et sur les autres éléments. Les indigènes croient fermement que, si cet office restait va- “eant, la terre deviendrait bientôt stérile, et que par conséquent l'espèce humaine périrait. J'ai vu moimême jeter un de ces magiciens à la mer et un autre dans un fleuve. »
Le grand lama du Thibet est aussi immortel, bien que son esprit change quelquefois d’enveloppe corponelle,
Telles sont les phases intellectuelles les plus grostres par lesquelles à passé l’idée religieuse. de En ps l'intention de décrire les différentes croyances ls races arrivées à une civilisation plus avancée; l me suis peut-être arrêté plus tôt que je en “ais l'intention, parce que le culte des principes | paxonniliés, tels que la Crainte, l'Amour, l'Espé- | huce, ete., ne peuvent se traiter en dehors du culte |
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du Phallus ou Lingam, avec lequel il se trouve intimement associé en Grèce, dans l'Inde, au Mexique et et presque partout illeurs. Ce culle, quoique modeste et pur tout d’abord, comme le sont toutes les religions à l’origine, conduisit aux pratiques les plus honteuses, pratiques qui constituent un des chapitres les plus pénibles dans l’histoire de l'humanité,
Je vais donc examiner quelques points qui se relient à la religion, mais qu'il était impossible de traiter convenablement plus tôt.
On comprend facilement que, dès que l’homme se fut habitué à Pidée d'êtres spirituels, dès qu'il fut arrivé à leur attribuer une influence prépondérante en bien ou en mal, il ait essayé de s'assurer leur aide et leur protection. Au moment de commencer une guerre, par exemple, il tâche de se les rendre propices en leur promettant une partie des dépouilles après la victoire, et, abstraction faite de tout moli plus élevé, la crainte seule suffit pour qu’il accomplisse sa promesse.
Notre civilisation est devenue telle que nous regardons les sacrifices comme inutiles. « Je ne prendra, dit David (1), aucun bœuf de ta maison, aucun bouc de ton troupeau, » Mais, en s'exprimant ainsi, 1 devançait son époque, et Salomon lui-même seul que, dans la condition actuelle du peuple juif, les sa crifices étaient nécessaires. Dans son développemen 1aturel, la religion doit forcément passer par cell phase des sacrifices. D'abord on suppose que |
(1) Psaume L.
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esprits mangent réellement les aliments qu’on leur olre, puis on s'aperçoit bientôt que les animaux sacrifiés ne disparaissent pas ; une explication tout naturelle de ce fait se présente alors : l'Esprit se nourrit de la partie spirituelle de la victime, et laisse la partie la plus grossière de celle-ci à son adorateur Ainsi, les Limboos, auprès de Darjeeling, mangent les animaux qu'ils ont sacrifiés, dédiant, on ils le disent eux-mêmes, « le souffle de la vie aux dieux, la «chair à eux-mêmes (1). » | Les fées de la Nouvelle-Zélande, elles aussi, selon Sir G. Grey, quand Te Kanawa leur donna ses Da se contentérent d'emporter leur ombre, dédaienent lé nor grossière (2). Dans la Guinée, selon ns Labs doit se contenter du sang, parce que dos des adorateurs, aiment beaucoup la chair (3), » Dans :
er Sr A un. me cette | mème cou- “ de sang, pendant que les adorateurs se gorgent de la chair de la victime, Quand ks Ostiakes tuent un animal, ils frottent de on ce h bouche de leurs idoles. Ce sang même finit, ie ï Taylor l’a démontré, par être remplacé par de la peinture rouge. Ainsi, comme nous l'avons déjà dit en empruntant les paroles du colonel Forbes Leslie ks pierres sacrées de l'Inde sont fréquemment Pihiss u rouge (4). Au Congo, on a coutume de peindre les
Q Campbell, Trans. Ethn. Soc. vol. VIT, p. 153
e ei mythology. p. 294 | 3 Bosman, Pinke ( s, VOl. X
at 1, Pinkerton Voyages, vol. XVI, p. 531, Astley, loc, cit,, vol, | 4) Voir, parexemple, Early races of Scotland, vol. IT, p. 461 |
fétiches en rouge à chaque nouvelle lune (1). Atkinson (2) décrit ainsi un sacrifice chez les Kirghiz: « Un propriétaire de troupeaux, qui désirait les ang. « menter, amena un bouc pour le sacrifier en l'honneur « des idoles. Il le remit à un aide du prètre, qui le tun « comme de coutume. Le prêtre se tenait auprès de lui, « puis, se tournant vers lorient, ilcommencça à chanter «une prière, en frappant sur un grand tambourin pour «éveiller son dieu, et lui demanda d'accorder une «grande quantité de moutons et de bestiaux. Pendant « ce temps, on dépeçait le bouc; quand l'opération fut « terminée, on plaça la peau au sommet d’une perche
«élevée sur un échafaudage, la tête de l'animal tour- |
« née vers l’orient, Le tambourin retentit de nouveau, « le prêtre entonnant toujours son chant sauvage. On «fit cuire l'animal dans un grand chaudron, et le tout « se termina par un festin auquel prit part la tribu «tout entière. »
« Les indigènes de Viti, » dit Williams (3), en par lant des grands sacrifices d'animaux que font ce peuples, « attribuent aux dieux qui, disent-ils, sont « de grands mangeurs, l’âme seule des victimes; quant « à eux, ils se chargent de dévorer la chair. »
Ellis (4) retrouve cette même coutume à Taïti, alonk
que les sacrifices humains existaient encore, mais qu le cannibalisme avait disparu. Le prètre présentait at roi une partie de la victime, « qui la portait à
(1) Voir p. 285.
