SEA VS
«qu'il a abandonné sa vocation au Général, en restant
D, ut
« dans une indifférence absolue. On à dit que la classe
«des indifférents était supprimée ? : c'est un jeu de
1 Cette formule, qui se retrouve à chaque instant sous la plume Erdes Jésuites, est en réalité à double entente, et, leur permet de donner aux mots et aux prescriptions des Constitutions un tout * autre sens que le sens littéral. D'ailleurs, à quelles Constitutions nous rénvoie-t-elle ? à celles que l’on avoue, ou à celles que l’on . - tient secrètes ? En tout cas, la seule formule exacte serait celle-ci : le tout entendu selon le bon plaisir du Général, toujours maitre … de fixer et de déterminer le sens des Constitutions et de n'en point tenir compte.
2 L'étaient-ils vraiment ? Ripert de Monclar parait en douter, et | 1 a raison; car ils figurent encore dans l'énumération actuelle des six états de l'Institut. D'ailleurs la remarque de Monclar est juste, ét tous les Jésuites, à la seule exception des profès (et encore!),
se >
« mots ; ils doivent l'être tous, et attendre l'arrêt du
«Général sur leur destinée.
«Le Général pourra donc retenir éternellement un
«sujet dans les épreuves d’écolier approuvé, le ren-.
«vover. le réduire aux plus bas offices de la maison yer,
«dans l'état de coadjuteur temporel{, le borner à la
«médiocrité des coadjuteurs spirituels, le payer du.
«grade illusoire de profès des trois vœux, ‘ou l'élever «au rang suprême de profès des quatre vœux.
« Ainsi, le vœu d'entrer dans la Société est un vœu «dont l’objet est flottant et abandonné à la volonté.
«d'autrui. Qu'on ne dise pas que celui qui fait ces pro-
«messes en connaît l’étendue : trop de choses lui sont
«cachées, ainsi que nous l'avons vu; c'est abuser de la
«jeunesse et du zèle; il y a dans cet abandon absolu
«trop de politique de la part des supérieurs, et trop de «lésion pour le sujet.
«Un religieux fidèle à ses devoirs a droit à la profes-
« sion après les épreuves requises : c'est l’objet où 1ls
«tendent tous, c'est celui que se proposent ceux qui «font la promesse mystérieuse renfermée ‘dans la for- «mule des vœux simples, et 1l n'est pas rare de voir «chez les Jésuites des religieux très édifiants et très
attendant du seul Général leur rang et leurs fonctions, peuvent à bon droit être tenus pour des indifférents, au sens que les Jésuites attachent à cette dénomination, |
1 Les coadjuteurs temporels sont les serviteurs et les domestiques de l'Institut, ou par extension, ses chargés ‘d’affaires au temporel. |
« deux qui en sont perpétuellement exclus. Pie V «voulait que tousles prêtres fussent profes ; les Jésuites oi ‘à «n'ont jamais voulu adopter ce tempérament. Quelle 0 è N « est donc cette idée sublime attachée à l’état de profes? er % NH Pourquoi celui que l’on juge digne du sacerdocene « cle sera-t- il point d'être profès dans la société ?.. 2
an n y a rien de fixe ni pour servir de ol à ces
| «] ee ni pour en déterminer l'époque, parce Fa + que cette fixation répugnerait à l'essence même de «l'Institut : « Cüm et nostri Instituti substantialibus hoc «planè repugnet. (Cong. V, can. 11): il serait inutile qe « de vouloir comparer ces lois arbitraires avec celles des a « autres religieux. | a : . « La promotion faite est encore un mystère enseveli à : «dans l'intérieur de la Société, et le public ignore si «un Jésuite estécolier approuvé, coadjuteur formé, profès « des trois ou quatre vœux... les règles sur les matières . «les plus importantes ne sont que des convenances : G. «c'est la politique qui décide...
«La Congrégation (Ve) nous apprend que le Général
# cours à l'effet d'accélérer cette profession anticipée. «ll y a donc des profès privilégiés qu'on admet sur le champ à la profession, après les deux ans de la pre- «mière probation, et même qu'on en dispense ; puisque
«n'est pas le seul qui soit mystérieux et énigmatique «sur ces profès privilégiés. »
Nous touchons ici à une question principale et brülante, celle de l’occultisme, dont on a de tout temps accusé la Compagnie : en réalité, elle ne fait qu'un avec la question dés degrés qui en sont une conséquence. é Les Congrégations musulmanes, on l'a vu plus haut, exigent le secret de la part de leurs adeptes : secret | vis-à-vis des gens du dehors, des externes, comme diraient ici les Jésuites; secret entre les Kouan eux=
mêmes, auxquels il ne convient pas d'apprendre le tout »
Ÿ = | de l'Ordre avant une complète initiation. Un serment ; garantit ce double mystère, que les Jésuites leur ont. : emprunté en y joignant ce je ne sais quoi de plus secret, de plus mystérieux encore, qu'avait revêtu la pratique 1 de l'Islam au moment des relations d’Ignace avec les Mores et les Morisques de Manrèze. Vaincus, non assi-
Le
milés ; Yivant dans une perpétuelle défiance que l’édit
de Charles-Quint allait bientôt justifier; révant d’une revanche qui serait à leurs yeux la revanche de la bonne cause, les Musulmans, et surtout les congréganistes: Musulmans dont les cadres étaient prêts, passaient à l'état de conspirateurs, — j'allais dire de ligueurs, — latents. Le fanatisme et la religion, le spirituel et le temporel, toujours confondus chez eux, prenaient la. À forme de la lutte pour la vie; le mystère devenait la condition même de leur existence. De là une obscurité < plus profonde, des serments plus répétés, des précau-. tions plus multipliées, une entente enfin de la vie sous
terre, qu Ignace acquerra pour le bon motif, mais dont
4 ses disciples pourront être tentés d’abuser.
