‹ Les origines de la Compagnie de JésusChapitre 21 sur 49 · TE · texte numérisé non relu

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ER Le pèlerinage de Jérusalem. Ignace, à son retour, $e fait écolier. de Le Ses démêlés avec l'Inquisition. Il se détermine à quitter: VEspagne. Si: A + — II. Ignace à l’Université de Paris. Il y conquiert seat premiers disciples. Réunion de Montmartre. Les premiers Jésuites en. Italie, HA Ignace se rend à Rome. La vision de Strada. Accueil qu il reçoit de cul * Paul HI. Il sollicite lapprobation de sa Compagnie. — III. La | À supplique d’Ignace et la bulle d'approbation. L'élection du Général. se AA Refus, puis acceptation d’Ignace. Portrait que tracent de lui ses disciples. — IV. Diffusion de l'Institut sous le gouvernement

d'Ignace: Avantages et inconvénients. Frère Elie. Les Constitutions et la Lettre sur l'obéissance. Les bulles de Paul JT et de Jules ITR Ent V. Fondations du Collège Romain et du Collège Germanique. sDer Pape Marcel. Election de Paul IV: stupeur des Jésuites. Visite. domiciliaire au: Gésu. Dernière ane et mort d'Ignace. Ra |

Ignace quitta Manrèze dans les premiers mois l'année 1523. Au témoignage des Jésuites, il “emportait pour seul bagage divers manuscrits! : x 1e livre > des Ex de

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a . . ! ” 1 Les Jésuites mentionnent à à plusieurs reprises ces. manuscrits Ÿ

de Ignace emporte de Manrèze, dont il ne se Ro is san nee

cices spirituels et le plan de son Institut. Le livre des Exercices était vraisemblablement celui de Cisneros, reçu à Montserrat, auquel il joignait dès lors une méthode et des pratiques secrètes. Quant au plan de l’Institut, 11 consistait tout au plus en notes touchant ses projets d'adaptation musulmane ; ce que ses fils appellent «ses révélations» le laissant encore hésitant et perplexe. & À la vérité, dit Bouhours, on lui avait fait connaître dans ses contemplations de Manrèze, que la Providence le destinait au service du prochain, et on lui avait même montré une grossière ébauche de son Institut dans les deux étendards ; mais il ne savait pas précisément ni en quel pays, ni de quelle façon cela se devait exécuter.» Collège d’apôtres, compagnie de chevaliers, association politique et religieuse, société secrète, il faudra du temps, — plusieurs années, — avant que, de ces types qu'on lui à montrés à Manrèze et qui s’entre-choquent dans son esprit, se dégage le Jésuite de Loyola, et plus tard celui de Lainez.

Pour le moment, Jérusalem est son objectif, et c'est en hadji, en pèlerin qu'il en prend la route, mendiant sa nourriture et son passage à bord des vaisseaux

espagnols où vénitiens. À cette heure encore, il ignore

ses voyages, pas même celui de Palestine, et sur lesquels il veille avec un soin et un secret constants, Mais, à la seule exception des Exercices, aucune indication précise ne nous est fournie sur le contenu de ces écrits, dont il doit cependant subsister quelque chose, et qui jetteraient évidemment un grand jour sur l’œuvre et les intentions d’Ignace,

vraiment l’état réel de l'Eglise et les besoins nouveaux

de l’autre, c'est qu'elles sont profondément troublées, 4 que des défections les menacent et commencent même ÿ à se produire... Et, dans son cœur d'Espagnol, il s’en prend à l'ennemi héréditaire, au croissant contre lequel : il rêve d’une nouvelle croisade où l'Islam sera vaincu par .ses propres armes. C'est Jérusalem que sa milice aura pour mission de reconquérir, comme les rois catholiques ont conquis Grenade, mais en convertissant. par surcroît les infidèles, Le 31 août 1523, la capitane vénitienne le débarque à Jaffa, ét, son but étant moins de vénérer les lieux consacrés par la présence terrestre du Christ, que de replacer la Palestine sous l’obéissance du siège apostolique*, il marche, dit-il, poussé «par un mouvement intérieur.» Le 4 septembre, il est à Jérusalem où, après quelques semaines de séjour, il s'apprête à écrire aux disciples qu'il a laissés en Espagne des lettres d'appel, lorsque survient une de ces difficultés que, quelques années plus tard, sa prudence deviendra habile à prévoir, mais à laquelle il n'a même pas songé pendant cette première période d'exaltation mystique. La permission de se fixer en terre sainte, même d'y séjourner, lui est refusée, et le Custode des Francis-

1 «Dans les commencements de sa conversion, écrit Bouhours, “2 «il ne voulait faire ce pèlerinage que pour rendre honneur aux 4 «lieux consacrés par la présence et le sang de Jésus-Christ; mais «il l’entreprenait maintenant avec le désir de travailler au salut

