XVI INTRODUCTION
vertu civique et de grandeur morale qui font partie du patrimoine des nations. Maïs ni la puissance des institutions, ni la vigueur des caractères, n1 la splendeur des arts ne suffisent pour constituer les vraies conditions de la vie civilisée. |
L'antiquité, en effet, ignorait le but de la société, parce qu’elle ignorait celui de l’existence humaine, et qu’elle le niait même d’une manière implicite. Loin d'admettre que l’homme fût fait pour Dieu, elle avait inventé pour lui une mission radicalement opposée. L'homme est fait pour l'État, disait-elle, ou, selon une formule plus antique, le citoyen est fait pour la Patrie. C'était là un axiome de droit public, tacitement accepté par toutes les intelligences, par les plus hautes comme par les plus humbles, sans que jamais 1l vint à l'esprit de personne de le révoquer en doute. Cette monstrueuse erreur, assise au seuil de la cité païenne, en a enfanté toutes les iniquités. Elle a commencé par élaborer, avec la sueur et le sang des citoyens, une idole abstraite et cruelle, le Dieu-État. Ensuite elle a dressé cette idole devant la conscience du citoyen et a revendiqué pour elle les hommages qu'il devait au vrai Dieu. Et le citoyen, tremblant devant ses injonctions, a sacrifié au faux dieu la loi immuable de son Créateur, qui faisait de lui un être libre et responsable, et lui a immolé, avec sa conscience, sa personnalité et même sa nature humaine, Il a consenti à n'être plus rien aux mains de l’État sinon une matière brute, qui recevait de lui sa forme et sa destination.
En retour de tant de sacrifices, le Dieu-État promettait à ses adorateurs de leur accorder la félicité. Mais ce mot doit être expliqué. Ni lui, ni ses fidèles