Le seul fait d’ailleurs d'emprunter à l'Islam les cadres et les grandes lignes de son institut, en mettant Ignace en présence d'une organisation occulte, ne lui offrait pas seulement un exemple à suivre, il lui faisait une nécessité du mystère. Obligé de $e taire sur la prove- 3 nance de ces emprunts, de laisser s'établir la légende É: de Manrèze pour en dérober la véritable histoire, le
fondateur de la Compagnie de Jésus se trouvait pris
16 l’'engrenage où son œuvre devait passer tout L. entière. Sans doute, le saint dut se garder de son vivant d'autoriser les récits merveilleux que Lainez et les autres accréditèrent ensuite sous son nom. «Il se con- . tentait, à ceux qui lui demandaient la raison de certains à points substantiels de l'Institut, nous dit Bartoli,
4 répondre qu'il l'avait appris à Manrèze». Mais après lui, le secret s'exagéra comme s ’exagérèrent les autres D bte musulmanes ; l’occultisme s’étenditcomme une tache d'huile. Là encore, les disciples de Loyola 5 choisissaient l'écueil pour en faire le port.
L. Secret sur les emprunts faits à Cisneros et sur la . double provenance des Exercices spirituels; secret sur leur méthode d'application ; secret sur l'origine et l’organisation de la Compagnie, sur ses constitutions, son gouvernement ; secret vis-à-vis des gens du dehors ;
pRener à l'égard des Jésuites eux-mêmes: secret tou-
son importance a quelque chose à taire, à dissimuler
une portion du mystère confiée à sa garde.
Je n’insisterai pas sur les points secondaires : ilen
est deux principaux, auxquels on peut en quelque façon
ramener tous les autres ; J'entends, l'existence de con-
stitutions occultes connues des seuls initiés ét par
lesquelles la Compagnie se gouverne, et l'existence des.
Jésuites secrets, vulgairement désignés sous le nom de Jésuites de robe courte.
Je crois qu'il est impossible d'étudier de près la Compagnie de Jésus, dans le passé et dans le présent, sans être moralement convaincu de l’une et de l’autre. Les preuves matérielles sont néanmoins difficiles à
fournir, le mot d'ordre ayant été de tout temps de les
détruire partout.
Le texte même des Constitutions de saint Ignace, longtemps tenu secret, ne l’est plus aujourd’hui que dans une mesure, Rome, comme les puissances catholiques, en ayant exigé au XVIIIe siècle la production. Mais les Jésuites, qui communiquèrent, bien malgré eux, les deux volumes de leur Institut imprimés à Prague, peu d'années auparavant (1757), pour leur propre usage, livrèrent-ils alors aux Parlements, aux Conseils royaux et aux Papes le secret du secret de leur gouvernement? Montrèrent-ils tout ? Évidemment non; et c'est ce qu'indiquait Ripert de Monclar, lorsqu'il s’écriait dans le compte rendu auquel nous avons emprunté plus haut: «Je ne chercherai point à deviner des énigmes qu'on a voulu rendre impénétrables;
Jobserve seulement qu'un ordre est trop mystérieux, lorsqu'une lecture réfléchie de deux volumes de Constituuions laisse encore tant d'obscurité sur la partie la plus essentielle de ses lois !. » Au XVIII siècle comme aujourd'hui, comme toujours lorsqu'ils sont l’objet d'attaques décisives, les Jésuites firent la part du feu: ils sacrifièrent le moins pour dissimuler le plus. De quelque esprit de vertige qu’on les suppose alors atteints, quelque illusion qu'ils aient pu se faire sur l'issue d'une crise dont ils ne soupçonnèrent pas d'abord la gravité, ils ne furent pas pris au dépourvu; des instructions secrètes réglèrent certainement leur conduite comme leur attitude. Mon secret est à moi, dit le sage: le secret des Jésuites est encore à eux. Lorsqu'on lit les Constitutions d’une lecture réfléchie,
comme le veut Monclar, on est vraiment frappé de la
disproportion qui existe entre l'effet et la cause, entre
ces pages incomplètes, parfois contradictoires, dont
resque toutes les prescriptions sont d’ailleurs révo- P {
1 Ripert de Monclar parle iei des deux volumes intitulés : Znsti-
tulum Societatis Jesu, imprimés à Prague en 1757 pour l’usage de
la Compagnie, et que les Jésuites furent contraints de déposer aux greffes des Parlements ‘en 1761, Ces deux volumes renferment, outre les Règles, Constitutions et Exercices spirituels attribués à
Ignace, les Bulles des Papes en faveur de la Compagnie, les
décrets des seize premières Congrégations générales, les règle-
ments pour les écoliers et ceux des Congrégations de la Vierge, le Directoire pour les Exercices spirituels, des instructions et des
lettres de divers généraux de la’ Compagnie, et notamment
d’Aquaviva, etc., etc. Bref, un total d'environ 1200 pages, petit
in-folio.
cables selon le bon plaisir du Général, et cette machine puissante qui s'appelle la Compagnie de Jésus.
