‹ Les origines de la Compagnie de JésusChapitre 15 sur 49 · E JÉSUS · texte numérisé non relu

E JÉSUS

à la mystique ‘ + de. vrai croyant voit, | ruée, Ha sent et

i , avec un frisson dé terreur: les. supplices | s de son enfer. Ignace néanmoins a rajeuni la méde, et par des gradations savantes en a doublé la sance. Quelque puérile que nous paraisse dans ses ls cette sorte de matérialisation de ce qui constitue langue tienne la duree elle dLexercé:-el

tee âmes neuves, mais sur les esprits Hd. en quête

LI ARUE Dose sur Lie imaginations ardentes,

que devait subir celui qui recevait les Exercices aujourd’ hui tombées en désuttude, au détriment, Do l'assurent, Es efforts Ge Il

Î , de passer trois, quatre k voire Six jours sans gen et sans ie comme un ascète musulman, ni

mais le néophyte doit

artoli, t, 1). L'historien d'Ignace nous apprend que, du du fondateur, trois jours sans manger et sans boire étaient AT

Hour a celui qui Eu les Exercices. RAM US

toujours, autant que faire se peut, être transporté e vivre le temps de sa retraite dans une. atmosphère factice, qui le prédisposé à recevoir les impressions.

auxquelles il doit être livré tour à tour. Ces impres=

* à ; sions successives sont singulières à étudier et peuvent, | dans une mesure, nous aider à pénétrer ce que les bi Jésuites attendent des Exercices, AU grand er n de recrutement et d'influence. < Ici encore, la manière de procéder est sensiblement la même que dans l'initiation À certaines confréries à arabes, — celle des Khelouatya, par exemple, qui tire

son nom de la Kheloua, ou retraite de quarante jours, dont les Chadelya avaient reçu d'eux la pratique dès. le XV° siècle {. Toutefois, j'insiste moins sur les faits, ” bien qu’ils présentent de très curieuses ressemblances ?,

1 L'ordre religieux des Khelouatya, fondé selon certains histo- 4 riens dès le XIe siècle, recut en tous cas au XIVe sa principale ; organisation, Omar-El-Khelouati, que plusieurs regardent comme son véritable fondateur, mourut en 1398, un siècle avant la nais- » sance d’Ignace, C’est lui qui est l’instituteur de la retraite de quarante jours, el Kheloua, qui est le trait distinctif de l'Ordre, et de laquelle il tire son nom. La Kheloua est d’ailleurs passée en usage dans un certain nombre d'ordres religieux, et les Chadelya affiliés aux Khelouatya l'avaient adoptée dès le XVe siècle, nr.

2 Les docteurs musulmans comparent l'initiation de la Kheloua. à un poison mortel, s’il est pris à doses trop fortes au début, et. qui peut s’assimiler par un usage progressif. Aussi soumettent-ils L leurs adeptes à une longue préparation, La Kheloua, qui n est au début que d'un seul jour, se prolonge peu à peu pendant des : semaines. L'initié doit alors, pour s’isoler, s’enfermer dans une pièce écartée de sa demeure, dans la cellule d’une zaouïa, au 2 besoin dans une caverne ou dans une forêt, Quel que soit d’ailleurs

| GENÈSE DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS | e sur l'esprit qui a dicté certaines prescriptions.

est cet esprit qui donne, entre autres, à la pénitence

bénitence prise en elle-même et sous ses formes aie

tuelles : jeûnes, macérations, veilles etc., est d origine chrétienne et monastique avant d'être musulmane ; mais ici, chez Loyola, elle n’est pas conçue et pratiquée con- formément aux traditions catholiques. Son but n’est pas l’expiation pour soi ou pour les autres, — cette

. soif de l'immolation qui, selon la définition d’un pénitent

moderne, est la moitié généreuse de l'amour, — son but Ne ‘est l'entrainement de la volonté, le fléchissement de di

