‹ Les origines de la civilisation moderne 1923Chapitre 6 sur 44 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

pourrait rester étrangère? Elle est au fond de toutes les révolutions qui ont ébranlé le monde, depuis l'antiquité jusqu’à nos jours, et c’est elle qui a inspiré toutes les théories sociales, depuis la République de Platon jusqu’à l’Zcarie de Cabet. Le pire malheur de l'humanité consiste à ne pas s'entendre sur la manière dont il convient de la résoudre, et le plus grand service que pourrait lui rendre la philosophie, ce serait de lui en faire connaître la solution définitive.

En vain, les sceptiques chercheraient à écarter la question en alléguant qu’une société parfaite est impossible, puisque ses éléments constitutifs sont nécessairement imparfaits. Sans doute, à un point de vue absolu, la société, envisagée dans chacun des membres qui la composent, est condamnée à une perpétuelle imperfection, aussi longtemps qu’on ne parviendra pas à guérir l’infirmité héréditaire de notre nature. Maïs la perfection qu’on a le droit d’attendre de la société humaine est une qualité toute relative, qui consiste seulement dans une tendance à la perfection absolue. Pour être aussi parfaite qu’il lui est possible de l'être ici-bas, il suffirait qu’elle possédât un principe d'organisation qui coordonnerait tous ses éléments en vue de cette fin, en d’autres termes, une loi fondamentale qui, tout en tenant compte de leurs défectuosités naturelles, les mettrait cependant dans les conditions les plus favorables à leur perfectionnement continu.

Cela revient à dire qu’une définition exacte de la civilisation ne se conçoit pas sans une connaissance préalable de la personne humaïne, toute société ne consistant en réalité que dans une réunion de personnes. La question posée en tête de ces pages se

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