INTRODUCTION XIII
ramène donc, finalement, à celle-ci : Qu'est-ce que l’homme? Être intelligent et libre, a-t-il une fin dernière qui lui soit propre et à la réalisation de laquelle il doive consacrer son existence, ou bien a-t-il été jeté sans mission, par un aveugle hasard, au milieu d’un univers auquel il n’offrirait qu’un spectacle dépourvu de signification ? La raison et la conscience répondent ici avec une force irrésistible, et 1l n’est aucun sophisme qui puisse infirmer la valeur de leur témoignage. Oui, nous portons en nous-mêmes la certitude inébranlable que nous avons un but à atteindre, et que ce but est la raison d’être de nos facultés et de notre nature entière. De même que notre corps n’a aucun organe qui ne soit subordonné à la fin de l’ensemble, et que lui-même, à son tour, existe pour le principe spirituel qui l’anime, de même ce dernier, c’est-à-dire notre âme, ne possède aucune attribution qui ne lui soit donnée en vue de la mission supérieure qu’elle est appelée à remplir. Toutes les choses que la nature à mises à notre usage 1c1-bas sont subordonnées à cette fin, et nous n'en pouvons pas concevoir une seule qui soit susceptible d’une autre destination. La société ne fait pas d'exception à cette règle. Elle n’est pas faite pour elle-même. Si elle pouvait être autre chose qu’un moyen, pour les individus qui la composent, de réaliser leur fin dernière, elle leur serait inutile ou même nuisible, et partant on arriverait à cette conclusion absurde qu’elle est une méprise du Créateur.
Dès lors, qui ne voit avec quelle évidence la définition cherchée s'impose à l'esprit? On ne fera que tirer les conclusions contenues dans nos prémisses, en la formulant dans les termes suivants : La perfection sociale ou, en d'autres termes, la civilisation consiste