. l’ébranlement nerveux produit, l’initié mis au point "2

esprit. Et la preuve, c'est qu'une fois le but atteint,

pire où il fallait l’amener, la pénitence cesse brusque-

ment-Iln est aucun die religieux où la mortification

NEA

; | corporelle soit moins en honneur € et en ‘usage qe chez

ne lieu de. " 4 le fidèle en Kheloua ne doit Fe à per-

Hors le ee de la lecture, « il doit fermer je yeux pour éclairer son cœur ». (Les Confréries musulmanes du Hedjaz par A. le Chatelier ; Paris, Leroux, 1887, un vol, in-12),

a Jésuites. Les a ne leur en prescriven aucune, et les Supérieurs les dispensent « comme

et irrévocable, du parti qu'il doit en tirer en vue de.

Au premier abord, rien de plus juste et de plus raison- . mable. Mais s'écrierait ici Bossuet: « Que n’a pas gâté = la concupiscence » ?.... Les Exercices de la première.

semaine, consacrée « à la purification de l'âme » », sont.

bonne élection » ; leur durée dépend du directeur ; elle

Dhest en général le double de la durée assignée aux autres retraitant, «privé entièrement de la lumière du Jour»,

que Je directeur lui choisit lui- -même, | doit non seule- ment «s’interdire le rire et toute parole qui pofterait. au rire», mais encore « toute pensée capable de lui

% donner de la joie, comme le souvenir du ciel où de la

indéterminée, et non du cycle ordinaire des sept jours. Ignac d’ailleurs, prend soin de l'expliquer ie même au début FFE Exercices. 1 ie Rte

leur plaît» de celles même que l'Église catholique inpose à tous les fidèles. 0 Dans les Ærercices spirituels tout pivote autour de «l'élection», c'est-à-dire du choix que Je retraitant

doit faire d'un état de Vie ; ou, et ce choix est. déjà fait

son salut éternel et de la plus grande gloire de Dieu.

: la préparation éloignée, mais indispensable, 2. « une.

semaines !. Pendant dise douze ou quinze jours, Je

sauf pour prendre ses repas et faire les rares lectures

résurrection ii Tl He verra 1e son. directeur | et. ne

FAO = Le 4

1 Le mot de semaine doit être entendu d’une période de temps

à qu'à lui seul, et il sera devant Dieu comme un

4 t so

crim nel no de chaînes en présence de son juge. a + DE Re À ; ne il consacrera au moins

ères comme Le larmes,

da tristesse, le ver rongeur de he science, ; HS

Dans le 5e, je toucherai ces flammes vengeresses, om ddéceane

‘comprendre vivement comment elles environnent et brülent les

mes. des FA ». > + es : F4

re 0 après la méditation. de l'enfer, et pete les insensés

Ce 3 & # LEE,

-qu'il désire » c'est-à-dire, lorsque le directeur, à qui il

ne dérobera ni une seule de ses pensées ni une seule de ses impressions, le trouvera suffisamment malléable et dompté, — perindè ac cadaver, — il l’admettra aux exercices de la seconde semaine. HU Ceux-ci débutent par un coup de clairon. L'initié d’ Éleusis passait subitement de la mort t à la vie, des. ténèbres à la lumière ; il se produit ici quelque chose e d’analogue. Certaines pratiques des anciens mystères subsistent encore dans les sectes musulmanes ; faut-il en voir un écho affaibli porté par elles } jusqu'à à Loyola, < dans ces exercices de la seconde et surtout de la pre- | mière semaine, si différents, malgré des emprunts plus ; apparents que réels, de ceux de Cisneros, si visiblement frappés, lorsqu'on les. compare aux, pratiques. chrétiennes, d’une marque étrangère 1? Quoi qu'il en soit, c'est par un appel aux armes — la fameuse méditation du Rèpne de Jésus-Christ ? — que l'initié Jésuite, L re

monde à venir contempler, avant de s'y précipiter tète baissée, Fa

cette éternelle prison où pos les damnés. » (Ign. de L,, t. I, p. 88).

