XXX INTRODUCTION
des misères de leur temps, c’est de voir ceux-là mêmes qui attaquent la doctrine de l'Évangile se courber devant ses préceptes et obéir à la loi au moment où ils protestent contre le législateur. Et pourquoi cet hommage involontaire à la majesté de la loi chrétienne? Parce qu’elle s’est affermie d’une manière si puissante dans la conscience du genre humain, qu’elle s’est pour ainsi dire identifiée avec elle. Il en est résulté comme une conscience surnaturelle qui n’a cessé de guider les pas de la société moderne dans la voie du progrès. C’est elle qui a inspiré tout ce que les hommes ont fait de grand dans le passé, c’est elle qui présidera à tout ce qu’ils feront de grand dans l’avenir. L'idéal de justice que le christianisme place devant leurs yeux ne peut, en effet, être seulement poursuivi, sans que les nobles efforts faits dans ce sens portent leurs fruits naturels, qui sont la paix entre les hommes et le développement des relations sociales. L'Évangile l’a dit : Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tous les biens vous seront donnés par surcroft (x).
La manière dont cette parole divine se vérifie dans la vie sociale mérite d’être étudiée. Étant la seule institution qui se soit préoccupée de la fin dernière de l’homme, l’Église est aussi la seule qui ait entouré de toutes les garanties nécessaires l'usage qu'il fait de ses facultés naturelles pour arriver à cette fin. Or, ces garanties consistent précisément dans l’ensemble des droits que la société antique refusait à la personne humaine, et que la société moderne, régénérée par le christianisme, lui reconnaît si largement. Ces droits, qui seuls rendent possible le magnifique épanouissement de nos facultés pour le bien, c’est l’Église qui en
(r} Evans: S LUC XI, 37.