«des infidèles », HE

cains, délégué du Pape, va jusqu’ à le menacer + exCom- munication si, son pèlerinage accompli, il ne reprend

pas sur-le- champ la route de l’Europe.

répondent les Jésuites ; seulement les Franciscains, qui ne vivaient que d'aumônes et se voyaient forcés de ren-

nant pas à le faire subsister, prenaient ombrage de l'établissement rêvé par ce nouveau mendiant vers lequel dériverait une part de leurs ressources. D’après

les historiens non Jésuites au contraire, les imprudences : commises par Ignace dans son zèle mal réglé encore,

auraient dicté au P. Custode sa détermination. Au fond,

étrange, qui arguait de l'inspiration divine pour con-

| vertir les musulmans et voulait les enseigner sans mème

connaître leur langue ; qui, sous prétexte de ne redouter ni la mort, ni l’ re se hasardait seul et sans guide . dans les campagnes et les villes de la Judée ; cet homme, dis-je, devait sembler de garde dangereuse aux Franciscains responsables de la sécurité des pèlerins, et l’on

conçoit leur hâte de le voir s'éloigner. Les Jésuites par-

Oliviers, et à l'occasion duquel les Franciscains s'alar-

mèrent à tort; ils font même RRORe le Fo «dans

Que s’était-il donc passé? Rien, absolument rien,

| voyer en Italie une partie de leur personnel, ne parve-

… et quelque version qu’on adopte, cet homme d'aspect

aurait tenté d'assister à une réunion des congréganistes. arabes, lesquels auraient failli le massacrer!.

Cette version, à défaut de l'approbation des Jésuites, a, pour elle, leur silence et l'espèce de rapidité avec . laquelle ils glissent sur le séjour d’Ignace en Palestine, comme sur le séjour de Montserrat. Pour quiconque a étudié et serré de près leur méthode historique, il y a: là un indice qu'il importe de remarquer.

Quoi qu'il en soit, et malgré le peu de place accordé.

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dans la vie du fondateur à son pèlerinage de terre sainte, ce voyage eut des conséquences décisives ; et la réso= lution d'étudier, résolution que prit Ignace à son retour en Europe, suffirait seule à prouver que de nouveaux horizons s'étaient ouverts devant lui. Jusque-là, en effet,

les lumières qu'il recevait du ciel lui avaient paru suffire

1 Le Baron d'Hénin-Cuvillers adopte cette version et se montre particulièrement frappé des ressemblances entre la Compagnie de Jésus et les congrégations musulmanes; mais, selon lui, c’est en Palestine qu'Ignace avait connu et pratiqué ces congrégations. Une étude approfondie de la question ne me permet pas de me

ranger à son avis sur ce dernier point. Ignace, en effet, ne.

séjourna que deux mois en Palestine, et il n’en connaissait pas la langue; comment aurait-il pu recevoir les communications et l'initiation complète que supposent ses emprunts musulmans ? A Manrèze, au contraire, où il séjourna dix mois, les Morisques parlent sa propre langue et les principales difficultés disparaissent. J'ajoute enfin que les récits des Jésuites, l’importance qu’eut toujours pour eux et pour Ignace lui-même ce qu’il avait appris à Manrèse, me semblent trancher la question en faveur de l'Espagne, Il est d’ailleurs remarquable que le secret dont s’entoure Ignace, et qu'il semble bien avoir emprunté à l'Islam, date: de Manrèze, et est ainsi antérieur au voyage de Palestine, |

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… à sa propre sanctification et à celle des autres. Partout, à Vénise comme à Manrèze et à Barcelone, sur le bateau espagnol comme sur la tartane vénitienne, il avait prêché à tout venant, un peu, — c'est la réflexion de ses adversaires, — un peu Qà la façon de Don Quichotte», redressant les torts, admonestant les coupables, au risque de recevoir des bastonnades et des horions qui avaient mis sa vie en danger sans ébranler son courage. D'où lui vint la révélation de son ignorance? De la vue : des Universités arabes, déchues sans doute de leur premier éclat, mais encore renommées, ou de ses contacts avec les Vénitiens et les autres Italiens de la Renaissance ? Bartoli veut que ce soit dans l’île de Chypre et

«par une inspiration divine»; mais Bartoli, dirait ici

Dom Yepez, «se joue des miracles» aussi bien que - Ribadeneira. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Ignace débarquait à Venise, cinq mois après l'avoir quittée,

résolu d’ajourner sa fondation jusqu'à l'heure où il aurait acquis Qune science solide » dans les lettres divines et

humaines.

La résolution était sage ; j'ajoute qu'elle dénote chez

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le chevalier errant du Christ un énergique bon sens. Il

est dur de se faire écolier en grammaire à trente-trois

ans ; alors surtout que l'amour désintéressé de la science

n'entre pour rien dans une semblable détermination .

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