Comment une règle qui n’oblige pas, des Consütu- gs uons à l’état de perpétuel devenir, dont l'essence même est de laisser en suspens la plupart des questions fondamentales pour toute société religieuse, comment, dis-je, ont-elles une efficacité supérieure à toutes les autres? Comment marquent-elles les esprits les plus opposés d’une même et ineffaçable empreinte ? Comment surtout ont-elles sufh à créer et à maintenir, depuis plus de trois siècles, une organisation à la fois souple et résistante, irréductible et irréformable, capable de lutter à armes égales contre les rois et contre les peuples, contre la hiérarchie catholique et contre les Papes eux-mêmes ? |
Il n’est aucun de mes lecteurs qui ne connaisse, au moins de nom, les Monita secreta Soctetatis Jesu. Publiées pour la première fois à Cracovie en 1614, cinquante ans.
environ après la mort d'Ignace de Lovyola, ces instruc-
1 Cette première édition fut publiée sous le titre de Monita 4 privala societalis Jesu. L'ouvrage remanié et augmenté fut ensuite réédité au cours du XVIIe siècle, sous le nom 2 Monita secreta, que l'usage a consacré. Une foule de versions ont été mises en circulation touchant découverte de ces Znstr uctions secrètes. | Tantôt c’est le Duc Christian de Brunswick qui les a trouvées au w collège des Jésuites de Paderborn ; tantôt elles ont été décou-. 4 vertes chez les Jésuites d'Anvers, de Padoue ou de Prague; tantôt. c’est sur un navire des Indes que le manuscrit se trouve saisi... En réalité, le vrai se mêle au faux dans ces récits grossissants ; 48 mais s’il est exact que divers manuscrits des Monila aient été.
tions secrètes ont pour auteur, selon les uns, le cinquième Général de la Compagnie, Claude Aquaviva ; suivant les autres, un ex-Jésuite polonais, Jérôme Zahorowski, lequel, expulsé de la Compagnie en 1611, se serait vengé d'elle par une satire. Cette dernière opinion, à laquelle se rallie le P. Sommervogel, me paraît la mieux appuyée et la plus vraisemblable. [Il y a des choses qui ne se disent ni ne s’écrivent, surtout quand on est Jésuite. Je ne diffère iei avec le Révérend Père que sur un seul point: la part de vérité et de calomnie que contiennent les Monita. Évidemment, le savant
Jésuite, auquel la fraude fait la partie belle, repousse
comme autant de mensonges les traits sanglants déco-
chés à chaque page contre sa Compagnie. Le Jésuite Gretzer néanmoins, qui vivait au commencement du XVII: siècle et répondit l'un des premiers à la publication des Monita, tout en niant que la Compagnie ait
jamais eu de semblables règles, convient que leur auteur
trouvés dans diverses maisons des Jésuites, on n’a pas encore démontré qu’ils fussent antérieurs à la publication de 1614, en sorte que leur découverte ne suffit pas à établir que les Jésuites en soient les auteurs, car ils ont pu les copier ou les acquérir à titre de documents et pour la nécessité de leur défense,
La Bibliothèque de Munich possède deux manuserits des Monita secrela; le plus ancien, qui date vraisemblablement de la fin du XVIEe siècle, est écrit tout entier de la main d’un Jésuite, et porte à la fin ces mots : Per hœ@c non potest laudari Deus :‘il a été trouvé au monastère Cistercien d'Alderspach, Le second fut découvert, il y a quelques années, dans une armoire secrète de l'Église Saint- Michel de Munich, l'ancienne église des Jésuite;; il est daté de 1738, j
n'est point ignorant, comme on pourrait le croire, des choses de l’Institut; et il en conclut qu'il doit avoir vécu dans son sein et qu'il s'agit sans doute d’un Jésuite : renvoyé. En les réduisant ainsi à leur juste valeur, K: c'est-à-dire en cessant d'y voir un code de lois pour n'y chercher qu’un témoignage, les Monita secreta gardent historiquement une importance d'autant plus US grande qu'ils précisent, en le soulignant, l état de déca- Ke dence où se trouvait la Compagnie un dés siècle apres Là la mort de son fondateur. C’est un livre vécu, une peinture faite sur le vif des défauts du gouvernement des : Jésuites, de la facon dont ils s'introduisaient dans les : villes et dans les familles, des procédés qu'ils employaient pour accroître leur richesse, étendre leurs influence, s'insinuer chez les grands et jusque dans les conseils des princes, substituer partout leur action et leur prépondérance à celles du clergé, tant séculier que régulier. Peinture poussée au noir, sans doute, et. néanmoins d'une ressemblance qui a pu être alléguée comme une preuve d'authenticité. | Œuvre d'un satirique plutôt que d’un faussaire, les 2 Monita, à l'heure où ils paraissaient, étaient un avertis ë sement et dénonçaient une situation à laquelle il m'était que temps de remédier. Malheureusement, nul ne les prit ainsi : les ennemis de la Compagnie n'y virent qu'un | texte à déclamations, et tandis que les plus loyaux de . ses adversaires refusaient de s’en servir, les Jésuites | avaient l’art de tirer parti de «la calomnie » dont ils se . disaient victimes. Ces instructions supposées, qu'ils |
LA GENÈSE DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS 121 pouvaient démentir à la face du ciel et de la terre, leur permirent de dissimuler leurs véritables instructions | secrètes ; et, — encore que quelques fragments authentiques y servissent peut-être de trame au pastiche de Zahorowski, — de nier le tout avec vraisemblance. En dépit de ces dénégations, ou plutôt à cause de ce que ces dénégations ont de trop absolu et partant de ". contradictoire, je maintiens qu'il existe au sein de la ù Compagnie une législation occulte, des traditions | secrètes. Législation et traditions qui n’ont jamais été soumises, dans leur ensemble, à l'examen et à l'approbation des Souverains Pontifes ; et que, sauf les initiés du plus haut rang, — qu'il faut peut-être assimiler aux profès des quatre vœux‘, — les membres de la Compagnie ignorent pour la plupart, bien que régis et gouvernés par elles.