1 Jgnace s'est visiblement efforcé de bas sa méthode et de baptiser, si Jose le dire, ses emprunts. Est-ce sa faute, ou celle de ses disciples exagérant sa manière, si les Exercices de la première semaine nous font l'effet de ces baptisés sur jambes, les Morisques, auxquels les vieux chrétiens espagnols reprochaient de toujours sentir l'Islam. : L.

2 La méditation du Règne, comme celle de deux re. est. de la première manière d'Ignace, — la seule authentique peutêtre, — L’Espagnol du XVeet du XVIe siècle est là tout entier, avec ses rèves de domination universelle, où se confondent le spi-

jusque-là plongé dans la stupeur, est subitement réveillé. En même temps, de premiers adoucissements

sont apportés à son régime; car il s'agit maintenant

. de ranimer son courage abattu, de lui montrer la voie

par laquelle il peut échapper à la damnation ‘ ; en un

rituel et le temporel : « Je me représenterai un Roi, que la main

de Dieu a choisi, et à qui tous les princes et tous les peuples chrétiens rendent obéissance. Je m’imaginerai entendre ce même roi parlant à tous ses sujets et leur disant : Ma volonté est de conquérir tout le pays des infidèles, Que celui qui voudra me suivre se contente de la même nourriture, de la même boisson, des mêmes vêtements que moi. Qu'il travaille durant le jour, qu'il veille pendant la nuit comme moi, afin de partager un jour avec

moi, selon la mesure de ses travaux, les fruits de la victoire ».

« Je considérerai ce que devraient répondre de fidèles sujets à un roi si généreux et si bon, et combien celui qui n’accepterait pas de telles offres serait digne du mépris de tout le monde et mériterait de passer pour un lâche chevalier, »

C’est bien la note personnelle d’'Ignace, celle que nous retrouvons non seulement dans la méditation des deux étendards, mais dans la supplique à Paul IIT, dont l’authenticité n’est pas dou-

- teuse, et par laquelle Ignace sollicita l'approbation de sa Compa-

gnie.

1 Un homme du monde, sur lequel la Compagnie de Jésus avait jeté son dévolu, et qui a fait les Exercices en toute conscience et bonne foi, me disait à ce sujet : « Je vous défie de vous livrer corps et âme pendant trente jours à cette méthode d’entrainement

si savamment combinée, et de ne pas vous trouver à la fin plus ou moins halluciné, mais en tout cas fermement convaincu qu'entrer à un titre quelconque, fût-ce celui de congréganiste ou d’aflilié, dans la Compagnie de Jésus, c’est là le tout de l'homme, ou plutôt du chrétien, 11 m'a fallu plus d’un an pour reprendre mon, équilibre et pour me convaincre moi-même, que je n'étais pas tenu

sous peine de damnation à me faire Jésuite ».

“ . mot, « de préparer l élection ». Si l: santé du on se : paraît ébranlée par le surmenage des | Jours précédents, | «l'exercice de la nuit pourra être supprimé » ; il pourra . désormais choisir «entre les ténèbres et . lumière, «€ profiter de l'obscurité ou de la sérénité du ciel autant «qu'il en espérera », ou plutôt, qu'on en attendra pour à lui, «quelque utilité pour trouver ce qu'il désire ». Ce de

qu il désire ! nous retrouvons à chaque instant cette for-277

mule énigmatique sous la plume d’Ignace... Mais que | désire-t-il donc ? Que doit-il désirer, ce retraitant jeté «dans le moule », dont les pensées, les affections, les L sensations mêmes sont prévues, réglées, ordonnancées d'avance? «Les larmes, les consolations », répond. à

vaguement, et une fois pour toutes, Ignace. Le Musul-

man, qui se sert non moins habituellement de cette

formule, est plus explicite : ce qu'il désire, lui, ce qu'il + cherche, c’est l’extase, l'absorption, une sorte d'ivresse

mystique qui confine à l'inconscience et livre l’adepte - à celui qui représente pour lui la volonté et l'intervens tion divine.

