‹ Les origines de la civilisation moderne 1923Chapitre 15 sur 44 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

liberté, c’est l’oisiveté (1). Et cette oisiveté auguste a nécessairement pour corollaire le travail forcé d'autrui, c’est-à-dire l'esclavage. L’esclavage est une institution juste et nécessaire, voulue par la nature elle-même; il y a des gens qui naissent pour être esclaves, comme d’autres pour être leurs maîtres (2). La vie humaine n’est pas inviolable. Il est des cas où l’infanticide doit être prescrit, et l'avortement est chose licite (3). Par contre, les parents, qui ont le droit de tuer leur enfant, n’ont pas le droit de l’élever; c'est l'État qui est le grand éducateur, et la magistrature du foyer domestique n'existe pas.

Telles sont, formulées par les deux plus grands gémies de l'antiquité, les utopies de la philosophie païenne. On le voit, elles sont pires encore que les tristes réalités qu’elles prétendent corriger. Fidèles jusqu'au bout à une doctrine fausse, ces redoutables logiciens l’appliquent avec une rigueur impitoyable, et ne pèchent pas par cette heureuse inconséquence qui est, dans les sociétés, la réaction de la nature contre un principe erroné. En éliminant tout ce qui reste d'humanité dans l’État païen, la sagesse antique a dit son dernier mot par la bouche de Platon et d’Aristote : elle a bâti un enfer dans les nuages.

Et ainsi, fourvoyé par ses hommes d’État et par ses philosophes, le genre humain a parcouru tout le cycle du réel et de l'idéal sans pouvoir, dans ses longues évolutions, rencontrer la vérité sociale.

(1) mo Politique, II, vi, 2.

PPRIDI 2014. 11, 8-20:

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