À l'appui de cette dernière assertion, je eciterai deux * témoignages. Le premier est celui d’un dJésuite, le . P. Miranda, provincial de Castille, qui vers 1736 fut appelé à Rome pour y devenir l’un des assistants du Général, l'assistant d'Espagne ?. «Avant d'avoir été à « Rome, où] ‘ai été initié à tous les secrèts, — écrit-1l, Le j'ignorais ce qu'est notre Société. Le gouverne-
1 On verra plus loin qu'au témoignage du Jésuite Miranda, comme à celui de Palafox, il ne suffit pas d’être Jésuite profès
| pour être initié.
2 Le Général à quatre assistants, qui portent le nom des prin-
cipales provinces de la Compagnie : l'assistant d’Espagne, l'assistant de France, etc., etc.
«ment intérieur de notre Compagnie est une étude
«spéciale à laquelle les provinciaux eux-mêmes «n’entendent rien. [Il faut être revêtu des- fonctions
«que jexerce pour en avoir même la plus légère
«teinte. » ne Le second témoignage, plus explicite encore, est celui du Vénérable Palafox, évêque d’Angélopolis (Mexique),
puis archevêque d'Osma (Vieille-Castille). Palafox croyait
à la nécessité de réformer sérieusement la Compagnie de.
Jésus ; ses fameuses lettres à Innocent X, qu'il savait
d’ailleurs bien près de penser comme lui sur ce point, avaient pour objet de signaler les abus, qui, dans lPintérêt même de l'Institut d’Ignace, «devaient être
étouffés dans leur berceau par l'autorité apostolique. »
Au nombre de ces abus, qu'une liaison intime et les
«confidences» d'un certain nombre de Jésuites, dont
il énumère les noms et qu'il choisit, dit-il, «pañmi
les plus doctes», lui ont fait connaître, se place l’oc<.
cultisme. ne
Voiei ce qu'il en écrit à la date di 8 janvier 1645, quatre-vingt dix ans après la mort d'Ignace, et un peu moins d'un siècle avant Miranda :
« Quelle autre religion !, T.S.P., possède des consti-
«tutions secrètes, des privilèges qu'elle ne doit pas «montrer, des règles occultes, et tout ce qui regarde sa
1 Onsait que le mot de religion servait au XVIIe siècle encore à
désigner les Ordres religieux : c'est en ce sens qu'on dit encore aujourd’hui d'un homme qui se fait moine : il est entré en religion,
RE . Le É DR TL ET
«conduite couvert et voilé avec un mystère quine se
«Les règles de tous les autres ordres passent sous «les yeux de tout le monde, comme aussi les instruc- «tions êt règles qui regardent la conduite des Papes, «des cardinaux, des évêques et de tout le reste du «clergé. L'Église ne hait pas la lumière, mais bien les «ténèbres, parce qu'elle est éclairée par Jésus-Christ, «source éternelle de lumière, qui a dit de soi dans « l'Évangile : Je suis la lumière du monde. On voit aussi, «tant que l’on veut, les privilèges, les instructions, les «statuts, les règles de la conduite des autres religieux. «1 n’y a presque point de librairie où on ne les trouve, «et le moindre novice, parmi les religieux de saint «François, peut lire d'un coup d'œil ce qu'il devrait «faire s’il devenait jamais Général de l'Ordre.
