XXVI INTRODUCTION
bien. Tremblez, au contraire, si vous avez fait le mal, car ce n'est pas en vain qu’il porte le glaive; 1 l’a recu de Dieu pour le châtiment des méchants. Vous devez donc lui être soumis, non seulement par crainte du châtiment, mais encore par devoir de conscience, car c’est à Dieu que vous obéissez en lui obéssant (x).
Cet enseignement de l'Église sur les devoirs des sujets envers les princes est si net, si formel, si pressant, que d’inintelligents auditeurs, frappés de l’énergie de son accent et ne comprenant pas le sens de ses paroles, l’ont accusée de favoriser le despotisme, en prêéchant aux fidèles la doctrine de la soumission absolue. Est-il nécessaire de réfuter une si étrange accusation? La même parole divine de laquelle l’Église fait découler les droits de César est aussi celle qui les limite. Autant elle déclare juste de lui rendre ce qui lui revient, autant elle déclare inique de lui rendre ce qui ne lui revient pas. Il est, dans la vie de l’homme, une sphère, la plus vaste et la plus haute, qui échappe entièrement à l’autorité de César, et d’où elle le refoule avec énergie chaque fois qu’il essaye d’y pénétrer : c'est celle de la vie morale. Celle-ci n’a d'autre législateur que Dieu, et ses lois passent avant les lois humaines. L'obligation pour l'individu de rendre à Dieu ce qui revient à Dieu, c’est la source et la mesure de sa liberté civile. En d’autres termes, chacun de ses devoirs envers Dieu devient un droit vis-à-vis de l'État : droit inaliénable, qu’il lui est enjoint de défendre au prix de son sang. C’est un devoir, pour ce glorieux condamné à la liberté, de désobéir aux ordres qui y porteraient atteinte, et la parole du prince des
. (x) S. PauL., ad Roman., XILI, 1-7.