(2) Siberia, p. 383.
(3) Fiji and the Fijians, vol. 1, p. 231. Voir aussi p 228. 4) Polynesian researches, vol, 11, p. 214.
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(1) Duba (2) Scho 9) Tan 4) Tan (5) Cox, 6) Voir
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«bouche comme s'il voulait la manger, » mais qui la passait ensuite à un de ses serviteurs.
Il fallut bientôt, pour que la cérémonie fût complète, que les assistants mangeassent la victime. Ainsi, dns l’Inde (1), quand le sacrifice « est achevé, le «prêtre sort et distribue une partie des aliments offerts «aux idoles. Cet aliment est sacré, et doit se manger «immédiatement. »
Chez les Peaux-Rouges (2), au sacrifice qui commence la saison de la chasse, « on doit manger la «victime entière, sans en laisser un seul morceau. » Fait à remarquer, chez les Algonquins, pendant la mème cérémonie, il faut avoir grand soin de ne pas casser un seul os de la victime (3).
Dans bien des endroits, on confond curieusement ha victime avec la divinité, et on adore la première avant de la sacrifier et de la manger. Ainsi, dans l'ancienne Égypte (4), le bœuf Apis était à la fois dieu et victime, et quelques auteurs supposent qu'Iphigénie et Artémis (5) étaient une seule personne,
Au Mexique (6), à une certaine époque de l’année, le prêtre de Quetzalcoatl faisait une image du dieu avec de la farine mélangée à du sang de petits enfants, puis, après bien des cérémonies imposantes, il tait l'image en la perçant d’une flèche; il en retirait alors le cœur, que le roi mangeait, et distribuait au
(1) Dubois, The people of India, p. 401.
(2) Schoolcraft, Indian Tribes, vol. LIT, p. 61.
3) Tanner, Narrative, p. 287.
4) Tanner, Narrative, p. 195,
(5) Cox, Manual of mythology, p. 158. :
6) Voir Muller, Gesch d, Amer, Urreligionen, p. 605 l
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peuple le reste du corps, et chacun essayait par tous les moyens possibles de s’en procurer un morceau, quelque petit qu’il fût (1).
Le grand sacrifice annuel en l'honneur de Tezcatli. poca était aussi fort remarquable. On choisissait pour victime un beau jeune homme, ordinairement prisonnier de guerre. Pendant un an, on le traitait et on l’adorait comme un dieu. Quand il sortait de nombreux pages l’accompagnaient, la foule « prosternait sur son passage et lui rendait hommage cmme à la personnification de la divinité bienfaisante. On lui procurait tout ce qu’il pouvait désirer et a commencement du dernier mois, on lui donnait quatre belles filles comme femmes. Enfin, le jour fatal arrive, on le plaçait à la tête d’une procession solennelle qui se rendait au temple; là, on le sacrifiait avec beaucoup de cérémonie et avec toutes les marques possibles de respect, puis les prêtres et les chefs se partageaicnt son cadavre, qu’ils mangeaient (2).
Les sacrifices humains ont existé jusque tout récem: ment chez les Khonds (3) de l'Inde centrale. «On
« fixe solidement un poteau dans le sol, et on y attache
(1) « Die Priester verfertigen nämlich sein Bild von allerlei Samen, « die mit dem Blute geopferter Kinder zusammen gebacken wurden.