Mais parmi les Jésuites, il y a plusieurs religieux, «méme profès, qui ne savent pas les constitutions, les. «privilèges et les règles propres de la Compagnie, Cencore quils s’y soumettent et.s’obligent à les «observer, non moins que ceux qui les connaissent. CAïnsi, leurs supérieurs ne les guident point selon les «règles de l'Église, qui sont connues de tout le monde, «mais selon certaines règles occultes et cachées qui ne «sont connues que de ces supérieurs, et par des dénon-
«ciations très secrètes et très pernicieuses, lesquelles sont cause qu'il y en ait un nombre infini de chassés «ou de rejetés... Enfin, ils se gouvernent plus par des
«coutumes particulières que selon les lois approuvées :
Fire
«ce qui est visiblement contraire à la raison et à la
«nature de l’homme !. » %
L'accusation est ici nettement formulée, et je ne sache
pas que les Jésuites y aient jamais répondu autrement …
qu'en niant l'authenticité, — aujourd’hui bien démontrée, — des Lettres de Palafox, et en affirmant contre toutes
preuves que le Vén. serviteur de Dieu s'était d'ailleurs
rétracté. Actuellement où les plus doctes d’entre eux,
le P. Sommervogel en particulier, — semblent avoir renoncé, el pour cause, à ce système de dénégations, ils se contentent d’alléguer que leurs Constitutions sont universellement connues, depuis que les Parlements les: ont disséquées. Je l'ai déjà dit : outre que l'argument serait sans valeur quant au passé, — puisqu'il resterait toujours que, pendant deux siècles, de 1558, époque de leur première impression, jusqu’en 1761, où elles furent enfin déposées, elles ont été cachées à tous les veux, — il n’en offre pas davantage quant au présent, s'il est prouvé, comme le donne à entendre Monclar, et comme l'établit péremptoirement la Chalotais ?, que les Jésuites ne produisirent au XVIIIsiècle qu’une partie seulement de leur législation.
Les historiens officiels et officieux de la Compagnie
1 Le Tre famose lettere scrille dal. Ven. serv. di Dio Mgr D. Giovanni di Palafox, vescovo d'Angelopoli; Venise, 1771, Let. II, $ 108, 109, 110). Fes
2 Compfes rendus des Constitutions des Jésuites, par M. Lous. René de Caradeuc de la Chalotais, procureur du Roi au Parlement de Bretagne, les 1, 3, # et 5 décembre 1761.
affirment imperturbablement qu'ignace est «l'unique auteur des lois qui régissent l’Institut » ; mais ils reconnaissent d'autre part : 1° Que le Général des Jésuites possède à perpétuité «le pouvoir de changer, altérer, «ou abolir entièrement, selon la nature, la diversité des «temps et des lieux, les Constitutions, tant établies qu'à Cétablir, d'en substituer de nouvelles aux premières, et «que ces changements et altérations, ou ces constitutions «nouvelles seront censées approuvées par l'autorité «apostolique »; 2° que «les Congrégations ou assem- «blées générales peuvent, à leur tour, et de concert &avec le Général, porter toutes sortes de décrets, de «statuts, de Constitutions, lesquels auront, bien entendu, «force de loi et devront être invariablement observés «par tous les membres de l'Institut. »
Ils avouent que tous, Généraux et Congrégations générales, ont usé des droits ainsi conférés; et un demi-siècle après Ignace, Mariana se plaindra que la multiplicité de ces lois qui se détruisent l’une l’autre, met un obstacle en quelque sorte invincible à une réforme sérieuse de l’Institut.
Où est le recueil complet de cette législation «excessive», qui menaçait dès lors d'étoutffer l'œuvre d'Ignace sous une végétation parasite ?
Où et dans quelles mains, — sauf celles des Jésuites,
et des Jésuites initiés, — se trouvent encore aujourd'hui
«les livres manuscrits nécessaires au gouvernement de
l'Institut», que la Règle du compagnon du Provincial
lui recommande de tenir en une archive «sous bonne
serrure», et dont, en cas de mort dudit Provincial, il devra s'assurer et rendre compte au Général ! ?
Sans doute, et je n'hésite pas à le constater, ces
règles multiples, ces instructions secrètes ne sont pas.
l’œuvre exclusive de Loyola, bien qu'il en existe vrai-
semblablement un certain nombre émanées de sa plume.
Mais si l’on ne peut faire sur ce point la part trop large
à ses successeurs, — surtout à Lainez et à Aquaviva, —
il reste néanmoins que, par une erreur de jugement qui
ne fut pas une erreur d'intention, Ionace a acclimaté et Ï » 18 \
laissé germer au sein de l’Institut cette végétation sous-
marine, ou plutôt sous-terrienne, qui devait à la longue. tout envahir. Familiarisé, au temps de sa conversion et.
de son éducation religieuse, avec l’occultisme arabe, il:
y vit une force à capter et à utiliser pour le bien, et ne sut pas prévoir que l'arbre finit toujours par tomber du
côté où 1l penche.
L'institution des Jésuites secrets, Jésuites ir voto ou.
Jésuites de robe courte, n'a pas d'autre origine. La con-
ception nouvelle, et en un sens islamique, qu'Ignace se faisait de la vie religieuse, vie que ni lui ni ses disciples
ne font consister essentiellement dans la pratique des
1 Il ne s'agit ici ni du registre des professions, ni des comptes rendus adressés au Général et dont le Supérieur garde par devers Jui le double; mais de règles manuscrites et de directions secrètes : décrets des Congrégations générales, instructions des
généraux ; enfin, comme le dit le texte lui-même, de manuscrits
nécessaires au gouvernement de la Compagnie, et par lesquels se perpétue la tradition occulte, qui est la vraie règle de la Société,
DRE rs.
LA GENÈSE DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS 127 conseils évangéliques, mais bien dans le dévouement absolu et dans l'obéissance passive à un chef spirituel et politique; cette conception, dis-je, devait avoir pour conséquence l'établissement de ces religieux laïques prêts à toutes les besognes et dociles à tous les mots d'ordre: la nécessité créait l'organe.