Le retraitant, auquelilest avantageux (sic) de ne point savoir ce qui lui sera prescrit et de ne connaître qu'au À fur et à mesure ce qu'on attend de lui, est averti, 18

cinquième jour de la seconde semaine, du choix auquel il doit procéder. La veille, le dernier coup a été donné, è

la grande bataille livrée par la Méditation des deux ‘à Étendards, complément de celle du Règne, et qu Hadits

réitérer Jusqu'à trois fois. Les «règles d'une bonne élection» sont minutieusement décrites, comme aussi <a S e Sr PE

ni: eh à 4 NC AUe

ement ob pourra sugoérer à son in mais | st à 66 même eee ae 1] ss de qe à

sur la passion et la mort du Christ, les autres sur sa résurrection ; toutes les deux empruntées à à Cisneros,

et d' un ice tout différent de celui des te

de la première et de la seconde semaine. Ignace, ou plutôt la Compagnie, n'y reparaît guère que dans les: annotations et les règles diverses qui, accompagnent les. méditations : règles et annotations où il faut par

conséquent chercher sa pensée propre, celle de derière la tête. I importe, «à la plus grande gloire de.

sine le retraitant termine sa te carrière.

Dieu »,

vec un art consommé. “Celui. qui donne les Exercices. |

Loit en diminuer le nombre et user d'adoucissement n toutes HAE Car ce ua désire maintenant l'initié, Ÿ

buer à l'excellence de son choix. En conséquence, le ; retraitant ne songera plus à la pénitence et se contentera de «garder la tempérance ». Dès le matin, en s'éveillant, il s'occupera de pensées propres à entretenir en lui la joie spirituelle qu'il doit s’efforcer de goûter; «il Jouira, selon les saisons, de la fraîcheur en été, de la chaleur du soleil ou de celle du feu en hiver», du parfum des fleurs et de la beauté du paysage. Je le répète: son choix est fait, il ne faut pas qu'en se trou- Ê vant replacé dans les conditions normales de la vie- il soit tenté de le regretter.

Tout cela est fort sage sans doute, fort habile assurément. Ne l'est-ce point trop? Je ne sais si je: me: trompe, mais il me semble que l'Évangile y va plus bonnement; et Je me souviens, malgré moi, de Ja parole du Christ: Zes enfants du siècle sont plus pra. dents que les enfants de lumière. |

Les Jésuites attachent une importance capitale aux Règles et annotations «qui ne se trouvent pas dans Cisneros », et dont fognace use si largement dans tout le cours de ses Exercices. Ils nous assurent que ces. classifications à outrance ont une portée profonde, et qu’en négliger ou en ajouter une seule, c’est s’exposer à manquer le résultat final. Il y a, par exemple, Trois manières de prier, Trois degrés d'humilité, Quatre. règles pour faire une bonne et sage élection, Quatre pour la distribution des aumônes, Six pour la guérison ; des scrupules, Huit pour la tempérance, Huit encore

pour apprendre à distinguer les bons des mauvais anges,

k : Quatorze pour le discernement des esprits, Dix-huit : règles d'orthodoxie. :

ïs Dieu me garde des rapprochements puérils ; mais É ; cette numérotation excessive et fatidique est empruntée

#4 sant: Quatre degrés dans l'amour divin, Quatre moyens à pour produire l'absorption de l’homme en Dieu, Cinq e commandements du prophète ou règles d'orthodoxte ; L. Sept marques du vrai repentir, Sept règles pour l'inter- 7 prétation des visions et des songes, Sept classes de saints vivants sur la terre, Sept degrés pour conduire l'âme à

… la perfection, Quarante voies que le vrai croyant peut

à Suivre pour aller à Dieu, Soixante-quatre qui ne s’écar-

tent point de l’orthodoxie.

Ce qui caractérise l’ascétisme musulman, c'est une

sorte d'égotisme, une préoccupation, ou pour mieux

Page 1