‹ Les origines de la civilisation moderne 1923Chapitre 14 sur 44 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

distincts de ceux de la société publique; 1l la supprime en imaginant la promiscuité des femmes, à laquelle il ajoute ce que, faute d’un terme précis, 1l faut appeler la promiscuité des mères. La pudeur féminine est un obstacle à l'éducation commune des enfants des deux sexes : il décrète la suppression de la pudeur, en introduisant dans la palestre les filles toutes nues au milieu des garçons nus comme elles (1). La propriété individuelle est un autre obstacle à la vie commune : il s’en débarrasse en proclamant obligatoire la communauté des biens. Il va plus loin : 1l consacre dans ses lois des vices que la nature a proscrits par les siennes, et pour lesquels la langue chrétienne n’a pas même de nom (2). Pourquoi, dira-t-on, cette inutile infamie? Simplement parce que le philosophe a cru découvrir le moyen d’exploiter le vice au profit de l’État, et que dès lors le vice est justifié. C’est aussi pour des considérations du même genre qu’il met la poésie à la porte : non qu'à ses yeux elle soit corruptrice, puisqu'il la couronne de fleurs, mais parce qu’elle constitue une force libre par essence, que l’État ne peut ni subjuguer, ni asservir. Au surplus, elle est en bonne société : elle émigre avec la pudeur et avec l'humanité, et elle a le droit de secouer la poussière de ses sandales sur la cité des philosophes.

L'État d’Aristote ne vaut pas mieux que celui de Platon. Pas plus que son illustre rival, le Stagyrite n’a la notion de la vraie liberté. Pour lui aussi, c’est un axiome que le citoyen appartient à l'État (3). Le vrai privilège de l’homme libre, ce n’est donc pas la

(1) PLATON, République, V, 457 et 458.

(2) ID., 1b1d., V, 468.

(3) ARISTOTE, Politique, V, 1, 2 (Didot).

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