Elle le créa d'autant plus vite et plus sûrement, que les Congrégations musulmanes en offraient le modèle !, et qu'Ignace, dès la première heure, en avait en quelque sorte marqué la place. Le seul passage des Constitutions qui décrète que les Jésuites n'auront point d'habit parüculier, en rompant avec la tradition monastique pour lui substituer la coutume islamique, supprimait un des
rincipaux obstacles à l’enrôlement secret? : les autres P
1 On sait combien puissante et active est encore aujourd’hui l'organisation secrète des ordres religieux musulmans : il est curieux de voir certains de leurs historiens recourir pour nous le dépeindre à la comparaison avec les Jésuites, tant l’analogie s'impose ! C’est ainsi que M. Rinn nous apprend «qu’en dehors des Kouan et des néophytes en instance d'initiation, plusieurs Congrégations ont encore des serviteurs (Kreddam), clients politiques autant que religieux... Ce sont, ajoute-t-il, les membres laïques de l'Ordre, analogues aux Jésuites de robe courte.» (Marabout et Kouan, p. 79),
2 Les Congrégations musulmanes n’'imposent point à leurs
. adeptes de costume spécial, afin que rien ne décèle aux yeux des
profanes le secret de leur affiliation, Ignace, en leur empruntant cet usage, fit chose absolument nouvelle au sein du catholicisme, où, si l’habit ne fait pas le moine, du moins le désigne-t-il à tous les yeux, Les Jésuites, — je parle ici des Jésuites avoués, — portent, il est vrai, habituellement le costume ecclésiastique; mais aucunes bulles, règles ou Constitutions ne lui imposent à cet
FM Le RENE TE
devaient disparaître à leur tour. La seconde bulle de. Paul IIT en faveur de la Compagnie (1543) : « Nous «voulons que le Général conserve la juridiction... sur $
«toutes les personnes qui vivent sous son obéissance,
«quelque part qu’elles demeurent, de quelque exemption A
«qu'elles jouissent, de quelque pouvoir et quelques »
«facultés qu’elles soient revêtues »; celle de Jules HIT
qui institue, en faveur d'une catégorie spéciale et mys-
térieuse de personnes de dévotion et de qualité, une
manière de profession aussi peu définie que les privi- | légiés qui doivent en bénéficier; ces bulles « bien interprétées » levaient les dernières barrières. Quelques dénégations qu'y opposent les Jésuites, Ignace qui les” avait sollicitées et qui savait apparemment à quoi s'en.
tenir sur leur sens et sur leur portée, Ignace, dis-je, ne
les interprétait pas autrement, lorsqu'il recevait secrè-. tement dans la Compagnie, à titre de profes, le vice-roi. de Catalogne, François de Borgia.
Les Jésuites affirment, il est vrai, que cet rest n’a
pas eu de suites; mais la préoccupation constante de
leurs théologiens, y compris Suarez, d'établir la validité
des professions secrètes et la possibilité, non seulement. d'acquérir «tous les mérites de la vie religieuse », mais
égard une obligation, À l'encontre des autres religieux qui ne peuvent pour un seul jour, ou une seule heure, dépouiller l’'habit
de leur ordre, sauf en des cas rigoureusement déterminés, le péril
de mort, par exemple, le Jésuite peut toujours et partout revêtir tel habit laïque ou clérical qu'il lui plaira, ou plutôt qua il ARS Re
tera au service de l'Institut,
“encore d'être sat vrai religieux», au moyen d'une |obéissance, d’une pauvreté et d’une chasteté corres- Dors aux diverses situations que lon occupe dans Île monde, donne un démenti visible à leurs assertions.
Ripert de Monclar, qui traite à fond la question des
, Jésuites secrets, ou, comme il les appelle, des Jésuites $ externes! établit, au contraire : « 1° qu ‘attendu les lois
Ne singulières de la Société de Jésus, Êre a des moyens
«pour s ‘incorporer les externes sans qu'on le sache ; «2° que s'il peut Y avoir des Jésuites externes, ou
<et la fin de l’Institut ne permettent pas qu'on néglige
«d'en créer»; et il formule ainsi son syllogisme : « Rien
: «n’est plus conforme à la fin de l’Institut que d'avoir <qui lui en fournissent Hi moyens; donc ces Jésuites «existent. un | |
Le but de la Société de Jésus est de procurer la plus * pere gloire de Dieu. ÆEntendu au sens des Constitutions, ce but lui crée la nécessité de pénétrer et de er | partout: «elle est obligée par devoir de travailler à ‘son accroissement.» Or, quel moyen plus efficace et plus à sûr, «plus capable de fortifier la Société et d'étendre
pour elle sans qu'on s’en défie. »
membres ie di Rae avoués mais non nee et ceux du dehors,
A GENÈSE. DE LA COMPAGNIE. DE Jésus 129
… «des Jésuites externes; la Société a des lois singulières.
ses conquêtes, que ces soldats cachés qui combattent
ce mot revêt une double signification, et désigne tour à tour les
ER
«Par ce moyen admirable, les Jésuites repoussés
«d’une ville qui leur ferme l'entrée s'y introduiront.
