‹ Les origines de la civilisation moderne 1923 (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · SE ES PS NT ES · texte numérisé non relu

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indécise, L'Église ne se borna pas à proclamer la légitimité de la nouvelle dynastie. Elle fit plus : elle sacra le nouveau roi par la main de ses pontifes, et le caractère religieux dont elle le revêtit de la sorte lui donna aux yeux des peuples un prestige que n’avait jamais eu aucun de ses prédécesseurs.

Ce dernier acte couronnait l’œuvre de réforme et de restauration que la papauté avait entreprise chez les Francs. Elle n’avait désormais plus de service à leur rendre, mais elle avait le droit d’en attendre d’eux. La reconnaissance des Carolingiens ne les lui fit pas attendre longtemps. Comme le pape avait affermi leur trône par ses bénédictions, ils allaient soutenir le sien par leurs armes. Il était temps, à vrai dire,qu’une épée puissante fût tirée pour la défense du chef de la chrétienté, dont la situation devenait de jour en jour plus critique. Depuis que les progrès des Lombards en Italie avaient coupé les communications entre l’exarque de Ravenne et le duché de Rome, la Ville Éternelle ne pouvait plus compter que sur le dévouement infatigable de ses pontifes. L'Empereur s’était déchargé sur eux de tous ses devoirs, tout en continuant de revendiquer à Rome les droits de la souveraineté. Ce bizarre et onéreux partage des attributions royales, dont ils ne voulaient pas chez les Francs, les papes l’acceptèrent pour eux-mêmes avec une abnégation au-dessus de tout éloge. Pendant plus d’un siècle, ils soutinrent seuls le poids écrasant d’une administration pleine de difficultés, et d’une lutte de plus en plus intense contre les conquérants barbares. Les dominateurs de Byzance, débarrassés de toute sollicitude du côté de l'Occident par la vigilance de leurs mandataires officieux, n’eurent que l’agréable occupation

d’encaisser les tributs de l'Italie et de lui donner des

ordres. La popularité qui entourait les papes et le sentiment qu'ils devaient avoir eux-mêmes de leur force les laissèrent aussi humbles que par le passé vis-à-vis des Empereurs, et ils ne changèrent de langage que lorsque ces maîtres indignes se mirent à persécuter un peuple qu’ils avaient renoncé à protéger.

Chose inouïe, et que l’histoire ne saurait signaler avec assez de mépris, Byzance, qui n’avait plus de soldats à envoyer à Rome, eut le courage d’y envoyer des bourreaux. Quand les officiers de l'Empereur apparaissaient encore dans les murs de la Ville, c'était pour enlever les pasteurs du milieu de leur peuple et pour les livrer à l'exil ou à la mort. C’est ainsi qu’au vit siècle Silvère et Vigile avaient été traïînés à travers les provinces comme de vils malfaiteurs et avaient expiré loin de leurs troupeaux; c’est ainsi qu’au vire, saint Martin était allé mourir de misère à Cherson, pour avoir défendu l'intégrité de la foi contre un Empereur hérétique. Ce fut, il est vrai, le dernier pape que les Romains se laissèrent arracher. Peu de temps après, ils se levaient avec indignation pour chasser les sbires qui venaient arrêter Sergius, puis Jean VI (x). Rome repoussant les armées de l’Empereur et se rangeant autour de ses papes qu'était-ce, sinon le pouvoir temporel de l’Église sortant des acclamations populaires comme une suprême nécessité sociale?

Mais l'extraordinaire longanimité des évêques de Rome ne voulut pas tirer parti de cette situation, et

(1) Liber Pontificalis LXXXVI, Sergius; LXXXVII, Johannes VI, (Duchesne).

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