XXIV INTRODUCTION
l’exaltation du genre humain, et constituait le terme suprême de son ascension vers Dieu.
En opérant cette union féconde de l’Église et de l'humanité, le Créateur avait donné aussi la formule des rapports qui allaient présider à leur vie commune. Semblable à tous les préceptes évangéliques, cette formule avait un caractère de netteté et d'autorité irrécusable. « Rendez à César ce qui est à César, disaitelle, ef à Dieu ce qui est à Dieu (x). » Cette parole évangélique contient en germe une grande et pacifique révolution, la plus considérable qui se soit jamais produite dans les annales du monde. C’est la sentence de mort du césarisme, l’acte d’affranchissement de tous les hommes, la constitution éternelle de tous les peuples chrétiens. Le jour où elle fut prononcée, un nouvel ordre social sortit du néant, et ceux qui l’entendirent purent entrevoir de loin l’aspect lumineux et riant de la civilisation chrétienne. Le principe civilisateur était désormais naturalisé ici-bas.
En étudiant ce principe, on voit d’abord qu’il implique la distinction de deux choses que la société païenne a toujours confondues dans l'individu comme dans la société : l'élément spirituel, qui est fait pour l'éternité, et l'élément matériel, qui est fait pour le temps. La confusion de ces deux éléments convertissait la société en un chaos informe, mais la parole divine, en tombant sur ses abîmes, fut comme le mot d'ordre qui sépara les ténèbres de la lumière. Elle fixa à jamais la nature distincte des deux pouvoirs, qu’elle ne permit plus de confondre; elle définit exactement le caractère et le but de l’un et de l’autre. Dès lors,
(1) Evang.S, LUC. xx, 25.