«lorsqu'on croira les avoir exclus et ouvriront les …
«portes ; ils seront chassés d'une autre sans en sortir;
«les premiers établissements se feront sans frais et sans
«bruit, et favoriseront ceux qu'on peut vouloir faire
«dans la suite, le Jésuite opinera dans un tribunal ou
«dans un Conseil municipal, pour savoir si on donnera :
«un collège à la Société, ou si les Constitutions sont
«<abusives.»
L'avantage est trop clair pour qu'il soit nécessaire
d'insister avec Monclar sur celui qui peut résulter de
l'incorporation à la Société d'un Cardinal, d'un ministre,
voire d’un prince, dirigés par le Général et liés par un
vœu d'obéissance. Le fait s’est sûrement présenté plus
d'une fois, au moins quant au premier, et Jetterait peut-
être un certain jour sur des points historiques encore .
obscurs; mais venons-en aux «lois singulières» qui fournissent à la Compagnie les moyens de s'attacher secrètement toutes sortes de personnes. L'élaboration
s’en est faite lentement, bien que Ne remontent
à Ignace; le secret demandait en effet que les Papes
qui en concédèrent une partie, ne sussent pas toujours
exactement eux-mêmes les conséquences que l’on tire-
rait de leurs concessions t.
1 C'est ainsi que la bulle de Paul I citée plus haut : — Nous voulons que le Général conserve la juridiction, etc., ete., — qui .
visait les Jésuites envoyés en mission, soit à Trente, soit auprès
« La profession (des Jésuites) ne devait autrefois être
« faite qu'à Rome; elle peut l'être partout actuellement. «Il n'y avait d'autre profès que ceux des quatre vœux, «et l’on ne pouvait guère proposer à un ministre, ou à «un magistrat, ou à un militaire, de faire vœu d’obéis- «sance au Pape pour les missions. Jules ITT a levé cette « difficulté en 1550; il a décidé qu'on pourrait admettre «quelques personnes à la profession des trois vœux, «attendu leur dévotion et leur qualité, et par permission «du Général. De licentia Prœpositt generalis, propter «ipsorum devotionem et personarum qualitatem.
«Suarez nous apprend que ces profès privilégiés «peuvent être dispensés d'être prêtres... L'’habit sécu- «lier ne fait point d’obstacle, parce que les Jésuites «n'ont point d'habit qui leur soit affecté... On croit «communément que le novice doit faire les épreuves «dans Ja vie commune; le Jésuite Pellizarius nous «avertit que ce n’est pas nécessaire quand le Supérieur «en dispense..……, et le Directoire nous apprend qu'il y «a des personnes à qui il convient de faire faire les « Exercices chez eux (sic), pour le plus grand secret.
«Le temps du Noviciat est ordinairement de deux «ans. La V° Congrégation générale a permis d'en dis- «penser ceur qui, du noviciat, passent de plein saut à la
du roi de Portugal ou de l'Empereur, soit aux Universités, fut étendue dans la suite aux Jésuites, reconnus ou secrets, élevés à l’épiscopat ou au cardinalat, et près desquels la Compagnie plaçait un socius, dont ils devaient recevoir les conseils et accepter la surveillance.
«profession solennelle... attendu leur dévotion et leur
é qualité.
« La profession, suivant la règle générale, devah se 24 «faire dans une maison de l'Ordre; mais tous les lieux «sont également bons pour la profession des Jésuites... «Suarez décide qu’on peut faire profession dans sa “0 «propre maison, en y demeurant aux ordres du supé=
«rieur: Manens in domo suä, de licentia superioris, ads
«nutum ejus. Pellizarius l’affirme également !.»
Il est fâcheux que Monclar n'ait pas lu, en fait de à
Jésuites, le P. Petit-Didier: il y aurait appris qu’ «on, É
«— c'est-à-dire la Compagnie, — distingue dans le -
«droit deux professions: l'une purement tacite, qui est
«sans éclat et n’a aucuné forme prescrite ; l'autre,
+ expresse et formelle, dont tout l'éclat et la forme hs «essentielle consiste à ce qu'elle se fasse entre les 1
<mains d'une personne qui ait pouvoir de la recevoir,
«en présence de deux témoins. L'une et l'autre suffit
« (sic) encore oo hui (1738) pour faire un véritable
« religieux profes ?. &
L'une et l’autre a en effet «même encore aujourd'hui» pour faire un Jésuite: néanmoins cette profession purement tacite, dont nul n'est témoin, et
1 Compte-rendu des Const. des Jésuites, par J. PF. de Ripert de Fan
Monclar, 1762,
2 Les saints enlevés et restitués aux Jésuites, par un professeur
de théologie, docteur en droit canon. ; À Luxembourg, chez André
Chevalier, imprimeur de S. M. I, et Ge 1738, avec per mission des Re.
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Ë que personne ne reçoit me parait dans l'espèce infiniment préférable ‘. Mais il y a encore un autre moyen | d'entretenir dans le monde, pour la plus grande gloire . de Dieu, des Jésuites secrets: c'est le renvoi simulé ou
limité. Le Général peut séculariser en apparence tel ou
ment au service de l’Institut sous lhabit laïque, ou sous l'ecclésiastique, à la seule réserve qu’il rentrera dans la
Compagnie au premier signal. Ceci est, à proprement
parler, le renvoi sémulé. Quant au renvoi limité, les conditions en sont plus obscures encore, et il est d'autant . plus difficile de distinguer parmi les Jésuites renvoyés ceux qui ont véritablement cessé d’être Jésuites, qu'ils ne le savent pas toujours eux-mêmes. La Compagnie,
alors qu’elle congédie un de ses membres, et à plus
forte raison s'il sollicite lui-même sa sécularisation,
Fe.
