INTRODUCTION XIX
audacieux penseur de l'antiquité ne s’est avisé d’'ébranler ce dogme fondamental du paganisme, la divinité de la Patrie. Aucun d’eux n’a protesté contre l’asservissement de la conscience à l’État, ni revendiqué pour la personne humaine les droits imprescriptibles qu’elle tenait de la nature. Au contraire, la philosophie resserrait même les liens de l’esclavage, en déduisant, avec une logique rigoureuse, les extrêmes conséquences de l'erreur première. Elle .inscrivait tranquillement, dans ses codes imaginaires, des atrocités devant lesquelles reculaient le sens politique des hommes d’État. Il est bien heureux, n’en déplaise au prince des philosophes anciens, que ses confrères n'aient pas été appelés à diriger la société politique : on peut juger, par ce qu'ils ont mis dans leurs livres, de ce qu'ils auraient été capables de mettre dans leurs lois.
Le cauchemar d’une imagination malade peut seul enfanter des théories sociales comme celle que contient la République du divin Platon. Dans ce livre effrayant, le philosophe met en pièces la société humaine, et en jette les membres mutilés dans la chaudière d’Éson, avec l'espoir de l’en faire sortir rajeunie et fortifiée par la vertu magique de la philosophie : il n’en tire qu’un monstre hideux, dont l'aspect épouvante l'esprit. Rien ne trouve grâce devant ce réformateur qui légifère au nom de la Patrie. Il ignore le droit de l’homme à la vie : à mort l’enfant mal venu, à mort les malades (x) ! Il voit dans la famille un organisme inutile et même gênant, parce qu’elle constitue une société particulière, ayant des intérêts
(1) PLATON, République, TIT, 406 {Didot).