‹ Les origines de la civilisation moderne 1923Chapitre 21 sur 44 · INTRODUCTION XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIX

La politique chrétienne, dont nous venons d’indiquer le caractère, n’est pas une utopie comme les rêves des philosophes : c’est, au contraire, la plus vivante de toutes les réalités. Voilà quatorze siècles que le principe civilisateur, incarné dans la société européenne, ne cesse de la façonner à l’image de la société éternelle qu’elle porte dans son sein. Et qu’en a-t-il fait? La plus grande, la plus belle, la plus heureuse de toutes les sociétés humaines. Nier ce caractère de la civilisation moderne, ce serait nier l’évidence. Refuser d’en faire honneur au principe chrétien, ce serait un véritable aveuglement. Qu’on trace sur une mappemonde les frontières de la civilisation : on s’apercevra qu'on a tracé celles du christianisme (x). Qu'on scrute les couches superposées de la société pour voir jusqu'à quelle profondeur a pénétré le travail de l'esprit civilisateur, et l’on pourra constater qu'il s'arrête à la limite précise atteinte par le principe chrétien. En un mot, civilisation et christianisme sont deux termes équivalents. Aujourd’hui, comme aux premières années de l’Église, la vie morale n’a pas d’autre atmosphère que la loi chrétienne : Zn 1ps0 vivimus, movemur et sumus (2). S’il est un symptôme fait pour rassurer les âmes qui s’affligent au spectacle

(1) Ces lignes ont été écrites avant les événements qui ont attiré l'attention du monde sur le Japon : ils n’ont pas modifié ma manière de voir, non plus que ce qui se passe aujourd’hui en Turquie et en Chine.

Dans les quelques progrès qu'ils ont réalisés, ces peuples sont toujours les tributaires de la civilisation chrétienne.

(2) Act, Apostol., XVII, 28.

Page 1