À prétend conserver sur lui ce que les Constitutions k appellent ne surveillance de charité, et, encore qu'il ait j été délié de ses vœux par le Pape, le droit de le rap- $ peler dans son sein en lui faisant renouveler sa profes- ‘ sion en la forme où les Jésuites ont coutume de le faire 3 chaque année. Au fond, cette anomalie apparente, qui
fait qu'un Jésuite peut, en même temps être exclu de Ia
Compagnie sans cesser de lui appartenir et d'être dans
1 Le livre de ces professions taciles figure-t-il parmi les registres ‘#4 secrets de la Compagnie ? Je n’en doute point, et, comme le disent ‘ les Constitutions, « pour de bonnes raisons ». En tout cas, il serait | curieux à connaitre, et servirait peut-être à éclairer plus d'une énigme historique, à
LA GENÈSE DE LA COMPAGNIE DE Jésus 133
tel de ses subordonnés, afin de l’employer plus utile-
ae
sa dépendance, s'explique par une raison très simple:
l'expulsion dans l'Institut est moins une peine cano-
nique dont on frappe un coupable, qu’une mesure-disci-
plinaire, ou simplement politique, par laquelle on se …
débarrasse d’un membre inutile ou compromettant.
L'intérêt de la Compagnie qui est la suprême loi, peut
exiger aujourd'hui la réintégration de l'individu dont il
demandait hier le renvoi: c'est une question de temps,
de lieux, de circonstances, et, pour tout dire,
d'opportunisme LE
Dans la plupart des ordres religieux musulmans,
«les femmes sont admises comme les hommes: on les:
initie à part; leur affiliation n'en est pas moins com- &plète. Elles sont désignées sous le nom de Khouatai, « sœurs *», et obéissent à une Moqgaddema dépendante
du Moqaddem, voire directement du Cheikh ou de son
vicaire. La même organisation existe dans la Compagnie ; mais l’affiliation y est d'autant plus secrète qu'elle est plus étroite : le mystère croît en proportion du rang
1 C'est faute de connaître ces choses et de les bien entendre,
qu'on a si longuement discuté au XVII et au XVIIIe siècles sur le
renvoi et le non-renvoi de certaines personnalités marquantes de la Compagnie : saint Francois Régis, par exemple. Les adversaires des Jésuites se trompaient en jugeant le cas aw point de vue canonique, et en envisageant comme définitif un congé que la Compagnie avait intérêt à annuler; et les Jésuites étaient dans la vérité, entendue au sens de leurs constitutions, en affirmant que
Régis était mort Jésuite, puisqu'ils lui avaient fait renouveler ses
vœux à son lit de mort.
2 Les sociétés secrètes chez Les 4 abes, et la conquéte de l'Afrique
du Nord, par M. P. d'Estournelles de Constant; Paris, 1886,
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auquel linitiée est admise. J'observe toutefois que, s'il
est juste de faire remonter jusqu'à Loyola l'institution des Jésuites occultes, on ne peut lui attribuer l’institution des Jésuitesses que dans la mesure où celle-ci fut la conséquence de celle-là. Sur ce point comme sur d’autres, les faits dépassèrent certainement ses prévisions ; et c'est ainsi, pour me servir des propres paroles des Jésuites signataires de la seconde requête à Clément VIIE, «qu'on voit aujourd'hui dans l’Institut bien «des choses que notre Père Ignace réformerait entière- «ment s’il vivait encore, et que l'expérience lui en eût
«appris les suites funestés AO
1 Ignace avait, il est vrai, affilié d’abord à son Institut quelques femmes, dont l’une, Isabelle Rosel, l'avait suivi d'Espagne à Rome pour se placer sous sa direction, Mais reconnaissant dans la suite que ces affiliations présentaient de sérieux inconvénients, et occasionnaient pour le moins une grande perte de temps, il s’eflorçca de prémunir ses disciples contre «ces sortes de direction», et obtint à cet effet de Paul III des lettres apostoliques qui exemptaient à l'avenir les Jésuites «du gouvernement des femmes qui voudraient vivre en communauté, ou seules, sous l'obéissance de la Compagnie.» (Bouhours, S. J.; Vie d'Ignace de Loyola). Mais la voix de l'intérêt de l’Institut fut plus forte que celle du fondateur, et ses conseils ou ses défenses, comme les Lettres de Paul I, n’eurent d'autre résultat que de rendre plus secrètes, et de faire entourer de plus de mystère les afliliations féminines qui ne cessèrent de se multiplier, (Voir au sujet des rapports religieux d'Ignace avec les femmes l'édition annotée des Lettres de saint Ignace, — Cartas de San Ignacio, — en cours de publication à Madrid. Édition vraisemblablement refouchée comme le sont tous les écrits d’Ignace, mais néanmoins instructive.)
2 Seconde requête présentée à N. S. P. le Pape Clément VIII par différentes provinces de la Compagnie de Jésus, pas être rendue à lui seul et en main propre, 1599,
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