« Mancherlei religiôse Reinigungen und Sühnungen, Waschunga « mit Wasser, Aderlassen, Fasten, Prozessionen, Räucherungen, Wack-
« telopfer, Menschenopfer bereiteten zur Feier vor. Alsdann schoss ef
« Priester Quetzalcoatls einen Pfeil gegen jenes Bild Huitzilopochlis « und durchschoss den Gott. So galt dieser nun für todt, es wurde iln « vie den Menschenopfern vom Priester das Herz ausgeschnitten, unl « vom Kôünige dem Stellvertreter des Gottes auf Erden, gegessen. Den Leib aber vertheilten sie für die verschiedenen Quartiere der Sladl s dass jeder Mann ein Stückchen erhielt. »
(2) Muller, loc. cit. p. 617. Prescott, loc. cit, vol., I, p. 5.
(3) Dr Shortt, Trans, Ethn. Soc. Nouvelle série, vol, VI, p. 273
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vol, VI, p. 273
LA RELIGION. 361 «Ja victime assise par terre, on l’oint d'huile et de par- «{ums, on la couvre de fleurs, et la tribu assemblée «l'adore pendant toute la journée. Le soir, on reprend «la débauche interrompue. Le troisième jour, au ma- «tin, on fait boire du lait à la victime, puis le grand «prêtre implore la déesse, lui demande ses bénédictions «pour ses adorateurs, afin qu’ils puissent croitre et «multiplier, afin que leurs bestiaux et leurs volailles «se portent bien, que leurs champs soient fertiles, «afin, en un mot, que tout le peuple soit heureux. «Puis le prêtre raconte l’origine de la cérémonie «qu'ils vont célébrer, indique les bénédictions qu’ils «s'attireront certainement, et conclut en disant qu’il «a obéi aux ordres de la déesse, en assemblant le ŒpAUple, … + + + :
«Au moyen de chants et de prières, le prêtre excite «la multitude à la compassion. Après cette singulière «cérémonie, on saisit la victime et on la transporte «dans le bois sacré où le sacrilice doit s’accomplir. «Pour empêcher toute résistance de sa part, on lui «brise les bras et Les jambes, et on la stupéfie avec de «l'opium ou du datura, pais le janni ou prêtre lui «porte un coup de hache. Immédiatement, la foule «sélance, chacun veut s'emparer d’un morceau de «chair, et, en un moment, les os sont mis à nu, et «restent sur le terrain. »
Dans quelques parties de l'Afrique, « manger le fétiche » est une cérémonie solennelle que les femmes acomplissent pour jurer fidélité à leurs maris, les hommes à leurs amis. Dans la cérémonie du mariage, à Issini, les fiancés « mangent le fétiche ensemble,
« comme preuve d'amitié et comme une assurance de « la fidélité de la femme (1). » On observe aussi la mème cérémonie quand on prête un serment. « Quand «on veut, dit Loyer, savoir si un nègre vous dit « Ja vérité, on n'a qu’à mélanger quelque chose à un « peu d’eau, puis on y plonge un petit morceau de « pain ct lui ordonne de manger ou de boire ce fé- « tiche en signe de vérité. S'il a dit vrai, il mange ou « boit immédiatement; sinon, il ne veut pas y toucher, « car il croit qu'il serait puni de mort instantanée, « Pour accomplir cette cérémonie, ils ont l'habitude « de gratter leur fétiche et d’en placer les parcelles « ainsi obtenues dans un peu d’eau ou sur un morceau «de pain, qu’ils mettent dans leur bouche sans l'a- « valer. »
En règle générale, cependant, tous ne participaient pas au repas du sacrifice. Aux îles Viti les vieillards ctles prêtres avaient seuls le droit de manger les victimes ; les femmes et les jeunes gens n’en recevaient aucune partie.
Souvent aussi les prètres revendiquèrent pour eux seuls l'usage des victimes, ce qui donna un élm considérable à la pratique des sacrifices, et affecta beaucoup le caractère du culte. Ainsi, comme nous le dit Bosman, les prêtres de Guinée excitaient à faire des sacrifices au serpent plutôt qu’à la mer, parce que, dans ce dernier cas, il ne leur restait rien.
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(1) Loyer, Astley collections of Voyages, vol. IT, p.436, 441.
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